‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 17 sur 206 · LXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXVIII INTRODUCTION

que ce gros est copié du gros blanc à la fleur de lis du roi Jean le Bon (1350-1364). De même, Poey d'Avant^ n'aurait pas attribué à Besançon une monnaie de Riga, s'il était sorti de sa spécialité pour donner à ses connaissances une teinture de numismatique générale.

La véritable difficulté est la distribution chronologique des monnaies d'un même pays entre des souverains homonymes qui se succèdent. En l'absence de tout document écrit contemporain des émissions, le seul moyen de tranclier la difficulté est l'examen (.^'nne trouvaille. Chaque coup de bêche qui amène la découverte d'u .j cachette monétaire — ce cotlVc-fort du passé — doit être considéré comme une bonne fortune pour la science. Le procès-verbal exact d'une trouvaille est souvent phis profitable à la numismatique que la dissertation académique le plus savamment charpentée. Que de systèmes ingénieusement élevés par la plus laborieuse érudition n'a-t-on pas vu détruits, sans phrases, par la déposition brutale d'un de ces impeccables témoins qu'on nomme une trouvaille ?

Prenons par exemple, pour faire comprendre toute l'importance de l'examen des trésors monétaires, la chronologie des ducs de Brabant, où trois princes du nom de Jean se succèdent de 126 1 à 1355.

Supposons une trouvaille iaite au village de X..., situé en plein pays brabançon. Cette trouvaille est composée de pièces de Gui de Dampierre, comte de Flandre (1280-1305), de Hugues de Chalon, évêque de Liège (1296-1301) et d'un plus grand nombre de monnaiesde Jean, duc de Brabant. Auquel des trois Jean ces monnaies appartiendrontelles ? Le synchronisme nous révèle que l'enfouissement a eu lieu aux environs de l'année 1305. Les monnaies brabançonnes ont donc été frappées, soit par Jean I (1268-1294), soit par Jean 11(1294-1312). Le duc Jean III doit être défmitivemcnt écarté.

Supposons une autre trouvaille faite quelque temps après, à Z... également dans le duché de Brabant. Elle se compose de pièces de Marguerite de Constantinople (1244- 1280), d'Henri, seigneur de Herstal (125^-1285), d'Henri IIL roi d'Angleterre (1216-1272) et d'un certain nombre de monnaies de Jean Je Brabant déjà connues par la trouvaille de X... La date d'enfouissement de notre second trésor ne peut dépasser l'an 1285. Les Jean de Ih'abant reviendront donc à Jean I (1268-94).

Les deux trouvailles de X... et de Z....nous auront donné pour le classement de la série brabançonne les résultats que voici : 1° Ccriiludc ,

I. Moiniiiits fàxJah's ilc Ficiiicr, 11° 1437 des descriptions. Cette erreur a été redressée jxir i.\c Longpcrier dans la 7\(:'. iiiiiiii<iii., 1862, p. 172.

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que les pièces de la trouvaille de Z... sont de Jean I ; 2° quasi-certitude que les types de la trouvaille de X... absents de celle de Z... sont de Jean II; ^° probabilités que la plupart des autres types au nom de Jean répandus dans les collections sont de Jean III.

L'importance des trouvailles est tout aussi grande au point de vue géographique, lorsqu'il s'agit de classer des pièces muettes. La découverte habituelle d'un type dans une même région le localise ; mais dans ce cas, les trouvailles d'exemplaires isolés sont plus probantes que celles de trésors. Les trésors, en effet, peuvent appartenir à un étranger et constituer une importation.

Un excellent critérium pour la distribution chronologique entre des souverains homonymes existe lorsque deux monnaies frappées dans des pays différents présentent le même type, c'est-à-dire, lorsqu'il y a eu une de ces imitations dont nous avons parlé p. lxxiii et suiv. On peut établir comme un axiome numismatique que dans tous les cas d'imitation, le prototype appartient à l'Etat le plus puissant, la copie à l'Etat le moins puissant.

Cet axiome va nous permettre de faire ici une petite rectification. On connaît des tiers de gros d'argent au type du cavalier armé, et des deniers d'argent au type du chevalier debout frappés par Gaucher de Châtillon, administrateur du comté de Vaudemont comme mari de la comtesse HeUsende de Vergi (1301-1305). On peut placer l'émission de ces monnaies avant 1303, parce que Gaucher n'y prend pas le titre de comte de Porcieu qui lui fut dévolu en cette année. Les mêmes types monétaires étant connus pour un Ferri, duc de Lorraine, on peut formellement affirmer qu'il s'agit de Ferri III (1251-1303), prince contemporain de Gaucher et non de Ferri IV (13 12-1329) dont le règne est trop récent. En attribuant ces pièces à ce dernier prince, de Saulcy a donc commis une erreur.

Pour la numismatique de certains pays, comme les Pays-Bas et rAllemagne, le classement des pièces muettes de l'époque féodale est beaucoup facilité par la comparaison des types avec ceux des sceaux. On a atteint les résultats les plus féconds en faisant, dans certains cas, marcher de front la numismatique et la sigillographie ^

Il serait puéril d'insister également sur la nécessité où se trouve le numismate d'étudier le blason et surtout les règles adoptées pour l'écartèlement et l'indication des brisures-, M. C.-A. Serrure a pu rectifier

1. Voyez les études de M. C. Piot sur les imitations du type des sceaux sur ks monnaies dans la Revue hclgc de nuutisiii. de 1848.

2. L'ouvrage de Rietstap, Armoriai ^incviil, 2^ éd., a sa place marquée dans toutes

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une erreur universellement admise, dans l'histoire monétaire de la Flandre, en se guidant d'après les données de l'héraldique négligées par ses devanciers ^

Lorsqu'on se trouve en présence de types monétaires internationaux, comme le gros tournois et le florin de Florence, l'orthographe des noms propres peut fournir à l'attribution des bases sérieuses. Bien que le latin soit la langue des légendes, les idiomes nationaux ont eu sur les noms propres une influence parfois sensible. Une monnaie portant WILHELMVS COMES sans autre indication, devra être classée à l'Allemagne, tandis que la même pièce avec GVILLELMVS COMES sera, à de rares exceptions près, originaire d'un pays de langue française ou wallonne. De même, les pays germaniques revendiqueront des noms comme Loâevicus, Ropcrtiis, Rupertiis, car ces formes particulières de Ludovicus et de Robertus n'appartiennent jamais à des pays latins.

Il nous reste à mettre les numismates en garde contre les écarts d'imagination qui font naître des attributions trop ingénieuses et de les engager à ne jamais perdre de vue que les explications les plus simples sont toujours les meilleures.

b) La contrefaçon des monnaies anciennes. — L'industrie des faussaires s'est beaucoup moins exercée sur les monnaies du moyen-âge que sur les monnaies antiques. Celles-ci, par l'épaisseur de leur flan, le relief de leur gravure, se prêtent à merveille au surmoulnge; leurs types, qui constituent souvent des chefs-d'œuvre de l'art plastique, ont tenté de célèbres burineurs, comme les Padouans; d'autre part, le nombre des collectionneurs de monnaies antiques étant plus considérable que celui des amateurs de monnaies médiévales, le faussaire a plus de chances de tirer parti de son indélicate opération.

Les contrefliçons de monnaies anciennes ^ appartiennent à dix catégories difl'érentes, que nos lecteurs nous sauront certainement gré de leur sii^naler en détail :

1° Refrappes. On appelle refrappes, les pièces frappées actuellement avec les coins anciens conservés à la Monnaie, dans quelques musées et quelques collections particulières. Il n'existe pas ou presque pas de

les bibliothèques nLiiiiismatiqucs. Nous recommanderons aussi Rentzmann, NuniisniiiliscJh-s U\ippcn-Lcykon Berlin, 1876, texte in-S et atlas in-plano.

1 . Restitution à Robert de Cassel de monnaies attribuées à Robert de Béthune dans la 7\V[7/(' hcl^c de hiiinisiitatiqiii, 1865, p. 470.

2. Nous n'entendons pas \wv contrefaçons les fiic-similes en galvanoplastie et en métal fusible. Ces reproductions, en popularisant certains types rares, rendent plutôt service à la numismatique. Aucune d'elles ne résiste à l'action du eu; une bougie suffirait pour déjouer la fraude si quelqu'un essayait de vendre un fac-similé pour un original.

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refrappes de monnaies médiévales. Les coins anciens ont disparu, sont dépareillés ou nous sont conservés dans un tel état de rouille qu'ils sont inutilisables. La refrappe est la plaie de la numispfiatique moderne.

2° Surmoulages. Un très grand nombre de monnaies antiques ont été contrefaites par surmoulage. Pour le moyen-âge, cette fraude ne s'étend guère qu'aux pièces des deux premières périodes; elle est dangereuse surtout pour les monnaies des Barbares et les deniers carolingiens. Parmi les pièces qui ont été surmoulées, nous signalerons, par exemple, le denier de Pépin le Bref frappé à Chartres, au type de saint Chéron debout, celui du même roi frappé à Rouen ou à Reims, et le denier de Milon de Narbonne.

La pesée comparative de pièces indubitables et d'un exemplaire douteux peut déjouer parfois le piège tendu à la bonne foi de l'amateur par une pièce coulée; mais l'expérience que donne le maniement habituel d'un grand nombre de monnaies est, en définitive, le seul moyen existant pour reconnaître l'authenticité.

3° Pièces frappas avec coins modernes copiés de monnaies anciennes. C'est le cas de presque toutes les pièces frappées avec les coins de Becker. Le célèbre faussaire de Spire s'est peu adressé au moyen-âge, sauf pour la série wisigothe pour laquelle il n'existe pas moins de vingt-cinq triens différents. Ce sont des épreuves en argent de ces coins faux que Lelewel a pris dans sa Numismatique du moyen-âge pour des deniers et a publiés comme authentiques. Les monnaies carolingiennes et allemandes de l'époque saxonne et franconienne ont aussi tenté le burin de Ch. Guillaume. Becker. Comme on possède le signalement complet de l'œuvre de ce graveur % le danger de ses pièces fausses est beaucoup atténué.

Parmi les monnaies gravées avec un coin faux par des émules de Becker, nous signalerons quelques mérovingiennes, celle de Trêves, par exemple, dont nous donnons la figure sous le n° 206, page 152, des oboles lyonnaises de Conrad ^ et quelques bractéates.

4° Pièces frappées avec coins modernes, mais imaginaires ou copiés sur d'anciens dessins. Parmi les pièces imaginaires, nous citerons une maille gantoise à la légende I COMIT qui serait venue enrichir d'un règne, celui de Jeanne de Constantinople, la série flamande, si la fraude n'en avait été révélée par ceux-là mêmes qui s'en étaient rendus coupables. Cette

1. Pinder, Numismatique heckerienne. Recueil des médailles faites par Bêcher. Paris, 1853, in-8, pi.

2. Voyez le signalement de la fraude des oboles de Conrad dans le Ntwiismate, bulletin périodique^ publié par M. Hoffmann, pp. 87 et 100.

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pièce fut en effet gravée dans la seule intention de mystifier un collectionneur'.

Un atelier de faussaire établi, paraît-il, à Noyon travailla dans un but beaucoup moins innocent. On lui doit la fabrication de deux pièces très connues que M. Hoffmann proclame apocryphes dans ses Monnaies royales de France; nous voulons parler du royal d'or de Louis IX et d'un double ducat d'or de Louis XIL La première de ces pièces fut publiée comme authentique dans la Revue numismatique^ par A. de Longpérier, à l'autorité duquel un exemplaire dut d'entrer au Cabinet des médailles.

Nous rappellerons encore, pour la série française, les fameux deniers normands prétendument trouvés à Pacy-sur-Eure, dont il est tant question dans les premières années de la Revue numismatique^

Dans la série médiévale de l'Italie, un certain nombre de coins faux ont essayé de surprendre les numismates 4; il en est de même pour certaines bractéates allemandes dont on a, à l'aide de coins faux, frappé des épreuves en or.

5° Pièces gravées au burin ou à Veau-forte. Ces pièces rentrent presque toutes dans la série des monnaies inventées. Nous citerons de ce nombre le triens attribué par M. d'Amécourt à Winchester dont nous donnons ici la figure, le denier de Renier au Long Col, comte de Hainaut5, un

1. M. Deschamps de Pas s'est laissé prendre à la maille de Jeanne dans le Catalogue de la collection Ad. Dewismes.

2. i86i, p. 363 et suiv. — M. A. de Barthélémy reconnaît implicitement la fausseté de cette pièce en omettant d'en parler dans V Éclaircissement numismatique qu'il a joint au saint Louis de M. Wallon. D'autre part, nous avons sous les yeux une lettre d'Ernest Muret, dans laquelle le regrette conservateur adjoint du cabinet des médailles déclare que la fabrication moderne du regalis aurcus ne faisait pas de doute pour lui.

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