INTRODUCTION LXXVII
dans un coin de son médaillier, qu'il appelait pittoresquement son Cabinet d'ignorance, tout ce qu'il possédait à' indéterminées ,
Comme exemple de reconstitution erronée de pièce fruste, nous rappellerons un denier carolingien dont Le Blanc a donné le dessin à la p. 129 de son Traité historique des Monnoyes de France. L'auteur a rétabli du côté du monogramme la légende en partie efLicée, de la manière suivante : j +1 /// KAmeRACVS c.
alors que sur les exemplaires bien con- >
serves retrouvés plus tard, il y a : ) +ImpeRAtoRACVS t.
Faut-il s'étonner que les auteurs plus récents ne soient jamais parvenus à retrouver en nature le denier publié par Le Blanc ?
Pour peu qu'on ait acquis les premières notions de la numismatique, on peut fiicilement distribuer les monnaies entre les grands groupes auxquels elles appartiennent. Personne, au bout d'un jour d'études, ne confondra plus une mérovingienne avec un denier féodal, une byzantine avec un gros tournois, une carolingienne avec une bractéate. Les grandes erreurs chronologiques sont rares chez les gens de quelque expérience : la plus fréquente est peut-être celle qui consiste à fliire d'un denier mérovingien ou anglo-saxon muet une monnaie gauloise ^ L'erreur géographique pour des pièces d'une même période est infiniment plus fréquente : le seul moyen d'y échapper est d'étendre ses connaissances générales et de ne point se cantonner, comme l'ont fait beaucoup d'érudits, dans une même série. Celui qui se spécialise trop s'expose forcément à tomber dans les pièges tendus à sa science imparfaite par une homonymie ou une similitude d'emblème ^.
Dans son livre sur la Numismatique de la principauté de Liège, M. de Chesti'et pubUe un gros de Hugues de Bar, évêque de Verdun (1352- 13 61), comme étant de Hugues de Chalon, évêque de Liège (1296- 1301). Cette erreur aurait été évitée si l'auteur, si compétent pour sa série spéciale, s'était rendu compte en étudiant les monnaies françaises.
1. Cf. notamment RcvtiebcJgc de nniiiisiii., 1865, pi. XIII, fig. 7, et 1888, pi. XIII, fig. 18. — L'erreur inverse a été commise par M. Barry, qui a publié comme gauloise une mérovingienne, cf. Mcm. de l'aciidciuie de Toulouse, 1848, p. 407.
2. Parmi les ouvrages généraux d'histoire et de géographie historique que nous considérons comme indispensables dans une bibliothèque de numismate, nous citerons: L'Ait de vérifier les dates (de préférence l'édit. en XMII vol.), les Staiiniilajchi de Grote (Leipzig, 1877, in-8), la Séries episcoporuin de Gams (Ratisbonne, 1873, in-4 ; ce livre est moins utile que les Stamintajehi, car Grote en a emprunté les indication::), le Trésor de chronologie de M. de Mas-Latrie (Paris, 1889, A'), l'atlas de géographie du moyen âge de Spruner et Menke, V Histoire générale de l'Europe par la i;éoi;raphie poli- //Vym' de Preeman (Paris, 1886).