‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 21 sur 206 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

7° Pièces anciennes empreintes de contremarques fausses. Nous ne connaissons pas d'exemple de ce genre de fraude pour le moyen-âge; mais la série moderne, surtout les obsidionales et les coloniales, en a été récemment infestée ^

8° Pièces anciennes soudées Vune sur Vautre. Cette fraude est rare ; elle n'a du reste que pour but de faire de faux piéforts. L'examen attentif de la tranche la déjoue assez facilement.

9° Pièces sciées et rapportées. Le peu d'épaisseur de leur flan a sauvé les monnaies du moyen-âge de ce genre de contrefaçon.

10° Pièces rognées. Les deniers du moyen âge devenus oboles, les gros devenus demi-gros par suite de rognage de la bordure sont assez nombreux. Quelques pièces de ce genre ont obtenu droit de cité dans la numismatique et figurent dans des livres méritants 2. Il y a quelques années, un bijoutier brugeois avait acquis une trouvaille composée de mailles flamandes et Aq penny s anglais d'Henri III; les mailles furent enlevées de suite par les amateurs locaux, mais les pennys semblaient invendables. Notre homme eut une idée de génie, il rogna les légendes des pièces anglaises qui ressemblèrent dès lors à s'y méprendre à des mailles de Flandre. Quelques amateurs belges se laissèrent, dit-on, prendre à la supercherie.

En résumé, la fabrication des fausses monnaies anciennes peut avoir deux causes, la spéculation et la mystification. Dans les deux cas elle est également blâmable, et il serait à souhaiter qu'une loi internationale la punît avec sévérité. Les monnaies (nous ne parlons pas des médailles), bien que hors de cours, n'en sont pas moins des documents officiels : la loi devrait, selon nous, assimiler la fibrication d'une pièce fausse au faux en écriture publique et punir celui qui s'en rend coupable de la même manière qu'elle punirait le généalogiste altérant d'anciens registres d'état civil.

En attendant, ce qui doit rassurer les numismates, c'est que tôt ou tard la fraude se découvre et qu'en fin de compte la science n'est jamais atteinte par elle que d'une façon passagère : le mauvais plaisant trahit lui-même son secret pour jouir de la déconvenue de sa victime, le contrefacteur par spéculation n'est jamais asse^fort pour faire œuvre par-

1. Cf. entre autres des écus de Louis XV et Louis XVI, contremarques à l'étoile des obsidionales de Maestricht : Ch. Préau, Monnaies obsidionales inédites relatives au silice de Maestricht. Paris, 1887, in-8.

2. Voyez dans de Saulcy, Monnaies des èvèques de Met\, pi. II, n" 71, dans Schlumberger, Numismatique de l'Orient latin, pi. III, no 8; dans un article de M". Roest, Kev. belge de nnmism., 1882, pi. XVIII, n" 14.

INTRODUCTION LXXW

faite : il pèche toujours par quelque imprévoyance ^ Pour bien réussir une pièce fausse du moyen-âge, il faudrait vivre de la vie des monnayeurs d'autrefois, travailler de leurs outils, employer leur métal, et en fin de compte pour atteindre quoi ? A faire péniblement une pièce qui après quelques exemplaires cesserait d'être rare, par conséquent de valoir cher. Le talent et la science nécessaires à un contrefacteur parfait sont trop grands, pour que celui qui les possède doive gagner sa vie par des moyens coupables.

c) La valeur marchande des monnaies anciennes. — La valeur marchande d'une monnaie ancienne dépend de trois causes principales : son intérêt historique, sa rareté et son état.

L'importance que présente une pièce pour l'histoire est évidemment ce qui doit, en première Hgne, servir de base à son estimation. A rareté égale, une pièce rappelant un fait historique important vaudra toujours plus qu'une autre n'ayant qu'un intérêt de série.

La rareté, ou plutôt l'appréciation de la rareté, est essentiellement subordonnée à la loi de l'offre et de la demande. Si cent collectionneurs recherchent les monnaies de Mayence et vingt celles de Trêves, une pièce tréviroise dont vingt-cinq exemplaires sont connus atteindra un prix moins élevé qu'une pièce mogontienne dont on possède quatrevingt-dix spécimens.

Les catalogues de numismatique indiquent assez souvent les degrés de rareté des pièces qu'ils décrivent. Mionnet, qui l'a fait pour les monnaies antiques, admet huit degrés de rareté. Dans les catalogues des ventes de Vienne, et notamment celles du docteur Frank et du baron Welzl von Wellenheim, on s'est contenté d'en établir quatre. DeReichel dans la grande description de sa collection en admet six. Ce dernier chiffre est également adopté par C.-P. Serrure dans sa Notice sur Je cabinet monétaire de S, A. le Prince de Ligne, mais comme cet auteur fait suivre du mot unique les pièces dont il ne connaît qu'un exemplaire et qu'il omet toute indication à la suite des pièces communes, son échelle des raretés a en fin de compte huit degrés comme celle de Mionnet.

Au point de vue scientifique, l'indication de rareté qui se f;iit généralement au moyen des signes R^ R-, RS etc., ou R, RR, RRR, etc., n'est pas sans importance. Il est assez admissible en effet que la rareté actuelle donne une idée de l'importance relative qu'a eu le monnayage de chaque pièce.

I. Le faussaire lyonnais qui ùbriqua les oboles de Conrad s'était servi du métal de nos pièces de 5 fr. L'analyse comparative d'un denier authentique et d'une des oboles soupçonnées montra la différence qu'il y avait entre les deux métaux.

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