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INTRODUCTION XXXIII

pitres sont toujours le reflet du temps auquel ils s'adressent, et dans l'ordre que nous leur donnons, nous nous sommes efforcés de ne pas éloigner les uns des autres des pays ayant eu entre eux des rapports monétaires plus ou moins serrés.

§ III. — La monnaie au point de vue économique et juridique.

a) La monnaie, mesure de valeur. — On appelle mesure une quantité convenue et connue, prise comme terme de comparaison avec des quantités inconnues. Pour mesurer, on se sert d'objets au moyen desquels l'unité de la mesure et ses divisions sont rendues palpables. L'instrument qui sert à mesurer une longueur est le morceau de bois, de corde ou d'étoffe qui représente le mètre; celui qui sert à mesurer la pesanteur est le poids; celui qui sert à mesurer la valeur est la monnaie.

Un objet quelconque ne peut servir de monnaie. De même que la mesure de la longueur, de la pesanteur, doit être une longueur, une pesanteur; de même la mesure de la valeur doit être une valeur. Seules les matières qui aux yeux de tous ont une valeur égale et durable, qui sont faciles à manier et divisibles sans perdition, peuvent servir de monnaie : les métaux précieux, c'est-à-dire Vor ou V argent, remplissent, à l'exclusion de toutes autres matières, les conditions voulues.

b) Les étalons et les monnaies d'appoint. — Les métaux, choisis comme étalons de valeur, peuvent présenter trois combinaisons différentes, que l'un des deux soit employé seul ou qu'ils soient employés concurremment. Dans le premier cas, nous avons monovictallisme, dans le second, bimétallisme.

1° Etalon d'or. On mesure toutes les valeurs avec le métal or. Uargent est considéré par rapport à l'or comme une simple marchandise. Les monnaies d'argent ne circulent que comme appoint, au même titre que celles de billon ou de cuivre, c'est-à-dire comme une sorte de monnaie fiduciaire.

L'étalon d'or fut celui de l'empire romain. Pendant la première période du moyen âge, il règne chez la plupart des peuples barbares : les Ostrogoths, les Wisigoths, les Suèves, les Mérovingiens, les Frisons, les Lombards.

2° Etalon d'argent. On mesure toutes les valeurs avec le métal arîient. L'or est considéré par rapport à l'argent comme une simple marchandise. Lorsque l'étalon d'argent est choisi, Vappoint est formé de monnaies de hillon ou de cuivre'^.

T. Au moyen àr^c, la monnaie d'appoint fait souvent défaut. Le denier et Ycholc, les

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L'étalon d'argent fut celui des Anglo-Saxons pendant la première période du moyen âge. L'avènement des Carolingiens provoqua l'adoption de l'étalon d'argent dans tout l'occident de l'Europe où il resta établi jusqu'au milieu du xiii^ siècle.

3° Etalons d'or et d'argent combinés. Ce système repose sur une erreur économique; en effet, les métaux étant une marchandise, subissent de constantes fluctuations de prix ; leur rapport n'est pas immuable.

Le bimétallisme fut le système du moyen âge depuis Louis IX. Les efforts des législations tendirent toujours à fixer le rapport forcément variable entre les deux étalons et c'est pour le maintenir que furent édictées, en partie, toutes ces réglementations factices, toutes ces interdictions de cours, tous ces édits arbitraires qui rendent si difliciles aujourd'hui les recherches relatives aux prix des choses dans le passé.

c) Rapport entre l'or et l'argent. — On appelle rapport le chiffre qui exprime la valeur relative des métaux précieux; le rapport indique le nombre d'unités d'argent qu'il fiiut donner pour se procurer une unité d'or.

Comme l'or et l'argent, indépendamment de leur valeur commerciale, ont aussi, lorsqu'ils sont monnayés, une valeur légale, il peut exister entre eux deux rapports bien distincts. « En effet, si l'on considère ces métaux comme des marchandises, les prix pratiqués sur le marché ou en banque établissent une première proportion qui est la seule réelle et la seule normale puisqu'elle dépend de l'offre et de la demande; de sa nature elle est essentiellement variable. On ne la connaît que par les opérations de change, par les payements faits au poids ou en monnaies étrangères, ou par les ordonnances qui fixent les prix auxquels les maîtres des ateUers monétaires doivent acheter la matière première des espèces. »

Lorsque l'or et l'argent sont transformés en monnaies, et qu'ils

monnaies les plus petites, représentent une valeur relativement grande. On se demande comment, dans ces circonstances, se pratiquaient les transactions journalières de détail. Il y a lieu de supposer que pour les petites sommes, le crédit rendait les monnaies d'appoint inutiles. La difBculté des communications qui empêchait le débiteur de se soustraire aux poursuites du créancier, les rapports de voisinage beaucoup plus étroits qu'aujourd'hui, rendaient le crédit entre fournisseurs et consommateurs plus facile. De nos jours, le pain, les comestibles, les vêtements s'acquittent le plus souvent au comptant. Au moyen âge, chaque famille avait chez les fournisseurs des comptes courants ; la dette s'acquittait lorsqu'elle avait atteint un certain chiffre. A mesure que la population des villes s'accrut, la confiance diminua et le besoin de monnaies d'appoint se fit sentir ; c'est alors, à partir du xii^ siècle, que commence le rôle du nicrcau. Ainsi que nous l'avons dit p. xxviii, le méreau fut la véritable mesure fiduciaire des petites valeurs.

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servent à régler le prix des autres marchandises, l'autorité publique intervient et réglemente le rapport des deux métaux. Ce second rapport, beaucoup plus fixe que l'autre, est tout à fait de convention. Les étrangers n'en tiennent aucun compte quand ils ont à recevoir les pièces frappées par leurs voisins.

De ces deux rapports, dit M. de Marcheville', le plus intéressant pour les numismates est assurément celui qui est établi par la loi; c'?<ît aussi le moins difficile à retrouver. Pour le calculer, il faut d'abord déterminer, d'après la valeur nominale de la monnaie réelle, d'une part la quantité d'or et d'autre part la quantité d'argent que représente l'unité de compte, puis diviser le poids de cette unité en argent par le poids de cette unité en or.

Nous rappellerons, rapidement, d'après les travaux les plus récents, le résultat des calculs auxquels les savants se sont livrés pour retrouver les deux rapports, commercial et légal, des métaux précieux au moyen âsje.

Les renseignements n'acquièrent quelque certitude qu'à partir du xiii^ siècle. En France, à cette époque, on trouve une proportion commerciale comme .i est à 9 ou environ. En Angleterre, sous le règne de Henri I et de Henri II, le rapport était à peu près le même et il semble s'être maintenu tel jusque vers 1250. En Normandie, vers la fin du xii*" siècle, le rapport, extrêmement bas, semble être descendu à 7 et demi. En Orient, la proportion paraît avoir été également inférieure à 10 au moment du payement de la rançon de saint Louis. Le rapport commercial ne s'est pas modifié sensiblement pendant les années qui ont suivi le retour de la croisade; suivant M. Blancard, on peut fixer à 9 et demi au maximum la proportion moyenne. Dans toutes les villes de l'Italie, on trouve un rapport égal ou légèrement supérieur à 10 pour les années qui correspondent à la fin du règne de Louis IX.

Suivant Le Blanc et les auteurs qui l'ont suivi, le rapport légal entre l'or et l'argent était en France, sous saint Louis, comme i est à 12 et demi. Dans un récent travail, que nous avons cité plus haut, M. de Marcheville a soutenu avec des arguments plausibles que la proportion n'a pas dépassé 10. Sans vouloir entrer dans le fond d'un débat, pour lequel nous n'avons pas la compétence nécessaire, nous constaterons qu'au milieu du xiii^ siècle la proportion légale ne semble avoir été supérieure à 10 chez aucun des peuples voisins de la France. Le rapport

I. Nous devons beaucoup à l'excellent travail de cet écrivain : Le rapport cnUcVor et l'argent au temps de saint Lo/n*5 .publié dans V Annuaire de la Société de numisvi., 1890. — Voyez aussi les travaux de Leblanc, de N. de Wailly et de Boutaric, et de MM. Blancard et Desimoni.

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commença à se modifier en faveur de l'or, dans le troisième quart du xiii*", et il s'éleva rapidement ci partir de 1270. A la fin du xiii^ siècle, la proportion semble avoir été plus élevée en France qu'ailleurs, car on assiste à une exportation constante de l'argent en échange d'une importation d'or, et cela en dépit de tous les édits prohibitifs des rois. A Naples et en Sicile, vers 1280, le rapport était douzième; à Florence, il atteignait 13 et, en 1328, la proportion dépassait 14 à Venise. En Angleterre, lors de la première tentative de monnayage d'or, sous Henri III la loi étaWissait un équivalent comme i est à 9 et quart ; en 1267, la proportion avait atteint 11 et un dixième.

d) La monnaie de compte. — Il n'y a pas de différence aujourd'hui entre la monnaie de compte et la monnaie réelle; celle-ci a une valeur fixe, invariable. La pièce émise pour un franc, reste un franc jusqu'à sa démonétisation. Il n'en était pas de même au moyen âge où le cours des monnaies était soumis au caprice du souverain qui augmentait ou diminuait la valeur des espèces à sa volonté.

La variabilité constante du numéraire amena, pour la faciUté des comptes, la création d'une monnaie factice, idéale, la monnaie de compte, ne correspondant presque jamais à la monnaie réelle. En France, pendant tout le moyen âge, la monnaie de compte fut la livr.e qui se divisait en vingt sous ; mais pour former une valeur d'une livre ou d'un sou, il fallait un nombre sans cesse variable de monnaies réelles. Lorsque saint Louis émit le ^ros d'argent de 12 deniers, son but était de créer un sou d'argent monnaie réelle; mais dès 1286, le gros circulait pour 1 5 deniers et l'identité entre les monnaies de compte et les monnaies réelles avait cessé d'exister.

e) Poids des monnaies. — Aujourd'hui que les instruments de pesage ont été perfectionnés, on pèse chaque monnaie après sa flibrication. Au moyen âge il n'en était pas de même; les balances étaient si défectueuses que les lois monétaires indiquaient non le poids spécial de chaque pièce, mais le nombre de pièces que l'ouvrier devait tailler dans une quantité de métal donnée ^

Pour comprendre les documents monétaires il importe donc de connaître, avant tout, la valeur précise des poids employés pour les monnaies 2. On sait qu'au moyen âge non seulement les poids différaient de pays à pays, de ville à ville, mais qu'ils variaient encore selon l'espèce des objets pesés.

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