I. Bdl goth., III
Un SOU d'or au nom de Théodebert et au même type que les pièces précédentes porte dans le champ du revers un monogramme (fig. 155)
Fig. 152. Fig. 153. Fig. 154. Fig. 1)5.
dans lequel M. d'Amécourt retrouve le nom Je Childebert P'. « De même, dit ce savant, qu'au commencement du vi^ siècle, les Burgondes, reproduisant les types d'Anastase, de Justin I" et de Justinien, introduisaient presque subrepticement leurs monogrammes dans le champ des monnaies impériales, de même, vingt ans plus tard, Childebert P"", reproduisant les types de son neveu Théodebert, glissa son propre monogramme dans le champ de la monnaie austrasienne. » Cette hypothèse, à laquelle M. Robert n'hésitait pas à accorder sa haute approbation, est très admissible; le monogramme en question a en effet toute l'apparence d'un monogramme de nom d'homme et ressemble fort à ceux déjà connus de Childebert. D'autre part, il est évident que parmi les localités incontestablement désignées sur les monnaies d'or de Théodebert P"", il s'en trouve qui appartenaient à Childebert P*" et à Clotaire P^ C'est en vain que M. Deloche a voulu rapporter à des villes austrasiennes tous les monogrammes marqués sur l'or théodebertin; son système est inadmissible, quel que soit le talent avec lequel il a été exposé.
Outre la Victoire de face qui figure sur les sous que nous avons
décrits, Théodebert employa deux autres empreintes aux revers de ses
plus grandes pièces d'or. Sur une pièce frappée à
Cologne (Colonia Ubioruut), le prince est représenté
debout, à droite, tenant une palme et une Victoire,
le pied sur la poitrine d'un ennemi terrassé; dans le
champ, les lettres COL. V indiquent l'atelier d'origine
Fig. i;6. (fig. 156). Ce type est emprunté à des sous d'or de
Valentinien III, comme l'a fait remarquer M. Keary.
Un sou d'or de Mayence, trouvé par feu M. Justen dans la Campine belge, donne à Théodebert le titre de roi, D. THEODEBERTVS REX. et porte au revers une Victoire à gauche et au repos, appuyée sur une longue croix; le vêtement est relevé jusqu'au haut des jambes; l'une des jambes a le genou plié et croisé avec l'autre jambe. La légende circulaire, d'invention franque, est PAX ET LIBERTAS; à l'exergue, on lit CONOM à l'exemple du CONOB des prototypes byzantins; dans le champ, une étoile et le mot MAGVNCIA en lettres dispersées.
viir.
LES FRANCS
Tous les sous d'or dont nous venons de parler ont, à l'avers, le buste à la tête de trois quarts, avec la lance sur l'épaule. MM. Ch. Lenormant et Fillon ont publié une pièce, restée peut-être unique, sur laquelle le roi franc est représenté de face, élevant de la main droite un globe surmonté du signe de la rédemption. Au revers, le graveur des coins a conservé la Victoire de face. C'est la. copie exacte d'un type inauguré à Byzance sous le règne de Justinien P"". La pièce de Théodebert porte à l'exergue un indice où l'on a vu Riom ou Remagen, Ricomagus, mais cette dernière attribution est préférable, car l'orthographe du nom, DN THVODIBERTVS, semble indiquer que ce sou d'or a été frappé sur les frontières de la Germanie (fig. 157).
En résumé, Théodebert I" n'employa, pour ses sous d'or, pas moins de quatre types différents :
1° Buste avec tête de trois quarts et lance. — Victoire de face.
2° Même buste. — Personnage debout terrassant un ennemi.
3° Même buste. — Victoire à gauche appuyée sur une croix.
4° Buste avec tête de face et globe crucigère. — Victoire de face.
Les triens au nom de Théodebert sont assez nombreux ; on en connaît pour Autun (VICTORIA AGVSTODVN), Andernach (ANTO- NACVM en monogramme, fig. 158), Lyon (LV dans le champ). Le Mans (CM dans le champ, fig. 159), Mouson (MOS en monogramme,
Fig. i$8.
Fig. 1S9-
Fig. 160.
Fig. 161.
fig. 160), Metz (M dans le champ), Reims (RE en monogramme, fig. 162), Troyes (? TS dans le champ). Trêves (?TR en monogramme, fig. 161); leur type habituel, reproduction fidèle de celui des /n>;w byzantins, se compose, au droit, du buste et, au revers, de la Victoire placés l'un et l'autre de profil (fig. 162). Le curieux sou d'or de Mayence trouve son correspondant dans un triens de l'ancienne collection de Reichel, conservé aujourd'hui au Musée de l'Ermitage impérial de Saint-Péters- Fig. 16:..
bourg. Enfin, sur une pièce sans marque d'atelier, mais que son style a fait attribuer à Lyon, par M. d'Amécourt, nous rencontrons au revers la Victoire de face, tenant à gauche un diadème et à droite une croix.
Le monnayage de Théodebert I" resta un fait pour ainsi dire isolé. Seul, Childebert P"" osa, dans une certaine mesure, imiter l'audacieuse innovation de son neveu. Nous avons vu paraître son monogramme sur un sou d'or de Théodebert. Un monogramme analogue se montre sur un tiers de sol de fabrique lyonnaise, au type de la Victoire et au nom de l'empereur Justinien (fig. 163). Nous le retrouvons encore, et cette fois occupant tout le champ, sur un triens que signe en toutes
Fig. 164.
lettres un de ces personnages appelés monetarii, dont nous examinerons plus loin le rôle : DE OFFICINA MAVRENTI (fig. 164). Cette pièce est très probablement frappée à Lyon comme la précédente ; une variété publiée par Fillon, et sur laquelle la légende du revers est DE OFICINA MARET, porte devant le buste, à la hauteur des lèvres,
l'initiale de Lugdunum.
§ IV. — La persistance du, nom impérial dans h midi de la France.
Sources : P.-N. Bonamy, Histoire de Gondovald, prétendu fiis de Chtaire P'' , pour servir d'explication à des vicdaiîles frappées à Arles et à Marseille au coin de l'empereur Maurice, dans les Mcm. de l'Académie des Inscriptions, t. XX. — M. Deloche, Renseignements archéologiques sur la transformation du c guttural du latin en une sifflante, et Mémoire sur le monnayage en Gaule au nom de l'empereur Maurice Tibère, dans les Mèm. de YAcad. des Inscript., t. XXX, 2^ partie, 1883, — P.-Cli. Robert, Sur la prétendue restauration du pouvoir de Maurice Tibère dans la Province et sur les monnaies qui en seraient la preuve, dans les Mém. de VAcad. des Inscript., t. XXX, 2^ partie, 1883. — V'c de Ponton d'Amécourt, Kote sur les monnaies au type de la boucle perdue, dans: ï Annuaire delà Société franc, de Numism., t. V, 1877, p. 34 et suiv.
Après la mort de Childebert I", comme en Austrasie après la mort de Théodebert, les émissions d'or au nom du souverain régnant semblent cesser. Il est fort probable qu'on en revint pour un temps au monnayage servilement imité des espèces impériales de Justinien ou de Justin IL C'est ainsi que des monnaies au nom de l'un ou l'autre de ces princes portent dans le champ du revers le monogramme rémois ou, devant le buste les initiales TR, Trêves, ou CO, Cologne. Toutefois, ce retour vers l'empreinte byzantine eut peu de durée, car