VIII. — LES FRANCS
bientôt, dans le nord, dans l'est, dans l'ouest et dan? le centre de la France, 1 - monnayage mérovingien prend le caractère propre, essentiellement national, qu'il n'abandonnera plus.
Dans le midi et dans le bassin moyen du Rhône, les traditions romaines furent longtemps conservées et les noms de Justin II (565- 568), Maurice Tibère (582-602), Phocas (602-éio) et Héraclius (610-641), parurent encore sur le numéraire.
A Marseille, Arles, Viviers, Uzès, les sous d'or ou les triens, émis au nom des empereurs de Byzance, n'ont rien de particulier. Le type du droit se compose du buste, souvent de profil, plus rarement de face, accompagné en légende du nom et du titre impériaux. Au revers les coins portent la croix haussée sur un globe, accostée de M- A ou M -AS
Fig. 165.
Fig. 166.
(fig. 165), A-R. VI-VA (fig. 166) ou VC (fig. 167), marques des ateliers, et de quelques indications numérales. L'inscription circulaire répète l'antique formule : VICTORIA AVGG avec plus ou moins d'exactitude.
Ailleurs, quelques noms de monétaires font leur apparition. Un triens de Maurice Tibère frappé à Valence ou à Gap, car les lettres V-A peuvent désigner aussi bien Vapincum que Vakntiae, porte la signature
Fig. 167.
Fig. léS.
Fig. 169.
de Gaudolenus (fig. 168), et une pièce remarquable entre toutes, tant par son exécution que par la correction de ses légendes, donne, en toutes lettres, autour du chrisme accoste d'Alpha et d'Oméga, +VIENNA DE OFFICINA LAVRENTI (fig. 169).
Au siècle dernier, P.-N. Bonamy a voulu chercher dans les pièces frappées en Provence au nom de l'empereur Maurice Tibère la preuve
d'une restauration du pouvoir de Byzance, dans la région méridionale des Gaules, à la suite de la révolte de Gondovald. Cette thèse, déjà battue en brèche par M. Laugier et le D"" Soetbeer, a été victorieusement réfutée par M. Ch. Robert. Les pièces frappées dans les Gaules au nom de Maurice et de ses successeurs ne sont autre chose qu'une continuation du système de contrefaçon et d'imitation des espèces d'or impériales adopté en vue de la circulation et des transactions commerciales, facilité en outre par l'attachement des mcridionaux aux souvenirs de Vimperium. La discussion qui a eu lieu, il y a cinq ans, à l'Institut de France, entre MM. Deloche et Robert, a jeté sur la « question Gondovald » une lumière complète ^.
Tandis qu'à Marseille et dans quelques cités, le nom du souverain de Byzance est conservé sur les monnaies sous une forme intelHgible, dans d'autres localités, plus septentrionales, les monnayeurs, moins habiles, produisent des inscriptions trompe-l'œil où la légende impériale,
/^'^^ ><îS'îT^ totalement ou partiellement simulée par des k\^ ./^^^''Av(fi\ /^JitJU'\ lettres dépourvues de sens (fig. 170), est complétée parfois par un mot mentionnant généralement l'atelier mérovingien. Sous le rapport f'g- '70- chronologique, les pièces de cette catégorie
appartiennent à la deuxième époque du monnayage; elles sont, en effet, postérieures à 550 et ont été frappées presque toutes dans la Bourgogne, sous Gontran (561-592), ou pendant les quinze ans qui précédèrent son règne. Mais, derniers reflets de l'influence directe de Byzance, elles sont, numismatiquement, inséparables de la première période.
La monographie de ce genre de monnaies est encore à faire et celui qui l'entreprendrait atteindrait pour la science des résultats profitables. Le cadre de notre livre nous interdisant de trop nous étendre sur ce sujet, nous nous bornons à y attirer l'attention du lecteur et à citer quelques spécimens choisis parmi les plus caractéristiques.
C'est ici que viennent se placer, entre autres, les tiers de sou d'or frappés à Chalon-sur-Saône par l'autorité de l'évèque et de l'Eglise, monuments d'importance capitale, puisqu'ils nous montrent pour la première fois le clergé en possession du monnayage. Sur l'une de ces pièces la légende de l'avers est ECLIS CAVELONO (fig. 171), sur l'autre on lit, au revers, le mot EPISCOPVS, suivi de lettres dans lesquelles on a peut-être eu tort de chercher un nom d'homme (fig. 172). Un troisième exemplaire, plus complet, réunit le droit de
I. Voyez un intéressant résumé de la discussion par M. Blancard, La question Gondovald, dans les Mcm. de VAcad. de Marseille, 1884-85.