VIII. — LES FRANCS éy
et 3 gr. 87. Pendant cette nouvelle période, la frappe du sou fut pour ainsi dire complètement suspendue, tandis qu'une production surabondante fut réservée aux triens. Ceux-ci devinrent la monnaie mérovingienne par excellence.
L'affaiblissement de la fin du vi^ siècle ne fut pas le seul que subit l'or mérovingien. A mesure que le prix de l'argent s'abaissa, par suite d'importations successives et de la mise en œuvre des mines de Melle, l'or des triens devint de plus en plus allié. Grâce à cet expédient, l'équivalence entre le sou et 40 deniers, fixée par la loi salique fut sauvegardée jusqu'à la fin de la première race. Les capitulaires de Charlemagne parlent jusqu'en 816 des anciens soJidi à 40 deniers.
Le système monétaire arrêté par la loi salique, se maintint donc avec fixité pendant toute la durée de Tépoque mérovingienne, et dans toutes les parties de la monarchie franque. Malgré la dissémination surprenante des ateliers, malgré les divisions du pays en royaumes souvent hostiles, malgré les droits monétaires concédés aux églises, il ne surgit jamais de systèmes monétaires locaux, comme nous en verrons se multiplier dès les débuts des temps féodaux.
Ce fait semble d'autant plus remarquable que la manière de compter de la plus grande partie des peuples compris dans l'Austrasie n'était pas celle des populations gallo-romaines et de leurs vainqueurs, les Francs Saliens. Les Germains avaient appris à connaître la monnaie au temps de la République romaine, c'est-à-dire à une époque où Rome faisait usage de l'étalon d'argent. Tacite raconte que de toutes les monnaies romaines, les pièces à bords dentelés en manière de scie étaient acceptées de préférence par les populations teutonnes : (( ArgenUwi magis quant aurum sequuntur... Pecuniam probant veterem, serratos bigatosque. » Les nummi serrait étaient appelés saigae, scies, par les Germains et, dans la suite, le mot saiga devint synonyme de denarius.
Les anciens deniers romains, du moins ceux frappés après la réforme de Néron, valaient intrinsèquement le triple de la demi-silique byzantine, ou, si l'on veut, le triple du denarius, tel que l'entendait la loi saHque. Il en fallait donc, dans l'Empire, seize pour faire l'équivalent d'un sou d'or, et treize un tiers, en Gaule, sous les premiers rois mérovingiens. Dans les pays germaniques, les rives du Rhin et la Bavière, le taux de l'argent semble avoir été plus élevé qu'en Orient et en Gaule. On voit, en effet, dans les lois des Ripuaires, des Bavarois et des Allemands que le sou n'y valait que 12 deniers-saigae, c'est-à-dire 36 deniers mérovingiens.
Voici les différents textes qui nous renseignent sur la manière de compter dans les pays habitués à la saiga :
Lex Ripuaria. — (( Pro solido duodecim denarios » (Tit. XXXVI, 12.) — « Tremissem, id est quatuor denarios » (XXIII).
Lex Baiwariorum. — « Una saiga, id est : très denarios. » — « Solidum quod sunt très tremissos » (IX, 2).
Lex Alamannorum. — « Saiga est quarta pars tremissis, hoc est : denarius unus ; duo saigae duo denarii dicuntur; tremissis est tertia pars solidi et sunt denarii quatuor » (VI, 2).
Le désir de faire concorder les données de la loi salique avec celles des autres lois germaniques a donné lieu à des systèmes multiples et également inadmissibles; presque tous les auteurs qui se sont occupés de la question sont d'un avis divergent. B. Guérard' et ceux qui ont suivi son système croient qu'à côté du sou d'or de 40 deniers, monnaie réelle, il existait chez les Ripuaires et les Allemands un sou d'argent de 12 deniers monnaie de compte. Nous avons adopté, dans les lignes qui précèdent, la plupart des idées de H. Grote; cet érudit a sur les autres l'avantage d'être numismate, de tenir compte des monnaies et des textes, et de chercher dans ceux-ci non la lettre, mais l'esprit.
I. Le système de Guérard a été développé dans les Prolégomènes du Polyptiqtu de l'abbé Inninon; il comprend quatorze propositions dont les dix suivantes se rapportent à l'époque mérovingienne :
I. Les deniers mérovingiens, soit qu'ils fussent de 40 au sou d'or, ou de 12 au sou d'argent, étaient de même espèce et de même valeur.
II. Le poids moyen du triens fut de 23 grains et demi, et celui du sou d'or de 70 grains et demi.
III. Le denier moyen de la première race pèse de fait 21 grains et demi environ.
IV. Le denier moyen et légal descendit jusqu'à 20 grains et demi sous la première race.
V. Sous le roi Pépin, la taille fut d'abord conforme à celle de la première race
VI. VII et VIII. (La fin de la 5e proposition et les propositions 6 à 8 sont relatives" au monnayage carolingien.)