VIII. — LES FRANCS II
e) La grammaire.
A Tépoque mérovingienne, dit M. d'Amécourt, « l'orthographe et la grammaire entraient dans une période de désordre qui fut le prélude de la transformation de la langue latine en de nombreux dialectes romans ». Ce désordre est toutefois beaucoup plus apparent que réel, et il est assez facile de classifier les modifications que font subir à l'orthographe des légendes les influences persistantes du langage populaire sur le latin classique.
On remarque, dans l'épigraphie monétaire des Mérovingiens, comme dans leurs textes paléographiques, quatre changements habituels de voyelles :
1° Une tendance à substituer Vu à Yo latin. On écrira par exemple monetarios, dinarios, Launovios au lieu de monetarius, dinarius, Launovius.
2° Une tendance inverse à substituer un o à Vu latin. Par exemple, victuria, colunia, vicu, munetarius , castru, au lieu de Victoria, colonia, vico, monetarius, castro.
3° Une tendance à remplacer Ve latin par un i, comme dans rix,ficit, mis pour rex, fecit.
4° Une tendance inverse à remplacer Vi latin par un e. Témoins les mots fesetf selegas, vecturia, Betorex, mis pour fecit, siliquas, victuria, Betorix.
Les modifications de consonnes tiennent aux règles générales de la formation de la langue française. Nous pouvons donc nous dispenser d'en parler pour passer à quelques observations grammaticales.
Les noms d'hommes qui se lisent sur les monnaies mérovingiennes sont décHnés à trois cas différents. Les appellations royales sont mises au nominatif, comme SIGIBERTVS REX, ou au génitif comme CHLO- TARI VICTVRIA. Les noms de monétaires paraissent au nominatif comme NONNVS MONITARIVS. ou à l'ablatif, comme AVNVLFO MONETARIO. Tous les noms d'hommes appartiennent soit à la deuxième, soit à la troisième déclinaison. Les uns ne donnent lieu à aucune observation pardcuhère; les autres se déclinent tous sur les quatre modèles suivants :
Nom. Gén. Abl.
Baudomeres (Baudomeris) Baudomere
Abho (^Ahhonis) Ahhone
Pecca {Peccanis) Peccane
Jaco (^Jacoiis) Jacotc
Il8 PREMIÈRE PARTIE
Quelques noms appartiennent à la fois à la seconde et à la troisième déclinaison : tous ceux qui se terminent par -tnarus ou par -baudus ont un doublet en -mères ou en -bandes.
Les ethniques présentent sur les monnaies quatre cas différents. Quelques-uns d'entre eux sont écrits au nominatif: BETOREX, LEMOVIX, etc. Les noms de monastères ou d'églises sont généralement écrits au génitif en sous-entendant monasterium, ecclesia. Des génitifs pluriels sont également employés à Sion et à Genève dans les légendes : SIDVNINSIVM CIVITATI et GENAVINSIVM CIVIT. Un grand nombre de pluriels sont à l'accusatif faisant fonction de locatif: BETOREGAS, CARNOTAS. LINGONAS. REDONAS. ABRINKTAS. LEMOVECAS '. La quantité la plus grande, les neuf dixièmes des noms, sont à l'ablatif: BLESO CASTRO. BRIVATE VICO. MATASCONE, etc.
f) Liste générale des ateliers mérovingiens.
La liste que nous insérons ici est plus complète et plus exacte que celles mises jusqu'à ce jour à la disposition des travailleurs. Nous avons soigneusement revisé celles données par nos devanciers et nous les avons augmentées de tous les noms publiés dans les dernières années.
Notre nomenclature comprend non seulement les légendes des triens, mais celles des deniers d'argent dont nous parlerons dans notre § IV. Les noms des ateliers sont donnés tels qu'ils figurent sur les pièces ; nous avons respecté l'orthographe et le cas grammatical employés par le graveur des coins. Quant aux noms des monétaires, nous les indiquons au nominatif et généralement sous leur forme la plus complète. Nous n'avons du reste pas hésité à multiplier dans ce travail les points d'interrogation. Le lecteur verra de la sorte que, si un grand pas a été fait dans la numismatique, il reste encore un nombre immense de points à élucider. Suivant le mode adopté par M. d'Amécourt, nous indiquons entre crochets, [ ], les lettres placées dans le champ des monnaies. Les noms de monétaires mis entre parenthèse nous semblent des formes corrompues du nom qui les précède.
ABALLONE, AVALLONEC. Avallou (Youne). — Biulfus, ludavc. . .isel ?,
Ulfomercs.
AiiiNio. Avigneau (Yonne) ? — Denier signé par le monétaire Gisli-
mundus.
I. Voyez : H. d'Arbois de Jubainvillc, Iiijluciicc de la dccUnaison gauloise sur la dcclinaison latine dans les documents de l'époque niéroi'ingicnne, dans la Revue celtique, t. I, 1870-72, p. 320.