‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 104 sur 193 · A. — BOHÊME · texte numérisé non relu

A. — BOHÊME

a). — Royaume de Bohême.

Le royaume de Bohême, dont la capitale était Prague, était borné au nord par les margraviats de Misnie et de Haute-Lusace, à l'est par le duché de Silésie, le comté de Glatz et le margraviat de Moravie, au sud par l’archiduché d'Autriche et l’évêché de Passau, à l’ouest par le duché de Bavière, le Palatinat supérieur et la principauté de Bayreuth. Ses armes étaient : de gueules au lion d'argent, la queue fourchue et passée en sautoir, couronné L or.

En 1 326, les états de Bohême élurent roi l’archiduc Ferdinand I d’Autriche. gendre du dernier roi, Louis I, tué à la bataille de Mohacz; en 1 347, Ferdinand I rétablit l’hérédité du trône de Bohême en faveur de ses descendants. Voici la liste des rois de Bohême de la maison d’Autriche :

* Ferdinand I, 15 26-64.

* Maximilien II, 1564-76, couronné en

*Rodolphe II, 1 578-1612, couronné en

* Mathias II, 1612-19, couronné en 1611. [*Les Etats révoltés, 1618-20.

* Frédéric, comte palatin, 1619-20].

* Ferdinand II, 1619-37, couronné en

* Ferdinand III, 1637-57, couronné en

Ferdinand IV, couronné en 1646, mort en 1654.

* Léopold I, 1657-1705, couronné en

*Jcseph I, 1705-11, ne fut jamais couronné.

* Charles VI, 1711-40, couronné en

I. Ed. Fiala, Bcschrcibuug der Sammhiiig hôhm/scher Mi'myen iind McdailJen dcr Max Donehaiicr. Prague, 1888, gr. in-8. — Voigt a St Germano, Beschrcibuug dw bislmbekainiten boclnuischen Mïiuyoï. Prague, 1771-87, 3 vol. in-4. — G. Dewerdeck, Silesia iii nu}uis odcr BinJeiliiug dcm scblesischeii Miui^gabiiict. Jauer, 1711, in-4. — B. von é>o^un-\ri-]o\isc\\, Sddesische Mûn-yen inld Medaitleii. V:>xQ.s\oiU, i883,in-fol. ■ .

l’empire d’allemagne

[Charles VII de Bavière, 1742]

* Marie-Thérèse, 1740-80, couronnée en

* François I, associé au trône, 1740-64. *Joseph II, associé au trône, 1769, suc-

cède à sa mère, 1780-90; ne fut jamais couronné en Bohême.

Léopold II, 1790-92, couronné en 1791. * François II, 1792-1835, couronné en

L’avénement de Ferdinand I marque en Bohême le commencement de la numismatique moderne. Peu de temps après son couronnement, il créa à Prague la Chambre de Bohême, sous la présidence de Jean de Wartemberg, qui eut l’administration des monnaies dans son ressort. Bientôt les premiers thalers font leur apparition. Leur type se compose à l’avers de l’image du roi, représenté à mi-corps de profil à droite, cuirassé, couronné, orné du collier de la Toison d’or, tenant de la main droite le sceptre et de la gauche la poignée de son épée; le revers a l’écu échancré de Bohême-Hongrie brochant sur une aigle à une tête, sans couronne, mais nimbée. La monnaie d’or usuelle resta ducat 2lU saint Wenceslas ; en argent les gros de Prague, qui avaient été pendant toute la dernière partie du moyen âge la plus forte espèce en ce métal, furent maintenus avec leur type traditionnel de la couronne et du lion.

Ferdinand 1 conserva les trois ateliers monétaires en usage sous son prédécesseur. L’atelier de Prague frappait exclusivement la monnaie d’or; l’atelier de Kuttenberg n’émettait que l’argent; enfin les comtes Schlick étaient autorisés à battre des espèces d’argent de coin royal dans leur officine de Joachimsthal qui, sous Ferdinand 1, devint complètement royale. Sous Maximilien II, la peste qui sévissait à Prague fit ouvrir en 1 569 un atelier à Budweiss, et cette forge nouvelle resta en activité quand les circonstances eurent permis, dès le règne de Rodolphe II, de rétablir la Monnaie de Prague.

En 1618, l’intolérance religieuse de Mathias II détermina un soulèvement général des protestants de Bohême qui marque le début de la guerre de Trente-Ans. De 1618 à 1620, les Etats révoltés firent frapper à Prague, à Kuttenberg et à Joachimsthal, des monnaies d’argent dont la plus forte est le quart de thaler. Ces pièces portent à l’avers une couronne et la légende MOHET A REGNl BOHEMSÆ, au revers le lion bohémien et la devise ! N DEO FORTITUDO. L’empereur Mathias II s’apprêtait à négocier et à traiter avec les protestants de Bohême, quand il mourut en 1619; l’avénement de Ferdinand II rendit toute transaction impossible. Les Etats de Bohême refusèrent de le reconnaître pour roi et choisirent l’électeur palatin Erédéric ’V. Dès 1620, les troupes impériales occupèrent la Bohême et Erédéric V fut obligé de fuir. Pendant son règne éphémère, qui le fit surnommer le « roi d’hiver », winter koenig, les ateliers de Prague et de Kuttenberg monnayèrent à son nom.

Les monnaies du règne de Ferdinand II forment deux groupes : celles de bon aloi et celles de la kipper^eit, auquel leur titre affaibli a fait donner le surnom de lange mün^e. Celles-ci, dont rémission ne commença qu’en 1620, furent surtout frappées en 1622, quand Fempereur eut affermé l’exploitation de tous les ateliers de ses états héréditaires à un consortium de financiers, pour la durée d’une année. Ce groupe de spéculateurs avait pour chef Hans de Witte, président de la corporation des marchands de Prague, et comptait parmi ses membres, à côté de Charles, prince de Liechtenstein, le président de la communauté Israélite de Prague, Jacob Bassewi.

En 1670, sous Léopold I, Patelier de Joachimsthal fut supprimé. Sous Joseph 1 et Charles VI, de 1710 à 1725, Patelier de Prague frappa des ducats et doubles ducats d’or avec le métal des mines d’Eule. Ces pièces portent, comme détail accessoire du type du revers, une chouette (eule), les ailes parfois éployées, sur un soleil rayonnant. En 1726, la Monnaie de Kuttenberg fut fermée et toute la fabrication monétaire du royaume fut concentrée à Prague. En 1717, Charles VI fit frapper dans cette ville quelques thalers avec l’argent des mines de Joachimsthal; la légende du revers est: S- lOACHIMBSTALISCHE AUSBEUTTHALER. En 1758 et 1759, Marie-Thérèse ordonna une fabrication analogue. En 1744 et 1757, pendant les sièges de Prague par les Prussiens, il y eut dans cette ville un tel manque d’argent qu’il fut nécessaire de battre des monnaies obsidionales en plomb, gulden, s^wan^iger, ^chne7\ groschen et kreu^er. Le type de ces pièces est celui des monnaies ordinaires en argent.

Joseph II supprima en 1 78 3 la charge de maître général des monnaies de Bohême, et l’année suivante il ferma l’atelier de Prague. En 179$, Erançois II en ordonna la réouverture.

b). — Les comtes de SchlicJc.

En i4;7, l’empereur Sigismond accorda à son chancelier Gaspard Schlick et à ses descendants le droit de battre monnaie. Celui-ci et ses successeurs immédiats ne firent point usage de cette prérogative. Le monnayage ne débuta que lorsque Etienne de Schlick, comte de Bassano et de Weiskirchen, eut mis en exploitation la riche mine d’argent de Joachimsthal, sur le versant bohémien du Harz. En 1 5 19, il fit frapper les premières grandes monnaies d’argent qui prirent le nom de joacliimsihaler's ou, en abrégé, de thalers. de leur lieu d’origine. Les premiers limiers sont sans date; la série datée ne commence qu’en 1 520. Leur type se compose, à l’avers, de l’image de saint Joachim ayant

l’empire d’allemaGne

auprès de lui l’écu comtal, au revers, du lion de Bohême; les légendes, encore écrites au début, en lettres semi-gothiques, sont: ARMA üomi- SLIC0RV;^2 STEFANI ET FRATRww COMITVm De BASAIA etLVDOVlCVS PRIMVS DEI GRACIA REX BOEM^e. Indépendamment des thalers et des demi-thalers, Étienne de Schlick frappa des gros de Prague au nom du roi Louis I, sans sa signature personnelle.

En 1 528, Ferdinand I mit fin aux émissions des comtes. L’atelier de Joachimsthal devint atelier royal de Bohême et les comtes de Schlick durent cesser le monnayage à leur nom pour devenir en quelque sorte les administrateurs de la Monnaie du roi.

Vers 1627, Ferdinand II accorda à Henri IV, comte de Schlick (1612-50), une nouvelle concession monétaire, qui fut confirmée par Ferdinand III en 1641 et en 1646. Dès 1627, Henri IV de Schlick ouvrit un atelier à Plan et y frappa des thalers et des pièces divisionnaires; en 1628 et 1629, il fit également frapper quelques pièces à Nuremberg. L’atelier de Plan resta en activité, sous François-Ernest (1650-75), jusqu’en 166;.

Les trois derniers comtes de Schlick dont il existe des monnaies les firent forger dans l’atelier de Prague; ce sont: François-Joseph (1675-1740), François-Henri I (1740-66), et Léopold-Henri (1766- 1770).

Les armes des comtes de Schlick étaient: écartelé aux et 4^ d’azur au lion d’or tenant une église d’argent, qui est Weiskirchen, aux 2^ et 3^ de gueules chapé d’argent aux trois anneaux de l’un en l’autre posés 2, I, qui est Schlick; sur le tout, d’argent aux deux panthères de gueules, posées en regard et tenant ensemble une tour crénelée de gueules, qui est Bassano.

c). — Duché de Crunimau K

La terre de Grumman était située en Bohême, dans le cercle de Budweiss. En 1622, elle fut donnée par Ferdinand II, en même temps que quelques autres terres, à Jean-Ulric Eggenberg, gouverneur de Styrie. L’année suivante, à l’assemblée palatine de Ratisbonne, ce seigneur obtint pour lui et pour ses descendants la qualité de prince de l’Empire. Le 24 février 1625, Ferdinand II lui donna le droit d’ouvrir un atelier monétaire, à la condition de se conformer aux lois impériales pour la fabrication des espèces.

I. A. Meyer, Die Miïn^en iind Medailkn dcr Famille Eggenherg, dans la Ni/mismatische Zeitschrift, 1888, p. 183 et suiv.

Les princes d’Eggenberg qui usèrent de la prérogative monétaire sont au nombre de quatre :

Jean-Ulric, ...1625-34.

Jean-Antoine, 1634-49.

Jean-Chrétien et Jean-Seyfried, 1649-1664.

Jean-Chrétien seul, à Crummau, mort en 1710.

Ils avaient créé un atelier à Crummau et une seconde officine à Waldstein en Styrie. On ne connaît pas de monnaies postérieures à 1688. Les princes d’Eggenberg s’intitulaient sur leurs espèces: seigneurs, puis ducs de Crummau, princes d’Eggenberg, comtes de Postojné, seigneurs d’Ernhausen, comtes de Gradisca. Leurs armes étaient : écartelé, au à cinq roses de gueules boutonnées d’or, posées en sautoir pour Crummau, au 2^ à laigle couronnée de sable pour Adelsberg, en slave Postojné, au 3^ d’azur à l’ancre d’or pour Pettau, au 4^ à la roue d’argent pour Radkersberg; sur le tout: à trois vautours tenant une couronne. Sur les monnaies de Jean-Chrétien et Jean-Seyfried, les armoiries comprennent deux quartiers de plus : à la croix ancrée d’ argent, posée sur un croissant du inême, pour Gradisca, et à l’aigle d’ argent Aquilée.

d). — Duché de Friedland.

En 1625, l’empereur Ferdinand II, pour reconnaître les services de son illustre général Albert de Wallenstein, éleva au rang de duché sa terre de Friedland et lui donna le droit monétaire. Dès l’année suivante, Wallenstein ouvrit à Jitschin un atelier où il frappa des thalers à son buste et de nombreuses monnaies divisionnaires ; il s’entitule: ALBER- TVS D G- DVX FRIDLANDIÆ SAC. ROM. IMPERII PRINCEPS.

Cette titulature fut successivement modifiée, quand en 1628 Wallenstein devint duc de Sagan et quand, plus tard encore, il fut créé duc de Mecklembourg. L’atelier de Jitschin ouvra jusqu’à la mort de Wallenstein, en 1634, et mit en circulation des espèces d’or et d’argent.

Les armes de Wallenstein, lorsqu’il était simple duc de Friedland, étaient : d’or à l’aigle éployée de sable, couronnée d’or, chargée d’un écu écartelé aux et 4^ d’or au lion d’azur la queue fourchée, celui du contourné, aux 2^ et 3^ d’azur au lion d’or, la queue fourchée, celui du 3^ contourné. Sur les plus anciennes de ses monnaies, le duc de Friedland entoure ses armes de la devise: DOMINVS PROTECTOR MEVS.

e). — Comté de Windisch-Graet:{.

Les comtes de Windisch-Graetz furent élevés au rang de comtes immédiats de l’Empire en 1684. Leurs armes étaient : écartelé, aux et 4^ de

l’empire d’allemagne

gueules à une tête et col de loup d’argent, languée de gueules, celle du /er contournée, au 2^ de sable à trois besants d’or percés du champ, au 3^ de sable au chevron d’argent et au chef du même; sur le tout, de gueules à une arête de poisson d’or en bande, qui est Kradner.

On possède des ducats et des thalers de Léopold- Victor- Jean (1695-1746) et des ducats, des demi-thalers et des, ^wan^iger de Joseph- Nicolas (1746-1802). Ces pièces portent leur buste et leurs armes.

f). Ville d^Èger.

La ville d’Eger, située sur la rivière de ce nom, possédait au moyen âge le droit de frapper de menues espèces. Ces émissions continuèrent au début de l’époque moderne. Un weisspfennig uniface porte le millésime de 1 5 16 et l’écu de la ville : fretié au chef chargé d’une aigle naissante. Nous avons parlé précédemment' des monnaies obsidionales frappées à Éger en 1743.

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