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ET SES DÉPENDANCES

DEPUIS L’APPARITION DES PIÈCES D’ARGENT A FLAN ÉPAIS AU - XVe SIÈCLE JUSQU’A LA FIN DU XVIIIe.

Sources ; V. Promis^ Tavole sinottiche- delle monde Imüiite in Italia e da italiani alV estero. Turin, 1869, in-4. — G. Bazzi et M. Santoni, Vade-mecum del raccogJitore di moiiete italiane. Camerino, 1886, in-8. — F. et E. Gnecchi, Saggio di hihïiografia iiumismatica delle lecche ila-liane medioevali e moderne. Milan, 1889, gr. in-8. — Les autres sources sont indiquées dans le cours du chapitre.

L'étude des monnaies de Tltalie est particulièrement captivante. Ce pays devança en effet tous les autres pays de l’Europe dans l'adoption des espèces d'argent à flan épais. Sous Galéas-Marie Sforza (1466-1476), l’atelier de Milan livre à la circulation les premiers testons, et cette fabrication marque le véritable début de la monnaie moderne. Dès 1465, François Sforza avait fait graver son effigie sur ses ducats d'or.

Au point de vue de Part, le numéraire de la péninsule brille au premier rang parmi les productions les plus parfaites de la Renaissance. Comme le constate François Lenormant, c’est de la Toscane que sortit la rénovation de la gravure monétaire issue de l'inspiration des œuvres antiques étudiées avec passion, et du retour à une imitation à la fois naïve et savante de la nature. A Florence, à Ferrare, à Milan, à Parme, à Venise, à Bologne, à Rome, on retrouve parmi les noms des « tailleurs de coins » employés à la gecca, ceux des artistes les plus éminents, les Caradosso, les Camélia, les Pier Maria de Pescia, les Francia, les Benvenuto Cellini, les Leone Leoni, les Bonzagni, les Giovanni da Castro Bolognese, les Grecchetto, les Valerio Belli, les Pastorino et tant d’autres ' .

I, Il n’est pas hors de propos de rappeler ici les titres des principaux ouvrages consacrés aux médailleurs italiens de la Renaissance : J. Friedlaendcr, Die italienischen

Le monnayage de la péninsule présente, comme celui de LAllemagneune grande diversité par suite de la division politique du pays, et spécialement des régions du Nord, en un nombre considérable de petits états particuliers, jouissant des droits régaliens. Pour Texamen de ces nombreuses séries monétaires, le groupement géographique des états est celui qui nous a paru le plus logique. C’est à cet ordre que nous nous sommes arrêtés, de préférence à Tordre alphabétique des ateliers, suivi par Vincent Promis et la plupart des auteurs auxquels on doit des traités généraux de numismatique italienne.

§ I. — Italie septentrîonole.

Nous groupons dans ce premier paragraphe les états qui s’étendaient en Savoie, en Piémont, en Lombardie, en Vénétie, en Ligurie et en Emilie, c’est-à-dire dans la région de TItalie où la souveraineté territoriale se trouvait le plus disséminée et où, par conséquent, les monnayages sont les plus nombreux.

a). — Duché de Savoie K

Le duché de Savoie s’étendait sur les deux versants des Alpes. En deçà des montagnes, il comprenait, à la fin du xv^ siècle, la Savoie proprement dite, la Bresse et le Bugey; au delà, il embrassait la principauté du Piémont; enfin, entre les Alpes et la mer, le comté de Nice. Le souverain de ce pays prenait le titre de diix Sabaudiae, îjiarchio in Italia. Ses armes étaient: de gueules à la cj'oix d’argent; son emblème favori, un lacs d’amour; sa devise f. e. r. t., lettres énigmatiques dont le sens a donné lieu à diverses interprétations. Voici la succession des ducs de Savoie, de la fin du xv^ siècle jusqu’au moment où Victor-Amédée II devint roi de Sardaigne:

*CharlesI, 1482-1490.

* Charles-Jean-Amcdée et Blanche de Montferrat, 1490-1496.

* Philippe II, 1496-1497.

^Philibert II, 1497-1504.

Schaiimiïnxen des XV Jahrhunderis. Berlin, 1880-82, in-fol. — A. Heiss, Les niêdailleurs de la Renaissance. Paris, 1881 et suiv. in-fol. — A. Armand, Les nicda illeurs italiens des xv^ et xvi^ siècles. Paris, 1883-87, 3 vol. in-8.

I. D. Promis, Monete dei Reali di Savoja. Turin, 1841, 2 vol. in-4 avec 87 planches. — A. Perrin, Musée départemental de Chambéry. Catalogue du mcdaillier de Savoie. Chambéry, 1883, in-8.

* Charles II, 1504-1553.

* Emmanuel-Philibert, 1553-1580.

* Charles-Emmanuel I, 1580-1630.

* Victor-Amédée I, 1630-1637.

* Erançois-Hyacinthe et Christine de Erance, régente, 1637-1638.

* Charles-Emmanuel II et Christine de France, régente, 1638-1648.

* Charles-Emmanuel II, majeur, 1648-1675.

* Victor-Amédée II et Marie-Jeanne de Nemours, 1675-1684.

* Victor-Amédée II, majeur en 1684, roi de Sardaigne en 1718.

En 1483, Charles I apporta d’importantes modifications dans le système monétaire de ses états. Il fixa à ii 1/15 le rapport de l’or à l’argent, introduisit dans ses ateliers l’usage du marc de Troyes et fit frapper les premiers testons d’argent ou pièces de huit gros, sur lesquels il se fit représenter en buste, une épée à la main (fig. 251). Il y eut aussi une modification dans les légendes ; le revers, au lieu de porter, comme précédemment, une énumération de titres, reçut des textes tirés des livres saints, soit: Christus vincit, Christus régnât, Christiis imperat, soit: Christus rex venit in pace Deus, soit encore l’inscription si répandue : sit nonien Domini benedictiun. Les caractères gothiques sont de bonne heure remplacés par des lettres latines ; seule la devise ferd conserva longtemps son aspect archaïque, et resta écrite en minuscules gothiques dans le champ des espèces. Les ateliers du duché de Savoie en activité sous Charles I se trouvaient, en deçà des monts, à Cornavin, près Genève, à Chambéry et à Bourg-en-Bresse; de l’autre côté des Alpes on monnayait- à Aoste et à Turin; enfin une officine fonctionnait à Nice, pour le comté de ce nom.

En 1485, Charlotte, reine de Chypre, veuve de Louis de Savoie, décédé en 1482, confirma la donation qu’elle avait faite de son royaume au duc de Savoie. C’est sur cette donation que les ducs de Savoie s’appuyèrent désormais pour prendre le titre de rois de Chypre, bien qu’en fait ils n’aient jamais pu se mettre en possession de ce pays, occupé par les Musulmans.

Charles-Jean-Amédée était âgé d’un an à peine à la mort de son père. Le pays fut gouverné par sa mère Blanche de Montferrat, qui contresigna les espèces en qualité de tutrice : BLANCHA D-S- TVTRIX, et n’émit que de menues monnaies de bilion.

La frappe de l’or et des testons d’argent reprit sous Philippe II (1496-

1497), et continua sous Philibert II (1497-1504), mais le grand buste armé fit place sur les fortes espèces d’argent à la tête du prince coiffée d’un bonnet. Les autres types monétaires restent ce qu’ils étaient précédemment : un cavalier, l’écu de Savoie avec ou sans cimier, le mot FERT, une croix de formes variables.

Le règne de Charles II (1504-1555) fut troublé par une guerre malheureuse avec le roi de France. En 1534 l’amiral Chabot, commandant des forces françaises, se rendit maître de la Bresse, de la Savoie et de presque tout le Piémont. Turin tomba aux mains de François I, qui y établit un atelier monétaire français. Charles II fut contraint de se retirer à Verceil, qui devint le siège d’un atelier monétaire. En 1543, Nice, assiégée par une armée française et une flotte turque, frappa des monnaies obsidionales d’or et d’argent, dont nous reproduisons ici un exemplaire (fig. 252). Malgré les malheurs des temps, Charles II eut une série monétaire d’une grande variété de types et d’une belle exécution. En juin 1453, une ordonnance prescrivit la fabrication de talleri d’argent valant 42 gros et de diverses autres espèces divisionnaires : cette ordonnance marque le début de l’émission des monnaies d’argent d’une valeur supérieure au teston. Le type de ces premiers éciis ou tallein se compose à l’avers de l’image en pied de saint Maurice, au revers d’une croix feuillue, portant au centre l’écu de Savoie et contournée des quatre écus de Chypre, de Saxe, de Nice et de Montferrat.

Em manuel-Philibert (1 5 5 3-1 580) servait aux Pays-Bas dans l’armée de Charles-Quint, quand il apprit la mort de son père. Il gagna en 1557 la bataille de Saint-Quentin, qui amena, entre la Erance et l’Espagne, la paix du Cateau-Cambrésis. Cette paix rendit au duc de Savoie la plus grande partie de ses états ; quelques villes importantes restèrent toutefois à la Erance jusqu’en 1 574. Un grand désordre régnait à cette époque en Savoie, par suite de l’existence de monnaies de compte spéciales en deçà et au delà des Alpes, à Aoste, à Nice et en Piémont. Par une ordonnance du 1 3 mars 1 562, Emmanuel-Philibert tenta d’unifier le cours des espèces dans ses états, et prescrivit l’émission de monnaies nouvelles. Il fixa le rapport de l’or à l’argent comme î est à ii 809/5176; il prit comme base du nouveau système l’ancien gros, auquel il donna le nom de sol ou süido. La série des pièces émises à cette époque comprit l’échelle de valeurs suivante :

l’ ITALIE

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