Doppio filiberto d’oro, valant 27 lire d’argent
Plusieurs de ces pièces se distinguent par la beauté et l’originalité de leur type. Le doppio filiberto d’or porte à l’avers les bustes en regard du duc de Savoie et de sa femme Marguerite de France; le revers représente un serpent s’enroulant autour de cinq flèches, avec cette légende : HER- CVLEO VINCTA NODO. L^filiberto d'oro, la meppa lira et le filiberto d’argent ont d’un côté les armes, de l’autre un éléphant debout au milieu d’un troupeau de moutons; la devise est INFESTVS INFESTIS ; la lira d’argent porte le buste de souverain et les mots : INST AR OMNIVM, dans une grande couronne de chêne. En 1 566, le système monétaire se compléta par une pièce de trois lire ou écu d’argent, portant à l’avers l’efligie
du duc et au revers celle de la duchesse (fig. 253). En 1 367, on frappa des florins d’argent, portant un trophée entouré des mots RECONDVNTVR NON RETONDVNTVR. En juillet 1^72, Emmanuel-Philibert institua l’ordre de la chevalerie séculière des saints Maurice et Lazare ; il prend dès lors sur ses écus d’or le titre de grand maître de cet ordre. En 1 577, l’atelier de Turin émit des tallari ou écus, d’argent portant l’image équestre du duc; la marque particulière de l’oflicine était un T.
Charles-Emmanuel I (i 580-1630) augmenta ses états, en 1588, du marquisat de Saluces. En 1 589, après la mort de Henri III, il se mit sur les rangs pour lui succéder, en Erance, comme fils de Marguerite, sœur
de Henri II; en i6oi, battu par Lesdiguières, il fit avec Henri IV un traité de paix par lequel il céda au roi le pays de Gex et le Bugey, mais obtint la cession définitive du marquisat de Saluces.
Les émissions monétaires de Charles-Emmanuel I furent nombreuses et comprirent une grande variété d’espèces, depuis la pièce de dix écus d’or jusqu’aux menues pièces de billon. Les plus fortes espèces d’argent furent les écus d’argent valant quatre testojis et les tallari de trois testons : à partir de la fin du xvi^ siècle, l’écu d’argent prit le nom de ducaton. Le tallaro de 1581 reproduit le type équestre d’Emmanuel Philibert, mais les écus d’argent présentent une série de types qui varient à chaque émission. Celui de 1588 porte au revers un centaure lançant une flèche; la légende est: OPPORTVNE. Celui de 1614 a l’image de saint Charles et l’invocation: DISCERNE CAVSAM MEAM, allusion à la guerre que le duc de Savoie soutenait contre le duc de Mantoue pour la succession de Montferrat. En 1619, les écus d’aloi affaibli ont l’effigie en pied de saint Amédée : BENEDIC HÆREDITATI TVÆ. Enfin, en 1621, le revers présente un compas ouvert avec la légende: DVM PRÆMOR AMPLIOR. L’avers de toutes ces pièces présente uniformément le buste de Charles-Emmanuel I cuirassé, drapé et colleté d’une large fraise. Ce prince fut le dernier qui monnaya à Chambéry. En 1617, la ville de Verceil fut assiégée par les Espagnols qui, dans la guerre pour la succession du duché de Montferrat, tenaient le parti du duc de Mantoue. Ce siège, qui dura de la fin de mai jusqu’au 25 juin, date de la capitulation, donna lieu à la fabrication de monnaies obsidionales d’or et d’argent, portant à l’avers le buste de Charles-Emmanuel I, et au revers les mots : VERCELLIS IN OBSL DIONE 1617, dans un cartouche.
V ictor- Am édée I (1630-1637) établit définitivement comme unité
monétaire du Piémont la lira d’argent de vingt sols; cette pièce porta à
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Tavers son effigie, au revers les trois bannières de Savoie, de Saint- Maurice et de rOrdre de l’Annonciade, passées dans une couronne ducale et entourées des mots : NEC NVMINA DESVNT. Ce type se retrouve sur d’autres pièces d’or et d’argent (fig. 254). Victor-Amédée I monnaya à Turin, à Verceil et à Nice. En 1630, pendant l’épidémie qui désolait certaines villes du Piémont, l’atelier de Turin fut transporté provisoirement à Moncalieri, et l’atelier de Verceil à Santhia.
A la mort de Victor-Amédée, son fils aîné François-Hyacinthe lui succéda sous la tutelle de sa mère Christine de France, mais il survécut moins d’un an à son père. En mai 1638, le gouverneur espagnol de Milan, profitant du désarroi de cette minorité, vint mettre le siège devant Verceil ; le gouverneur de la place, le marquis Dogliani, fut contraint de frapper des monnaies obsidionales d’or et d’argent; elles portent les noms de François-Hyacinthe et de sa mère, les armes de
Savoie et, au revers, un cartouche avec ces mots : VERCELLÆ ITE- RVM AB ■ HISP ■ OBSESSÆ. La ville fut obligée de capituler le 5 juin. Dans l’atelier de Turin, les rares monnaies frappées en 1638, doubles et doublons d’or, ducatons d’argent, portent les effigies conjuguées de la régente et de son fils : ^Ranciae FR • HYAC ■ DVCES SABAV-
P • P ■ PED • R ■ R ■ CYPRi ; au revers, nous trouvons la Madone entourée de fleurs: DEDVCET NOS MÎRABIUTER DEXTERA TVA (fig. 255).
Charles-Emmanuel II recueillit l’héritage de son frère et, jusqu’en 1648, sa mère conserva la tutelle. Les monnaies portent leurs effigies réunies. Les droits de régence de Christine de France étaient contestés par Maurice et Thomas, frères de Victor-Amédée, soutenus dans leurs prétentions par l’Espagne. Thomas s’empara de Turin par surprise, et y émit de menues espèces au nom de Charles-Emmanuel II, seul. Lorsque la capitale du Piémont fut retombée au pouvoir de Christine de France, l’atelier de Thomas fut transféré à Biella et à Ivrée. Pendant
cette même guerre, la ville de Cunéo, assiégée en 1641 par les Français qui tenaient le parti de la régente, émit des obsidionales d'or et d’argent. Le traité du 14 juin 1642 vint rétablir la paix.
La série monétaire de Charles-Emmanuel II, majeur (1648-1675), ne présente pas la variété d’empreintes de celles de ses prédécesseurs. Les monnaies d’or comprennent, il est vrai, des espèces de très grand module, telles que la pièce de 20 écus, mais le type ne consiste en général qu’en un portrait du prince, qui suit les modifications de Fâge, et en armoiries simples ou écartelées.
Victor- Amédée II, âgé de neuf ans à la mort de son père, lui succéda sous la régence de sa mère Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie. Leurs bustes conjugués figurent sur les monnaies, dont le revers est le plus souvent occupé par les armes. Un doublon d’or frappé en 1675 représente la Vierge assise, tenant le sceptre et appuyant la main gauche sur l’épaule de l’Enfant debout à côté d’elle; la légende PVPIL- LVM ET VIDVAM SVSCIPIET est, comme le type lui-même, appropriée aux circonstances.
Victor-Amédée II atteignit sa majorité en 1684. Son règne fut marqué par une longue guerre avec la France et l’Espagne, qui prit fin en 1713 à la paix d’Utrecht;le duc de Savoie, qui s’était vu à un moment dépouillé d’une grande partie de ses états, en obtint la restitution. L’Espagne lui céda en outre le royaume de Sicile, que l’Autriche reprit en 1718 pour le restituer plus tard aux Espagnols. En 1720, en compensation de la Sicile perdue, Victor-Amédée reçut l’île de Sardaigne et la confirmation de son titre de roi.
Les types des monnaies de Victor-Amédée II ne diffèrent guère de ceux des pièces de son père; ce sont toujours l’effigie du prince et ses armes qui en font les frais. Une pièce d’or, le carlmo da doppie cinque frappé en 1694, fait exception et présente à l’avers l’image équestre du duc de Savoie, au revers la Justice dans une nue, avec cette légende: FIDEM SERVANDO PATRIAM TVENDO. Le fait monétaire le plus intéressant du règne de Victor-Amédée 11, fut la suppression, par son édit du 17 février 1717, des diverses monnaies de compte en usage dans ses états, et l’établissement comme monnaie de compte unique de la lira piémontaise. Jusqu’à cette époque, la Savoie continuait, malgré les tentatives d’unification antérieures, à compter en valant la moitié de la livre tournois de France; le Montferrat comptait en écus et réaux; les provinces lombardes récemment annexées avaient conservé le compte en monnaies de Milan. Le décret de Victor-Amédée II vint simplifier considérablement les opérations commerciales entre ses diverses provinces.
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b). — Royaume de Sardaigne.
Nous avons rappelé, dans le paragraphe précédent, comment ce royaume fut créé en faveur de Victor-Amédée II, duc de Savoie. Celui-ci abdiqua en 1750, laissant la couronne à son fils, qui la transmit à ses descendants :
* Charles-Emmanuel III, 1730-1773. * Charles-Emmanuel IV, 1796-1798.
* Victor-Amédée III, 1773-1796.
Victor-Amédée II, lorsqu’il fut mis en possession de la Sardaigne, prit les titres suivants: Dei gratia rex Sardiniae, Cypri et Hm'osolymoi'um, dux Sabaudiae et Montisferrati, princeps Pedemonti. Le seul atelier monétaire du royaume resta établi à Turin '.
En 1755, Charles-Emmanuel III modifia le système monétaire, qui comprit dorénavant les espèces suivantes: i° en or, carlin de 3 doppie, demi-carlin de deux doppie et demi, doppia valant 24 lire, demidoppia, quart de doppia ; 2° en argent, scudo de 6 lire, demi scudo, quart de scudo et huitième de scudo. Le type se compose du buste du roi et des armes. Ce système ne subit pas de modifications importantes jusqu’à la conquête française.
c). — Seigneurie d’Asti.
La terre d’Asti, située sur le Tanaro, en Piémont, appartenait à la fin du xv^ siècle à Louis, duc d’Orléans. Celui-ci monta en 1498 sur le trône de Erance sous le nom de Louis XII (1498-1 313).
En 1529, à la suite du traité de Cambrai, le roi Erançois I fut contraint de céder Asti à Charles-Quint, qui donna en 1331 cette seigneurie à Béatrice de Portugal, femme de Charles III, duc de Savoie. ^
On possède des monnaies en assez grand nombre, en or, en argent ci: en billon, de Louis, tant comme duc que comme roi; notre figure 236 représente le cavallotto d’argent de ce prince. Le type du revers se compose de l'image de saint Second, patron d’Asti.
I . Nous parlerons dans le § IV, consacré à l’Italie insulaire, des monnaies frappées pour l’île de Sardaigne.
François I ne frappa que des monnaies d’argent et de billon. Les émissions furent continuées de 1 5 29 à 1 5 3 1 au nom de Charles-Quint, puis l’atelier entra en chômage. En 1542, Asti fut donné à Emmanuel- Philibert de Savoie, fils du duc Charles II; ce prince reprit le monnayage et émit des espèces avec le titre de prince de Piémont jusqu’en 1553, date de son avènement au trône de Savoie.
d). — Marquisat de Salaces K
Le marquisat de Saluces, en italien Salus^^o, en latin Salutiae, s’étendait sur le versant oriental des Alpes. Ses armes étaient : d’argent au chef d’ac^ur. L’atelier monétaire se trouvait à Carmagnola. Voici la liste des marquis de Saluces qui monnayèrent dans les temps modernes :
* Louis II, 147^-1504. ^François, 1529-37.
* Michel-Antoine, 1504-28. * Gabriel, 1537-48.
La maison de Saluces s’éteignit avec ce dernier ; ses possessions furent annexées parla France. En 1601, Henri IV céda Saluces à la Savoie en échange de la Bresse et du Bugey.
Louis II ouvrit l’atelier de Carmagnola vers 1480. Ses monnaies comprennent de beaux sequins et doubles sequins d’or, à l’avers desquels se montre son effigie, d’une superbe gravure. La légende habituelle du revers est le nom de saint Constance, SANCTVS CONSTAN- TIVS. L’image de ce saint, et plus rarement celle de saint Agapet, SANCTVS AGAPITVS, figure sur les monnaies de Michel-Antoine, où l’avers est généralement occupé par une aigle ou par l’écu de Saluces.
e). — Comté de Déciane^.
Le comté de Déciane ou de Dezana, en latin Deciana, s’étendait en Piémont, non loin de Verceil. Il appartenait depuis 1411 à la famille des Tizzoni, dont les armes étaient : d’argent à trois tisons de sable allumés de gueules, mis en bande. En 1485, Louis I obtint le titre de comte, auquel Maximilien I ajouta encore en 15 10 celui de vicaire de l’Empire.
1. G. Cordero di San-Q.uintino, Delta istitiiiione dclle ^ecche dei marchesi di Saluigo. Lucques, 1836, in-8.
2, G. Gazzera, Memorie storiche dei Ti^oiii, coati de Dezana, e notice dette toro monelc. Turin, 1842, in-4. — E. Cartier, Monnaies frappées en Piémont de 1J/5 à i^aqpar deux capitaines français avec te titre de comtes de Déciane, dans la Revue numismatique, 1843, P- 19^ suiv.
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Louis II Tizzone (1510-15) ouvrit à Déciane un atelier, sans qu’on puisse dire dans quelles circonstances le droit monétaire lui avait été accordé, et il y émit des espèces d’or et d’argent. Les testons ont l’image en pied de saint Alexandre et l’aigle couronnée, entourée de la légende : LVD ■ TICIO ■ DECI • CO • VIC- IMP. Partisan de l’Empire, mêlécomme tel aux guerres contre la France, il se vit en 1515 dépossédé de ses états par François I, qui donna le comté de Déciane à un de ses capitaines, François Mareuil, seigneur de Montmoreau. En 1516, ce dernier vendit son fief à Pierre Bérard, seigneur de la FacaudièrerR-B- D-F-COMES DECIANE. Celui-ci en céda à son tour, en 1 527, la moitié à Philippe Tornielli, patricien de Novare, qui s’en était emparé par surprise. Tous ces divers possesseurs de Déciane ont laissé des monnaies ; le dernier prend sur ces pièces le simple titre d’ administrateur du comté.
En 1529, la famille des Tizzoni rentra en possession de Déciane et fournit désormais à ce pays les seigneurs suivants :
* Jean-Barthélemy, 1529-33.
Caius-César, 1533-52.
Jean-Marie et Gabriel, 1552-59.
* Augustin, 1559-82.
* Dauphin, 1583-98.
* Antoine-Marie, 1598-1641.
* Charles-Joseph, 1641-76.
*Curtius-François, 1679-93.
En 1693, à la mort de ce dernier, sa veuve vendit Déciane à Victor Amédée II, duc de Savoie, qui supprima l’atelier monétaire et en fit transporter le matériel à Turin.
Les comtes de Déciane copièrent les monnaies d’un grand nombre d’états italiens et étrangers. Dauphin Tizzone inonda le sud-est de la France de ses innombrables contrefaçons du gr'os de Nesle et du liard de Henri III. Les monnaies suisses servirent aussi maintes fois de prototypes aux monnayeurs peu scrupuleux de Déciane, qui tiennent peutêtre le premier rang parmi les contrefacteurs italiens.
f). — ■ Comté, puis principauté de Messerano.
La terre de Messerano ou Masserano comprenait la ville de ce nom et le bourg de Crevacuore ; elle était enclavée dans le Piémont, mais la suzeraineté en appartenait au pape, qui en 1506 l’éleva au rang de comté.
Les premières monnaies de Messerano sont des pièces anonymes frappées par les seigneurs, puis comtes de la famille des Fieschi depuis la fin du xv^^ siècle. Les espèces signées n’apparaissent qu’avec Louis II et son cousin Pierre-Lucas II, qui monnayèrent et régnèrent en commun jusqu’en 1528; à cette date, ils procédèrent à un partage de leurs
420 PREMIÈRE PÀRTIE
biens et Pierre-Lucas II obtint Crévacuore, qu’il vendit en 1 554 au duc de Savoie.
Louis II, se trouvant sans enfants, adopta en 1517 un de ses parents par alliance, Philibert Ferrero, de Biella, à la condition qu’il
continuerait le nom de Fieschi. Celui-ci devint, en 1552, comte de Masserano, et fut promu en 1 547au rang de marquis.
Son fils Besso Ferrero- Fieschi récupéra, en 1 ^76, la terre de Crevacuore par un échange de territoires avec la Savoie. En 1598, le pape érigea Masserano en principauté et Crevacuore en marquisat. Voici la chronologie des seigneurs de ces fiefs depuis l’avènement des Ferrero :
■^Philibert, 1532-59. * François-Louis, 1667-85.
* Besso, 1559-84. * Charles-Besso, 1685-1720.
* François-Philibert, 1584-1629. Victor-Amédée, 1720-43.
*Paul-Besso, 1629-67. Victor-Philippe, 1743-67.
Le monnayage prit fin vers 1690, sous Charles-Besso. En 1767, Victor- Philippe vendit ses états au roi de Sardaigne.
Les premiers testons frappés au nom de Louis II portent son écu penché sous un heaume ou l’image de saint Téonest, SANCTVS TEONES- TVS MAR, assis dans l’attitude du saint Ambroise de Milan, ou debout de face. Sous Pierre-Lucas, nous trouvons l’image du même saint ou
un cavalier étendant la main (fig. 258). Sur les cavalotti d’argent, saint Téonest est figuré à cheval. Le numéraire de Messerano, qui comprit des pièces d’or et des talleri d’argent, se composa pour la plus grande partie d’imitations de monnaies italienneset étrangères. En 1 672, Erançois Louis, trouvant lucratif de copier les douzièmes d’écu d’Anne-Marie- Louise de Dombes, fit frapper des pièces analogues, sur lesquelles il mit le buste de sa femme, Marie-Christine de Simiane.
Les armes des Fieschi étaient: bandé d'argent et d’azur ; celles des
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Ferrero étaient : d’argent au lion d’azur, couronné d’or, armé et lampassé de gueules.
g) . — Comte de Frinco i .
La terre de Frinco appartenait à la famille des Mazzetti, auxquels l’empereur Frédéric 111 donna, le 14 mai 1487, le droit de battre monnaie dans les trois métaux. Les émissions ne commencèrent toutefois qu’à la fin du xvi^ siècle. En 1585, Charles-Emmanuel I, duc de Savoie, investit Hercule et Dominique Mazetti du tiers du fief de Erinco, en communauté avec leurs cousins Claude et Jules-César, et leur confirma toutes leurs prérogatives.
On possède des monnaies anonymes, frappées en commun par les comtes de Erinco, et des pièces sur lesquelles paraissent le nom d’Hercule et celui de Claude réunis (1581-84), le nom d’Hercule, seul (i 59",- 1601), ou enfin celui de Jules-César (1595-1601) seul. Le numéraire mis en circulation par les Mazzetti consiste en audacieuses imitations de monnaies italiennes, françaises ou suisses. La république de Venise, émue de la contrefaçon dont ses espèces étaient l’objet, se plaignit au duc de Savoie, qui, le 20 février 1601, ordonna la fermeture de l’atelier de Erinco et en fit porter le matériel à Turin. En 1611, l’empereur Rodolphe II dépouilla Hercule et Jules Mazzetti de tous leurs biens et les donna, y compris le droit monétaire, à Ernest Molart, baron de Reineck et Drosendorf. Celui-ci ne paraît pas avoir fait usage de sa prérogative; en 1614 il vendit Erinco au duc de Savoie.
h) . — Comté de Cocconato.
Le comté de Cocconato était voisin de celui de Erinco. Il appartenait à la famille des Radicati, qui obtint de Charles-Quint, par diplôme du 29 janvier 1 530, le droit de battre monnaie.
Les monnaies les plus anciennes sont de 1581; elles sont frappées au nom des Radicati, sans désignation personnelle. Quelques pièces postérieures mentionnent Hercule en 1585, Percival en 1594 et Jacques la même année. Le duc de Savoie racheta le 1 5 avril i s 98 le droit monétaire des Radicati, moyennant une rente annuelle de trois cents écus d’or. L’atelier situé à Passerano fut définitivement fermé.
Les pièces frappées par les comtes de Cocconato consistent en imitations de mauvais aloi de monnaies italiennes, françaises, suisses, lorraines, etc.
I. D. Promis, Monete dei Radicati e Mazetti. Turin, 1860, in-4. — A. Morel
i). — Marquisat de Vergagni.
Le marquisat de Vergagni appartenait à la maison des Spinola. Le 9 novembre 1676, Lempereur Léopold I en investit J ean-Baptiste Spinola, et lui donna probablement le droit monétaire. En 1680, celui-ci fit frapper des monnaies d’argent, mais on ignore dans quel atelier.
j). — Comté de Benevello K
Jean-Baptiste-Antoine Falletti, comte de Benevello en Piémont, obtint de Charles-Quint, en récompense de ses actions militaires, le droit de battre monnaie. On possède de lui des monnaies d’or gravées dans le tarif monétaire de Gand de 1546 et dans diverses ordonnances postérieures ; leur type se compose de l’aigle d’empire couronnée avec les mots CAROLVS IMPERATOR, et d’une croix feuillue et glandée entourée de la légende : lO-ANTO-FA-COMES-BENE. Vincent Promis, qui le premier a attiré l’attention sur ce monnayage, a retrouvé une pièce analogue en argent, datée de 1537, et M. O. Vitalini vient de découvrir un grosso d’argent copié des monnaies d’Ancone.
En 1550, le comte de Benevello, ayant abandonné le parti de l’empereur pour embrasser celui de la France, fut dépouillé de ses droits monétaires. Les armes des Falletti sont : d’aq^ur à la bande échiquetée d’or et de gueules de trois tires.
k). — Ahhaye de San Benigno^.
L’abbaye de San Benigno fut fondée en 1003 des moines de Saint Benigne de Dijon. Au commencement du xvi° siècle, le patronat en fut concédé par le pape à la famille des Ferrero, de Biella, qui choisit dès lors dans son sein la plupart des abbés.
Boni face Ferrero, qui avait été créé cardinal en ip7, par le pape Léon X, et fut nommé abbé de San Benigno en 1525, ouvrit à Montanaro, qui dépendait de son monastère, un atelier monétaire. Le mon-
Fatio, Imitations ou contrefaçons de la monnaie suisse fabriquées à l’etranger aux XVF et xvii^ siècles. Zurich, 1862, in-8.
1 . V. Promis, Monete di Gio. Batlisia Falletti, conte di Benevello, dans les Mem. delV Acad.di scienge di Torino, 1888. — O. Vitalini, Un nuovo grosso inedito di Gio. Antonio Falletti, conte di Benevello. Rome, 1896, in-4.
2. D. Vïonûs., Monete degli ahali di S. Benigno di Frultuaria. Turin, 1870, in-4.
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nayage, qu’il poursuivit jusqu’à sa mort, survenue en 1543, fut repris par trois de ses successeurs: Sébastien Ferrero (i 546-47), Ferdinand Ferrero (1547-80) et Jean-Baptiste de Savoie (1581-82).
1). — Principauté de Monaco
La principauté de Monaco appartenait à la famille des Grimaldi, dont les armes étaient : fuselé d’argent et de gueules. En 1731 cette famille s’éteignit avec Antoine Grimaldi, mais le nom et les armes furent continués par Honoré III, fils de Louise-Hippolyte Grimaldi et de Jacques- François-Léonor de Goyon de Matignon. La devise des Grimaldi est : Deo jurante. Voici la liste des princes de Monaco pour la période qui intéresse la numismatique :
* Lucien, 1505-23.
Honoré I, 1523-81.
Charles II, 1 581-89.
Hercule, 1589-1605.
* Honoré II, 1605-62.
* Louis, 1662-1701.
*Antoine, 1701-31.
* Honoré III, 1731-93.
L’origine des droits monétaires des princes de Monaco n’est pas bien définie. On possède un écu d’or de Lucien, imité des écus d’or de France, mais cette pièce marque une tentative de monnayage qui ne paraît pas avoir été suivie d’émissions sérieuses. Le musée de Turin possède un essai en plomb d’une monnaie d’Honoré II au millésime de 1634, et un document d’archives atteste qu’en 1640 ce prince fit battre diverses espèces, qui n’ont pas été retrouvées. En 1641, Honoré II se mit sous le protectorat de Louis XIV, et obtint les titres de duc de Valentinois et de pair de Erance; le 16 octobre 1643, le roi « désirant gratifier et favora- « bleinent traiter le prince de Monaco en considération des services « qu’il a rendus à la couronne, et voulant faciliter le commerce des « sujets et habitants de la principauté », accorda à Honoré II la permission de « faire fabriquer à son coing toutes espèces de monnaies, « mesme des testons et toutes autres sortes de pièces d’or et d’argent. » Les monnaies frappées par Honoré II et ses successeurs rentrent pour le système et les types dans la donnée générale des monnaies de Erance. Un bail, passé en 1653 entre le prince de Monaco et le maître de ses monnaies, nous apprend qu’outre les pièces monégasques, l’atelier frappa toutes sortes d’imitations d’espèces étrangères, destinées à être exportées en Orient et en Afrique.
I. C. Jolivot, Médailles et monnaies de Monaco. Monaco, 1885, in-8. — G. Rossi, Monde dei Grimaldi, principi di Monaco. Oneglia, 1868 et 1885, in-8.
m). — Abbaye de Lérins i.
L'abbaye de Saint-Honorat, dans Tîle de Lérins^ qui possédait sur le continent la petite ville de Seborga {Sepulcru?n),s’siTrogeâ, dans la seconde moitié du xvii^ siècle, le droit de battre monnaie. Les pièces que Ton possède portent les millésimes de 1660 à 1671 et consistent en luigini ou douzièmes d’écus d’argent. L’avers représente le buste nimbé de saint Benoit, avec la légende : DECVS ET ORMÂM. ECCLÆ. ; le revers porte l’écu du monastère, chargé d’un mitre, d’une crosse et de deux palmes, timbré d’une couronne de prince; l’inscription est: MONAST • LERi- PRlNee/?.^ SEPVLer/ co7igregationis QkSsmensis.
n). — Comte de Tassaroïo^.
Le 30 mars i$6o, la seigneurie de Tassarolo fut érigée en comté par l’empereur Ferdinand I en faveur de Marc-Antoine Spinola, qui obtint en outre le droit de battre monnaie. 11 paraît ne pas avoir fait usage de cette prérogative, et c’est seulement en 1604 que furent frappées les premières espèces, sous Augustin Spinola (1604-16). A la mort de celui-ci, son neveu Philippe (1616-88) lui succéda. On possède de ce comte, outre des monnaies d’or et d’argent à son nom et à son buste, de curieux luigini ou douzièmes d’écu de 1666, imités de ceux d’Anne-Marie-Louise, princesse de Dombes, sur lesquels il fait figurer le buste de sa femme Livia Centurioni-Oltremarini. Philippe est le dernier comte de Tassarolo qui ait monnayé.
o). — Les possessions de Doria 5.
Le 12 juin 1 548, Charles-Quint, ayant dépouillé Jean-Louis Fieschi de ses biens pour le punir de sa conspiration contre la liberté de Gênes, les donna à André Doria avec les privilèges qui étaient attachés à leur possession. C’est ainsi que les Doria devinrent comtes de Loano et seigneurs
1. A. de Longpérier, Monnaies des abbés de saint Honorât de Lérins, dans la Revue numismatique do, 1866, p. 15 et suiv.
2. A. Olivier!, Monete e mcdaglie degli Spinola. Gênes, 1860, in-8.
3. A. Olivier!, Monete, medaglie e sigilli dci Frincipi Doria. Gênes, 1859, in-8.
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de Torriglia, et qu’ils obtinrent le droit de battre monnaie. Voici la chronologie des membres régnants de cette maison depuis la fin du xvi^ siècle :
*Jean-André I, 1590-1606. André III, 1640-44.
André II, 1606-22. * Violante Doria-Lomellini, 1644-71.
*Jean-André II, 1622-40. *Jean-André III, 1654-1700.
Le monnayage commença à Loano sous Jean-André I, et y fut continué avec quelques interruptions jusqu’à la fin du xvii*^ siècle.
Violante Lomellini, veuve en 1654 d’André III Doria et tutrice de leur fils Giovanni Andrea III, fit en 1665 avec François Moretti un contrat ensuite duquel ce spéculateur put ouvrir à Torriglio un second atelier monétaire et y battre toutes espèces de monnaies, notamment des luigini ou douzièmes d’écu, imités de ceux de Dombes et spécialement
destinés à l’exportation dans les pays levantins. Le contrat avec Moretti fut annulé le 25 mai 1667, et l’atelier fut donné à ferme à Cristophe Eicolser qui continua les émissions pendant deux ans et demi ; puis le monnayage fut définitivement arrêté. Les luigini de Violante Lomellini portent parfois son nom : DON ■ VI • LO • PRÎNC ■ S • VED • DOR. , mais plus
souvent les pièces sont anonymes et portent des devises, des allusions au cours de ces monnaies en Orient, des épithètes flatteuses à l’adresse de la dame représentée (fig. 260 à 265),
Un troisième atelier des Doria fut ouvert en 1668 à Rovegno, par Jean André III; on y frappe notamment des écus d’argent au type du lion, des lecuwendaelden des Provinces Unies. Les documents italiens donnent à ces monnaies le nom de leonini.
Les armes des Doria sont: coupé d'or sur argent à l’aigle de sable couronnée du même, becquée, membrée et languée de gueule, brochant sur le tout.
p). — République de Gênes K
La république de Gênes se trouvait à la fin du xv^ siècle en proie aux guerres civiles. En 1488, Jean-Galéas-Marie Sforza, duc de Milan, en fut proclamé seigneur, et lorsque le Milanais eut passé sous la domination du roi de France Louis XII, les Génois lui envoyèrent une ambassade pour le reconnaître. En mars 1 507, excités par le pape Jules II, les Génois se révoltent et choisissent pour XXXIL doge Paul da Novi; mais Louis XII les réduit la même année. En 1512, une nouvelle révolte éclata, et Jean Fregoso fut proclamé XXXIIL doge. L'année suivante la domination française fut encore une fois rétablie, mais dès le mois de juin les Génois, de nouveau soulevés, choisirent pour XXXIV^ doge Octavien Fregoso. François 1 parvint à traiter avec lui et à se faire remettre la ville en 1515.
En mai 1522 les impériaux emportèrent Gênes d’assaut et firent élire Antoine Adorno le Jeune pour XXXV*^ doge. En 1527 le pouvoir de François I fut rétabli, mais en septembre 1528 les français furent définitivement expulsés. Le calme étant rendu à Gênes, pour anéantir à jamais les luttes des factions, on établit une nouvelle forme de gouvernement, celle des doges biennaux, dont les pouvoirs furent beaucoup moins absolus, assistés qu’ils étaient de huit gouverneurs.
Pendant tout le moyen âge, le type des monnaies de Gênes avait été la porte, janua, armoiries parlantes de la cité. Les légendes avaient fidèlement reproduit le non de Conrad II, roi des Romains, qui en 1139 avait accordé aux Génois leurs droits monétaires. Le doge ne signait les espèces que par ses initiales et son numéro d’ordre. Ce système subit peu de modifications. Jean-Galéas-Marie Sforza puis Louis-Marie Sforza frappent des testons d’argent à l’ancien type et remplacent l’inscription du doge par celle-ci : |Q- GZ- MSFDVXMVLACI anuae \^ominus ou LV-M-SF DVX M VILAC lANVE D. Louis XII mit son nom à la place de celui du duc de Milan, mais conserva aux monnaies génoises leur type local; il surmonta toutefois la porte d’une fleur de lis (fig. 264). A côté des monnaies d’or
I . Ruggero. TavoJe descritlive delIe nioncle délia ^ecca di Gcnova dal MCXXXIX al MDCCCXIV. Gênes, 1891, in 4. — Colleiioue del fu Cav. Avv. Gaetauo Avignone di Geiiova. Gènes, 1893, pet. in-4.
l’ ITALIE
traditionnelles, les genovini d’oro^ il fit battre des écus d’or au soleil d’empreinte française.
Le teston de Paul da Novi, le doge éphémère de 1 507, porte la hère légende: LIBERTAS • POPVLI ■ lAN. Comme Lavait fait Louis XII, F rançois I (i 5 1 5-1 522) respecta les types monétaires génois, se contentant d’écrire autour de Lantique janiia, accostée d’un F et d’un lis, son nom, rarement suivi du titre de dominus Januae. Antoine Adorno (i 522-27) signa les monnaies en toutes lettres ANTONIOTVS ADVRNVS GENVE DVX.
Après 1 528 et jusqu’en 1797, le monnayage se fait au nom du doge et des gouverneurs de la République de Gênes: DVX ET GVBER-REIPVB- GE N VE N. Les types perdent peu à peu de leur monotonie, et le nom du roi Conrad II finit par disparaître. La Vierge et l’Enfant, l’écu à la croix de Gênes, saint Georges à cheval, un écu sur lequel est écrit le mot libertas, l’image au pied de saint Jean-Baptiste, telles sont les principales représentations qui succèdent à la porte de ville traditionnelle. En 1668, au moment de la grande vogue en Orient des douzièmes d’écu d’Anne- Marie-Louise de Dombes, la république de Gênes copia les pièces de la Grande Mademoiselle en remplaçant Lefligie de celle-ci par une tête de Janus, supercherie qu’un méchant jeu de mots sur le nom de la ville voulait rendre excusable.
Dans le cours du xvn° et du xviii^ siècle. Gênes eut des espèces d’or et d’argent de très grand module, des pièces d’or de vingt-cinq doppie par exemple, ne pesant pas moins de 164 grammes, des pièces d’argent comme le scudo quadruplo, pesant 231 grammes.
q). — Ville de Savone.
Savone, ville maritime de la Ligurie, fut cédée en 1478 par Galéas- Marie, duc de Milan, à la république de Gênes. En même temps que celle-ci, Savone tomba au pouvoir de Louis XII, roi de France, qui en fut dépossédé en 1510 par la ligue que le pape Jules II, originaire de la ville, avait formée contre lui.
En 1507, Louis XII rouvrit l’atelier monétaire de Savone et y lit battre des doubles ducats et des ducats d’or, des testons, denii-testons, pièces de deux gros et patacchine d’argent. Le nom du roi ne figure pas sur ces pièces, qui portent une aigle éployée et la Vierge assise, avec les légendes: VIRGO MARIA PROTEGE — CIVITATEM SAVONAE. Une fleur de lis placée au commencement de la légende vient seule témoigner de l’origine française de ce monnayage.
De 1 5 10 à 1514, Savone fut administrée par Guido Erégoso, qui prit
le titre de gouverneur, mais en 1515 elle fut cédée au roi de France François I,qui l’occupa jusqu’en 1523, année où elle passa de nouveau
sous la domination génoise.
Sous François I, lemonnayage est anonyme comme sous Louis XII, et ne comprend que des espèces d’argent. La pièce reproduite (fig. 265) est une copie des cavalots au Saint Second d’Asti. En 1525, l’atelier monétaire de Savone fut définitivement fermé.
r). — Marquisat d’Arquata K
Le bourg d’Arquata, sur la Scrivia, en Ligurie, fut érigé en marquisat par l’empereur Ferdinand III, en 1641 , en faveur de Philippe Spinola, qui obtint en même temps le droit de battre monnaie. A Philippe succédèrent en 1667 ses fils, Jules et Gérard qui continuèrent à monnayer concurremment jusqu’en 1694, date de la fermeture définitive de l’atelier.
s). — Comté de Ronco.
Ronco, sur la rive gauche de la Scrivia, fut érigé en comté par l’empereur Ferdinand III, vers 1644, en faveur de Napoléon Spinola, marquis de Roccaforte. Celui-ci ouvrit à Ronco un atelier monétaire, dont les produits les plus anciens portent le millésime de 1647. A la mort de Napoléon Spinola, survenue en 1762, son fils Etienne lui succéda, mais il ne paraît pas avoir maintenu en activité l’officine. Par contre, le fils de celui-ci, Charles Spinola fit battre monnaie en 1699, date ultime du monnayage des comtes de Ronco.
t). — Marquisat de Borgotaro.
En 1488, Louis le More, duc de Milan, érigea Borgotaro en marquisat et le donna à une branche de la maison des Fieschi. En 149^, l’empereur Maximilien I conféra à Jean-Louis Fieschi l’investiture de Borgotaro et le droit de battre monnaie. Un seul marquis, Sinibald Fieschi fi 502-1 5 2oj, fit usage de sa prérogative régalienne ; il s’intitule sur ses pièces PRIN- VAL -TARI.
I. O. Agostino, Moncte e mcdagUe dcgll Spinola. Gênes, 1860, in-8.
l’italie
u). — Marquisat d’AJhera.
Charles Settala, évêque de Tortone, fit frapper en 1678, dans Tatelier de Gênes, des monnaies comme marquis d’Albera. On ignore à quel titre il exerça le droit monétaire.
Le marquisat d’Albera s’étendait en Piémont, non loin d’Alexandrie, et formait un hef de la mense épiscopale de Tortone.
v). — Duché de Milan ^ .
Le duché de Milan occupe une place prépondérante dans la numismatique de ritalie comme dans son histoire politique. A l’époque où commence le monnayage moderne, la métropole de la Lombardie obéissait à la maison des Sforza, qui avait conservé les armes des Visconti : écartelé, aux et 4^ d’or à une aigle de sable, celle du contournée ; au 2^ et 3^ d’argent à la bisse ou guivre d’azur ondoyante en pal, engloutissant un enfant de carnation en fasce, les meubles du 3^ contournés.
C’est au commencementde l’année 1463 que F rançois I Sforza (1430- 66) % rompant avec les traditions du moyen âge, fît graver son effigie sur ses espèces. En 1474, Galéas-Marie Sforza (1468-76) fit frapper pour la première fois la lira d’argent dite plus tard grossone ou teston, et ses fractions, dont l’émission marque, en numismatique, l’aurore des temps modernes. Le système monétaire adopté par le duc de Milan fut remarquable, non seulement' par l’impeccable mérite d’art des pièces qui le composent, mais aussi par les principes économiques qui le régissent; Galéas-Marie Sforza déclare en effet dans le décret établissant la nouvelle législation du signe d’échange, qu’il entend ne retirer de la fabrication des espèces aucun droit de seigneuriage. 11 proclame ainsi le véritable rôle de la monnaie, méconnu pendant tout le moven âge, où \Qjus monetae n’avait été, en réalité, qu’un moyen laissé au souverain de percevoir les plus iniques des impôts. L’importance de cette modification des doctrines monétaires est telle, que nous croyons devoir reproduire les propres termes du décret de Galéas-Marie Sforza: « Etsi cecha,
1. F. et E. Gnecchi, Le monete di Milano da Carlo Magno a Vittorio-Einmanuele IL Milan, 1884, gr. in-4. Supplément, 1894. — E. Motta, Documenti visconteo-sfora^eschi per la storia délia zpcca di Milano, dans la Rivista italiana di numismatica de 1893-95.
2. Le 28 mars 1463, le duc de Milan écrivant à son ambassadeur à Naples, dit qu’il lui envoie des échantillons des ducats d’or « de la stampa facta novamente quali anno scolpita la affige nostra «. Ce furent les pièces milanaises qui donnèrent ainsi à Ferdinand d’Aragon, roi de Naples, l’idée de ses ducats à effigie émis à partir de 1465.
PRExMIERE PARTIE
seu officina monetarum hujus inclitae iirbis nostrae Mediolani subastare, et plus offerenti Camerae nostrae deliberari pro more solet,
tamen pro majori commodo et bono subditorum nostrorum, quo melius et abundantius monetae fabricari possint, volumus dictam cecham, absque ullo Camerae nostrae eynolwnento , 266 virisidoneisetsufficientibus
tradi debere, qui quam majorem et meliorem possint quantitatem monetarum fabricari faciant. »
Lorsqu’il eut atteint sous Galéas-Marie Sforza son développement complet, le système monétaire de Milan comprit les monnaies effectives suivantes :
1. Double ducat d’or. Type: Buste, la tête nue, du duc à droite. Rev. : Lion assis heaumé et cimé ; dans le champ : gz.-m.
2. Ducat Cor pesant 3 grammes 500. Type: Buste, la tête nue, du duc à droite. Rev. : ÉcLi avec heaume et cimier, accosté des lettres : gz-m.
3. Teston d’argent ou lira de 20 sols, pesant 9 grammes 780, au titre de 962, 950 millièmes. Type : Buste, la tête nue, du duc à droite. Rev. : Targe à la guivre penchée sous un heaume avec couronne et cimier; dans le champ, les initiales gz-m.
4. Deini-teston d’argent ou grosso de dix sols. Type : Même buste. Rev. : Écu écartelé à l’aigle et à la guivre ; au-dessus, une couronne, une palme et un rameau d’olivier ; dans le champ, les initiales : g-m.
3. Grosso da soldi otto d’argent. Type: Buste, la tête nue, du duc à droite. Rev. : Saint Ambroise à cheval, adroite.
6. Grosso da soldi cinque d’argent. Type: Même buste accosté des lettres GZ-M. Rev. : Saint Ambroise debout, à droite, ou assis de face.
7. Grosso d’argent. Premier type : Trois tisons. Rev. : La guivre. — Second t}7pe : Colombe volant à gauche au milieu d’une gloire, au-dessus d’un phylactère portant les mots : DABO coRDi. Rev. : Pallium couronné.
8. Soldiuo d’argent ou vingtième de teston. Type: Écu écartelé à l’aigle et à la guivre. Rev. : Écu parti à la guivre et à trois aigles superposées.
9. Trillina de billon. Type: Les lettres g-m, sous une couronne. Rev.: Heaume avec cimier.
10. Deuaro dohillon. Type : Pallium. Rev.: Croix feuillue terminée en pommes de pin.
Après la mort de Galéas-Marie Sforza, sa veuve Bonne de Savoie gouverna le Milanais, comme tutrice de leur fils Jean-Galéas (1476- 1481). Quelques doubles ducats d’or portent à l’avers le buste voilé de Bonne, BONA DVCISA MU • ETC. au revers, le buste nu du jeune duc, le sixième de son titre: lO-GZ-M-SF-VI-CO-DX-M-SX {dux Mediolani sextus). L’effigie de la tutrice figure seule sur les testons d’argent, dont le revers représente un phénix renaissant de ses cendres, entouré de la
l’italie
légende: SOLA FACTA SOLVM DEVM SEQVOR. Sur quelques monnaies d’or, émises sans doute quand déjà le pouvoir de la tutrice chancelait, le buste de Jean-Galéas apparaît seul.
En 1481, Bonne de Savoie fut remplacée dans la tutelle par Louis- Marie Sforza, dit le More, oncle de Jean-Galéas.
Jusqu’à la mort de ce dernier, survenue en 1494, les espèces portèrent le nom et l’effigie du jeune duc et de son puissant tuteur (fig.
267), qui exerça du reste l'ig- ^^7
tous les actes du gouvernement: LVDOVICVS P ATRVVS GVB^^'NANS.
L’histoire accuse Louis le More de n’avoir point été étranger à la mort prématurée de son neveu, dont il recueillit l’héritage. Les monnaies du septième duc de Milan ne le cèdent en rien en beauté artistique à celles de ses prédécesseurs. Les types ne subissent pas de modifications sensibles; ils se composent du buste de Louis, des armes et de l’image équestre de saint Ambroise.
En 149^, le duc de Milan était entré dans la ligue conclue par le pape Alexandre VI, le roi d’Espagne Lerdinand V et l’empereur Maximilien I, contre Charles VIII, roi de Lrance. Quatre ans plus tard,
Louis XII, qui avait succédé à Charles VIII, envahit le Milanais, dont il se rendit maître avec une rapidité qui surprit tous ses adversaires. En 1 500,
Louis le More, fait prisonnier, fut transporté en Lrance, et Louis XII resta en possession du duché, dont Maximilien I lui donna en 1505 l’investiture.
Le monnayage de Louis XII, comme duc de Milan (i ^oo-i 5 1 2), comprit les espèces suivantes :
1. Pièce de dix ducats d’or. Buste du roi à droite, la tête coiffée d’un bonnet fleurdelisé. Rev. : Ecu écartelé de France et de Milan, surmonté d’une couronne. Cette pièce est plutôt un essai, une pièce de plaisir, qu’une monnaie véritable. Il existe des monuments métalliques analogues pour les ducs de Milan de la maison de Sforza.
2. Double ducat d’or. Même buste. Rev.: Saint Ambroise à cheval, à droite; dessous, l’écu de France (fig. 268).
3. Pièce de qiLatre testons d’argent. Cette pièce, dont il existe deux variétés portant au revers, l’une l’écu écartelé, l’autre l’image équestre de saint Ambroise, est, comme celle de dix ducats, un essai plutôt qu’une monnaie réelle.
4. Teston d’argent courant pour vingt-deux sols. Même type que \q double ducat d’or.
5. Ducaton d’argent. Type: Écu de France couronné, accosté de deux lis. Rev.: Saint Ambroise assis, de face.
6. Grosso reale da soldi sei d’argent. Premier type. Écu de France couronné, accosté de deux lis. Rev. : Saint Ambroise assis, de face. — Second type. Écu écartelé et couronné de France-Milanais, accosté de deux lis. Rev. : Croix fleurdelisée.
7. Grosso reale da soldi cinque d’argent. Premier type : Tête mitrée et nimbée de saint Ambroise, vue de face. Rev. : Porc épie couronné, à gauche. — Second type-: Écu de France couronné. Rev. : Croix feuillue terminée par des pommes de pin.
8. Bissone ou grosso reale da soldi tre d’argent. Premier type : Cuivre couronnée, accostée de deux lis. Rev. : Pallium. — Second type : Écu de France couronné, accosté de deux guivres. Rev. : Pallium.
9. Soldino de billon. Premier type : Écu écartelé et couronné de France-Milanais. Rev. : Écu parti et couronné de France-Milanais. — Second type : Même écu écartelé. Rev. : Buste de face de saint Ambroise. — Troisième type : Écu de France couronné. Rev. : Croix feuillue.
10. Sesino de billon. Grand L couronné. Rev. : Cuivre couronnée.
11. Trülina de billon. Premier type : Grand L couronné. Rev. : Tête de face de saint Ambroise. — Second type : Trois lis. Rev. : Croix feuillue.
12. Denaro de billon. Premier type : Lis. Rev. : Croix feuillue. — Second type : Deux lis dans un trilobé, copie du type du denier tournois français. Rev. : Croix fleurdelisée.
Louis XII perdit le Milanais en 1512. La ligue formée par le pape Jules II et Fempereur reconnut comme huitième duc, Maximilien Sforza, fils de Louis le More, qui entra à Milan le 1 5 décembre 1 5 1 2. Le monnayage de Maximilien ne comprit que quelques menues espèces d’argent et de billon.
En 1515, la bataille de Marignan rendit le Milanais à François I, roi de France, et moyennant une pension de trente mille ducats d’or Maximilien Sforza céda d’une manière complète la souveraineté de son duché à son vainqueur.
Le numéraire de François I comprend les sept pièces dont voici la description sommaire:
I. Double ducat d’or. Type : Buste du roi à gauche, la tête nue. Rev. : Écu écartelé et couronné de France-Milanais.
2. Ecu d’or au soleil, conforme aux types de France. L’émission de cette pièce constitue une évidente tentative d’introduire le système monétaire français dans les possessions ultramontaines du roi.
3. Teston d’argent. Type: Saint Ambroise assis de face. Rev. : Écu écartelé et couronné de France-Milanais.
4. Grosso da soldi sei d’argent. Type : Salamandre couronnée, à droite. Rev. : Saint Ambroise assis de face tenant
devant lui l’écu écartelé de France-Milanais. Notre ligure 269 représente l’avers de cette pièce.
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5. Grosso da soldi ire d’argent. Type : Salamandre couronnée à gauche. Rev. : Grand F couronné.
6. Trillina de billon. Type : Grand F couronné. Rev. : Croix feuillue.