‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 120 sur 193 · DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVD SIÈCLE JUSQU’A L’INVASION ERANÇAISE · texte numérisé non relu

DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVD SIÈCLE JUSQU’A L’INVASION ERANÇAISE

Sources : A. Heiss, Descripcion general de las monedas hispano-crisUanas desde la invasion de los Arabes. Madrid, 1865-69, 3 vol. in-4. — A. Campaner, Indicador mamial de la niiniisniatica espahola. Palma de Majorque, 1891, petit in-8. — J. de la Rada y Delgado, Bibliograjia ninnisniatica espanola. Madrid, 1886, gr. in-8. — J--A. Blanchet et G. Schlumberger, Numismatique du Béarn. Paris, 1893, in-8. — A. Engel, Rapport sur une mission archéologique en Espagne. Paris, 1893, in-8. • — ■ Catalogo de la coleccion de monedas y medallas de Manuel Vidal Ouadros y Ranion, de Barcelona. Barcelone, 1892, tomes II et III, in-4.

L’Espagne eut une importance économique considérable pendant l’époque moderne, surtout à partir de la seconde moitié du xvU siècle. « Elle recevait et distribuait la richesse métallique et les découvertes du Nouveau monde; elle accomplissait cette tâche très naturellement et efficacement. Mais c’était aux dépens de son avenir, de sa grandeur politique et commerciale. Si l’Espagne avait été une nation commercialement indépendante, produisant pour elle-même, et se pourvoyant dans ses propres fabriques, la richesse métallique du Nouveau monde serait demeurée bien plus longtemps dans son sein, et l’Europe en aurait été

affamée. Mais l’Espagne produisait peu et fabriquait encore moins

L’or et l’argent lui arrivaient d’Amérique en un courant continu et la quittaient pour les Pays-Bas ou d’autres destinations dans un courant aussi continu '. » Aussi longtemps que ce flot traversa son territoire, aussi longtemps que les principales provenances des mines d’or et d’argent furent américaines et le produit un monopole possédé par l’Espagne, ce pays conserva sa richesse apparente; mais le jour où il perdit

I. \V.-A. Shaw, Histoire de la monnaie {\ Paris, 1896, in-8, p. 82 et 83.

sa situation de détenteur du monopole, son irrémédiable décadence commença.

Le monnayage de TEspagne ne se présente pas sous une forme centralisée. Pendant toute la période moderne, les états dont le faisceau constitua la monarchie espagnole, dans la péninsule, conservèrent leur autonomie monétaire. A côté de la série espagnole proprement dite émise dans les anciens royaumes de Castille et de Léon, il y eut des séries spéciales pour le royaume d’Aragon, le comté de Barcelone, la principauté de Catalogne, le royaume de Valence, les Baléares, le Roussillon et la Navarre.

Les monnaies de la péninsule ne se recommandent pas par les qualités artistiques qui font Battrait de la série italienne. Les ateliers espagnols eurent ,da^ leur personnel peu de bons graveurs, et la fabrication même des espèces est souvent très négligée.

Depuis le commencement du xvi^ siècle jusqu’à l’invasion française, période historique qui fait l’objet de ce chapitre, les souverains suivants se succédèrent en Espagne.

* Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, dits les rois catholiques, reyes catoîicos

(1479-1504). Après la mort d’Isabelle, en 1504, Ferdinand continua à exercer le

pouvoir comme régent jusqu’en juin 1506.

* Jeanne la Folle, fille des rois catholiques, et son mari Philippe I le Beau, archiduc

d’Autriche (juin 1 506-septembre 1506).

* Jeanne la Folle et son fils Charles I (Charles- Quint), mineur de 1506 à 1516,

majeur de 1516 à 1555.

* Charles I (Charles-Q.uint) seul, 1555-1556.

* Philippe II, 1556-1598.

^Philippe III, 1598-1621.

* Philippe IV, 1621-1665.

* Charles II, 1665-1700.

* Philippe V de Bourbon, 1700-1724.

[* Charles III, archiduc d’Autriche, prétendant, 1701-1713].

* Louis I de Bourbon, 1724.

* Philippe V de Bourbon, pour la 2^ fois, 1724-1746.

* Ferdinand VI de Bourbon, 1746-1759.

* Charles III de Bourbon, 1759-1788.

*CharlesIV de Bourbon, 1788-1808.

* Ferdinand VII, proclamé en 1808, forcé d’abdiquer presque aussitôt.

Au commencement du xvC siècle, les armes de la monarchie espagnole étaient : écartelé: aux et 4^ contre-écartelé aux et 4^ de

^ -rrV j,'J ■ , , L,

gueules au château d’argent, sommé de trois tours crénelées du meme, ajourées d’azur, qui est Castille, aux 2^ et 3^ d’argent au lion de gueules couronné d’or, qui est Léon ; aux 2^ et 3^ parti d’or à quatre pals de gueules, qui est Aragon, et écartelé en sautoir d’or à quatre

l’espagne

pals de gueules, et d’argent à y,ne aigle de sable, celle de dextre contournée, qui est Sicile; Vécu ente en pointe d’argent a la grenade de guS.iles,feuillée de iuwple, qui est Grenade.

Sous Philippe II, Pécu devint plus compliqué; le haut fut réservé aux armes que nous venons de décrire; le bas fut laissé aux divers quartiers des possessions espagnoles des Pays-Bas. Quand, en 1580, Philippe II devint roi de Portugal, lecu de ce royaume prit place sur le tout des armes d’Espagne, pour disparaître définitivement sous Charles IL A partir de l’avènement de la maison de Bourbon, l’écu de cette maison : d’azur à trois fleurs de lis d’or, chargea les armoiries de la monarchie.

§ I. — La série castillane.

La série monétaire castillane est la plus importante des séries de la péninsule: elle constitue la véritable monnaie espagnole, les autres monnaies étant considérées comme des monnaies provinciales. Il est à remarquer au surplus qu’en ce qui concerne le système monétaire, c’està-dire la taille, le poids, le titre des pièces importantes servant aux transactions internationales , la loi fut la même dans toutes les régions de la péninsule. Le type seul fut particulier aux divers monnayages provinciaux.

Le i] juin 1497, les rois catholiques Ferdinand et Isabelle donnèrent à Médina del Campo une ordonnance qui abrogea tous les systèmes monétaires antérieurs et institua le système nouveau qui forme le point de départ de la numismatique espagnole moderne. Voici les pièces frappées en vertu de l’ordonnance de 1497 :

T. Exceleiite de la grenada d’or, valant 11 reales et i maravedis ou 375 maravedis, émise à la taille de 65 1/3 au marc ; pesant 8 gr. 58 , au titre de 23 3/4 quilates. — Type ; fernandvs. et. elisabet. d. g. r. et. r. Bustes en regard, couronnés, du roi et delà reine. Rev. : svb. vmbra. alarvm. tvarvm. L’écu couronné, écartelé de Castille, Léon, Aragon, Sicile et Grenade, brochant sur une aigle les ailes étendues et la tête nimbée. — Cette pièce figure dans les placards des Pays-Bas sous la dénomination de double ducat, sous laquelle elle est généralement désignée aujourd’hui. L’exemplaire que nous reproduisons (fig. 289) est frappé à Séville.

2. Medio excelente de la grenada d’or, valant 5 reales et i 1/2 blanco ou 187 1/2 ma-

Fig. 289

ravedis. — Type : -)- q.vos. devs. conivnxit. homo. non. SEvarat. Mêmes bustes. Eev.: FERNANDVS, etc. Écu couroiiné, écartelé de Castille, Léon, Aragon, Sicile et Grenade.

Au sujet des monnaies d’or, l’ordonnance ajoute que les ateliers sont autorisés à battre, s’ils en sont i'ëquisj'’dés multiples d^Vcxcelente reproduisant son type et portant dans le champ de l’avers le chifire de leur valeur. On possède ainsi des pièces de quatre et de vingt excekiites. Le plus grand multiple prévu par l’ordonnance est une pièce de cinquante excdentes que l’on ne connaît pas en nature aujourd’hui et qui a pu ne pas être frappée.

3. Real d’argent, valant 34 maravedis, taillé à 67 au marc, à ii deniers et 4 grains de loi. — Type ; fernandvs : et : Elisabeth. Même écu que sur le medio excelente d'or. Rev. : -j- REX. et. regina . cast. legio : arago. Un joug, emblème du roi, et un faisceau de flèches, emblème de la reine (flg. 290).

4. Medio real d’argent. — Type : Mêmes légendes. Le joug, emblème du roi. Rev.: Le faisceau de flèches, emblème de la reine.

5. Quarto de real d’argent. — Mêmes types que la pièce précédente.

6. Ochavo de real d’argent, valant le huitième du real. — Type : fernandvs. d. gr. Grand F couronné. Rev. : helisabet d : G . r . Grand Y couronné. Gette pièce est frappée sur flan carré, d’où le nom d' ochavo qiiadr ado, sous lequel elle est désignée dans l’ordonnance.

Pour les monnaies d’argent, comme pour les pièces d’or, on frappa de nombreux multiples du real, bien qu’ils ne soient pas mentionnés dans l’ordonnance. Il y eut ainsi des pièces de deux réaux, dos reales, de quatre réaux, ciiairo reales, enfln de huit réaux, ocIjo reales, ou pie^as de à ocho reales de plata. Ces dernières pièces furent pour l’Espagne ce que les thalers furent pour l’Allemagne, les premières grandes et lourdes monnaies d’argent.

7. Blaiica de vellon ou blanc de billon, de 6 grains de loi et taillée à 192 au marc, valant un demi-maravedi. — Type : fernandvs, etc. Grand F couronné. Rev. : Grand Y couronné.

L’ordonnance de Ferdinand et Isabelle renferme des dispositions très sages assurant la loyauté complète du monnayage. Chaque pièce devait

être pesée minutieusement avant sa mise en cours; la frappe des monnaies de billon est rigoureusement limitée. Les différents des ateliers sont déterminés, et un article spécial oblige les essayeurs à faire graver, sur les pièces émises durant leurs fonctions, une marque personnelle permettant de retrouver les responsabilités en cas de fraude. Les ateliers, casas de moneda, furent au nombre de sept: Burgos, Cuenca, La Corogne, Grenade, Ségovie, Séville et Tolède; leurs marques distinctives consistaient en leurs initiales, sauf pour Ségovie, qui eut pour différent un aqueduc, et pour La Corogne, qui signa ses produits d’une coquille {vénéra).

Dans le cours de leur règne, les rois catholiques complétèrent leur

l’ ESPAGNE

système monétaire par la création de deux pièces en cuivre pur, valant respectivement deux et quatre maravedis. Le type se compose à Tavers delà tour de Castille, au revers du lion d’Aragon. C’est sous le même règne encore que fut introduit dans les inscriptions des monnaies l’usage de l’alphabet latin.

Les émissions au nom de Ferdinand et Isabelle continuèrent en Espagne après la mort de la reine, pendant le règne plutôt nominal de Philippe le Beau. 11 n’existe en effet aucune monnaie de ce prince frappée dans les ateliers de la péninsule. En i $05, au moment de quitter les Pays-Bas, pour se rendre en Espagne où il devait mourir l’année suivante, Philippe le Beau fit frapper à Bruges et à Anvers des réaiix d’argent destinés à être mis en circulation dans les états de sa femme.

Ces pièces portent d’un côté le^^ arènes écartelées de Philippe et de Jeanne la Eolle, de l’autre un briquet Éfochant sur une croix de Saint-André que cantonment les écus couronnés de Léon, de Castille et de Grenade, et le joyuu^de la Toison d’or.

C’est toujours au nom des Rois catholiques que furent frappées les monnaies castillanes de la minorité de Charles-Quint. En 1517, l’année qui suivit la proclamation de sa majorité, Charles quitta les Pays-Bas pour se rendre en Espagne. Avant d’abandonner les provinces où s’était écoulée son enfance, il fit frapper à Bruges et à Anvers des réaux et demi-réaux d’argent portant son nom et celui de sa mère. Ces pièces étaient destinées aux largesses du roi à son arrivée dans la péninsule, comme les monnaies frappées, dans des circonstances analogues, par Philippe le Beau. Le real porte à l’avers les armes écartelées, au revers un briquet couronné avec la Toison d’or brochant sur une croix de Saint-André. Le demi-7'éal a d’un côté les lettres | K sous une couronne, de l’autre, un briquet lançant des étincelles.

La présence de Charles en Castille n’y modifia pas, au début, le monnayage. L’émission des excelentes d’or et des idéaux d’argent continua aux noms et aux empreintes de Eerdinand et d’Isabelle la Catholique. C’est en 1537 seulement que Charles-Quint, cédant aux sollicitations des Cortès, se décida à modifier légèrement le système, en abaissant le titre de l’or dans l’espoir d’arrêter l’exportation continuelle de ce métal. Les pièces frappées à la suite de l’ordonnance de 1537 furent :

I. Corona ou escudo d’or, taillé à 68 au marc, de 22 quilates d’aloi, valant 350 maravedis. — d'ype : ioaxna et carolvs. Écu aux quartiers de Léon, Castille, Aragon, Sicile, Grenade, Jérusalem et Navarre sous une couronne. Rev. : hispaniarvm reges siciliae. Croix de Jérusalem dans un quadrilobe.

L’argent fut laissé sans changement quant au titre et à la taille, mais le type fut modifié :

2. Rèal d’argent. Type : carolvs et iohana reges. Écu écartelé de Castille, de Léon et de Grenade, sous une couronne. Kev. ; + hispaniarvm. et. indiarvm. Les deux colonnes d’Hercule couronnées, s’élevant de la mer ; dans le champ, l’inscription PLVS VLTRA, faisant allusion à la découverte de l’Amérique.

On frappa au même type les multiples du real, un double rèal et une pièce de quatre rcaux.

3. Meio real d’argent. Type; Les lettres ki sous une couronne. Rev. : Les colonnes d’Hercule.

On remarquera que dans les pièces qui précèdent, les légendes attribuent aux souverains les titres de roi d'Espagne et des Indes, au lieu de celui de roi de Castille et de Léon pris par leurs prédécesseurs.

En 154S5 Cortès de Valladolid, Charles-Quint décida que les blancas de billon seraient taillées à 7 grains de loi et à 192 au marc. Le 25 mai 1352 leur titre fut abaissé à $ grains et demi. Il est à remarquer que ces monnaies de billon conservèrent les types qu'elles avaient sous les Rois catholiques; les noms mêmes de ces rois furent reproduits.

Jeanne la Folle mourut en 1 5 $ 3 . Les monnaies frappées entre la mort de cette malheureuse princesse et l'abdication de Charles-Quint en 1556 portent le nom seul de celui-ci, mais ne consistent qu'en pièces de cuivre.

Philippe II (1556-98) conserva le système de son père, mais pour résister à l’exportation constante de l’or il porta le cours de V escudo d'or à 400 maravedis, par son ordonnance du 23 novembre 1 566. Cette même ordonnance prévoit la frappe de doubles écus, dobles escudos, et de quadruples écus, escudos de à quatro. Dans les pays étrangers, ces pièces prirent le nom de pistolets ou pistoles ; c'est ainsi qu’elles figurent dans la plupart des évaluations françaises et néerlandaises. Le type reste celui des écus d'or de Jeanne et Charles, mais le nom de Philippe remplace les leurs dans les légendes. Une ordonnance du 14 décembre 1 566 apporta quelques modifications dans les monnaies de billon et de cuivre. Sur quelques pièces de cuivre de la fin de son règne, Philippe II s’intitule PHILIPPVS D. G-OMNIVM HISPAN REGNORVM REX ; cette formule se retrouve sous son successeur, mais ne reparaît pas dans la suite.

Philippe III (i 598-1621) ne modifia pas les types, qui continuent à consister en armoiries ou, pour certaines menues espèces, dans le monogramme royal couronné. Pour arrêter la continuelle exportation des métaux précieux, il diminua d’un dixième la valeur intrinsèque des monnaies d’or. Sous son règne apparurent des onces d’or ou pièces de huit escudos et des pièces de cinquante réaux d’argent ou cincuentines. Ces dernières mesurent 77 millimètres de diamètre.

l’espagne

La série de Philippe IV (1621-65) renferme aussi des pièces de module inaccoutumé. La pièce d’or de cent escudos ou de douze onces et demi ne pèse pas moins de ] 5 gr. 919; mais, comme le dit M. Aloïs Heiss, ces énormes monnaies, généralement frappées dans l’atelier de Ségovie, étaient plutôt destinées à des cadeaux qu’à une circulation effective.

On se tromperait étrangement, au surplus, si l’on prenait ces géants monétaires pour un signe extérieur de la prospérité de l’Espagne. Le règne de Philippe IV fut désastreux pour les finances du royaume. Le roi voulut remédier au malaise par l’émission abondante de monnaies de billon. Les fabrications répétées inondèrent la péninsule de pièces divisionnaires. Le résultat de cette politique économique fut une augmentation de la prime sur l’or, qui fut exporté de plus belle. Une ordonnance du 8 mars 1625 limita cette prime à 10 pour cent, sous les peines les plus sévères. En i6]6 la prime légale fut portée à 25 pour cent, et en 1641 à 50 pour cent. L’ordonnance du août 1642 réduisit les monnaies de billon au sixième de leur taux d’émission, de sorte qu’une pièce de douze maravedis courut dorénavant pour deux maravedis. Le 23 décembre 1642, Philippe IV modifia la taille des monnaies d’argent; jusqu’alors on tirait 67 reales d’un marc d’argent; dorénavant on en tira 85 et quart. Dix 'de ces nouveaux réaux ne valurent que huit des anciens. Nous ne pouvons citer ici toutes les ordonnances qui apportèrent successivement des modifications dans le cours des espèces espagnoles, expédients financiers précurseurs de la ruine.

Au point de vue du type, le monnayage espagnol reste, sous Philippe IV, ce qu’il était précédemment. Notre figure 291 reproduit la pièce de deux veaux d’argent qui porte l’empreinte usuelle des pièces de cette époque. La frappe des espèces Fig- 292

est souvent défectueuse, la gravure malhabile. Quelques monnaies divisionnaires d’argent et de cuivre (fig. 292) reçoivent l’effigie du roi, image informe qui témoigne d’une absence complète de sens artistique. L’art monétaire espagnol tient de la caricature.

Sous Charles II (1665-1700), l’affaiblissement des espèces continua.

En 1680 le doblon d’or en était arrivé à courir pour 1 10 réaux de billon, et l’ancien real de à oclio était monté à 29 réaux nouveaux. Le roi essaya, en 1686, une réforme; le 14 octobre de cette année, il prescrivit la frappe d’espèces d’argent nouvelles pesant un quart de moins que les anciennes. Ces pièces, frappées à Séville et à Ségovie, reçurent le nom de marias, parce que leur revers porte le monogramme de la Vierge surmonté d’une croix; l’avers représente l’écu d’Espagne couronné. Il y eut quatre valeurs: marias de à ocho émises pour 8 réaux, marias de à citatro pour quatre réaux, marias de à dos pour deux réaux, enfin, l’unité, maria de à uno.

Le 22 mai 1680, Charles II décida la suppression des espèces de billon et leur remplacement par une pièce de cuivre pur taillée à 38 au marc. La Monnaie de Cuenca en émit de grandes quantités, et une officine nouvelle fut créée à Linarès pour transformer en numéraire le cuivre tiré des mines voisines. Cet atelier de Linarès fut une casa de Moneda de martello, c’est-à-dire où les pièces se frappèrent encore au marteau. D’autres officines, mieux outillées, se servaient depuis le commencement du xvii*^ siècle du molino, moulin ou laminoir, instrument importé d’Allemagne qui donnait à ses produits une forme légèrement ployée.

Charles II mourut en 1700, laissant ses états à Philippe duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, roi de Lrance. La succession donna lieu à une guerre à laquelle prirent part toutes les puissances de l’Europe occidentale et qui prit fin par la paix d’Utrecht (i 71 3) et le traité de Rastadt (1714). L’Espagne échut à Philippe avec ses possessions coloniales, mais les Pays-Bas, Milan, Naples et la Sardaigne passèrent à l’Autriche; la Sicile échut en partage à la maison de Savoie.

En Espagne même, le prétendant autrichien, l’archiduc Charles, avait trouvé un appui pendant la guerre, et avait été proclamé roi sous le nom de Charles III. La ville de Barcelone lui resta fidèle jusqu’en 1714. De 1707 à 1714, l’atelier barcelonais émit au nom de Charles III des pièces d’argent de deux réaux aux types castillans.

Philippe V (1700-46) avait trouvé les finances espagnoles dans un état déplorable, que la guerre de succession vint aggraver encore. Il fut longtemps dans l’impossibilité matérielle d’améliorer la situation monétaire. Il s’y appliqua cependant. Dès 1709, par décret du 13 juillet, il voulut perfectionner la fabrication et introduire des types nouveaux. En cette année furent émis à Madrid des écus au buste ou duros de cabe^a et des demi-écus portant, à l’avers, la tête laurée du roi, au revers ses armes entourées des mots DEXTERA • DOMINI • EXALTAVIT ■ ME.

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