L ESPAGNE
Ces pièces, pour la fabrication desquelles le roi avait fait installer un balancier conforme aux progrès techniques réalisés en France, portent sur la tranche: AVXILIVM MEVM A DOMINO. Les duros de cabe^a <■ étaient au titre de 1 1 dineros et taillés à 68 reales au marc de Castille.
Ce monnayage dura quelques mois à peine; la fabrication parut trop coûteuse, et au surplus le matériel se de?faqïïa7 sans doute avec la complicité du personnel de hatelier, jaloux du progrès qui résultait d’une importation française.
La monnaie espagnole resta donc, pour les types, ce qu’elle était auparavant. Les fortes pièces d’argent portèrent l’écu couronné du roi et les armes écartelées de Castille et de Léon. L’or conserva à l’avers hécu et au revers une croix de Jérusalem dans un quadrilobe.
Par une ordonnance du 51 octobre 1716, Philippe V commença la fabrication de monnaies d’argent nouvelles appelées plata provincial, au titre de 10 dineros et à la taille de 7$ réaux au marc. Il y eut de cette émission des réaux, doubles réaux et demi-réaux. Leur type se compose des armes et, au revers, d’un chiffre couronné, formé de deux P cursifs enlacés sur lesquels broche un V (hg. 295).
Le 9 juin 1728, une ordonnance importante vint modifier le type des monnaies d’or. Celles-ci portèrent désormais le buste cuirassé du roi à droite et, au revers, l’écu écartelé et couronné avec la légende INITIUM SAPIENTIÆ TIMOR DOMlNi. La même ordonnance généralisa l’usage de l’outillage mécanique et prescrivit de cKfdohner les tranches des monnaies pour mettre 'fin à la fraude des rogneurs. En 1750, il fut ordonné que les espèces d’or et d’argent ne seraient frappées qu’à Madrid et à Séville: le roi ajoute que son intention n’est pas de supprimer l’atelier de Ségovie. Malgré cette assurance, la mesure prise est une étape évidente dans la voie de la centralisation.
L’an 1724, Philippe V abdiqua et son fils aîné Louis I fut proclamé roi, à Madrid, le 17 janvier. Il mourut le août suivant, après avoir fait un acte de rétrocession de la couronne à son père.
Le roi Louis, dont le règne éphémère s’intercale ainsi dans celui de Philippe V, n’eut aucune importance au point de vue monétaire. Sous le rapport du poids et du titre, ses espèces sont identiques à celles qui furent émises par Philippe V à la même époque; elles n’en diffèrent que par le nom et l’effigie. On possède de Louis I des onces et demi-onces d’or, des doubles écus d’or, des douros de huit réaux, des demi-douros et des doubles réaux d'argent, frappés à Madrid, à Ségovie et à Séville.
A la mort de Philippe V, son fils Ferdinand VI (1746-59) lui succéda. Aucun changement notable ne se produisit dans la monnaie espagnolej en dehors des modifications du nom et de Peffigie.
Sous Charles III (1759-88) le système espagnol, d'abord peu différent de celui de Ferdinand VI, subit une modification profonde. Par ordonnance datée d’Aranjuez, du 29 mai 1772, et publiée à Madrid le 3 juin suivant, le roi décida une refonte générale de toutes les monnaies d'Espagne et l’émission d'espèces nouvelles. Le titre de l’or et de l'argent fut légèrement affaibli, mais la fabrication matérielle des pièces fut perfectionnée. Au point de vue du type, une innovation importante consiste dans l'apparition de l’effigie royale sur toutes les monnaies d'argent et de cuivre.
Le règne de Charles IV (1788-1808), le dernier dont nous ayons à nous occuper ici, ne donne lieu à aucune observation particulière. Le système et les types restent ce qu'ils étaient pendant la seconde partie du règne de Charles III. Toutes les pièces présentent à l’avers l’effigie laurée du roi, et au revers l’écusson d'Espagne. Au revers de l'or, on retrouve
la devise |N UTROQ- FEUX AUSPICE DEO.
§ IL — Le royaume d’Aragon.
Le monnayage spécial de l’Aragon, qui se faisait dans l’atelier de Saragosse, se produisit, à l'époque moderne, pendant les règnes suivants :
'^Ferdinand le Catholique, 1479-1516.
* Jeanne la Folle et Charles, 1516-1555.
* Philippe II (I en Aragon), 1556-1598.
* Philippe III (II en Aragon), 1598-1621.
* Philippe IV (III en Aragon), 1621-1665.
* Charles II, 1665-1700.
* [Charles, archiduc d’Autriche, prétendant, 1709].
* Philippe V (IV en Aragon), 1700-1746.
L’atelier de Saragosse fut supprimé par décret du 16 juillet 1730, et les émissions particulières au royaume d’Aragon prirent fin.
Le monnayage aragonais suivait les lois générales de l’Espagne et la donnée habituelle des types, mais au revers des pièces d’or l'écu simple
l’espagne
aux pals d’Aragon remplace l’écu aux divers quartiers de la monarchie. Sur les monnaies d’argent, nous retrouvons à l’avers les mêmes armes; au revers l’écu à la croix de Saint-Georges, cantonnée de quatre têtes couronnées de rois maures, que les rois d’Aragon portaient depuis la bataille d’Alcoraz, gagnée par Pierre I sur les infidèles; cet écu est entouré des mots : TROPEA RENVM ARAGON VM. Les petites monnaies de billon, conformes à la monnaie de compte de l’Aragon, conservent au revers la croix patriarcale à double traverse qui marquait les deniers aragonais du moyen âge ; ce type reparaît pour la dernière fois sur l’unique monnaie que l’on possède du prétendant Charles d’Autriche.
§ III. — Le comté de Barcelone et la principauté de Catalogne.
Le comté de Barcelone ne conserva pas ses monnaies particulières plus longtemps que le royaume d’Aragon. Ses émissions, à l’époque moderne, intéressent les règnes suivants :
* Ferdinand le Catholique, 1479-1516. * [Louis XIII, roi de France, 1642-43 ].
*Jeanne la Folle et Charles, 1516-55. * [Louis XIV, roi de France, 1643-52].
* Philippe II, 1556-98. * Charles II, 1665-1700.
*Philippe III, 1598-1621. * [Charles, archiduc d’Autriche, préten-
*PhilippeIV, 1621-1665. dant, 1701-1713].
* [Soulèvement de la Catalogne, 1640-52]. * Philippe V, 1700-1746.
Les plus fortes monnaies barcelonaises sont conformes au système général de la monarchie ; les rois terminent l’énumération de leurs titres par celui de Cornes Barcinonae. Sur les espèces d’argent, le revers conserve l’ancien type local de la grande croix pattée coupant la légende BARCiNO CIVITAS et cantonnée de deux grands annelets et de deux groupes de trois globules. Le cuivre a souvent l’écu en losange de Barcelone: écartelé aux et 4^ d’argent à la croix de gueules, aux 2^ et 3^
palé d’or et de gueules de cinq pièces. Cet écu est fréquemment posé sur une croix en sautoir, dite croix de sainte Eulalie.
En 1614, le capitaine général de Catalogne, le marquis d’Almazan, autorisa la ville de Barcelone à frapper dorénavant des ducats et doubles ducats d’or au type de Ferdinand et Isabelle. Ces pièces se distinguent par la présence dans le champ de l’avers, entre les bustes des rois catholiques, d’un B ou d’un petit écu en losange de Catalogne. Quelques-unes portent un millésime; le plus récent qui ait été relevé par M. Aloïs
Heiss est celui de 1670 ; ces pièces furent ainsi frappées deux siècles après les souverains dont elles portent les noms et les effigies.
Le règne de Philippe IV vit éclater une grave révolte des Catalans, mécontents des atteintes portées à leurs privilèges par le ministre Olivarez. Le nom du roi disparut des monnaies barcelonaises, qui furent émises en 1641 au nom de la Principauté de Catalogne: PRINCIPATVS CATALONIE. Par traité du 20 février 1641, les Catalans se donnèrent à Louis XIII, et Barcelone ouvrit bientôt après ses portes à une armée française. En 1642, le monnayage barcelonais se fit donc au nom de Louis XIII, qui prit le titre de comte de Barcelone. Louis XIV continua les émissions. Notre figure 294 reproduit la rarissime pièce de cinq 7'éaux
frappée en 1644. En juillet
1651, une armée espagnole, sous les ordres de Don Juan d'Autriche, mit le siège devant Barcelone; la ville se défendit pendant plus d’un an, mais elle fut obligée de capituler le 1 3 octobre
1652. Pendant Tinvestissement, batelier émit au nom de Louis XIV des monnaies d'argent de dix 7'éaux, de poids très réduit et portant au revers, dans les cantons de la croix traditionnelle, les mots BARCiNO CIVIT OBSESSA. Après que Barcelone eut été remise sous l'obéissance du roi d’Espagne, toutes les espèces rappelant le soulèvement de 1640 et la domination française furent retirées de la circulation.
Sous Charles II et ses successeurs, le monnayage barcelonais ne consista plus qu'en menues espèces d’argent et de cuivre. L'atelier fut supprimé par décret du 16 janvier 1716. Lorsqu'en 1755 le roi Ferdinand VI ordonna la fabrication de sept mille pesos de monnaies de cuivre dites a7'dites, destinées à la circulation exclusive de la Catalogne, ces pièces furent forgées dans batelier de Ségovie.
Fig. 294
§ IV. — Les villes de Catalogne.
Certaines villes de Catalogne jouissaient, en vertu d'anciens privilèges remontant à l’époque féodale, du droit d’émettre des espèces locales de billon et de cuivre; on cite de ce nombre Gérone, Granollers, Solsona, Puigcerda, Tarragone et Vich.
l’ ESPAGNE
Le soulèvement des Catalans contre Philippe IV en 1640 vint multiplier ces monnayages municipaux'. Des ateliers surgirent partout. Dans quelques villes restées fidèles à l’Espagne, on improvisa un monnayage royal, auquel succéda bientôt celui de la révolution triomphante. Ailleurs l’installation de l’atelier concorde avec les débuts du soulèvement. Quelques-unes des villes poursuivent leurs émissions ou les commencent après la reconnaissance de Louis XIII. Il y a ainsi trois groupes monétaires nettement distincts pour cette période insurrectionnelle, comprenant respectivement les espèces signées par Philippe IV, celles qui furent frappées au nom de la principauté de Catalogne, celles enfin qui portent le nom de Louis XIII.
Premier groupe ; monnaies au nom de Philippe IV. — Il en existe pour les villes suivantes : Agramont, villa acrimontis, Cervera, villa cervaria, Gérone, civitas GERVX, Manresa, civitas minorisa, Olot, vnivertas olot, Puigcerda, podicerita, Sülsona, COELSOXA, Vich, civitas vicex. Toutes ces monnaies ont le millésime de 1641. Elles consistent généralement en pièces d’argent de 5 réaux ou de 5 sols, plus rarement en pièce de cuivre. Le type des pièces d’argent est formé d’un écu palé, couronné et posé sur une croix de sainte Eulalie ; le revers porte une croix pattée contournée de globules et d’annelets.
Second groupe ; monnaies au no?7i de la principauté de Catalogne. — Agramont, 1641. Argentona, 1642. Balaguer, civitas bal aga, 1641. Banolas, opid. baxeol ou baxola, 1641. Berga, ville berge, 1641. Besalu, opidvm bisvldvnexse, 1641 et 1642. La Bisbal, OPIDVM bispalis, 1641. Caldas, villa calidar, 1641. Ligueras, villa fige,
1641. Gérone, 1641. Granollers, villa graxillari, 1641. Igualada, villa agvalata,
1642. Manresa, mixoris civi- TAS, 1642. ^lataro, oppidvm MATARO, 1641. Puigcerda, opidvm podiceretaxi, 1641.
Solsona, coelsoxa civit,
1641. Tagamanent, castrvm TAG.\MA, 1641. Tarrasa, castrvm tarra, 1642. Tarrega,
VILLA TARREGE, 164I et 1 642.
Vich, CIVITAS VICEX, 1641.
Villafranca del Panadès, vila FRAXCA PEX’, 1642. Notre figure 295, qui représente la pièce de 4 réaux d’argent frappée à Agramont, donnera une idée de ce monnayage insurrectionnel généralement peu soigné. Les types des pièces d’argent restent, à la légende prixcipatvs cataloxie près, ce qu’ils étaient sous Philippe IV. Sur les monnaies de Puigcerda, la mention de la principauté de Catalogne est remplacée par : provixcia cathaloxi, qui témoigne peut-être d’une certaine neutralité politique.
Fig. 295
i. A. Colson, Xotice sur des monnaies frappées dans la principauté de Catalogne, 1e Roussillon et la Cerdagne pendant la révolution de 1640 et Voccupation française jusqu’en dans la Revue numismatique ào. 1855, p. 117 et suiv.
Troisième groupe ; monnaies au nom de Louis XIII. — Agramont, 1642. Bellpuig, viLL. PVLCRip, 1642. Cervera, 1641. Gérone, 1642 et 1643. Oliana, 1642. Puigcerda, 1642. Sanahiya. Solsona, 1641. Tarrega, 1641. Valls, vniversitas vals, 1642. Vich, 1642 et 1643. Villafranca del Panadès, vilafranca penitevs, 1642.
Sous Louis XIV, il y eut des monnayages locaux à Camprodon et à Vich, mais ils ne consistèrent plus qu’en fabrication de menuts de cuivre.
Les droits monétaires des villes catalanes ne paraissent avoir complètement pris fin lorsque la province fut retombée entre les mains du roi d’Espagne. Certaines villes, telles que Reus, Salas, Montblanch, Pobla de Ségur, Urgel, Valls, obtinrent encore au xvii^ et au xviii^ siècles l’autorisation d’émettre de petites espèces dont l’usage fut restreint à la ville d’émission et à ses environs immédiats.
La France abandonna définitivement ses prétentions sur la Catalogne par la paix des Pyrénées, conclue en 1639.
§ V. — Le royaume de Valence.
L’ancien royaume de Valence conserva l’autonomie de ses types monétaires et de sa monnaie de compte jusqu’au commencement du xviii^ siècle. On possède des monnaies des rois dont les noms suivent :
* Ferdinand le Catholique et Isabelle, * Philippe III (II de Valence), 1598-1621.
1479-1515. * Philippe IV (III de Valence), 1621-65.
* Ferdinand le Catholique, seul, 1515-16. *CharlesII, 1665-1700.
* Charles I (Charles-Q.uint), 1516-56. * Charles, archiduc d’Autriche, prétendant,
* Philippe II (I de Valence), 1 556-98. 1701-1707.
La fabrication monétaire avait lieu dans l’atelier de Valence. Les types conservent un aspect très particulier. A l’avers, c’est le buste du roi couronné de face, rarement de profil, au revers l’écu palé en forme de losange, surmonté d’une couronne. Ce dispositif donne aux monnaies de
Valence une apparence archaïque très marquée. La tête couronnée de face, dans laquelle on chercherait en vain les caractères personnels d’un portrait, est une immobilisation très cu- 296 rieuse du type que les mon-
nayeurs de Majorque et de Valence du xiv^ siècle avaient emprunté aux
l’espagne
gros des rois d'Angleterre. La pièce d’argent de cinco sueldos frappée sous Charles-Quint (fig. 296), donnera au lecteur la preuve de ce que nous venons d’avancer. Les légendes des monnaies de Valence se composent du nom du roi, suivi de ses titres d’Aragon, de Valence et de Majorque.
La série autonome finit en 1707, avec les menues espèces d’argent de l’archiduc Charles d’Autriche. Après la bataille d’Almansa, qui mit Valence entre les mains de Philippe V de Bourbon, le pays perdit ce qui restait de sa personnalité monétaire. L’atelier continua à ouvrer, pendant quelque temps, pour le nouveau maître, mais ce fut aux coins de Castille.
§ VI. — Les Baléares.
Le groupe des Baléares comprend entre autres deux îles dont il doit être question dans un traité de numismatique moderne : l’île de Majorque et l’île d’Iviza. Le monnayage particulier de Minorque ne dépasse pas, en effet, la seconde partie du xv^ siècle.
a). — Lîle de Majorque.
L’ancien royaume de Majorque conserva, comme celui de Valence, une certaine autonomie après sa réunion aux autres parties de la monarchie espagnole. L’atelier monétaire de Palma, ville principale de l’île, émit des espèces sous les règnes suivants :
* Ferdinand le Catholique, 1479-1516.
* Charles I (Charles-Q.uint), 1516-1556,
* Philippe II (I de Majorque), 1556-1598.
* Philippe III (II de Majorque), 1598-1621.
* Philippe IV (III de Majorque), 1621-1665.
* Charles II, 1665-1700.
* Charles, archiduc d’Autriche, prétendant, 1701-1713,
* Philippe V, 1700-1746.
* Louis I, 1724.
L’atelier de Palma fut fermé par ordre royal du 1 4 mai 1 740. Les monnaies de Majorque présentent une grande analogie avec celles de Valence. L’avers représente le buste couronné du roi, habituellement de profil; le revers des plus fortes espèces d’argent a un écu en losange : écartelé, aux 1^^ et eg d’or à quatre pals de gueules, qui est Aragon, aux 2^ et
3^ au château à trois tours crénelées baignées par la mer. Les rois prennent les titres de rex Aragonum Majoricarum catholicus.
b). — L’ïle XlvÏTCi.
Les seules monnaies connues pour cette île sont des deniers et autres petites espèces de cuivre frappées sous Charles-Quint et ses successeurs jusqu’à Charles IL La dernière émission datée est de 1686. Le type se compose du buste couronné de profil, de Fécu couronné d’Aragon ou du château à trois tours baigné par la mer. La légende du revers est VNIVER - EBVSI • DNS ou MAGNI • VNIVERITIS- EBVSIE.
§ VIL — Le Roussillon \
En 149^5 Charles VIII, roi de France, avait restitué le Roussillon à Ferdinand le Catholique. Ce pays resta sous la domination de l’Espagne jusqu’au soulèvement de la Catalogne, qui fournit à Louis XIII l’occasion de s’en emparer. En 1659,1e traité des Pyrénées en assura la possession définitive à la France.
Ferdinand le Catholique (1493-1516) reprit, dans l’atelier de Perpignan, l’émission de croats ou réaux d’argent à l’ancien type roussillonnais du buste couronné de profil. Les pièces divisionnaires portent au droit l’image en pied de saint Jean-Baptiste, au revers, deux P gothiques liés.
L’écu d’Aragon et l’image de saint Jean forment les empreintes des sols, des sixains et des menuts de billon frappés sous le règne de Charles-Quint (1516-56). Ces pièces ne portent pas le nom du comte de Roussillon, mais bien les mots PERPINIANI VILLE - INTER NATOS MVLIERVM et le millésime de 1529 ou de 1531.
En 1 598, Philippe II autorisa la ville de Perpignan à faire une nouvelle émission de billons d’intérêt local. Cette autorisation fut renouvelée à diverses reprises sous Philippe III, puis, après l’annexion à la France, sous Louis XIV. Sur les pièces contemporaines de celui-ci, datées de 1644 et 1645, l’^cu d’Aragon est chargé en cœur d’un lis de France.
I. A. Colson, Recherches sur les monnaies qui ont eu cours en Roussillon, Perpignan, 1853, hv8.
l’espagne
§ VIII. — La Navarre.
a). — La Navarre française et le Béarn.
Le royaume de Navarre^ auquel la vicomté de Béarn était jointe depuis 1479, c’est-à-dire depuis l’avènement d’Éléonore d’Aragon, veuve du vicomte Gaston de Foix, s’étendait sur les deux versants des Pyrénées. En 1512, sous le règne de Catherine de Foix et de Jean d’Albret, le roi d’Aragon, Ferdinand le Catholique, se rendit maître de la Navarre située au delà des monts. La maison d’Albret vit ainsi ses possessions réduites à ce qui se trouvait au nord des Pyrénées. En 1 589, le roi Henri III de Navarre devint roi de France, sous le nom de Henri IV. Voici la chronologie des souverains de Navarre et de Béarn depuis le commencement du xv!"" siècle jusqu’à cette époque :
* Catherine de Foix et Jean d’Albret, 1484-1512.
Jean d’Albret, veuf, 1512-1516.
* Henri II d’Albret (I en Béarn), 1516-1555.
* Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon, 1555-1562.
* Jeanne d’Albret, veuve, 1562-1572.
* Henri III de Bourbon (II en Béarn), 1572-1589.
Les armes de la Navarre étaient: de gueules à la chaîne Loren triple orle, en croix et en sautoir. La vicomté de Béarn portait : d’or à deux vaches passantes de gueules, colletées, accornées et clarinées déapur, l’une sur l'autre; parfois, sous Henri II, une seule vache figure dans l’écusson représenté sur les monnaies.
Le monnayage de Jean et Catheri n e est visiblement inspiré de celui des rois catholiques. Les souverains navarrais frappent des ducats d’or à leurs bustes couronnés en regard et des écus d’or à leurs armes. Pour les gros de billon et les pièces divisionnaires, le type se compose des
initiales | K sous une couronne. Les monnaies conservent encore un aspect médiéval, par suite de l’emploi de lettres semi-gothiques pour la composition des légendes.
Avec Henri II, le monnayage devint tout à fait moderne. La série des pièces mises en circulation comprend des éciis d’or au soleil dont quelques-uns (fig. 297) reproduisent le type dit à la croisette de François I, puis, en billon, des dou^ains et dou^ains à la croisette, des deniers, des baqueites et des liards. On combine ainsi le système monétaire français avec l’ancienne monnaie divisionnaire du Béarn. Les types employés sous Henri II consistent principalement en ses armes et son initiale couronnée. La devise inscrite au revers : GRA- TIA DEI SVM ID QVOD SVM, reparaîtra dans la suite sur toutes les monnaies de ses successeurs.
Antoine et Jeanne inaugurent la fabrication du teston d’argent (fig. 298). Les liards de billon (fig. 299) portent leurs initiales conjuguées. Ces liards béarnais, comme ceux d’Henri II, furent copiés par un grand nombre de petits seigneurs du nord de l’Italie.
Henri III, continuant les emprunts de ses prédécesseurs au système monétaire de France, émit non seulement des testons, mais des francs ex demi-francs (fig. 300) d’argent. En 1576 et 1577, ses portent,
en même temps que son buste, celui de sa femme Marguerite de Valois; les mêmes bustes reparaissent sur des doubles ducats et ducats d’or destinés aux transactions avec l’Espagne, où ils pouvaient se confondre avec les pièces toujours en vogue des Rois Catholiques.
Depuis la perte de la Navarre espagnole, les rois de Navarre et seigneurs de Béarn eurent des ateliers à Morlaas, à Pau et à Saint-Palais. Lorsque Henri III fut devenu roi de Erance, ces ateliers restèrent en activité, et le pays continua à jouir d’une certaine autonomie monétaire, qui disparut graduellement devant la centralisation française '.
I. Pour les monnaies frappées en Navarre et en Béarn par les rois de France, voyez le chapitre premier.
Fig. 299
Fig. 300
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b). — La Navarre espagnole.
Ferdinand le Catholique (1512-1516), après la conquête de la Navarre, s’empressa d’y monnayer. Ses pièces d’or, ducats et multiples du ducat, portent son buste couronné de profil et les armes de Navarre. Les mêmes armes reparaissent à l’avers des gros d’argent; quant aux pièces de billon, elles sont empreintes d’un F couronné.
Les émissions furent beaucoup moins actives sous les successeurs de Ferdinand, qui se bornèrent souvent à mettre en circulation de menues espèces de billon ou de cuivre. Une exception est cependant à faire pour Philippe IV, qui frappa des onces et demi-onces d’or et diverses pièces d’argent, parmi lesquelles une énorme cincuentine ou pièce de 50 réaux au millésime de 1652. Voici l’indication des rois d’Espagne qui, pendant les temps modernes, ont laissé des monnaies navarraises :
* Charles-Quint, 1516-56, ^Philippe V (VII en Navarre), 1700-1746.
* Philippe II (IV en Navarre), 1556-98. * Ferdinand VI (II en Navarre), 1746-59.
*Philippe III (V en Navarre), 1598-1621. *Charles III (VI en Navarre), 1759-88. *Philippe IV (VI en Navarre), 1621-65. *Charles IV (VII en Navarre), 1788-
* Charles II (V en Navarre), 1665-1700. 1808.
L’atelier de la Navarre espagnole était situé à Pampelune. A partir de Philippe IV, les lettres PA ou pp, placées dans le champ des monnaies, aux côtés de l’écu de Navarre, constituent la marque distinctive de l’officine.