CHAPITRE TREIZIÈME
LA RUSSIE, SES DÉPENDANCES, ET LES PAYS CHRÉTIENS DES BALKANS, JUSdU’A LA FIN DU XVIIR SIÈCLE.
Sources : Baron de Chaudoir, Aperçu sur les monnaies russes et sur les monnaies étrangères qui ont eu cours en Russie, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Saint- Pétersbourg, 1836, in-8, 2 vol. — T. J. de Schubert, Monnaies et médailles russes. Saint-Pétersbourg, 1843, et Leipzig, 1838, in-4. — Die Reichelsche Munis ammlung , Saint-Pétersbourg, 1842-43, 9 vol. in-i6. — B. de Kœhne, Mïmiender Moldau und der Walachei, dans Zeitschrift fur Muni-, Siegel- und JVappenkunde , t. I, 1841. — D. A. Sturdza, Uehersicht der Münien und Medaillen des Fürstenthums Romanien, dans la Numismatische Zeitschrift de Vienne, 1872. — D. A. Sturdza, Bihliografia numismaticei romane. Bukarest, 1879, in-8. — V. Langlois, Essai de classification des suites monétaires de la Géorgie, depuis V antiquité jusqu’ à nos jours. Paris, 1860, in-4.
§ I. — La Russie.
En 1 347, Ivan IV Vasilievitch, grand prince de Russie, se fit couronner solennellement par le métropolite et prit le titre de isaî\ Cet événement politique est considéré généralement, par les numismates russes, comme le point de départ de Lhistoire monétaire moderne de leur pays.
Les légendes des monnaies russes sont presque toujours rédigées dans la langue nationale et écrites avec les caractères nationaux. Pour la commodité du lecteur, nous devons reproduire ici Lalphabet et les chiffres russes, de manière à lui rendre plus facile le déchiffrement des inscriptions:
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L'ère russe, adoptée sur les monnaies jusqu’au milieu du xvii^ siècle, est celle de la création du monde, telle qu’elle avait été fixée en 680 par le concile de Constantinople. Cette ère commence en 5508 avant l’ère chrétienne, de sorte que le couronnement comme tsar d’Ivan IV Vasilievitch eut lieu l’an 70^5, suivant le comput russe. Depuis l’adoption de l’ère chrétienne, les Russes ont conservé le calendrier Julien, dont les dates retardent actuellement de i 2 jours. Cette différence n’était que de 10 jours au xvn° siècle, mais elle s’est accrue d’un jour bissextile en 1700 et d’un autre en 1800; elle sera de 1 5 jours après 1900. Nous avons conservé aux oukases la date du calendrier russe.
Les armes de la Russie sont: de gueules à un chevalier armé d’argent, couronné d’or, revêtu d’un manteau flottant d’azur, montant un cheval galopant d’argent, bridé et houssé d’apur, bordé d’or, tenant delà main dextre une lance d'or, l’ extrémité croisée , le cheval foulant aux pieds un dragon de sinople percé de ladite lance, qui est Moscou; l’écu posé sur la poitrine d’une aigle éployée de sable, becquée et membrée de gueules, chaque tête sommée d’une couronne impériale, le tout surmonté d'une couronne impériale; l’aigle tenant de la griffe dextre un sceptre d’or et de la senestre un monde du même.
Les souverains suivants se sont succédé sur le trône de Russie, depuis le milieu du xvi^ siècle jusqu’au commencement du xix<^ :
* Ivan IV Vasilievitch, tsar de 1547 à 1584. * Ivan V Alexéiovitch et Pierre I Alexéio-
* Féodor I Ivanovitch, 1584-98. vitch, 1682-89.
* Boris Féodorovitch Godounof, 1598-1609. * Pierre I, dit le Grand, seul, 1689-1725.
* Dmitri Ivanovitch ou Otrépief, dit le faux * Catherine I, 1725-27.
Dmitri, 1605-06. * Pierre II Alexéiovitch, 1727-30.
* Vasili Ivanovitch Chouiski, ito6-io. * Anne Ivanovna, 1730-40.
* Wladislas Zigismuntovitch Wasa, 1610- * Ivan VI Antonovitch, 1740-41.
1613. * Élisabeth Pétrovna, 1741-62.
* Mikhaïl Féodorovitch Romanof, 1613-45. * Pierre III Féodorovitch, 1762.
* Alexis Mikhaïlovitcli, 1645-76. * Catherine II Alexéievna, 1762-96.
* Féodor II Alexéiovitch, 1676-82. * Paul I Pétrovitch, 1796-1801.
Le couronnement d’Ivan IV Vasilievitch ne concorde pas avec une
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réforme monétaire. Le numéraire émis en Russie ne subit aucune modification : il continua à consister en dengui (au singulier: denga) et en copeks d’argent, piécettes de flan oblong et irrégulier portant à l’avers le cavalier moscovite brandissant un sabre ou tenant une lance, et au revers une légende en caractères russes, écrite en plusieurs lignes. Le copek valait deux dengui et cent copeks formaient un rouble, monnaie de compte. Aux espèces nationales venaient se joindre, pour les transactions d’une certaine importance, de nombreuses monnaies d’importation étrangère, telles que les nobles anglais et les ducats d’or, et les thalers d’argent; enfin, dans les régions éloignées des frontières occidentales, le troc des marchandises avec les fourrures, comme mesure commune, continuait à être le moyen d’échange habituel.
Le poids qui servait en Russie, pour peser les métaux précieux aussi bien que les autres marchandises, était la livre, qui se divisait en 96 solotniks à 96 doit, soit en Q2i6 doli. La livre russe équivaut à 409 gr. 5116. Quarante livres formaient un poud, mais cette expression de mesure n’était employée que pour le cuivre. On indiquait l’aloi des espèces en mentionnant le nombre de solotniks de métal pur compris dans une livre de métal brut ou allié.
La première innovation monétaire que l’on constate en Russie remonte au milieu du xvii^ siècle, au règne du tsar Alexis Mikhaïlovitch ( 1 645-76). Les guerres contre la Suède et la Pologne ayant épuisé le trésor moscovite, le tsar résolut de se procurer des ressources par la fabrication de roubles d’argent émis au double de leur valeur intrinsèque. Pour faire ces pièces, on se servit des thalers étrangers qui circulaient en Russie sous le nom àiiefinikis à raison de deux pour un rouble: ces thalers, employés comme flans monétaires, reçurent une nouvelle empreinte. L’avers porta l’image équestre d’Alexis Mikhaïlovitch, entourée du nom et des titres; le revers eut l’aigle à deux têtes dans un cartouche carré, et en légende la valeur de la pièce, et le millésime 1762, soit 1654 de l’ère chrétienne.
En 1655, on trouva plus pratique et plus expéditif de contremarquer simplement les écus étrangers. On y mit deux poinçons, l’un rond, avec l’image du tsar à cheval, l’autre oblong, avec la date de 1655, premier exemple de l’emploi officiel de l’ère chrétienne en Russie. Pour com-
pléter le système monétaire et se procurer des espèces divisionnaires, on coupe les iefimkis en deux pour faire des demi-roubles ou poltiny ou en quatre pour faire des polpoltinniki ; ces fractions portent des surfrappes analogues aux contremarques du rouble (fig. 324).
L'opération financière du surhaussement des monnaies d’argent ne fut pas suffisante pour procurer à Alexis Mikhaïlovitch les sommes que les dépenses militaires rendaient indispensables. Sur les conseils de Rtichtchef, directeur de ses monnaies, le tsar eut recours à un expédient radical; dans le cours de l’année 1655, il ordonna^ de frapper des monnaies de cuivre à cours forcé, émises au taux des espèces d’argent. Le module et le type de ces espèces fiduciaires étaient analogues à ceux des monnaies d’argent dont elles prenaient la place. Il y eut ainsi des demiroubles, des altyns ou pièces de trois copeks, des grocheviki ou pièces de deux copeks, des copeks et des dengui. Les ateliers de Moscou, de Novgorod et de Pskof furent chargés de la fabrication de ce numéraire de nécessité.
La contrefaçon à laquelle ces pièces donnèrent lieu en fit rapidement baisser le cours. Dès 1662 on donnait quatre roubles de cuivre pour un rouble d’argent. En juin 1663, létaux était monté à quinze roubles. Une émeute éclata et le tsar fit procéder au retrait de ces monnaies de nécessité avec une perte énorme pour les détenteurs.
La réforme monétaire qui vint mettre la Russie au rang des nations occidentales modernes date, comme tous les autres progrès accomplis dans cet empire, du règne de Pierre-le-Grand (1689-1725). Elle consista à vrai dire en un affaiblissement. Les dénominations des monnaies
de compte furent, dit Chaudoir, appliquées à des monnaies effectives, mais la valeur en fut en même temps diminuée. Le rouble de compte, qui jusqu’alors avait valu un ducat on deux thalers étrangers dits iefimkis, fut frappé au taux des iefimkis et ne valut plus qu’un demi-ducat. Les
LA RUSSIE ET SES DEPENDANCES
divisions du rouble subirent la même diminution et on frappa des monnaies d’or et de cuivre en rapport de valeur avec le nouveau rouble.
La réforme du système d’échange concorda avec l’adoption des procédés mécaniques de fabrication et l’augmentation des ateliers. Des hôtels monétaires nouveaux furent établis en 1711 à Moscou. Il y eut dans cette ville trois officines distinctes pour la production des espèces d’or et d’argent, la monetnii dvor, la krasnii dvor et la kadachefskii dvor, puis un atelier spécial pour le cuivre, dit denejnii dvor. Une chambre de commerce fut instituée en cette même année i7ii,avec mission de soigner l’achat des métaux nécessaires au monnayage. Un oukase du 15 mars 1719 ordonna d’établir un hôtel des monnaies dans la caserne de la garnison de Saint-Pétersbourg et d’y transporter le matériel des hôtels des monnaies de Moscou : l’empereur voulait ne rien négliger pour accroître l’importance de sa nouvelle capitale. Voici les diverses monnaies frappées en Russie sous Pierre-le-Grand :
a) Ducat d’or, frappé pour la première fois en 1701, à 93 zolotniks de loi et à 1 18 pièces à la livre. Le type se compose à l’avers du buste du tsar avec son nom et son titre, au revers de l’aigle à deux têtes accompagné de la suite du titre et du millésime. Les légendes sont en russe, excepté sur un ducat de 1716 où elles sont en latin et où se trouve le titre dimperalor, que Pierre-le- Grand n’adopta cependant qu’en 1722, sur les pièces à légendes russes. Le 1 5 mai 1712, l’aloi des ducats fut légèrement modifié; il fut décidé qu’ils seraient dorénavant frappés sur le pied des ducats de l’empire germanique.
b) Doidde ducat d’or, frappé en 1714. Môme type que les ducats.
c) Double rouble d’or, frappé à partir de 1718, au titre de 75 zolotniks et a 100 à la livre. Le type de cette pièce se compose à l’avers du buste de Pierre-le-Grand, au revers de l’image de saint André tenant sa croix.
d) d’argent frappé à partir de 1704. Les premiers roubles ont à l’avers le buste du tsar avec le nom et le titre, au revers, l’aigle avec la légende uioueta dobraïa Dena rouble (ho\\nt monnaie du prix d’un rouble) et la date en chiffres slaves.
Le rouble subit plusieurs modifications de taille, de titre et de type. A partir de 1722, l’avers porte le buste du tsar, soit avec une armure à la romaine, soit avec une draperie, soit en grande armure, avec manteau impérial et cordon de l’ordre de Saint- André ; le revers a une croix formée de quatre II couronnés, la légende nioneta novaia tsena rouble (nouvelle monnaie du prix d’un rouble) et la date en chiffres arabes. Un oukase du 24 janvier 1718 avait ordonné de ne plus frapper de monnaies au marteau, mais de faire usage du balancier, et de mettre une inscription sur la tranche des roubles et des demi-roubles .
En 1 724, dit Chaudoir, parurent les premiers roubles frappés à Saint-Pétersbourg ; ils ont sous le buste les lettres C II h (= s. p. b. abréviation de Saint-Pétersbourg)^ et portent comme type de revers une croix formée de quatre II couronnés placés autour de l’étoile de l’ordre de Saint-André. La taille moyenne du rouble fut de quinze à la livre et le titre normal de 82 ~ zolotniks.
e) Poltina ou demi-rouble d’argent, frappé à partir de 1701. Mêmes types que le rouble, mais le mot poltina remplace naturellement le mot rouble dans la légende. Le type du revers est toujours l’aigle.
f) Poloupoïtinnik ou quart de roîdde d’argent, frappé à partir de 1701. Ils portent au revers l’aigle et, en légende, le mot poloupoïtinnik et le millésime.
g) Grivna ou pièce de dix copeks d’argent. Les premières sont de forme oblongue et irrégulière comme les anciens copeks, dont elles reproduisent le type. En 1701 parurent les grivny rondes ; elles portent à l’avers l’aigle à deux têtes et au revers le mot grivna ou ^vivennik avec la date.
h) Pièce de cinq copeks (plat kopieck) ou de dix dengîii (dêciat déneg). Type analogue à celui àts grivny rondes. Celles de 1701 et des années suivantes ont le millésime en chiffres slaves ; en 1714 la date est en chiffres arabes. Par les oukases du 28 juin et du 28 juillet 1723, il fut ordonné de faire des pièces de cinq copeks en cuivre.
i) Altyn ou altynnik, valant 3 copeks, frappés à partir de 1704; ces pièces ont à l’avers l’aigle russe et au revers le mot altynnik et la date en caractères slaves. Un oukase du 14 février 1718 vint modifier légèrement le titre des altynniks et provoqua le changement du type. Les pièces portèrent d’un côté saint Georges à cheval perçant un dragon et au revers trois globules, le nom de la pièce et la date en chiffres slaves. L’émission des altynniks fut arrêtée en 1721.
j) Pièce de 12 copeks en argent de bas titre, frappée à Limitation des tymf polonais et prussien. Ces pièces en argent de bas titre portent le buste et l’aigle russe. On les connaît pour 1707 et 1708.
k) Copeks. Les premiers copeks de Pierre-le-Grand sont en argent et de forme irrégulière. Le 20 mai 1714 il fut ordonné de faire des copeks ronds, portant à l’avers l’image équestre de saint Georges, au revers, un globule, le mot kopeika et la date en chiffres slaves. Goncurremment avec les copeks d’argent, on frappa des copeks de cuivre. Notre figure 326 reproduit celui de 1721.
1) Denga de cuivre. C’est un oukase du Il mars 1700 qui prescrivit la fabrication de monnaies divisionnaires en cuivre. Les dengui ont à l’avers l’aigle russe.
m) Polouchka de cuivre valant le quart du copek. On frappa aussi des polpoloiichki, mais seulement à titre d’épreuve. Même type que les dengui.
Fig. 327
La taille des monnaies de cuivre fut très variable sous Picrre-le-Grand. Depuis 1704, les copeks étaient à 20 roubles au poud, mais à partir de 1718, la taille de toutes les espèces de cuivre fut de 40 roubles au poud, ce qui réduisit leur poids de moitié.
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Le règne de Catherine I (1725-27) n’introduisit pas de modification sensible dans le monnayage. Certaines espèces cessèrent d’être émises et l’effigie de l’impératrice remplaça celle de son époux défunt. Sur les premiers î'oubles le buste est tourné à gauche (fig. 3 27)5 mais dès 1725 il fut tourné à droite, comme sous Pierre-le-Grand.
En 1725, il fut ordonné de faire à Ékaterinebourg en Sibérie des plaques de cuivre, analogues aux plàtmynt de Suède et destinées à circuler pour un rouble, cinquante, vingt-cinq, dix, cinq, deux copeks et
un copek ; elles étaient -taillées à dix roubles au poud, de sorte que les plaques d’un rouble ne pesaient pas moins de quatre livres. Ces plaques sont carrées et portent un ou plusieurs poinçons aux armes de Russie, le nom de la pièce, la date et le nom de l’atelier. On connaît de ces pièces pour les années 1725, 1726 et 1727. Notre figure 328 représente une plaque d’une grivna frappée en 1726.
Pierre 11 (1727-1730) frappa en or des ducats et des pièces de deux roubles, en argent des roubles, demi-roubles et quarts de rouble, en cuivre, des pièces de cinq copeks, des copeks et des polouchki.
Aucun changement ne fut introduit, dans le monnayage de l’or et de l’argent, sous Anne I (1730-40). On possède à son effigie des ducats d’or, des roubles, demi-roubles, quarts de rouble et grivennik d’argent. Certaines espèces du règne de Pierre-le-Grand ayant été démonétisées, une société, à la tête de laquelle était Karikhalof, fit en 1731 l’entreprise de leur retrait et de leur transformation en roubles et demi-roubles. Pen-
dant un an et demi cette société réalisa des bénéfices tellement exagérés que le ministre Golovkin prit contre elle la mesure radicale de la confiscation. Un nouveau contrat, moins onéreux pour l’état, fut passé le 28 mai 1733 avec une nouvelle société.
L’impératrice Anne I modifia entièrement le système des monnaies de cuivre. Par son oukase du 2 décembre 1730, elle ordonna de tailler les pièces divisionnaires à raison de dix roubles au poud. C’est de cette époque que datent, en Russie, ces lourdes monnaies de cuivre si caractéristiques. Les pièces mises en circulation par les prédécesseurs d’Anne furent refrappées : les vieux copeks de Pierre-le-Grand à 20 roubles au poud furent transformés en deniejki, et ceux qui avaient été taillés à raison de 40 roubles au poud devinrent des polouchki. Cette réforme monétaire avait pour but de mettre la valeur intrinsèque des pièces de bronze en rapport avec leur valeur nominale, de manière à entraver le faux monnayage auquel se livraient fructueusement les juifs polonais. En 1740, Anne I voulut frapper des pièces de deux copeks, mais elles ne furent émises qu a titre d’essai.
A la mort d’Anne I, survenue en octobre 1740, Ivan VI, fils d’Antoine-Ulric, duc de Brunswick-Bevern, à peine âgé de deux mois, fut proclamé empereur de Russie en vertu du testament de la défunte impératrice, mais en décembre 1741 une conspiration mit le jeune Ivan VI et ses parents à la merci d’Elisabeth, seconde fille de Pierre-le-Crand, qui fut proclamée impératrice de Russie. Pendant les quatorze mois du règne nominal d’Ivan VI, les seules monnaies émises, tant à Saint-Pétersbourg qu’à Moscou, furent des roubles, demi-roubles et grivennik d’argent.
Dès le 18 décembre 1741, Elisabeth I ordonna de retirer ces pièces de la circulation et d’en opérer la refonte. Sous son règne, la série des monnaies d’or s’enrichit de quelques pièces nouvelles. Outre les ducats et doubles ducats, portant à l’avers le buste, au revers soit l’aigle, soit l’image de saint André, il y eut à partir de 1755 des pièces de 10 et de $ roubles appelées impériales et demi-impériales. Le titre de ces pièces nouvelles fut fixé à 88 zolotniks; le poids de Y impériale fut de 3 zolotniks, et celui de la demi-impériale de 1 zolotniks. Leur type comprend à l’avers, le buste, le nom et le titre de l’impératrice, au revers, l’aigle russe entourée des écus couronnés de Moscou, de Cazan, d’Astrakan et de Sibérie, avec la dénomination de la valeur et les chiffres du millésime placés entre les écussons. L’oukase créant ces espèces est daté du 12 novembre 1755. Le 21 juin de l’année suivante, il fut ordonné de faire des pièces d’or de deux roubles ci éé un rouble. Ces pièces portent l’effigie
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d'Élisabeth et Taigle chargé en cœur d'un écu rond au saint Georges. On frappa aussi en l'j ^6 demi-roubles à.’ mais Chaudoir affirme que ces pièces, non mentionnées dans l'oukase, ne furent faites que pour l'usage particulier de la cour ; elles ont au revers le chiffre couronné d’Élisabeth 1.
En argent, les roubles et demi-roubles d’argent restèrent, à l’effigie près, ce qu'ils étaient sous les règnes précédents, mais en 1755, Élisabeth 1 ordonna la fabrication de monnaies d'argent de cinq copeks^ La taille des pièces de cuivre fut portée à huit roubles au poud, mais comme ce monnayage était onéreux pour le trésor, il fut ordonné par oukase du 8 avril 1757 de refrapper tout le cuivre de manière à faire seize roubles au poud.
Pierre 111 fut proclamé empereur de Russie en janvier 1762 immédiatement après la mort d'Élisabeth I, sa tante. Il fut renversé, en juillet de la même année, par une conjuration qui donna la couronne à Catherine II.
Pendant son règne éphémère, Pierre III fit frapper des ducats, impériales et demi-impériales d’or, des roubles, demi-roubles, pièces de 20 copeks et pièces de quinze copeks d'argent. L'oukase du 17 janvier 1762 donna l'ordre de rapporter toutes les pièces d’argent frappées depuis 1700 aux Monnaies de Saint-Pétersbourg et de Moscou, où elles devaient être refrappées. Les lettres H. C. c’est-à-dire Pérédiel Sanktpetersbourskii, remonnayage de Saint-Pétersbourg, ou II. M. Pérédiel Moskojskii, remonnayage de Moscou, indiquaient sur les pièces ainsi pourvues d'une nouvelle empreinte, l’atelier où celle-ci leur avait été donnée. Le même oukase du 17 janvier 1762 ordonna de frapper à nouveau toutes les monnaies de cuivre antérieures à 1757 et de tailler désormais 32 roubles au poud ; pour accélérer l’opération, on créa, à côté des hôtels monétaires de Moscou, de Saint-Pétersbourg et d’Ékaterinebourg, des officines nouvelles à Jaroslavl, à Nijni Novgorod et à Sesterbek.
Catherine II (1762-1796), par un oukase du 18 décembre 176?, fixa le rapport de l’or à l’argent comme i est à 15 et décida que ses espèces seraient désormais frappées conformément à cette proportion. Les monnaies d’or émises sous son règne sont des impériales, demi-impériales et ducats: on frappa en outre en 1766 et 1785 des pièces d’or de deux roubles, en 1779 des roubles, et en 1777 des demi-roubles d’or.
I. Nous parlerons plus loin des monnaies qu’Élisabeth I fit frapper pour la Prusse, l’Esthonie et la Livonie.
En argent, la monnaie la plus forte reste le rouble, qui présente quant au type trois variétés. De 1762 à 1766, le buste de Timpératrice est orné d’une fraise, de 1767 à 1776 le même buste a le cou sans fraise, enfin, à partir de 1777, la tête est ceinte d’une couronne de laurier.
Les vicissitudes de la monnaie de cuivre recommencèrent sous le règne de Catherine II. Un des premiers soins de cette souveraine fut de faire cesser le monnayage des pièces à 32 roubles au poud pour rétablir, par son oukase du 20 décembre 1762, la taille de 16 roubles au poud. Un oukase du 16 février 1770 créa une nouvelle monnaie de cuivre de la valeur d’un rouble, à raison de 16 au poud, ce qui donnait comme poids de chaque pièce deux livres et demie ou environ 1024 de nos grammes. Ces géants monétaires ne furent fabriqués que pendant un an, en 1771, dans l’atelier de Sesterbek. En 1788, deux nouveaux ateliers pour la frappe du cuivre furent créés aux environs d’Ekaterinbourg, l’un sur le bord de l’Icéta, l’autre sur le bord de la Babka. De 1789 à 1799, on monnaya également à Annensk.
Le 29 décembre 1768, Catherine II établit une Banque Impériale qui reçut dans ses attributions d’émettre des assignats et de soigner le monnayage des espèces d’or, d’argent et de cuivre '.
La période historique dont nous avons à nous occuper ici se clôt avec le règne de Paul I (1796-1801). Cet empereur tenta une réforme monétaire qui avait pour but d’introduire en Russie le système hollandais. Par un oukase du 2 décembre, il ordonna à la Banque impériale défaire frapper des ducats avec l’or qui se trouvait dans ses caisses. Le type de ces ducats, que l’on retrouve sur les roubles de 1796, consista, à l’avers.
la livre, qui vaudraient exactement 50 stuivers de Hollande. A ce taux, le rouble valait 1 37 copeks des monnaies du règne précédent. Les divisions delà monnaie d’argent devaient être faites en proportion, et toutes les pièces antérieurement émises devaient être refondues. Les types de ces monnaies de 1797 se composent à l’avers d’une croix formée de
I. Nous parlerons dans les paragraphes suivants des monnaies frappées par Catherine II pour la Crimée, la Sibérie et la Moldo-Valachie.
Fig. 329
en l’aigle russe, au revers en un cartouche carré portant en quatre lignes un verset de psaume. Un nouvel oukase du 20 janvier 1797 ordonna de frapper des row^/e5 d’argentà 83 yzolotniks de loi et à 14 400 de taille à
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quatre n couronnés, réunis autour d’un I, au revers du cartouche carré décrit ci-dessus (fig. 3 29). Les roubles portèrent autour de la croix les mots moneta tséna rouble (monnaie du prix d’un rouble). Les monnaies de cuivre restèrent taillées à raison de seize roubles au poud, mais le type fut changé; elles portèrent d’un côté le monogramme couronné de l'empereur, de l’autre la dénomination de la valeur et la date.
Le système monétaire russo-hollandais de Paul I fut mal accueilli. Dès le 3 octobre 1797, l’empereur y renonça et ordonna de faire les roubles à raison de 19 à la livre; le titre de 83 y zolotniks fut conservé. Ces nouveaux roubles avaient la même valeur que ceux de Catherine II, soit 36 ^ stuivers de Hollande. Leur type fut celui des grands roubles de 1797. Les poltini ou demi-roubles, les poloupoltini ou quarts de rouble, les grivni et les pièces de 5 copeks d’argent furent frappées en proportion. Le même oukase du 3 octobre 1797 ordonna la fabrication de demiimpériales d’or au titre de 94 y zolotniks, dont le type diffère peu de celui de la monnaie d’argent.
§ IL — Les dépendances de la Russie.
Nous groupons dans ce paragraphe les diverses régions qui furent soumises à l’autorité où à l’influence de la Russie, dans le cours du xviiic siècle, c’est-à-dire la Prusse orientale, la Livonie et l’Esthonie, la Moldo-Valachie russe, la Crimée, la Sibérie et la Géorgie.
a). — La Pi'îisse orientale.
En 1759, les victoires de Palzig et de Kunersdorf livrèrent la Prusse orientale à l’impératrice Elisabeth Pétrovna. L’année suivante les Russes, poussant plus avant leurs succès, s’avancèrent jusqu’à Berlin.
L’occupation de la Prusse orientale depuis 1759 jusqu’à 1762 donna lieu à l’émission de monnaies d’ar-
Fig. 330
gent et de billon selon le système
prussien, pour le paiementde la soldedes troupes (fig. 330). Cespièces furent fabriquées à Kônigsberg et à Moscou ; elles consistent en pièces de dixhuit gros ou tympfs, en pièces de six gros ou cliestaki, en triples, doubles
et simples gros, en shillings ou tiers de gros. Un oukase du 2 mai 1761 ordonna également la frappe de gulden et demi-gulden. Le type de ces diverses monnaies comprend Teffigie d’Élisabeth, l’aigle de Prusse, l’aigle russe, le monogramme de l’impératrice ou l’indication de la valeur placée au milieu du champ. Les légendes sontlatines: MONETA REGNI PRVSS., GROSSVS REGNI PRVSS, etc.
b). — La Livonie et VEsthonie.
L’impératrice Élisabeth Pétrovna, voulant supprimer l’usage des monnaies étrangères dans les provinces baltiques, où elles continuaient à former la base de la circulation, ordonna par un oukase du 25 octobre 170, confirmé le 19 mars 1757, de frapper à Moscou des monnaies d’argent particulières, pour la Livonie et l’Esthonie. Ces monnaies qui portaient le nom de livonaises, portaient à l’avers le buste de l’impératrice avec son nom et son titre en latin, et au revers l’aigle russe tenant dans le bec, par des cordons, devant sa poitrine, deux écussons aux armes de Riga et de Reval, avec la légende: MONETA LIVO-ESTHO- NICA.
On a frappé des livonaises entières valant 96 copeks, des demi-livonaises, des quarts de livonaise, des pièces de 4 copeks et des pièces de 2 copeks.
c). — La Sibérie.
Sous le règne de Catherine II, furent frappées des monnaies de cuivre spéciales à la Sibérie. Voici, d’après Chaudoir, en quelles circonstances : « Les mines de cuivre de Kolyvan Voskresensk contiennent de l’or et de l’argent, dans le poud de cuivre on trouve environ i zolotnik d’or fin et ^ I zolotniks d’argent fin. Comme les frais de l’extraction de cet or et de cet argent furent trouvés trop considérables, il fut ordonné, par oukase du ^ décembre 1765, de faire de ce cuivre des grivenniki, des pièces de 5 copeks, des groclieviki, des copeks, des déniejki et des poloucliki, à 25 roubles au poud, compensant par là la perte que faisait le trésor sur les métaux précieux que contenait ce cuivre. » Cette monnaie devait n’avoir cours qu’en Sibérie. Son type se composait à l’avers du chiffre de l’impératrice couronné et entouré de lauriers, au revers d’un écu couronné dans lequel étaient inscrites en plusieurs lignes la date et la valeur de la pièce, et que soutenaient deux martres zibelines; une
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légende circulaire indiquait la, destination de ces espèces: moneta sibirskaia, monnaie de Sibérie.
Des essais de ces pièces furent frappés à Saint-Pétersbourg en 1764, mais le monnayage effectif n’eut lieu qu’à partir de 1766 à Souzoun, près des mines de Kolyvan. On continua à émettre ces pièces jusqu’à l’oukase du 7 juin 1781, qui arrêta la fabrication.
Les monnaies dont nous venons de parler sont les seules qui aient été spéciales à la Sibérie. Les autres pièces fabriquées par les ateliers sibériens rentrent dans la numismatique russe proprement dite.
La Moldo-Valachk.
Sous le règne de Catherine II, lors de l’occupation de la Moldavie pendant la guerre russo-turque de 1771 à 1774, on émit des pièces de cuivre d'ic?i para ou trois dengui (fig. 5 5 1), de deux paras ou trois copeks. et de cinq copeks, qui n’eurent cours qu’en Moldavie et en Valachie où se trouvait l’armée impériale. Leur type se compose, d’un côté, de l’aigle russechargé ou accompagné des écussons ovales de la Moldavie et de la Valachie, de l’autre, soit d’un trophée, soit du chiffre de Catherine II, soit d’une croix formée d’6 entrelacés.
Ces monnaies furent
frappées à Sadogoura, petite ville située près de Jassy, par le baron de Gartenberg, qui avait pris à ferme le monnayage: le métal fut fourni par la fonte des canons pris sur les Turcs. Après la guerre, l’atelier de Sadogoura fut fermé.
e) — La Crimée.
La Crimée, ancienne Chersonèse taurique, formait un état tartare dépendant de la Turquie. En 1774, Catherine II avait fait reconnaître l’indépendance du pays, mais en 1783 elle déposa le Khan, Sahim Gheraï, et fit occuper la Crimée par ses troupes. La paix de Jassy, en 1792, lui en assura la possession définitive.
Peu de temps après la conquête, un atelier fut ouvert à Théodosie. En
1787, lors du voyage de Catherine II en Crimée, il y fut frappé des monnaies en argent portant à l’avers le chiffre couronné de l’impératrice, avec la légende, parfois abrégée, tsarit^a Khersonisa Tavritcheska^o, reine de la Chersonèse taurique, et la date. Le revers porte un grand chiffre arabe désignant la valeur de la pièce et le nombre de globules y correspondant, avec les lettres T M, initiales des mots tavritcheskaïa moneta, monnaie taurique. C’est sur ce type que furent frappées des pièces de 20, de 10, de 5 et de 2 copeks.
f). — La Géorgie.
Eréclé II (1762-1798), roi de Géorgie, voulant soustraire ses états à l’influence persane, se mit sous la protection de la Russie et prêta serment de soumission à Catherine IL Ce fait historique est rappelé par des monnaies de cuivre (fig. 352) qui portent à l’avers l’aigle russe. Le revers présente le nom d’Eréclé en caractères assomthawrouli et les mots: frappé à Tiflis, en arabe, suivis d’une date de l’hégire.
La Géorgie fut annexée à la Russie en 1801.
§ III. — Les pays chrétiens des Balkans. a). — Le voivodat de Moldavie.
En 1^1^, la Moldavie dut reconnaître la suzeraineté du Sultan. Depuis 1538, celui-ci nomma les Voïvodes de Moldavie, qu’il choisit toujours parmi les Grecs fanariotes. La numismatique de ce pays est encore peu connue, et la chronologie des voïvodes est très incertaine. Voici ceux auxquels M. Sturdza attribue des monnaies:
* Stephanitza Voda, 1517-27.
* Étienne Locusta, 1538-40.
* Alexandre Lapuschneanu, i 5 52-61.
*Jean Iléraclides, 1561-63.
* Alexandre Lapuschneanu, rétabli, 1564- 1 566.
*Ivonia ou Jon Voda le Terrible, 1 572-74.
*Eustrate Dabija, 1662-66.
LA RUSSIE ET SES DEPENDANCES
Le numéraire de Stephanitza (i s 17-27) consiste en petites monnaies de billon portant à Tavers les armes de Moldavie, une tête de bœuf vue de face, surmontée d’une étoile. Les légendes sont en latin et en caractères gothiques : MONETA MOLDAVIE — + STEHANVS VOIEVODA. Sous Étienne Locusta (i 558-40), les inscriptions latines font place à des légendes slaves : ICO CTE^ANA TOCnO- ZEMAH
MOAAABCKOH. Jo S te fana voevoda gospodar ^emli moldavskoi ; on remarquera la manière dont est coupé le mot gospodar, qui commence à Lavers et se continue au revers.
Les pièces d’Alexandre Lapuschneanu portent l’image de la Vierge, patrona et les légendes sont en latin. Avec Jean
Héraclides se montrent les ducats d’or et les fortes espèces d’argent, telles que le thaler ; ces monnaies portent son buste et ses armes avec inscriptions pompeuses : HERACLIDIS DESPONTE PATRIS PATRf^e — VINDEX ET DEFENSOR LIBERTATIS PATRz^e 1563.
Les petites espèces d’I von ia reprennent des inscriptions slaves. Les seules monnaies d’Eustrate Dabija consistent en pièces de cuivre. L’atelier monétaire de la Moldavie, du moins dans les derniers temps des émissions autonomes, était placé à Sutschava.
b). — Le voïvodat de Valachic.
La Valachie fut rendue tributaire de la Turquie par Mahomet II en 1462, et depuis cette époque les voïvodes furent nommés par le sultan.
On connaît un certain nombre de pièces d'or et d’argent de Michel le Vaillant (1595-1601), mais elles paraissent être plutôt des médailles que des monnaies. Michel Radul (1658-59) émit quelques espèces de billon sur lesquelles il s’intitule : |0 MICHAEL RAD. D. G. WAL<^chiae JRansalptnae RRinceps. Sa devise est St Deus nohiscum quis contra nos.
Une tentative plus sérieuse de monnayage fut faite par Constantin Brancovan (1688-1714), dont il existe des pièces de dix tl àc cinq ducats d’or, des doubles thalcrs,à.es thalers et dc^gulden d’argent à son buste et à ses armes. Ces émissions ne furent pas renouvelées sous ses successeurs.