INTER ARMA SERVATA
En 1650, la ville recommença à monnayer, et l’on connaît pour cette période des ducats d’or, des thalers, demi-thalers et pièces divisionnaires à l’effigie de Jean-Casimir. De 1656 à 1660, Elbing fut de nouveau sous la domination de la Suède, et les monnaies portèrent le buste du roi Charles- Gustave.
En 1772, Elbing tomba entre les mains du roi de Prusse. Les privilèges de la ville ayant été nominalement respectés, une émission d’espèces municipales eut encore lieu en 1787.
Fig. 321
§ V. — Ordre de Livonie,
La Livonie, en allemand Lievjland, s’étendait entre la Baltique, l’Esthonie et la Courlande. En 1521, les chevaliers de l’Ordre de Livonie, qui depuis i 2 37 s’étaient fondus dans l’Ordre teutonique, s’en séparèrent, et leur grand maître, Walter de Plettenberg, fut créé prince de l’Empire.
Les grands maîtres de l’Ordre de Livonie jouissaient du droit de battre monnaie. Le magistère fut successivement occupé par les personnages suivants :
* Walter de Plettenberg, 1494- 1 ^ 3 >.
* Hermann de Bruggenau, 1 5 3 5-49.
Jean von der Recke, 1549-5 i.
Henri de Galen, 1551-57.
Guillaume de Furstenberg, 1558-59.
Gothard Kettler, 1559-62.
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Les ateliers monétaires de l’Ordre de Livonie étaient situés à Riga, à Reval et à Wenden.
Unepiècede^/x<iwc^^5d’ordeWalter de Plettenberg le représente à l’avers, debout, tenant l’épée et l’écu; le revers porte l’image de la Vierge: S. MARIA SERVA POPVLV * TW. Sous H en ri de Galen les légendes monétaires sont parfois écrites en allemand : HEINRIC ■ V • GA- LEN MEISTER DES - RITTERLICHEN Deutscheîi Qrdens zy Ll- FLANDT.
Le type des monnaies de Livonie se compose fréquemment à l’avers de l’écu écartelé de l’Ordre: d’argent à la croix de sable, et des armes de la famille du grand-maître. Les pièces frappées à Riga et à Reval ont généralement au revers les armes de la ville.
§ VL — Duché de Livonie.
En 15 59,1a Livonie fut envahie parles Russes, et le grand maître Guillaume de Furstenberg fut emmené en captivité. Le nouveau grand maître, Gothard Kettler, céda en 1561 le pays à la Pologne, se réservant seulement la Gourlande et la Sémigalle, qui furent érigées en duché mouvant de la couronne de Pologne.
La possession de la Livonie fut, entre la Pologne, la Suède et la Russie, un sujet permanent de conflits dont les monnaies nous conservent le souvenir. La guerre soutenue contre le tzar Ivan IV le Terrible s’était terminée. à l’avantage de la Pologne, grâce à la présence de nombreux soldats allemands, enrôlés pour la circonstance. A l’issue de la lutte, ces mercenaires se trouvaient créanciers de sommes considérables en garantie desquelles ils occupaient diverses forteresses. En 1 570, la dette s’élevait à 400,000 florins. Pour se libérer, le roi de Pologne autorisa deux de ses sujets, Valentin Iberfeld et Jacques Ging, à frapper en Livonie une monnaie de nécessité de bas aloi ; les bénéfices de la fabrication devaient servir au paiement des soldats. L’émission fut considérable; le 28 septembre 1 570, les deux entrepreneurs obtinrent licence de convertir en espèces 20,800 marcs-poids d’argent, et le 16 juin de l’année suivante ils se firent donner une autorisation nouvelle pour 6,000 marcs de métal. L’atelier d’Iberfeld et de Ging était placé dans le château de Kirchholm ou, selon Czapski, dans le château de Dahlholm. Les monnaies ainsi frappées consistent en schillings, ferdings ou quarts de marks, demi-marks et marks d’argent. Les légendes de ces pièces se composent des mots
MONE • NOVA • ARGENTEA • DVCATVS ■ LIVONIE et du nom de la pièce, 1 SCHILLING, etc., écrit en allemand dans le champ du revers. L’avers porte un griffon tenant une épée ; ces armoiries, données à la Livonie par le roi de Pologne, étaient celles de Jean Chodkiewicz, le général qui avait repoussé Pinvasion russe et avait été nommé gouverneur du duché.
La ville de Riga avait profité des événements pour se créer une situation indépendante. Tout en promettant de ne pas se séparer du reste de la Livonie, elle avait refusé le serment d’obéissance au roi de Pologne et avait déclaré ne reconnaître d’autre protecteur que l’Empire germanique. Ce n’est qu’en 1 581, à la suite de l’expédition d’Étienne Bathori contre les Russes, que les citoyens de Riga se soumirent volontairement et jurèrent fidélité au roi de Pologne. Pendant les vingt ans de liberté qui s’écoulèrent de 1561 à 1581, Riga monnaya en souveraine; ses thalers de 18 ferdings, ses demi-mark^ et ses fer'dings portent ses armes: d’azur à la porte de ville de gueules^ flanquée de deux tours de même, la porte hersée et les tours couvertes d’argent : sous la porte, une tête de lion d’or; entre les tours, deux clefs d’argent en sautoir surmontées d’une croix d’or. Les légendes des thalers sonl: DENÂRIVS ARGENTEVS XVIll PERD. R. GVITATÎS RIGENSIS : celles des autres monnaies sont; MONETA NOVA ARGEN. CIVITATIS RIGENSIS. On trouve des monnaies d’or étrangères contremarquées aux armes de Riga.
Après la prise de possession par Étienne Bathori, la ville frappa suivant le pied polonais-lithuanien des pièces d’or, des schillings, demi-
gros, gros et triples gros d’argent portant d’un côté le monogramme ou le buste du roi, de l’autre l’écu de la cité. Ce monnayage continua sous Sigismond III, de son avènement en 1588 à la prise de la ville par Gustave-Adolphe en 1621. Les monnaies frappées sous ce roi consistent en pièces d’or de dix ducats dites portugaloser, en ducats, en schillings (fig. 322), en gros, en dreip'ôlker, en triples gros d’argent.
§ VIL — Souverainetés ecclésiastiques en Livonie.
Indépendamment de l’Ordre teutonique, trois souverainetés ecclésiastiques ont laissé en Livonie des souvenirs numismatiques. Les archevêques de Riga et les évêques de Dorpat, qui frappaient monnaie au
LE ROYAUME DE POLOGNE
moyen âge, continuèrent à exercer leur prérogative régalienne pendant le xvi^ siècle, jusqu'à la sécularisation de leur temporel. Un évêque d'Oesel dut à des circonstances particulières de pouvoir user du droit monétaire.
Archevêché de Rigci. — Les archevêques de Riga résidaient à Wenden. La patronne du diocèse était la Vierge. Les armes épiscopales étaient : de gueules à la croix processionnelle et à la crosse d’or posées en sautoir. Le chapitre de la cathédrale portait un lis dans son écusson.
Les monnaies forment deux groupes distincts, suivant qu’elles portent le nom de l’archevêque seul, ou qu’elles ont été émises en participation avec le maître de l’Ordre de Livonie. Voici la chronologie des archevêques :
* Michel Hildebrand, 1484-1509. * Thomas Schôning, 1527-40.
*Gaspar von der Linden, 1509-24. * Guillaume de Brandebourg, 1540-63.
Jean VI de Blankenfeld (Dorpat), 1524-27. Christophe de Mecklembourg, 1563-69.
Sous ce dernier, en 1566, l’archevêché de Riga fut sécularisé. Les monnaies portent généralement à l’avers l’écu de famille des archevêques, au revers celui du temporel. En 1539, Thomas Schôning frappa le premier des marks d’argent. Sous Guillaume de Brandebourg, il y eut en 1559 une émission de florins d’or et de thalers d’argent.
Les monnaies qui portent à la fois le nom de l’archevêque et celui du maître de l’Ordre de Livonie appartiennent aux personnages suivants :
Michel Hildebrand et Guillaume de Plet- Le même et Jean von der Recke.
tenberg. Le même et Henri de Galen.
Gaspard von der Linden et le même. Le même et Guillaume de Furstenberg. Guillaume de Brandebourg et Hermann de Le même et Gothard Kettler.
Bru^senau.
La première forte monnaie d’argent appartenant à cette série est le demi-thaler de Gaspard von der Linden et Guillaume de Plettenberg frappé en 1516.
Èvéché de Dorpat. — Cet évêché, dont le territoire s’étendait au nord-est de Riga, avait saint Pierre pour patron. Ses armes étaient ; de gueules à la clef de saint Pierre et à l’épée de saint Paul d’argent posées en sautoir. Voici la liste des évêques de Dorpat depuis le commencement du xvu siècle :
*Jean IV de Buxhôvden, 1499-1505 Gérard Schroue, 1505-TI.
*Jean V de Duisburg, 1511-14.
* Vacance du siège, 1515.
* Christian Bomhouer, 1515-18.
*Jean VI de Blankenfeld, 1518-27.
Les évêques de Dorpat n’ont frappé que de menues espèces d’argent, sauf Hermann dont il existe un demi-mark de 1557. Les types habituels sont formés du buste de saint Pierre, des armes de l’évêché et de l’écusson de famille de l’évêque. La légende du revers est monda nova tarpatensis ou terhatensis, diversement abrégée.
* Jean VII Bey, 1 527.
* Vacance du siège, 1528.
*Jean VIII de Gellingshausen, 1528-42.
*Josse von der Recke, 1543-51.
*Hermann Weiland von Wesel, 1552-58.
Évêché d’Oesel. — En i559,Magnus, duc de Schleswig-Holstein, frère de Frédéric II, roi de Danemark, acheta le temporel des évêchés d’Oesel, de Courlande ou de Reval, mais il ne put se mettre en possession que d’une partie de son acquisition, qu’il tint en fief de la Russie. Le tzar lui donna même le titre ronflant de roi de Livonie.
Magnus frappa monnaie, mais sur ses pièces émises de 1561 à 1567, à Arensburg, dans l’île d’Oesel, et à Hapsal, sur la côte d’Esthonie, il s’intitula simplement: Dei gratia episcopiis Osiliae, Curolandiae et Revaliae. Ses espèces ne consistent qu’en schillings Qtferdings. L’avers porte le buste ou les armes de l’évêque, le revers l’aigle, emblème héraldique de l’évêché d’Oesel, qui avait l’apôtre saint Jean pour patron. Magnus de Schleswig-Holstein mourut en 1583. Ses domaines tombèrent sous la domination de la Pologne.
§ VIII. ' — UEsthonie et la Livonie suédoises.
L’Esthonie fut conquise en 1 361 par la Suède, lors de la dislocation du pouvoir de LOrdre de Livonie, et Éric XIV conserva à Reval l’atelier monétaire que les Alaîtres y avaient eu en activité. Ses successeurs jusqu’à Charles XI continuèrent les émissions. Les dernières pièces de ce roi qui portent un millésime sont, d’après le catalogue Preiss, de 1674. Ces monnaies de Reval ont un caractère municipal très marqué; le revers porte toujours les armes de la ville, trois léopards couronnés, entourées d’une légende telle que NVMMVS ARGENTEVS CIVITATIS REVALIENSIS.
En 162 1 , Gustave-Adolphe s’empara de Riga. Le monnayage de cette ville continua sous la domination suédoise jusque sous Charles XII, dont les émissions furent peu importantes.
Outre ces monnaies de Riga, émanations d’une ville libre, il y eut en Livonie, sous Christine, Charles-Gustave etGharlesXI, diverses émissions de menues espèces, de 1641 à 1664, portant les légendes SO-
LIDVS LIVONIÆ ou MON- NOV* LIVONIÆ.
En 1670, le roi de Suède Gharles XI ouvrit, à Narva, un atelier où furent battues jusqu’en 1672 diverses monnaies d’or et d’argent. Ces pièces portent l’initiale ou le monogramme couronné du roi, entouré de la devise : DOMINAS PROTECTOR MEVS, et au revers l’écu de la ville de Narva entouré de MON -ARG- ou AVR • CIV ■ NARVAE.
La Suède perdit toutes ses possessions esthoniennes et livoniennes en 1721, à la paix de Nystad, qui les réunit à l’empire de Russie •
I. Pour la Livonie et l’Esthonie russes, voyez le chapitre suivant.
LE ROYAUME DE POLOGNE
§ IX. — Duchés de Courlmtde et de Sémigalle.
Comme nous l’avons dit plus haut, la Courlande et la Sémigalle restèrent à Gothard Kettler, comme duchés vassaux de la Pologne, et héréditaires dans sa famille, qui s’éteignit en 1737. Malgré un acte de la diète de Courlande qui avait désigné en 1726 Maurice de Saxe comme héritier de ce duché, Anne, impératrice de Russie, veuve de Frédéric- Guillaume Kettler, le ht donner à son favori Ernest-Jean Biron. En 1795,1a Courlande fut annexée à la Russie. Voici la chronologie des ducs de Courlande :
* Gothard Kettler, auparavant maître de
l’Ordre de Livonie, 1562-87.
* Frédéric Kettler, 1587-1639.
*Jacques Kettler, 1639-82.
* Frédéric-Casimir Kettler, 1682-98.
Frédéric-Guillaume Kettler, 1698-1711.
Anne de Russie, sa veuve, 1711-30.
Ferdinand Kettler, frère de Frédéric-Guillaume, 1730-37.
Ernest-Jean Biron, 1737-41.
Louis-Ernest de Brunswick-Bevern, 1741- '759-
* Charles-Chrétien de Pologne, 1759-63.
* Ernest-Jean Biron, rétabli, 1763-69.
* Pierre Biron, duc de Sagan, 1769-95.
Gothard Kettler commença le monnayage du duché par l’émission de schillings et de thalers d’argent. Ces derniers portent à l’avers un écu parti de Courlande, qui est: cl or au lion couronné de gueules, et de Sémigalle, qui est : d' agur a F élan au naturel, couronné d’or, chargé sur le
tout de l’écusson de Kettler et des initiales de Sigismond-xAuguste, roi de Pologne : le revers représente les armes de Pologne-Lithuanie, que l’on retrouve souvent dans la suite, notamment sur le thaler de Jacques Kettler reproduit ci-dessus (hg. 323).
Parmi les monnaies d’Ernest-Jean Biron, il convient de citer le double ducat à!ov frappé en 1764 à l’occasion du voyage en Courlande de l’impératrice Catherine II de Russie. Le revers porte une inscription de circonstance : |N MEMORIAM LÆTITIÆ QVAM EX ADVENTV SER: ET POT: OMN: RVSS : IMP: OVANSCVRONIA PERCEPIT.
La dernière émission de monnaies courlandaises eut lieu sous Pierre Biron en 1780; elle consiste en ducats d’or « ad legem imperii » et en thalers d’argent « adnormam talerorum Alberti ».