‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 16 sur 193 · Buste adolescent, 1668 (fîg · texte numérisé non relu

Buste adolescent, 1668 (fîg

Fig. 22 Fig. 23 Fig. 24 Fig. 25

4. Buste dit « du parlement » à la petite perruque, 1672 (fig. 24).

5. Buste dit « du parlement » à la grande perruque, 1686 (fig. 25).

On possède de ces différents types les écus blancs et leurs plus grandes

divisions. La première série, celle du buste poupard, comprend toutes les fractions, le demi-écu, le quart, le douzième, le vingt-quatrième et le quarante-huitième; mais ces dernières n’ont jamais été mises en circulation.

Outre le monnayage pour le royaume de France, qui est caractérisé

par la présence au revers de l’écu couronné, à trois lis (fig. 26), il existe pour le second, le troisième et le quatrième types des séries, plus ou moins complètes, frappées pour la Navarre (fig. 27) ou le Béarn (fig. 28).

Aprèsla conquête de la Flandre, on frappa, pour Tusage exclusif de cette province, à Paris, Lille et Amiens, des pièces d'argent de 4, 2, i livre, 10 et 5 sols, pour l'usage exclusif de cette province. Ces pièces, appelées caramboles, portent au revers les armes écartelées de France, Bourgogne ancien et Bourgogne moderne (fig. 29). L'atelier de Lille fut créé en septembre 168$, mais il ne commença la fabrication qu'en 1686.

Pendant la période dont nous venons de nous occuper, nous voyons apparaître, à côté des anciens dou^ains et sixains, un certain nombre de monnaies divisionnaires nouvelles. En 1644, une ordonnance prescrivit l'émission de petites pièces d'argent valant trente et quinze deniers : leur type n'est qu'une réduction de celui des écus au buste poupard. Une seconde émission de ces monnaies eut lieu en 1657.

Dès le début du règne, les ateliers frappèrent en cuivre le double et le denier tournois. En 1649, on créa des liards de trois deniers dont la fabrication, faite à Paris, fut interrompue par les troubles de la Fronde. Le type de ces liards est d'un côté la tête royale, et de l'autre un grand L couronné, accosté de deux lis. La valeur de la pièce en deniers est indiquée à l'exergue en chiffres romains ou arabes. La fabrication des liards fut reprise en 1654 et, cette fois, les pièces portèrent au revers, en trois lignes : LIARD-DE-FRANCE. L'émission, continuée jusqu'en 16^8, fut répartie entre plusieurs ateliers, dont quelques-uns ouverts spécialement à cet effet :

A Corbeil > .

B Pont-de-1’ Arche et Acquigny.

G Caen.

D Vimy, localité appelée ensuite Neuville-sur-Saône 2.

E Meung-sur-Loire et Châtellerault.

G Lusignan et Montreuil-Bonnin.

I Limoges.

K Bordeaux.

R Nîmes.

En avril 1674, une ordonnance prescrivit l’émission de pièces de quatre et de deux sols dites « des Traitants ». La première de ces pièces a au revers quatre lis posés en croix et formant losange en cœur ; la seconde, deux fleurs de lis dans le champ. L’avers porte le buste royal.

En décembre 1689 commence une nouvelle période de l’histoire monétaire de Louis XIV. Un édit prescrivit la refonte générale des espèces et une modification radicale du type : l’or prit le revers de l’argent, et l’argent celui de l’or. Il y eut donc des louis chargés au revers de l'écu

1. Cf. A. Dufour, Un atelier monétaire à Corbeil de i6S4 è ibjS, dans les Annales de la Soc. hist. et archéol. du Gdtinais, 1884, p. i.

2. N. Rondot, La Monnaie de Vimy ou de Neuville dans le Lyonnais, dans la Rev. numism.j 1890.

LA FRANCE

de France et des écus d'argent ayant au revers la croix formée de huit L (fig. 3 1). Sur l’argent, le buste royal (fig. 30) abandonne le jabot de dentelles de la série « du parlement » ; on l’avait déjà figuré de la sorte sur les « caramboles ».

par des pièces de trois sols portant au revers deux L cursifs feuillus, affrontés et entrelacés, accompagnés de trois fleurs de lis et surmontés d’une couronne.

L’écu d’argent aux huit L, émis pour 66 sols, subit des abaissements de cours successifs; en juillet 1692, il ne valut plus que 65 sols; en décembre, 64 sols ; en juin 1693, 63 sols; enfin, en août de la même année, 62 sols seulement. Nous assistons pour la première fois à une de ces spéculations monétaires connues dans l’histoire sous le nom de réformations. Voici, dit l’abbé Hanauer, dans ses remarquables Études économiques sur I Alsace, en quoi consiste la manoeuvre, que nous allons voir se produire pendant toute la dernière période du règne de Louis XIV et pendant le règne de Louis XV : « Les espèces qui sont dans la circulation sont amenées, par une série de décris successifs, à un taux qui équivaut, ou peu s’en faut, à leur valeur intrinsèque. Ce terme atteint, on les prohibe; la Monnaie s’en empare, les marque d’un signe quelconque, sans les refondre, et les rend au public à un cours élevé, bénéficiant de toute la différence qui existe entre le prix de rachat et le taux de la nouvelle émission. Quelque temps après, quand les pièces réformées se trouvent placées, et que le désir d’opérer une nouvelle spéculation se fait sentir, les décris recommencent et se succèdent, jusqu’à ce que la valeur de change de ces pièces se confonde de nouveau avec leur valeur intrinsèque. Alors intervient une autre réformation, destinée à parcourir les mêmes phases. »

De 1693 à la fin du règne, il y eut quatre de ces réformations : les monnaies portées aux ateliers reçurent une empreinte nouvelle, sans

PRExMlÈRE PARTIE

être refondues, de sorte que leur frappe est des plus défectueuses, le type étant très fréquemment défiguré par la présence partielle de l’ancienne empreinte.

Fig.

En septembre 1695, les monnaies émises à la suite de l’édit de 1689 furent retirées de la circulation et remplacées par une série de pièces analogues, d’un type nouveau. Les louis portèrent au revers une croix

formée de quatre lis couronnés, cantonnée de quatre L. Les écus d’argent et leurs subdivisions eurent du même côté un écu rond soutenu par deux palmes (fig. 32 à 34). Il existe de cette série des pièces pour la

France et pour le Béarn-Navarre ; en Flandre, une modification analogue fut apportée aux « caramboles ». Les monnaies frappées en exécution de l’édit de 1693 furent réformées en 1701.

LA FRANCE

Au mois de septembre de cette année parut une ordonnance qui modifia le type de la manière suivante, A Tor, on mit une croix formée de huit L adossés deux par deux et couronnés, la croix brochant sur deux insignes (sceptre et main de justice en sautoir). A Targent, on donna un écu rond brochant sur les mêmes insignes. La série des monnaies d’argent existe non seulement pour la France et le Béarn-Navarre, mais encore pour le Dauphiné, à l’exception toutefois de Vécu, L’atelier de Grenoble ne semble avoir frappé que des demi-écus, des huitièmes et des seizièmes. En Flandre, les monnaies régionales dites caramboles reçurent également le type aux insignes (fig. 35 à 38).

En mai 1704 un nouvel édit vint changer les louis. Les louis d’or portèrent, jusqu’à nouvel ordre, une croix formée de quatre lis couronnés, brochant sur deux insignes en sautoir. Pour les espèces d’argent, on en revint à la croix formée de huit L? mais le centre de cette croix qui.

dans l’émission de 1689, était réservé à la lettre monétaire, reçut les armes de France ou de Béarn-Navarre (fig. 39). Les coins des caramboles de Flandre s’éloignent cette fois de la donnée générale : on en refond l’écu de 1685 en le posant sur les insignes en sautoir (fig. 40).

La dernière réformation du règne de Louis XIV fut opérée par l’édit de mai 1709. Le buste fut mis en rapport avec l’âge du monarque (fig. 41 ).

Le revers des louis d’or fut empreint d’une croix formée de huit L, cantonnée de fleurs de lis. Les monnaies d’argent portèrent trois couronnes rangées en triangle (fig. 42).

Dans le résumé qui précède nous avons négligé de parler de quelques monnaies divisionnaires d’argent, ainsi que des pièces de billon et de cuivre. Par édit d’octobre 1692, les dou^ains furent supprimés et remplacés par un sol de quinze deniers tournois : le type de cette pièce qui existe pour la France, pour la Navarre et pour le Béarn, est à l’avers une croix formée de huit L et au revers un écu couronné.

En mars 1702 parut une pièce de cinq sols et en mai 1703 une pièce de dix sols en argent; elles portent l’une et l’autre à l’avers le buste du roi et au revers deux insignes en sautoir cantonnés de trois lis et d’une couronnelle. Le 9 août 1707 une déclaration royale vint compléter cette série par une pièce de vingt sols.

Par édit de septembre 1709 on créa des pièces de trente deniers dont voici le type : à l’avers deux L adossés sous une couronne. Au revers une croix cléchée, cantonnée de lis, est entourée de la légende française PIECE DE XXX DENIEES. H y eut également des pièces de quinze deniers au même type.

Les monnaies de Louis XIV furent toutes frappées au balancier après 1645. Le 8 mars de cette année, une ordonnance supprima le monnayage au marteau, et le monnayage mécanique fut introduit dans tous les ateliers. Par un perfectionnement qui sous les règnes précédents avait été réservé aux piéforts, les écus et demi-écus d’argent de Louis XIV reçurent une inscription sur la tranche; cette inscription est: Dornine salvuni fac regem. Les pièces dites caramboles, d’un modèle plus grand, ajoutent christianissimum.

Nous avons signalé plus haut les ateliers temporaires qui furent créés sous Louis XIV, à la suite de l’édit de 16^-4 relatif à la fabrication des liards. Voici la liste des ateliers qui eurent une existence plus solide et une destination moins restreinte:

A Paris

AA Metz, ouvert en 1662 AR Arras B Rouen

BB Strasbourg, depuis 1696 C Saint-Lô, jusqu’en 1793, puis Caen DC Besançon D Lyon E Tours F' Angers G Poitiers

H La Rochelle I Limoges K Bordeaux L Bayonne

LL puis L couronné, Lille M Toulouse N Montpellier O Clermont P Dijon

Q. Narbonne, jusqu’en 1710, puis Perpignan

LA FRANCE

R Saint-André-les-Avignon, puis vers Y Bourges

la fin du règne, Orléans.

S Troyes

S et la Sainte Ampoule, Reims.

T Nantes

W (depuis 1674), Lille X Amiens

Z Grenoble & Aix en Provence 9 Rennes Une vache, Pau

Un petit ècu de Navarre, Saint-Palais

A Paris, Texistence simultanée de deux ateliers prit fin. L’officine du Louvre ne frappa plus que des jetons et des médailles à partir de 1660. Les graveurs-généraux du règne de Louis XIV furent :

Jean Warin, 1646-1672.

François Warin, son fils, 1672-1681.

Joseph Roettiers, né à Gand et auparavant graveur de la monnaie de Londres, 1682-1703.

Norbert Roettiers, neveu du précédent, 1704-1727.

Les guerres que le grand roi eut à soutenir et les annexions qui en furent la conséquence, donnèrent lieu à l’émission d’un assez grand nombre de monnaies locales. Nous avons déjà parlé des caramboles frappés spécialement pour la Flandre. Cette série s’enchâsse si bien dans les monnaies françaises proprement dites que nous avons cru ne pas devoir l’en séparer. Il n’en est pas de même des monnaies frappées à Strasbourg après son annexion.

La ville libre alsacienne était depuis la fin du moyen âge en possession du droit de battre monnaie. Dans l’acte de capitulation signé à Illkirch, le 30 septembre 1681, Louis XIV avait conservé à Strasbourg la disposition de son atelier municipal. Cette liberté reçut cependant une restriction, car si la ville continua par son autorité directe à battre sur l’ancien pied ses monnaies d’or, ses jetons de présence du conseil, ses deniers et ses oboles, les officiers de la monnaie reçurent l’ordre de fabriquer des espèces nouvelles d’argent conformes au système de la monnaie française. Il y eut des pièces de 30, 15, 10, 4, 2 sols et d’un sol. Leur type reste essentiellement local ; elles ne portent aucune mention royale ; à l’avers, on lit: MONETA NOVA ARGENTINENSIS. autour de la grande fleur de lis strasbourgeoise ; le revers a la légende : GLORIA IN EXCEL- SIS DEO et, dans le champ, en trois lignes, l’indication de la valeur et du millésime.

Lorsque le gouvernement français entra dans la voie des réformations, une ordonnance royale vint, le 9 mars 1690, défendre aux officiers de la monnaie de Strasbourg de continuer leur travail, pour les empêcher de participer aux bénéfices résultant de l’opération de réforme. Le magistrat

protesta contre cette violation évidente de la capitulation de i68i ; mais le gouvernement passa outre et la ville ne conserva plus que le droit d’émettre sur l’ancien pied les pièces d’or et d’argent, dont elle s’était réservé la fabrication.

Ce droit semble avoir disparu lorsque, le 6 octobre 1695, Louis XIV eut décidé d’ouvrir à Strasbourg un atelier monétaire pour son propre compte. L’annexion monétaire de l’Alsace à la France ne fut néanmoins pas complète, car le roi entreprit la fabrication de pièces ayant un cours réservé à la province et portant un type spécial. Il y eut des demi-écus et des quarts d’écus portant d’un côté, avec la légende SIT NOM EN DO- MINI BENEDICTVM, le type ordinaire des monnaies françaises de la série dite « aux palmes ». Par une concession à l’amour-propre local, le revers porte la fleur de lis strasbourgeoise et les mots MON ETA NOVA ARGENTiNENSIS. C’est sur ces pièces que nous trouvons pour la première fois le différent monétaire BB signalé plus haut dans notre liste des ateliers.

Les réformations successives des monnaies eurent leur contre-coup à Strasbourg, et le type des pièces locales subit des modifications graduelles qui le rapprochèrent peu à peu des monnaies du royaume. En 1 7 1 0 le buste et le nom de Louis XIV font leur apparition. C’est la dernière étape. L’annexion complète suivra de près ; à partir de 1716, les monnaies frappées à Strasbourg ne se distinguent plus de celles des autres ateliers français.

Pas plus que nous ne l’avons fait aux précédents règnes, nous ne parlerons ici des monnaies franco-espagnoles émises sous Louis XIV en Roussillon et en Catalogne, ni des pièces que le roi battit à Modène pendant l’occupation de cette ville. Il nous reste toutefois à nous occuper des ohsidionales frappées en France ou dans des localités frontières pendant les nombreuses campagnes du grand roi, à Saint-Venant, à Mayence, à Landau, à Lille, à Tournai, à Aire et à Bouchain.

En i6$7, la ville de Saint-Venant en Artois était assiégée par le maréchal de Turenne. Manquant d’argent pour le payement de la solde de ses troupes, l’illustre capitaine fit convertir sa vaisselle d’argent en monnaies improvisées, de 30 et de 20 sols. Ces monnaies, qui constituent un très rare exemple de pièces de nécessité émises par un assiégeant et non par un assiégé, sont de simples morceaux de métal découpés dans de la vaisselle plate et contre-marqués d’une fleur de lis; la pièce de 30 sols porte en outre une inscription gravée au burin (fig. 43).

La ville de Mayence, assiégée en 1689 par les Impériaux et défendue

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