‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 168 sur 193 · ENEMIGOS DE LA LIBERTAD · texte numérisé non relu

ENEMIGOS DE LA LIBERTAD

En 1823, Ferdinand VII étant de nouveau roi par la seule grâce de Dieu, les types monétaires redevinrent tels qu’ils avaient été avant le mouvement constitutionnel ; ils ne subirent plus de modifications jusqu’à la fin du règne. En 1830, Ferdinand VII, qui en dépit de quatre mariages successifs n’avait pas de descendant mâle, fit publier une pragmatique, votée en 1 789 par les Cortès, qui reconnaissait l’aptitude des filles à régner. 11 mourut en 1833, laissant le trône à sa lille Isabelle.

Isabelle 1 1 (1833-68) fut solennellement reconnue par les Cortès sous la tutelle de sa mère Marie-Christine. Un frère de Ferdinand VII, Charles de Bourbon, refusa d’admettre un règlement de succession qui lésait ses intérêts. Il protesta contre l’avènement de sa nièce et provoqua une guerre civile qui dura sept ans. En 1837, maître de Ségovie, Charles, qui s’intitulait Caroliis V Dei gratia Hispaniarum rex, frappa dans cet atelier des pesetas d’argent et des pièces de 8 may'avedis de cuivre.

Sous Isabelle II, les espèces furent fabriquées, en tous métaux, à l’effigie de la reine, avec la légende : isabel 2^ por la gracia de dios — REYNA DE ESPANA Y DE LAS iNDiAs. La loi du I décembre 1836 modifia cette titulature dans un sens libéral ; les pièces durent porter à l’avers : isabel

Il POR LA GRACIA DE DIOS Y LA CONSTITUCION, et aU reverS : REINA DE LAS

ESPANAS : sur la tranche des pièces d’argent de 20 réaux on inscrivit les

mots LEY PATRIA REY.

Un décret royal du 1 5 avril 1848 vint modifier le système monétaire espagnol. En voici les principaux articles :

I. Dans tous les pays soumis à la domination espagnole, l’unité monétaire sera le rèal, monnaie effective d’argent, à la taille de 175 au marc de 4708 grains. -- 2. L’aloi de toutes les monnaies d’argent et d’or qui seront frappées à l’avenir sera de 900 millièmes de fin et 100 millièmes d’alliage... — 3. Les pièces qui seront frappées seront : en or, le âouhlon d’Isabelle, valant 100 réaux, pesant 167 grains à la taille de 27 -U au

marc; en argent, le douro valant 20 réaux, à la taille de 8 L au marc, le medlo doiiro

ou escudo valant 10 réaux à la taille de 17 -L au marc, \a peseta valant 4 réaux à la

taille de 43 -L au marc, la media peseta, le rèal. — 5. Le diamètre de ces monnaies

sera le suivant : en or, le doublon d’Isabelle, 1 1 — lignes ; en argent, le douro, 20 lignes, le medio douro, 15 lignes, h\ peseta, 12 lignes, la media peseta, 9 lignes, le rèal, 8 lignes. [La ligne équivalait à — g. Les monnaies de cuivre seront les suivantes :

medio de rèal, décime de réal, double décime de réal et media décima de real.

Ce nouveau système était décimal, car un doublon d’Isabelle valait 10 escudos ou 100 réaux ou 1000 décimas. Les types de l’or et de l’argent se distinguaient, au droit, par l’effigie de la reine, au revers, par les armes d’Espagne. Ces mêmes armes figuraient à l’avers des pièces de cuivre, e^ le revers portait dans une couronne l’indication de la valeur.

La loi du 19 juillet 1849 introduisit en Espagne le système métrique des poids et mesures. Un décret royal du 19 août 1853 arrêta la fabrication des pièces de cuivre d’un double décime et d’un demi-décime de réal, et y substitua celle des cuartillos ou pièces de 2$ centièmes de réal ; il

I. L’unité de poids pour les matières d’or et d’argent était, en Espagne, le marc de Castille divisé en 8 onces de 8 ochavos ou 72 grains. Ce marc équivalait à 230 gr. 071 14.

l’ ESPAGNE ET LE PORTUGAL 699

décida en outre que toutes les espèces de cuivre porteraient à l’avers le buste de la reine et au revers l’écusson du royaume.

Un nouveau décret, du 3 février 1854, apporta quelques modifications dans le poids des espèces, mais un changement plus considérable fut

opéré par la loi du 26 juin 1864. L’unité monétaire de la monarchie espagnole fut désormais Y escudo d’argent pesant 12 gr. 980 au titre de 900 millièmes, et divisé en 10 réaux. Voici le tableau des pièces qui furent émises en vertu de cette loi :

Poids.

Or. Dohlon d’Isabelle, valant \o escudos ou 100 réales

Pièce de 4 escudos, valant 40 réales

Pièce de 2 escudos, valant 20 réales

Argent. Douro de 2 escudos ou 20 réales

Escudo de 10 réales

Peseta de 4 réales ou 40 centièmes d’escudo. . Media peseta de 2 réales ou 20 centièmes d’escudo

Réal ou 10 centièmes d’escudo

Cuivre. Pièce de 5 centimos de escudo (fig. 398).

Pièce de 2 ~ centimos de escudo.

Pièce d’un centimo de escudo.

Medio centimo de escudo.

8 gr. 3870) titre : 900

3 gr* 3548? j.^'iiiiièi-Qes. I gr. 6774)

25 gr. 960^ titre : 900 12 gr. 980) millièmes.

5 gr.

2 gr.

I gr.

titre : 810 millièmes.

Les ateliers monétaires suivants travaillèrent en Espagne sous le règne d’Isabelle II: Madrid, Séville, Ségovie, Barcelone, Jubia (réouvert en 1849), et Pampelune (en 1837 pendant la guerre carliste).

En 1868, un soulèvement général éclata, et Isabelle II fut déclarée déchue de ses droits au trône. Un gouvernement provisoire s’organisa le 29 septembre au nom de la souveraineté nationale. Un de ses premiers soins fut la réorganisation du système monétaire; la loi du 19 octobre 1868 introduisit en Espagne un système analogue à celui de rUnion monétaire latine. L’unité monétaire est la peseta de 100 centimos, équivalant au franc.

La première pièce frappée par le gouvernement provisoire, antérieure

à Tadoption de la loi du 19 octobre 1868, est une pièce de cuivre de

25 millièmés d’escudo portant à Tavers l’aqueduc de Ségovie entouré des mots : soberania NAciONAL, au revers, dans une couronne, la date: 29 de setiem- BRE 1878 et, autour de la couronne, la légende : espana libre avec l’indication de la valeur en toutes lettres (fig. 399).

Conformérnent à la loi du 19 octobre 1868, le gouvernement provisoire frappa en 1869 et 1870 les pièces suivantes:

Pièce d’or de 100 pesetas. Type : espana. L’Espagne debout. Revers: Écu ovale avec manteau, couronne et manteau.

Pièces d’argent de 5 pesetas, 2 pesetas, una peseta, 50 et 20 centimos. Type : L’Espagne, couchée, tenant un rameau d’olivier. Revers: Écu couronné entre les colonnes d’Hercule (fig. 400).

Pièces de bronze de 10, 5, 2 centimos et nu centimo. Type : L’Es^pagne assise sur un rocher. Revers : Lion debout à droite, s’appuyant sur un écu ovale.

Le 16 novembre 1870, les chambres espagnoles élurent roi, sous le nom d’Amédée I, le second fils de Victor-Emmanuel, roi d’Italie. 11 abdiqua le ii février 1873.

Un décret du 21 mars 1871 créa une pièce d’or de 25 pesetas, du poids de 8 gr. 065, à 900 millièmes de fin. Il existe pour le règne d’Amédée I

Fig. 399

Fig. 400

des pièces d’or de 100 et de 25 pesetas et des pièces d’argent de 5 pesetas frappées à Madrid au millésime de 1871.

1 . Une pièce de 2 pesetas a été mise en circulation par un numismate faussaire auquel on doit d’autres fantaisies monétaires, telles que la pièce de 10 centimos du Val d’Andorre.

L’rSPAGNE ET LE PORTUGAL

Après le départ d'Amédée I, la république fut proclamée, mais le pays fut en proie à la guerre civile. Il n’y eut pas d’émission de monnaies républicaines, mais en 1873 les fédéralistes, assiégés par les centralistes à Carthagène, y frappèrent des monnaies obsidionales d’argent de 5 pesetas et 10 reales (ou 2 4 pesetas). Le type de ces pièces est exclusivement formé d’inscriptions : cartagena sitiada por los centralistas. SETiEMBRE 1871. REVOLuciON CANTONAL, et l’iiidication de la valeur.

Un petit-fils du prétendant Charles V recommença dans le nord de l’Espagne l’insurrection carliste. Il existe à son effigie des pièces d’argent de 5 pesetas et des pièces de bronze de lo et de 5 centimos sur lesquelles il s’intitule carolus vu rey de las espanas. Elles portent les millésimes de 1874 et 1875; quelques-unes sont de fabrication étrangère, bien que le prétendant Charles VII eût ouvert un atelier à Ognate.

Les guerres civiles, à l’exception du soulèvement carliste, qui se prolongea jusqu’en février 1876, prirent fin, en Espagne, en décembre 1874, par la restauration d’Alphonse XII, fils d’Isabelle IL II mourut en 1885. Sa série monétaire comprend en or, is et 10 pesetas, en argent, $, 2 et I pesetas et 50 centimos, en bronze, 10 et 5 centimos. Le seul atelier monétaire du gouvernement est Madrid.

Alphonse XIII, fils posthume du précédent, qui règne actuellement sous la régence de sa mère, a frappé les mêmes monnaies d’argent que son père. L’effigie du roi, toujours tournée à gauche, a subi trois modifications successives : tête de bébé jusqu’en 1892, tête à cheveux bouclés de 1892 à 1899, enfin tête à cheveux ondulés, un peu relevés en avant, type adopté en 1899. Les coins sont dus au graveur Bartolomé Maura, En or, la fabrication des pièces de 2 ^ pesetas a été arrêtée en 1887, pour faire place l’année suivante à une émission de pièces de 20 pesetas, conformes à celles de TUnion latine. En 1897, on a frappé des pièces d’or de 100 pesetas. L’effigie du roi est tournée à droite sur les monnaies d’or.

§11. — La Navarre, la Catalogne et les Baléares.

Les anciens états qui dans la monarchie espagnole avaient conservé leur monnaie de compte particulière, ont eu encore, dans la première moitié du xix*^ siècle, certaines espèces, principalement de cuivre, dont les tvpes et les légendes constituent le souvenir d’une autonomie passée.

Xavarre. — Sous Ferdinand VII, qui en Navarre était le troisième roi de ce nom, il y eut de 1818 à 1835, dans l’atelier de Pampclune, des émissions de pièces de cuivre

au buste ou à la tête du roi et aux armes navarraises. Ces pièces couraient pour 6, 3, i maravedis et un demi-maravedis ou cornado.

Catalogne. — Pendant la captivité de Ferdinand VII, on frappa, de 1810 à 1814, des pièces de cuivre de 6, 3, 2 , 2 quartos, un quarto et un ochavo, aux armes de Ca-

talogne entourées de la légende : princip. cathal. En 1823, Ferdinand VII, roi constitutionnel, fit une nouvelle émission de 6 et de 3 quartos, portant au revers, autour de l’écu de la députation, la légende : provinc. de barcelona.

De 1836 à 1846, l’atelier de Barcelone frappa des pesetas d’argent, des pièces de 6 et 3 quartos de cuivre, portant à l’avers le nom de la reine Isabelle, au revers celui de la principauté de Catalogne. En 1840, le prétendant Charles V frappa à Berga des demipesetas d’argent, sur lesquelles il s’intitule cathalauniæ princeps.

Baléares. — En 1811 et 1812, sur des sueldos de cuivre frappés à Palma de Majorque, on attribue à Ferdinand VII le titre (ÏHispaniarum et Balearum rex.

§ III. — Le Portugal.

Le prince Jean, qui exerçait depuis 1799 souveraineté, sous le titre de régent, pendant la démence de sa mère, dut s’enfuir en 1807 au Brésil, devant Finvasion française de Napoléon I. Il y était demeuré après la restauration de 1813. Jean, devenu roi en 1816, sous le nom de Jean VI, fut rappelé en 1821 par une insurrection libérale qui avait éclaté en Portugal. Il mourut en 1826. Son successeur devait être son fils aîné Pierre, mais celui-ci préférait à la royauté portugaise la couronne impériale du Brésil, qu’il portait depuis 1822. Il abdiqua en faveur de sa fille Marie, alors âgée de sept ans. En 1828, don Miguel, frère de Pierre, usurpa la couronne de sa nièce et se rendit maître du gouvernement à Lisbonne.

Pierre, décidé à reconquérir à sa fille le trône de Portugal, abandonna en 1831 à son fils Pierre II l’empire du Brésil, et débarqua en 1832 à Porto. Les Açores étaient toujours restées fidèles à Marie II, qui en 1834 fut rétablie dans ses droits de souveraineté en Portugal.

Voici la chronologie des rois de Portugal pendant le xix^ siècle:

*Jean, régent, 1799-1816.

■^Jean VI, roi, 1816-26.

* Pierre IV, 1826-27.

Marie II, 1826-27.

* Don Miguel, usurpateur, 1828-34.

* Marie II, rétablie, 1833-53.

* Pierre V, 1853-61.

*Louis I, 1861-89.

* Charles I, 1889-actuellement régnant.

Jusqu’en 1835, le système monétaire du Portugal fut tel qu’il avait été établi par la loi du 4 avril 1722.

Le 24 avril 1835 un édit de Marie II, renouvelant une mesure prise

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