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LES POSSESSIONS EUROPÉENNES DE L’AMÉRIQUE

Sources: A. Weyl, Die Jules Fonrohert’sche Savimlnug üherseeischey Mïui:(en uud Medailhn. Berlin, 1877, in-8, tome II. — J. Atkins, The coins and tohens of the possessions and colonies of ihe hrifish empire. Londres, 1889, in-8. — E. Zay, Histoire monétaire des colonies françaises, d’après les documents officiels. Paris, 1892, in-8. — A. Campaner y Fuertes, Indicador manual de la nnmismatica espjnola. Palma, 1891, petit in-8. — Catdlogo de la coleccion de monedas y medallas de M. V. Ouadras y Ramon de Barcelona. Barcelone, 1892, t. III, in-4. — J. Meili, Das Brasilianische Geldiuesen. I. Die Mün^en der Colonie Brasilien. Zurich, 1897, in-8. — R. Chalmers, A history of currency in thehritish colonies. Londres, 1893, in-8. — J. Leroux, Le médaillier du Canada. Montréal, 1888, in-8.

§ I. — Possessions espagnoles.

Au début du xix^ siècle, l’Espagne possédait en Amérique d’immenses territoires divisés en quatre grandes vice-royautés: Mexique, Nouvelle- Grenade, Buenos-Aires et Pérou, et cinq capitaineries générales: Chili, Venezuela, Guatemala, Cuba et Porto-Rico.

Le système monétaire comprenait sous Charles IV (1788-1808), comme sous ses prédécesseurs, quatre pièces d’or : doblon de d ocJio ou 072ce, doblon de d quatro, doblon de d dos et escudo^ et six pièces d’argent, peso ou pièce de huit réaux^ pièces de quatre et de deux réaiix.^ réaP demi-réal et cuarto ou quart de réal. Les types restèrent tels que nous les avons vus sous Charles III; le plus caractéristique, celui du peso, se compose, à l’avers, du buste royal cuirassé et lauré, tourné à droite, au revers, de l’écu couronné entre deux colonnes autour desquelles s’enroule une banderole chargée des mots: plvs vltra. Les ateliers en activité furent Mexico, Cuadalajara, Nueva Guatemala, Santa Lé de Bogota, Potosi, Lima et Santiago de Chile. 11 faut y joindre Caracas, où furent frappés en 1803 des ochavos de nécessité, en cuivre, portant au revers les maires litterae du mot Venezuela (fig. 409). C’est à Caracas qu'éclata le mouvement insurrectionnel de Miranda, précurseur du

soulèvement général des colonies américaines contre la domination espagnole. Le monnayage continua sous Ferdinand VII (1808-1825);

comprit une division de plus, le demiescudo ou durillo. Cinq ateliers nouveaux vinrent se joindre aux officines régulières du règne de Charles IV, au Mexique, Chihuchua, Durango, Guanajuato et Zacatecas, puis, au Pérou, Cuzco.

De nombreuses monnaies obsidionales ou de nécessité, moneda provisional, se rattachent à la lutte soutenue, avec des alternatives de succès et de revers, contre les héroïques soldats de la liberté américaine. Le manuel de M. Campaner et le catalogue de la collection Quadras indiquent plusieurs de ces émissions anormales pour les villes et provinces suivantes :

Mexique et Guatemala.

Province de Nueva Vizcaya (181 1), peso d’argent frappéà Durango: mon. prov.

DE NUEV. VISCAYA.

Mexico (1811-16), peso d’argent et divisions, duos cuartillos, cuartiUo et ochavo de cuivre, frappés par la Stiprema JiLiita, restée fidèle au roi.

Oaxaca (1812), peso d’argent avec la légende : 8 rs prov. d. oaxaca.

Real del Catorce (1811), pesos d’argent de plusieurs types : el. r. d.

CATORC.

Sombrerete (1810-12), peso d’argent et divisions, frappés au nom du général Vargas : caxa de sombrete

ou SOMBRERETE.

Tegucigalpa (1823), double réal d’argent: tegusigalpa (fig. 410).

Tlalpujahua? peso, double réal, real et demi-réal d’argent, cités par M. Campaner. Marque : T.

Valladolid de Michoacan (1^1 peso, cité par le même auteur.

Zacatecas (181 1- 12), pesos de divers coins, double réal, réal et demi-réal d’argent: MONEDA provisional DE ZACATECAS.

Amérique du Sud.

Caracas (1812-21), monnaies d’argent et de cuivre : Caracas.

Province de G uay an a (1813-17), monnaies de cuivre: provincia de guaiana. Popayan (1823), monnaies de cuivre: P.

Rioxa (1822), pièces d’argent de deux réaux : rioxa.

Santa Marta (1818-20), double réal d’argent et ciiarto de cuivre : SM. Monnaies avec la contremarque sm.

L’étude sérieuse de l’histoire monétaire de l’Amérique espagnole est encore à faire. Nous devons nous borner à en donner un aperçu probablement très incomplet.

Fig. 410

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Tandis que TEspagne luttait pour se maintenir dans ses possessions continentales, le traité de Paris en 1814 lui accorda Saint-Domingue avec la partie orientale de Pile d’Haïti. L’occupation de Ferdinand VII dura jusqu’en 1822, époque où les habitants conquirent à leur tour leur indépendance. On a frappé à Saint-Domingue des cuartillos de cuivre portant, d’un côté, F7, sous une couronne, de l’autre, sd et ~ entre deux branches de laurier.

En 1824, il ne restait plus du domaine colonial espagnol en Amérique que les îles de Cuba et de Porto-Rico. Pour cette dernière colonie, on a frappé en 1895 des pièces d’un peso ou de 5 pesetas, et des pièces de 40, 20, 10 et 5 centavos, en argent. Elles ont la tète nue d’Alphonse XIII, tournée à gauche, à l’exception de celle de 5 centavos qui porte à l’avers un écusson. La légende du revers est isla de Puerto Rico. La guerre hispano-américaine de 1898 a amené l’annexion de Cuba et de Porto-Rico aux Etats-Unis.

§ IL — Possessions portugaises.

En 1799, prince Jean de Portugal avait dû prendre la régence pendant la démence de sa mère, la reine Marie. Au Brésil, dans les ateliers de Rio de Janeiro et de Bahia, le nom de celle-ci: maria i d. g. port. REGiNA ET BRAs///(2e ooniiua, contiiiua jusqu’en 1805 à figurer sur les espèces: par contre, sur les pièces de cuivre frappées pour le Brésil dans l’atelier de Lisbonne, nous trouvons dès 1802 le nom de Jean : Joannes d. g. Port, regens et Bras. d. Le type de la monnaie brésilienne d'argent et de cuivre comporte uniformément au revers le globe terrestre posé sur une croix (fig. 411).

En 1807. l’invasion française en Portugal obligea la famille royale à chercher un refuge au Brésil. Les ateliers de Rio de Janeiro et de Bahia continuèrent à émettre la monnaie d'or '. Les espèces d’argent faisant défaut dans la colonie devenue le siège du gouvernement métropolitain, celui-ci acquit une grande quantité de pesos espagnols qui, en vertu

I. Indépendamment des monnaies d’or régulières, il circula au Brésil des lingots ou barres d’or portant certaines contremarques officielles certifiant le poids et le titre. — Cf. J. Meili, loco cit., p. 258 et suiv.

d’une ordonnance du i septembre i8o8, furent mis en circulation pour 960 reis après avoir reçu une double contremarque formée d’un côté des armes du Portugal sur un écu ovale, de l’autre, du globe brésilien

(fig. 412). Le cours des anciennes monnaies de Joseph I fut surélevé par l’apposition d’une autre contremarque consistant en un écu portugais sans couronne, et ce qui avait été émis pour 600, 500, 150 et 75 reis valut dorénavant 640, 320, 160 et 80 reis. Indépendamment des ateliers réguliers de Rio et de Bahia, les officines de fonte et d’affinage de Pernambuco, Saô Paolo, Villa Rica de Minas Geraes et Mato Grosso furent chargées de cette opération de surfrappe.

Le 16 décembre î8i$, le prince régent érigea le Brésil en royaume, comme partie intégrante des royaumes de Portugal, du Brésil et des Algarves. L’année suivante la reine Marie mourut, et Jean monta sur le trône sous le nom de Jean VI. Ce n’est toutefois qu’à partir de 1818 que les monnaies brésiliennes lui donnent le titre de roi et portent le nouvel écusson des royaumes-unis, c’est-à-dire l’ancien écu portugais brochant sur le globe brésilien.

§ III. — Possessions anglaises.

Les colonies anglaises dont nous avons à parler ici comprennent :

dans l’Amérique du Nord, l’île de Terre-Neuve et le Canada auquel ont été successivement réunis la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau Brunswick et la Colombie britannique; 2° dans l’Amérique centrale, le Honduras britannique et un grand nombre d’îles désignées sous le nom d’Indes occidentales; 3° dans l’Amérique du Sud, une partie de la Guyane.

Terre-Neuve. — Le système monétaire de Terre-Neuve, en anglais Neip Foundland, est identique à celui des États-Unis. On a frappé, depuis 1863, des monnaies spéciales pour cette colonie : pièces de 2 dollars en or, pièces de 50, 20, 10 et 5 cents en argent, cents en bronze. Le type se compose, à l’avers, de la tête laurée de la reine Victoria et, au revers, de l’indication de la valeur.

Nouvelle-Écosse. — Antérieurement à 1861, la menue monnaie spéciale à la Nouvelle-Écosse, Nova Scotia, ne consistait qu’en tokens émis par des particuliers. En cette année eut lieu en Angleterre une première

Fig. 412

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émission de cents et demi-cents de bronze à l’effigie de la reine Victoria, destinés à cette colonie. Le revers de ces pièces, dont il a été fait d’autres fabrications jusqu’en 1864, porte une couronne. En 1867 la Nouvelle- Écosse fut incorporée au Dominion du Canada.

Nouveau-Brunswick. — De 1861 à 1864, cette colonie reçut de la métropole des monnaies divisionnaires conformes au système des États- Unis : 20, 10 et 5 cents d’argent, cents et half-cents de cuivre à l’effigie de la reine Victoria. Le revers porte l’indication de la valeur. En 1 867 le Nouveau-Brunswick, entra dans le Dominion du Canada.

Colombie britannique. — En 1862, le gouvernement britannique fit frapper à titre d’essai des pièces d’or de 20 et 10 dollars, mais il n’y eut pas d’émission effective. Le type de l’avers se compose d’une couronne. En 1871, cette colonie fut annexée au Dominion du Canada.

Canada. — La petite circulation du Canada se composait principalement de tokens frappés en quantité considérable par des particuliers et des banques, lorsqu’en 1858 le gouvernement de la reine Victoria se décida à envoyer dans cette colonie des monnaies conformes au système des États-Unis. Des émissions fréquentes ont eu lieu depuis cette époque, soit que la fabrication ait été faite dans l’atelier de Londres, soit qu’on ait eu recours à l’usine Heaton de Birmingham. Les produits de cette usine se reconnaissent au difïérentH, placé au revers. Les pièces frappées pour le Canada consistent en mionnaie d’argent de 50, 25, 20, 10 et 5 cents, et en cents de bronze. L’avers a l’effigie de la reine : Victoria dei GRATiA REGiNA. CANADA; le l'evers porte l’indication de la valeur.

Ile de la Jamaïque. — On a fait pour la Jamaïque d’importantes

émissions de monnaies en nickel de la valeur nominale d’un penny ■ fig. 413), d’un lialf-penny et d’un farthing. La frappe des deux premières pièces fut ordonnée par une proclamation royale du i i novembre 1869; le farthing fut émis pour la première fois en 1880.

Honduras britannique. — En 1885, le gouvernement de la reine Victoria a fait frapper des cents de bronze pour cette colonie.

Petites Antilles anglaises. — L'Angleterre possède un grand nombre des îles qui forment le groupe des petites Antilles notamment Trinidad, Tabago, la Grenade, les Grenadines, Saint-Vincent, la Barbade, Sainte- Lucie, la Dominique, Nevis, Antigoa,Tortola,etc. Dans lapremière partie de ce siècle, le numéraire en circulation dans ces îles se composait principalement de monnaies étrangères ou de fragments de pesos espagnols, contremarqués par les autorités locales. Nous avons indiqué (p. $82) la plupart de ces contremarques. Nous nous bornerons à reproduire ici (fig. 414) à titre de spécimen une partie découpée de peso, avec la contremarque de Sainte Lucie.

Le 29 avril 1822, le roi Georges IV ordonna de frapper pour les îles des Indes occidentales des pièces d’argent, identiques à celles qu’on frappait pour l’île Maurice. Cette émission consiste en demi-dollars, quarts, huitièines et seizièmes de dollars d’argent, portant à l’avers les armes du royaume, au revers une ancre couronnée. Le 12 septembre 1834, Guillaume IV décida qu’on frapperait à l’avenir pour les Indes occidentales des pièces de cuivre de 3 penny s et de 3 half penny s. Ces monnaies portent le buste du roi. De nouvelles émissions de ces pièces de cuivre ont eu lieu sous Victoria, avec le buste de la reine.

Iles Bahama. — Il existe des pièces de cuivre de 1806 et 1807, sans indication de valeur, mais du module du cent, frappées pour ces îles. Nous ignorons si elles ont une origine officielle. Leur type se compose, à l’avers, du buste lauré de Georges III, au revers, d’un trois-rnâts surmonté du mot BAHAMA, et accompagné à Texergue de l’inscription expulsis

PIRATIS RESTITUTA COMMERCIO.

Guyane anglaise. — Conquise sur les Hollandais en 1796, mais restituée, en 1802, à la paix d’Amiens, la Guyane septentrionale fut prise de nouveau, en 1803, par l’Angleterre, à laquelle l’assurèrent les traités de 1814. Elle portait à cette époque le titre de Colonie de Demerary et Essequibo; son système monétaire était celui des Pays-Bas, et l'on comptait en florins ou guilder, en sous ou stivers et en duits. Comme les petites Antilles, la colonie de Demerary et Essequibo découpait, pour les besoins de sa circulation, des monnaies étrangères, principalement des pesos espagnols qu’elle revêtait d’une contremarque (lig. 41$)-

LES POSSESSIONS EUROPEENNES DE u’AMERiaUE

En 1809, le comité du Privy' Council for Trade de la colonie fit frapper des tokens d'argent de 3 guilders^ 2 guilders^ i guilder^ half-guilder et quarter-guilde)\ au buste de Georges III; le revers porte un chiffre arabe couronné, indiquant la valeur. Ce monnayage fut complété en 1813 par des tokens de cuivre d’un stiver et d’un demi-stiver. Nous citons ces deux émissions de tokens parce que leur origine est pour ainsi dire officielle.

En 1816, le gouvernement de Georges 1 1 1 fit frapper des monnaies d’argent de même type et de même valeur que les pièces de 1809. De nouvelles émissions eurent lieu de 1832 à 1836; elles ne dilîerent des précédentes que par l’effigie du roi Guillaume IV.

§ IV. — Possessions françaises.

Saint-Domingue. — Le i ^ nivôse an X (5 janvier 1802), le général Toussaint Louverture, gouverneur de Saint-Domingue, signa une ordonnance dans laquelle il déclare avoir fait frapper à Saint-Domingue des doubles escalijis, des escalins et des demi-escalins d’argent, portant d’un côté la République debout, tenant le faisceau consulaire et une haste surmontée du bonnet phrygien, entourée des mots : république française, de l’autre, l’indication de la valeur, entourée des mots: colonie de saint DOMiNGUE. L’escalin valait 10 sous à Saint-Domingue et onze escalins correspondaient à une piastre espagnole, monnaie à laquelle on donnait, dans l’île, le nom de gourde. Indépendamment des monnaies d’argent, furent fabriquées à Saint-Domingue des pièces de cuivre, imitations grossières des sous dits aux balances et des décimes de la République.

Guadeloupe et Martinique. — Au commencement du siècle, la circulation monétaire de la Guadeloupe et de la Martinique était alimentée, comme celle des autres Antilles, par des piastres espagnoles ou gourdes, que les autorités faisaient découper en mocos (morceaux) et contremarquer. Ln arrêté du contre-amiral Lacrosse et du préfet de la Guadeloupe, en date du 10 frimaire an XI (i décembre 1802), fournit sur le cours de ces mocos des renseignements très intéressants et très précis :

« Considérant l’inconvénient qui se fait sentir dans la Colonie, dans les marchés, pour les besoins journaliers de la vie, et les échanges et payement des menus salaires, faute de petite monnoie, et voulant y remédier autant qu’il est possible dans la circonstance », ces fonctionnaires arrêtent qu’il sera coupé des gourdes en neuf parties; celle du milieu, octogone, sera de la valeur du tiers de la gourde ou de quatre escalins, et les huit segmens du cercle autour de l’octogone vaudront un escalin chacun. La pièce

octogone sera étampée des lettres 4 e.-r. f. et les pièces d’un escalin seront marquées des lettres R. F. seulement... Les piastres seront coupées et étampées au Trésor parles soins du citoyen Monsigny, en présence du contrôleur et des particuliers qui voudront se procurer de la monnaie, et apporteront \t\ixs gourdes à cet effet «.

D’autres monnaies coupées, mais qui paraissent se rattacher à l’occupation anglaise de la Guadeloupe (1810-14), ont comme contremarques un G couronné. Une ordonnance du 23 mars 1817 démonétisa les 7nocos. En 1825 une fabrication de pièces de bronze de 10 et de 5 centimes à l’effigie du roi Charles X avait été faite à l’atelier de Paris, pour la circulation générale des colonies françaises. Une ordonnance royale du 30 août 1826 leur donna cours à la Martinique et à la Guadeloupe. L’émission continua jusqu’à la fin du règne. Sous Louis-Philippe, une décision du ministre de la marine et des colonies, en date du 6 novembre 1838, fit procédera une fabrication analogue, qui fut poursuivie jusqu’en 1844. En 1897, la Monnaie de Paris a frappé, pour la colonie de la Martinique, des bons de caisse de 1 franc et de 50 centimes en nickel. Ces pièces portent à l’avers un délicieux buste de créole, gravé par Borrel, entouré de la double légende circulaire: république française colonie

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