LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE DEPUIS LA PROCLAMATION DE LEUR INDÉPENDANCE
Sources; A. Vattemare, Collection de monnaies et médailles de V Amérique du Nord offerte à la Bibliothèque impériale. Paris, i86i, in-8. — Annual Reports of the Director of the Mbit, publiés depuis 1872. Washington, volumes in-8. — G. -G. Evans. Illustrated history of the United States mint, Philadelphie, 1893, in-8. — American journal of Numismatics, publié depuis 1865. — W.-A. Shaw, Histoire de la Monnaie. Paris, 1896, in-8.
§ I. — Le monnayage américain antérieur à la loi de i']f}2.
Une révolte provoquée en 1773 à Boston, à l’occasion des nouveaux impôts dont l’Angleterre voulait frapper ses colonies américaines, fut le commencement de l’insurrection d’où devait sortir l’indépendance des Etats-Unis. Le 4 juillet 1776, treize colonies représentées au Congrès de Philadelphie se constituèrent en république fédérative. La guerre de l’indépendance, dans laquelle les Américains furent soutenus par la Lrance, fut terminée en 1783 par la paix de Versailles qui proclama la liberté américaine.
« Quand les Américains eurent secoué le joug de la mère-patrie, ils durent, dit Vattemare, auquel nous empruntons une partie de ce chapitre, songer aux moyens de se créer des ressources financières. Ils eurent tout d'abord recours au système des hilh of crédit. De mars 1775 à septembre 1779, le Congrès émit du papier-monnaie pour 242,062,738 dollars, somme énorme pour un pays qui ne comptait alors qu’environ 3,000,000 d’habitants. Les Etats, 'de leur côté, se fondant uniquement sur leur foi dans l'avenir, en émirent également pour une forte somme et en édictèrent par des lois sévères le cours forcé. Mais une rapide dépréciation ne tarda pas à affecter cette masse de numéraire fictif jeté ainsi dans la circulation, et un dollars-papier qui, en 1776, était l’équivalent d’un dollar-argent, n’était plus accepté, en 1780, que pour la millième partie de celte valeur. C'est alors que le Connecticut, le Vermont, le
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Massachusetts, le New-Jersey et le New-York, usant de leur privilège d'états indépendants, commencèrent à battre monnaie. »
Les monnaies frappées par les états consistent en cents de cuivre portant des types et des inscriptions souvent inspirés par les circonstances politiques. Sur des cents de New-York figure parfois le buste de Washington, entouré des mots: non vi virtlite vice Sur les cents du New- Jersey l’avers représente l’écusson de l'Union : e pluribus unum, et le revers, une tête de cheval et une charrue, emblèmes de cet état. Dans le Massachusetts, c’est un Indien debout, son arc et ses flèches à la main, qui partage avec l’aigle américaine les coins des espèces. Le cent du Kentucky porte d’un côté un dextrochère tenant un rouleau de papier sur lequel sont écrits les mots : our cause is just. Nous ne pouvons décrire en détail tous les produits de ce monnayage provisoire. A côté des états, certains particuliers s’arrogèrent le droit de frapper des espèces. Un certain Chalmers, orfèvre à Annapolis (Maryland), frappa en 1785 trois pièces d’argent de la valeur d’un shilling, de six pence et de three pence.
« Dans le premier congrès (1776-78), il avait déjà été question de la création d’une monnaie fédérale, et, en prévision d’une solution prochaine à cette question brûlante, plusieurs pièces d’essai avaient été frappées. » Ce furent principalement des cents de cuivre. Quelques-uns sont au buste de Washington.
§ IL — Le monnayage américain depuis 17^2.
« En vertu d’un ordre de la Chambre des Représentants en date du 28 janvier 179 1 , Alexandre Hamilton, ministre des finances, rédigea, avec l’aide de Jefferson et du célèbre financier Robert Morris, un rapport qui fut présenté à la chambre le 1 5 avril suivant, et qui, après avoir proposé les types d'or, d’argent et de cuivre et la création d’un hôtel des monnaies, concluait à l'adoption du système décimal français, dont il faisait ressortir tous les avantages. Le octobre, le Sénat chargea une commission d’élaborer le projet de loi. Ce projet, lu au Sénat le 12 janvier 1792, comprenait dix-neuf articles qui furent adoptés à l’unanimité. » Voici les points essentiels de cette loi :
Art. 9. — Il sera frappé dans V hôtel des Monnaies des pièces d’or, d’argent et de enivre conforniénient aux dénominations et valeurs suivantes :
Or. Aigle de 10 dollars, contenant 247 grains -A d’or pur, ou 270 grains d’or au titre.
Demi-aigle de 5 dollars, contenant 123 grains d’or pur, ou 135 grains d'or au titre.
Quart d’aigle de 2 dollars et demi, contenant 61 grains d’or pur, ou 67 grains d’or au titre.
Argent. Dollar, unité du système monétaire, ayant la valeur d’une piastre espagnole, contenant 371 grains d’argent pur, ou 416 grains d’argent au titre.
Demi-dollar \
Quart de dollar I
J. J 1 11 / valeur dans les memes proportions.
Dune ou dixième de dollar t ^ ^
Half dinie ou vingtième de dollar j
Cuivre. Cent ou centième de dollar, contenant 264 grains de cuivre.
Half cent ou deux-centième de dollar, contenant 132 grains de cuivre.
Art. 10. — Chacune des pièces ci-dessiis portera, sur une des faces, le buste du président en fonctions à l'époque de la frappe, avec l’initiale de son prénom, son nom en toutes lettres, sa succession présidentielle en chiffres et le millésime; au revers des pièces d’or et d’argent, un aigle avec l’inscription : United states of America ; au revers des pièces de cuivre, la dénomination de la pièce: cent ou half cent.
Art. II. — Le rapport de l’or à l'argent, dans les pièces de monnaie ayant cours, sera comme ly est à i.
Art. 12. — Le type des pièces d’or sera de ii parties de métal pur contre i partie d’alliage, ce dernier composé par parties égales d’argent et de cuivre.
Art. 13. — Le titre des pièces d’argent sera de 148 y parties de métal pur contre ly y parties d’alliage; ce dernier exclusivement composé de cuivre.
« Cette loi, revêtue ainsi de l’approbation du Sénat, fut transmise à la Chambre des Représentants (12 mars 1792). Tous les articles furent successivement votés à l’exception de l’article 10, qui souleva une véritable tempête. Les ultra-démocrates demandèrent et obtinrent qu’au buste du président fiit substituée une tête idéale de la Liberté (fig. 407). L’article 10, ainsi amendé, fut adopté par le Sénat. Le 2 avril 1792, la loi reçut la consécration du président et devint ainsi loi de l’État. »
« La loi du 2 avril 1792 subit diverses atteintes relativement au poids et au titre des pièces. L’acte du 14 janvier 1793 réduisit le poids du cent et du half cent, et un autre acte de 1793 l’abaissa encore. Quant aux pièces d’or, leur titre était si élevé qu'aussitôt leur frappage elles étaient enlevées à la circulation et envoyées en Europe pour être converties en lingots. Cet état de choses devait attirer la sollicitude des législateurs. » La loi du 28 juin 1834 réduisit le titre de l’or à 232 grains, de sorte que le rapport entre l’or et l’argent fut fixé comme i est à 16. La loi du 18 janvier 1837 adopta, pour les monnaies d’or et d’argent, le titre français de 900 millièmes.
En 1849, on créa la pièce d’or ddiin dollar, en 1830 celle de 20 dollars ou double aigle, en 1833 celle de 3 cents en argent, en 1834 celle de
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3 dollars en or. En 1873. États-Unis adoptèrent l’étalon d’or, la fabrication du dollar d'argent fut arrêtée et remplacée par celle d’un trade dollar du même métal, sans valeur libératoire, destiné au commerce avec l’Extrême Orient. En 1875 on créa la pièce d'argent de 20 cents. En 1857 le cent de cuivre avait été remplacé par une pièce de nickel, mais en 1864 on en revint au bronze: en même temps, on créa une pièce de bronze de deux cents. Des monnaies de nickel de trois et de cinq cents furent successivement ordonnées en 1865 et 1866.
Nous reproduisons ci-dessous, d'après les rapports de la Monnaie et le livre de G. -G. Evans, le tableau complet des dilférentes espèces frappées aux États-Unis depuis 1792:
Monuaies d’or.
Double aigle, créé par acte du 3 mars 1849, Poiés : 516 grains. Titre : 900 millièmes. Diam. : 34 millim.
Aigle, ou 10 dollars, créé par la loi du 2 avril 1892. Poids: 270 grains. Titre: 916 -T . — Poids réduit à 258 grains par la loi du 28 juin 1834. — Titre réduit à 899,225 par la même loi. — Titre porté à 900 millièmes par la loi du 18 janvier 1837. Diam. : 27 millim.
Demi-aigle, créé par la loi du 2 avril 1892. Poids : 135 grains. Titre comme Vaigle. — ■ Poids réduit à 129 grains par la loi du 28 juin 1834. Titre réduit comme Vaigle. — Titre porté à 900 millièmes par la loi du 8 janvier 1837. Diam. : 22 millim.
Quart d’aigle, créé en même temps que Vaigle et le demi-aigle, et soumis aux mêmes modifications de poids et de titre. Diam. : 18 millim.
Pièce de trois dollars, créée par la loi du 21 février 1853. Poids: 77,4 grains, titre: 900 millièmes. Cessation du monnayage en vertu de la loi du 26 septembre 1890.
Dollar, créé par la loi du 3 mars 1849 et supprimé par celle du 26 septembre 1890. Poids: 25,8 grains, titre: 900 millièmes. Diam. : 13 millim.
Monnaies d’argent.
Dollar, créé le 2 avril T792. Poids : 416 grains, titre: 892,4 millièmes. — Poids réduit à 412 grains et titre porté à 900 millièmes par la loi du 18 janvier 1837. — Cessation du monnayage en vertu de la loi du 12 février 1873. — Reprise du monnavage en vertu de la loi du 28 février 1878. Diam. : 38 millim.
Trade dollar ou dollar de commerce, créé par la loi du 12 février 1873. Poids : 420 grains, titre : 900 millièmes. Retiré par la loi du 3 mars 1887.
Demi-dollar, créé le 2 avril 1792. Poids: 208 grains, titre: 892,4 millièmes. — Poids et titre modifiés comme le dollar, le 18 janvier 1837. — Poids réduit à 192 grains parla loi du 21 février 1853. — Poids porté à 12 -R grammes ou 192,9 grains par la loi du 12 février 1873. Diam. : 30 millim.
Quart de dollar, créé le 2 avril 1792. Mêmes modifications proportionnelles quant au poids et au titre que le demi-dollar. Diam. 24 millim.
Pièce de 20 cents, créée par la loi du 3 mars 1775. Poids: 5 grammes ou 77.16 grains; titre : 900 millièmes. — Monnayage interdit par la loi du 2 mai 1878.
Dime, créé le 2 avril 1792. Poids: 42,6 grains: titre: 892,4. — Poids réduit à
41 -J grains par la loi du 18 janvier 1837. — Poids réduit à 38,4 grains par la loi du
21 février 1853. — Poids porté à 2 ^ grammes ou 38,58 grains par la loi du 12 février 1873. Diam. : 18 millim.
Half-dime, créé le 2 avril 1792. Mêmes modifications proportionnelles quant au poids et au titre que pour le dime. Cette monnaie fut supprimée par la loi du 12 février
Pièce de trois cents, créée par la loi du 3 mars 1851. Poids: 12 grains, titre : 750 millièmes. — Poids réduit à 11,52 grains et titre porté à 900 millièmes par la loi du 3 mars 1853. — Cette monnaie fut supprimée par la loi du 12 février 1873.
Monnaies de cuivre, hron:(e et nickel.
Pièce de cinq cents (nickel), créée par la loi du 16 mai 1866 (fig. 408).
Pièce de trois cents (nickel), créée par la loi du 3 mars 1865. Supprimée par la loi du 26 septembre 1890.
Pièce de deux cents (bronze), créée par la loi du 2 avril 1864. Supprimée par la loi du 12 février 1873.
Cent (cuivre), créé par la loi du 2 avril 1792, poids réduit en 1793 et 1795 ; remplacé par des pièces de nickel (loi du 21 février 1857), pièces de bronze
(loi du 22 avril 1864). Le diamètre des cents actuels est de 19 millim.
Half-cent (cuivre), créé le 2 avril 1792, poids : 132 grains réduit à 104, puis à 84 grains en 1793 et 1795. Suppression par la loi du 21 février 1857.
Le type des monnaies américaines est resté, dans sa conception générale, tel qufil fut établi par la, loi fondamentale de 1792. L'avers est réservé à la symbolisation de la Liberté, le revers, qui porte l'aigle tenant ou non l'écusson des Etats-Unis, témoigne de leur puissance. L'aigle n'existe toutefois ni sur les pièces d'or àhin dollar, ni sur les dîmes et half-dimes d'argent, ni sur les pièces de cuivre, de bronze et de nickel. La Liberté a été diversement interprétée; d'abord c'est sa tête qui paraît sur les espèces, les cheveux flottants, et accompagnée parfois d’une pique avec le bonnet phrygien; puis les cheveux sont retenus par un bandeau, ou la tête est coiflee du bonnet; aujourd'hui elle porte un diadème chargé de l’inscription : Liberty. De 1838 à 1840, la tête disparut successivement de toutes les monnaies d’argent, pour faire place à une Liberté assise sur un rocher, tenant un écu et une haste surmontée du bonnet phrygien. Depuis 1878, on en est revenu pour l'argent à la représentation de la tête de la Liberté. Les légendes des monnaies américaines comprennent, outre le nom de la confédération, le nom ou la valeur de la pièce et le millésime, les devises: e pluribus unum, ou: in god ave trust. En 1892 et 1893, à l’occasion de l’exposition internationale de Chicago, on frappa
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des monnaies d’argent commémoratives d’un demi-dollar et d’un quart de dollar, représentant à l’avers la tête de Christophe Colomb.
Jusqu’en 1838, l’atelier ouvert en 1793 à Philadelphie fournit seul tout le numéraire des États-Unis. En 1838, on lui adjoignit trois succursales, celles de Charlotte (Caroline du Nord), de Dahlonega (Géorgie) et de la Nouvelle-Orléans. Les deux premières, situées dans des régions aurifères, ne frappèrent que de l’or. Ces trois succursales furent fermées en 1861. En 18 $4, un atelier a été créé à San-Francisco, en 1870 un autre a été ouvert à Carson City (Nevada), enfin en 1879 la Monnaie de la Nouvelle-Orléans a été rétablie.
§ in. — La monnaie privée.
Nous avons écarté systématiquement de notre cadre les tokeiis et autres espèces émises par des particuliers, principalement en Angleterre et dans les colonies britanniques. Aux États-Unis la monnaie privée a eu dans le second tiers de ce siècle une telle importance pour la circulation, que nous ne pouvons nous empêcher de nous y arrêter un instant.
« Malgré la prescription de l’article 10 de la Constitution, qui interdit d’une manière absolue le monnayage en dehors de l’action du gouvernement fédéral, des particuliers ont, à diverses reprises, frappé monnaie, principalement à l’époque de la crise financière résultant de la suppression, par le président Jackson, de la banque des États-Unis, en 1834. Pendant cette crise, qui dura de 1834 a 1841, la pénurie monétaire était telle, que les transactions commerciales s’opéraient par voie d’échange des produits industriels. Des particuliers émirent un papier-monnaie qui reçut plus tard le nom méprisant de shin plasier (emplâtre pour les jambes), et il fut frappé et lancé dans la circulation un certain nombre de pièces « taractiques », dont les figures, légendes et devises, d’une sanglante ironie, exprimaient les sentiments qu’avait suscités la grave mesure prise par Jackson. Fabriquées un peu partout, surtout dans la manufacture de boutons de Waterburg (Connecticut) elles équivalaient nominalement à un cent. »’
« A peine les mines de la Californie commencèrent-elles à être exploitées, qu’on frappa dans le pays des pièces d'or portant gravé le chiffre représentatif de leur valeur, circulant librement et acceptées sans objec-
I. Voyez sur ces tokens ; Lymann H. Low, Hard Unies tokens, dans V American journal of numisniatics, t, XXXIII, 1898-99.
tion. Ces pièces, véritable monnaie, puisqu'elles servaient aux transactions commerciales, n'affectaient pas toujours la forme sous laquelle nous sommes habitués à voir frapper les monnaies. » C’étaient souvent de petits cylindres poinçonnés au nom de celui qui les mettait en circulation et portant une estampille en indiquant le titre et le poids. Parmi nos monnaies, nous rappellerons les pièces d'or de Betchler dont la fabrique, située à Rutherfordton (Caroline du Nord), frappait encore en 1851. Il y eut aussi des monnaies delà compagnie des changeurs de l'Oregon au type du castor et à la légende : native gold: celles de Moffat et C'^ de San-Francisco, en or de Californie: california gold; celles de la banque des mineurs de San-Francisco; celles des Mormons de Great Sait Lake City\ celles de la compagnie des mines de Cincinnati (Ohio), en 1849; celles de la compagnie du Pacifique; celles de la compagnie du Massachusetts et de la Californie, de Baldrois et C°, de Dubosq et C°, de Schultz et C°, de Dunbar, etc.