‹ Traité de numismatique moderne et contemporaine (volume 2)Chapitre 177 sur 193 · LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE L’AMÉRIQUE LATINE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE L’AMÉRIQUE LATINE

Sources : A. Weyl, Die Jules Fourohert’ sche Sammlung üherseeischer Mün:{en und Medaillen. Berlin, 1878, in-8, tome II. — A. Rosa, Coleccion de leyes, décrétas y oiros documentas sobre condecoraciones militares, medallas conmemorativas, moneda metalica, etc., de algunos pai'ses de America del Sud. Buenos-Aires, 1891, iii-8. — Noticias de acuhacioîi e introdiiccion de metales... f armadas par la seccion setima de la secretaria de hacienda. Rapports annuels. Mexico, imp. du gouvernement, in-fol. — Codigo jiscal de la Repuhlica de Costa Rica emitido el ^ i de actuhre de i88y. San José, imp. nationale, in-8. — Animal reports of the director of the mint, publiés depuis 1873. Washington, imp. du gouvernement, in-8. — J. Meili, Die Miingen des Kaiserreichs Brasilien. Zurich, 1890, in-8.

Les états indépendants de LAmérique latine se formèrent, au commencement du xix^ siècle, sur les ruines de la puissance coloniale de LEspagne, du Portugal et de la France. Ils sont actuellement au nombre de dix-huit, qui tous ont adopté la forme républicaine de gouvernement: le Mexique, les cinq petites républiques de LAmérique centrale, les deux républiques de Lîle d’Haïti, le Venezuela, les Etats-Unis de Colombie, LÉquateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, la République Argentine, LUruguay, le Paraguay et le Brésil. Leurs systèmes monétaires se rattachent, naturellement, à Lorigine, à ceux des états européens auxquels leurs territoires appartenaient; aujourd’hui la plupart des républiques américaines ont adopté un système monétaire décimal.

§ I. Mexique.

Le mouvement insurrectionnel éclata au Mexique en 1808. La lutte pour LalTranchissement, d’abord dirigée par le curé Hidalgo, fut poursuivie par Morelos. Un premier congrès proclama l’indépendance en 1813, mais Morelos fut pris par les troupes espagnoles et fusillé en 1815. D’autres chefs furent plus heureux. En 1821, l’Espagnol Augustin Itur-

LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE p’AMÉRiaUE LATINE

bide se convertit à la cause de la liberté et expulsa les troupes métropolitaines de la capitale, mais en 1822 il se fit proclamer empereur sous le nom d’Augustin I. Chassé en 1823 pour sa cruauté et son avarice, il fut fusillé l’année suivante. Le Mexique se constitua en république fédérative.

L’anarchie dans laquelle se débattait le pays amena en 1 86 1 une intervention européenne et, en 1864, Napoléon III plaça sur le trône du Mexique, érigé en empire, l'archiduc Maximilien, frère de l’empereur d’Autriche. Maximilien

ne put se maintenir. Fait prisonnier par les républicains, il fut fusillé en 1867. Le Mexique a conservé depuis cette époque un gouvernement républicain fédéral.

La guerre de l’indépendance a laissé de nombreux souvenirs monétaires. Nous avons mentionné dans le précédent chapitre les pièces de nécessité frappées à cette époque dans les villes occupées par les partisans de l’Espagne. Les insurgés eurent également leur monnayage. Les pièces d’argent et de cuivre, 3 réaux et divisions, émises par Morel os,

Fig. 41 S

de 1811 à 1813, sont particulièrement intéressantes'; tantôt frappées, tantôt coulées, elles sont d’une facture très grossière. Leur type principal se compose uniformément d’un arc surmontant le mot sud (fîg. 418).

L’empereur Augusti n I, qui s’intitule constitutionnel par

la providence de Dieu, mit son effigie à l’avers de ses monnaies (fig. 419), comme le fit quarante ans plus tard son successeur Maxim i 1 ien d’Autriche ffig. 420). Le type le plus caractéristique des monnaies républicaines fut, depuis l'origine, l’aigle assis sur un cactus et dévorant un serpent, qui forme d'ailleurs l’emblème national (fig. 421).

I. Lyman H. Low, A sketch of the coinage of the mexican revolutionary general MoreJos, dans V American journal of munisniatics de 1886.

Le système monétaire du Mexique a pour base la piastre ou peso d'argent pesant 27 grammes. Jusqu’en 1861, cette piastre se divisait en 8 7'éaux, divisés à leur tour en 4 cuartillas de 20 granos. En or, on fabriquait Yonce de 16 piastres, appelée aussi doublon ou quadruple, et ses divisions de 8 piastres, de 4 piastres ou pistole, de 2 piastres ou escudo de oro et d’une piastre ou escudillo.

La loi du 1 5 mars 1861, légèrement modifiée par celle du 27 novembre 1867, aujourd’hui en vigueur, a introduit au Mexique le système décimal, mais non métrique. L’unité monétaire reste la piastre ou peso d’argent (poids droit : 27 gr. 07 3 ; titre 902,777 millièmes), mais elle est divisée en 10 decinios ou 100 centavos. Voici la valeur des espèces émises selon ce nouveau système: en or, 20, 10, $,2 ~~ pesos et i peso (poids i gr. 692;

titre 87^ millièmes); en argent, 50 centavos, 25 centavos, 10 centavos ou decimo, 5 centavos: en cuivre, i centavo. Un décret du 16 décembre 1881 avait créé des monnaies de nickel de 5, 2 centavos et 1 centavo, mais ces pièces reçurent un si mauvais accueil, qu’en 1886 le gouvernement fédéral se décida à les retirer.

Les ateliers monétaires qui émettent actuellement les espèces du Mexique sont au nombre de onze; en voici l’énumération avec l’indication de leurs difïerents :

LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE p’AMÉRiaUE LATINE

Mexico Chihuahua Duraiigo D° Guanajuato G° Guadalajara G"^ Oaxaca O ou

San Luis Potosi P ou P'

Culiacan G ou

Real de los Alamos A ou A^

Hermosillo H Zacatecas

Pendant le règne de Maximilien, les ateliers de Mexico, Guanajuato, San Luis Potosi et Zacatecas monnayèrent au nom de l’empereur, tandis que ceux de Chihuahua, Durango, Culiacan, Real de los Alamos et Hermosillo, au pouvoir de Juarez, frappaient des pièces de type républicain. Le catalogue Fonrobert signale de 1843 à 1851 un atelier à Guadalupe y Calvo dans l’état de Chihuahua, dont le différent est GC.

Le monnayage d’argent, alimenté par les mines, qui placent le Alexique au premier rang pour la production de ce métal, a une importance internationale considérable. Les piastres mexicaines, c{m étaient devenues la monnaie courante de beaucoup de peuples, jouent encore à l’heure actuelle un rôle prédominant dans les échanges de bon nombre d’états d’Amérique, d’Asie et même d’Afrique.

La forme du gouvernement du Mexique est celle d’une confédération comprenant: i° le district fédéral de Mexico; 2° les 27 états d’Aguascalientes, Campèche, las Chiapas,

Chihuahua, Coahuila, Colima, Durango, Guanajuato, Cuerrero, Hidalgo, Jalisco, Mexico, Michoagan,

Morelos, Nuevo-Léon, Oaxaca,

Puebla, Queretaro, San Luis Potosi,

Sinaloa, la Sonora, Tabasco, Tamaulipas, Tlaxcala, Vera Cruz, Yucatan, Zacatecas: 3° les territoires de Basse-Californie et de Tépic. En 1845 et en 1848, le Mexique a perdu successivement le Texas, le Nouveau Mexique et la Californie, annexés aux Etats-Unis.

Plusieurs états mexicains ont émis, soit pour affirmer leur autonomie, soit pour faire face à des nécessités économiques, des monnaies particulières, dont l’examen détaillé nous entraînerait beaucoup trop loin. Ces émissions, qui s’arrêtent avec le

règne de Maximilien, se bornèrent d’ailleurs à de menues espèces de cuivre, cuartillas, octavos et medio-octavos. Nos figures 422 et 423 reproduisent, à titre de spécimens de ces monnayages autonomes, deux cuartillas frappées par les états de Chihuahua et de San Luis de Potosi. La constitution fédérale proclamée le 5 février 1857 enleva formellement aux états le droit de frapper monnaie et d’émettre du papier monnaie.

§ IL — Amérique centrale.

La capitainerie générale de Guatemala s’émancipa en 1821 et, trois ans plus tard, se constitua en une coiifédération de l’Amérique centrale, comprenant les républiques de Guatemala, Costa Rica, Nicaragua, San Salvador, Honduras. De fâcheuses rivalités rompirent, dès 1832, cette union que depuis lors on a vainement tenté de reconstituer d’une manière durable.

Les monnaies qui furent frappées jusqu’en 1832 au nom de la Confédération : REPUBLicA DEL CENTRO DE AMERICA, portent à l’avers le soleil se

levant derrière trois ou cinq montagnes. Le type du revers est un arbre de belle venue, entouré de la devise libre cresca fecundo. L’origine particulière de ces pièces se distingue par les différents suivants: NG pour Nueva Guatemala, dans l’état de Guatemala, T pour Tegucigalpa, dans l’Honduras, CR pour l’atelier de San José, dans l’état de Costa Rica, et NR pour l’atelier de Léon de Nicaragua (fîg. 424).

Après la dissolution de FUnion, le monnayage devint autonome. Dans la république de Guatemala, à partir de 1859, le président Rafael

Carrera (1851-65) mit son effigie sur les espèces; après sa mort, elle fut conservée et l’on donna au président défunt le titre de fundador de la republica de Guatemala (fig. 425). En 1870 le Guatemala adopta le

Fig. 474

LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE lÉAMI-RiaUE LATINE 74 1

système décimal; l’effigie de Carrera disparut des coins (fig. 426). Les pesos frappés en 1872 portent l’allégorie de la république assise, tenant une corne d'abondance et la balance de la justice, et s’appuyant sur une colonne portant la date à laquelle fut mise en vigueur la nouvelle cons-

titution : 30 DE JUNO DE 1871. En 1893, le Guatemala a fait frapper à la monnaie de Paris de nouvelles pièces d’argent. En 1895, il a fait frapper dans le même atelier des pièces d’or de 10 et de 5 pesos, tandis qu’en 1894 et 1895 une nouvelle fabrication d’argent eut lieu à Birmingham dans les ateliers Heaton et fils.

Dans les autres états le monnayage se fit longtemps d’une manière très irrégulière et les renseignements précis nous font complètement défaut; il paraît n’avoir consisté le plus souvent qu’en pièces divisionnaires, moneda provisional, ayant le caractère d’espèces de nécessité ; souvent même on se borna à contremarquer des monnaies étrangères ou anciennes.

L’état de Costa Rica émit quelques escudos à’ ov. Le type reproduit les trois montagnes et l’arbre entouré de la légende liera cresca FECUNDO. A l’avers des réaux d’argent nous trouvons un buste de femme (fig. 427).

En 1850, l’écu national prend place sur le côté principal des espèces, escudos, doubles escudos et demi-escudos ou pesos d’or, pesetas ou quarts de peso, huitièmes ^

et seizièmes de peso d’argent. En 1864,

divisions décimales de la monnaie se substituent aux coupures précédemment en usage, et nous voyons paraître les pièces d’argent de 50, 25, 10 et 5 centavos, puis des centavos de cuivre allié de nickel.

Le code fiscal de Costa Rica, promulgué le 31 octobre 1885, dit que Tunité monétaire de la République est le peso pesant 25 grammes d’argent à 900 millièmes de fin. La loi prévoit l’émission de pièces d’or de 10, 5,2 et un peso, des pièces d’argent de i peso, 50, 25, 10 et $ centimos. Le type comprend, à l’avers, l’écu de la nation entouré des mots:

REPUBLiCA DE COSTA RICA 0t du millésime, au revers, rindication de la valeur, deux branches de caféier enlacées et les mots America central, avec l’indication de l’aloi et les initiales de l’essayeur en légende circulaire. Nous ignorons si les pièces d’or ont été frappées, mais des émissions de monnaies d’argent eurent lieu, notamment en 1890 et 1894, chez Heaton et fils, à Birmingham.

En octobre 1896, le gouvernement de Costa Rica a abandonné l’étalon d’argent pour adopter l’étalon d’or. Aux termes de la loi votée par le Congrès de la République, la nouvelle unité monétaire est le colon de 100 cents, contenant 778 milligrammes d’or à 900 millièmes de fin. On frappera des pièces de 20, 10, 5 et 2 colons. Les monnaies d’argent, reléguées au rang de monnaies d’appoint, ne sont pas modifiées. Les pièces d’or porteront, d’un côté les armes avec les mots : republica de costa RICA et le millésime, de l’autre le buste de Christophe Colomb avec la légende: America central et l’indication de la valeur. Une première fabrication de pièces d’or de 10 colons a eu lieu en 1897 dans l’atelier de Philadelphie.

Dans la République de Honduras, l’unité monétaire est le peso d’argent. En 1869 et en 1870 cet état fit frapper à Paris des monnaies de nickel; celles de 1870 portent le nom du président José Maria Médina. Jamais le Honduras n’a fait frapper de monnaie d’or.

Le Nicaragua a la même unité monétaire. En 1884 et en 1887 des fabrications de pièces d’argent de 20, 10 et 5 centesimos ont eu lieu pour cette république chez Heaton et fils, à Birmingham. La même usine a fait en 1889 une fabrication de pièces de nickel de 3 centavos et i centavo pour la république de San Salvador.

§ III. — Ile d’Haïti.

Au commencement du xix<^ siècle, l’île d’Haïti, qui avait passé tout entière en 179^, par le traité de Bâle, sous la domination française, se rendit indépendante. Après une période de guerres et de révolutions, le pays se trouva divisé en trois parties : a) La partie Nord-Ouest, dans laquelle un nègre nommé Jacques Dessalines se proclama, en 1804, empereur sous le nom de Jacques I. Il fut remplacé en 1806 par Henri Christophe, qui après avoir pris le titre de président d’Haïti, s’affubla en 1812 du titre de roi; il régna jusqu’en 1 820.

On n’a pas de monnaies de Jacques Dessalines. Le catalogue Fonrobert lui attribue toutefois une contremarque qui se trouve empreinte sur quelques monnaies.

LES ÉTATS INDÉPENDANTS DE l’aMÉRIQUE LATINE 743

Henri Christophe a frappé, en 1807 et 1808, des escalins de 15 sols et des detniescaïins d’argent, portant d’un côté la figure de la liberté debout : monnoie d’hayti, et de l’autre un écusson couronné avec le chiffre HC : libertas. religio. mores. Lorsque

Fig. 428

Christophe eut pris le titre de roi, il mit son effigie sur ses espèces, notamment sur une d’argent frappée en 1814 (fig. 428). Plusieurs essais monétaires viennent

augmenter l’intérêt de sa série métallique.

t>) La partie Sud-Ouest.^ où se forma une république d’Haïti, gouvernée à partir de 1807 par le mulâtre Alexandre Pétion. En 1818, il eut pour successeur Jean Pierre Boyer.

Les premières monnaies de Pétion consistent en pièces d’argent anonymes de 25, 12 et 6 centimes, portant à l’avers une sorte de trophée, au revers la date an 10, AN XI, AN 12 ou AN 13 au milieu d’un cercle formé par un serpent ; la légende circulaire est république d’hayti. En 1817, c’est-à-dire en l’an 14 de l’ère de l’indépendance haïtienne, Pétion place sur les espèces son effigie entourée de la légende a. pe- TiON PRÉSIDENT. Cet exemple fut suivi par son successeur Boyer.

c) La partie orientale, avec Saint-Domingue pour capitale, avait été occupée en 1809 par les Anglais, et restituée en 1814 à l’Espagne. Elle se rendit indépendante en 1822, et reconnut comme chef le président Boyer qui, en 1820, avait été également reconnu par le Nord-Ouest de l’île.

Boyer fut donc, en 1822, président d’une république comprenant le territoire entier de l’île; il gouverna jusqu’en 1843. Ses monnaies d’argent continuèrent à porter son effigie; les pièces de cuivre sont anonymes; elles portent le faisceau consulaire entouré de la devise liberté

Page 1