X. Cercle d’Autriche
La Bohême et la Prusse refusèrent toujours de se laisser incorporer dans aucun cercle. Il y eut au surplus quelques seigneuries de moindre importance qui ne furent jamais inscrites ; nous les rangerons, pour la facilité du lecteur, dans le cercle auquel les rattache leur position géogra-
I. Les sept é\ç.c\.Q.\irs (Jmrfürstefi) étaient: l’archevêque de Mayence, archichancelier de Germanie ; celui de Trêves, archichancelier de Gaule; celui de Cologne, archichan.^ celier d’Italie ; le roi de Bohême, archiéchanson ; le comte palatin du Rhin, archiécuyer tranchant ; le duc de Saxe, archimaréchal ; le margrave de Brandebourg, archichambellan. Pendant la guerre de trente ans, la Bavière obtint la dignité électorale enlevée à la maison palatine, et à la paix de Westphalie, on créa en faveur du palatinat un huitième électorat qui fut supprimé en 1779, lorsque la Bavière et le Palatinat furent réunis. En 1702, un nouvel électorat fut créé en faveur de la maison de Brunswick-Lunebourg ou de Hanovre. Dans les dernières années de l’existence de l’empire, le Wurtemberg, le margraviat de Bade et le landgraviat de Hesse-Cassel obtinrent également l’électorat.
phiqueou dynastique. La Prusse et la Bohême formeront des paragraphes particuliers.
Suivant l’ordonnance de Ferdinand I, édictée en 1559, les représentants de chaque cercle se réunissaient deux fois l’an, le mai et le octobre, en un rnün^-probations-tag où les affaires monétaires des mün\genossen étaient discutéès '. Ces réunions se tenaient généralement dans une ville impériale. Les cercles voisins étaient autorisés à s’entendre entre eux et formaient des groupes appelés correspondirende kreise: on eut ainsi : Le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Westphalie; 2° la Haute
et la Basse-Saxe ; 3° la Franconie, la Bavière, la Souabe, auxquelles se joignit parfois l’Autriche.
Le cercle de Bourgogne n était rattaché à l’empire que d’une façon toute nominale, car il appartenait en entier à l’Espagne, qui s’y conduisait à sa guise, sans se préoccuper des règlements impériaux.
Il nous est impossible d’entrer pour la numismatique allemande dans d’aussi grands détails que pour celle d’autres pays ; nous nous exposerions à d’incessantes redites, et un volume entier ne nous suffirait pas. Nous indiquerons pour chaque seigneurie sa situation géographique, la liste de ses souverains, en signalant par un astérique placé devant leur nom ceux qui ont battu monnaie les titres habituellement pris parles souverains, les armes des diverses seigneuries, le saint patron lorsque son image ou son nom paraît sur le numéraire, les ateliers monétaires et quelques-unes des particularités les plus intéressantes de l’histoire métallique. Ce procédé, qui mous mènera déjà fort loin, nous suffira pour atteindre le but que nous nous sommes proposé.
b). — Réglementation générale du monnayage.
Vers la fin du xv^ siècle, l’archiduc Sigismond frappa en Tyrol les premières grandes monnaies d’argent à flan épais; le millésime le plus ancien qui s’y montre est i486, ou sur quelques essais, 1484. Ce n’est toutefois qu’au début du xvi<^ siècle que le monnayage nouveau prit de l’extension. La découverte de nouvelles mines et l’exploitation plus active
1. Le premier miïni-prohations-tag, prescrit par l’ordonnance de Charles Q.uint de 1524, se tint le 12 mars 1525. La Franconie devait réunir ses délégués à Wiesheim; ]a Bavière, à Ratisbonne; la Souabe, à Esslingea; le Haut-Rhin, à Spire; le Bas- Rhin, à Cologne; la Saxe, à Magdebourg.
2. Dans nos listes chronologiques de souverains ecclésiastiques, les noms qui suivent les dates indiquent les divers évêchés ou abbayes qui se trouvaient momentanément réunis sous l’administration d’un même personnage. Le cumul des fonctions ecclésiastiques atteignit en Allemagne, au xviie et au xviiie siècles, les proportions les plus abusives.
des mines d’argent existant sur le versant saxon des montagnes du Harz, provoquèrent dans les ateliers monétaires de cette région la fabrication de pièces épaisses et pesantes, appelées guldengroschen parce que leur valeur équivalait à celle du florin ou gulden d’or. Sur le versant bohémien du Harz, les comtes Schlick, possesseurs des mines d’argent, si riches, de Joachimsthal, imitèrent l’exemple de leurs voisins du nord et se mirent à frapper de lourdes monnaies de même poids que les guldengroschen ; ces pièces dont l’aloi était un peu plus faible se répandirent en Allemagne sous le nom de joachimsthalers, ou abrégé thalers^ et devinrent les modèles d’un grand nombre de pièces analogues. Parmi les thalers les plus anciens, nous rappellerons ceux qui furent frappés par le prince palatin Frédéric le Sage en communauté avec les ducs Georges et Jean, ceux du Wurtemberg, des landgraves de Hesse, de la ville de Cologne, etc. Tous ces thalers incunables sont connus des amateurs allemands sous l’appellation vulgaire de mônchsschriftsthaler, parce que leurs légendes sont encore écrites en caractères gothiques. Le thaler se subdivisait en 1 5 batzen ou 60 kreutzers.
Avec l’apparition des guldengroschen et des thalers concordent les premières tentatives des empereurs pour étendre à l’argent la réglementation que les diètes d’Égra (1437) et de Francfort (1442) avaient imposée au monnayage de l’or. C’est ainsi que les diètes tenues à Augsbourg en 1 500 et 1510, à Trêves et à Cologne en 1512, cherchèrent à soumettre les espèces d’argent à l’action du pouvoir central; mais ces velléités échouèrent deA^ant la résistance des états possesseurs de mines qui s’opposaient à l’établissement d’un tarif officiel de l’argent fin.
Charles-Quint, après avoir pris l’avis de ses monnayeurs et consulté les princes de l’empire, en 1521, à la diète de Worms, promulgua, le 10 novembre 1^24, à Esslingen, le premier règlement général du monnayage édicté en Allemagne. Ce règlement prescrivit l’emploi du marc de Cologne et ordonna l’émission des pièces d’argent suivantes :
1. Reichs-guldener, valant i florin d’or du Rhin, taillé à 8 au marc et de 15 loths d’aloi.
2. Demi-guïdener , taillé à 16 au marc et de 15 loths d’aloi.
3. Oerterer ou quart deguldener, taillé à 16 au marc et de 15 loths d’aloi.
4. Zehner ou dixième de giddener, taillé à 80 au marc et de 15 loths d’aloi.
5. Groschen ou vingt-et-unième de giddener, taillé à 136 au marc et à 12 loths d’aloi.
6. Demi- groschen ou quarante-deuxième de giddener, taillé à 272 au marc et à 12 loths d’aloi.
7. Klein grôschlei II ou quatre-vingt-quatrième de guldener, taillé à 366 au marc et à 8 loths d’aloi.
Indépendamment de ces monnaies appelées monnaies d'empire.
reichs-mün^en^ il était loisible aux états de frapper des pfennings et des heller en petite quantité et suivant les besoins locaux, mais taillés de manière à ce qu'un marc fin ne pût fournir plus de 9 guldener. Toutes les monnaies devaient porter à Tavers Taigle, avec cette légende : Ckroli V .Q/Esaris ET KQmanorum WAPcratords ; au revers, les armes du souverain monnayant avec une devise de son choix et le millésime. La fabrication des florins d'or à 18 1/2 carats et de 71 i/] au marc, qui avait été adoptée en 1495 à la diète de Worms, devait être arrêtée et remplacée par une émission de florins à 22 carats et de 89 au marc. Comme les monnaies d'argent, les florins d'or devaient porter à l'avers les armes impériales.
La miUi^ordniing do, 1524 fut mal accueillie. L'archiduc Ferdinand, frère de l'empereur, fut le premier à s'y soustraire en déclarant que les lois monétaires de l'empire ne liaient pas les princes de la maison d'Autriche. En ‘Allemagne même, on contesta à Charles-Quint le droit de réglementer une prérogative souveraine ; les états à mines se trouvaient lésés dans leurs intérêts ; au surplus le moment semblait mal choisi pour unifier les relations économiques d'un pays déchiré par les querelles religieuses. L'ordonnance venait enfin contrarier une foule d'habitudes commerciales en substituant un nouveau système de compte aux systèmes en vigueur dans les diverses régions.
Un grand nombre d'ateliers continuèrent leurs émissions sans se préoccuper de la volonté impériale, et les poursuites commencées contre quelques-uns d'entre eux durent être abandonnées par suite des troubles que provoqua la guerre des paysans. De nouvelles conférences, aussi stériles que les précédentes, furent tenues en 1^29 à Spire, en 1530 à Augsbourg, en 1^32 à Ratisbonne, et de 1542 à 1550 aucune diète ne se réunit sans qu'il y fût question de la situation déplorable des monnaies de l'empire. Le 5 mai i ^49, Charles-Quint interdit la fabrication des thalers et des monnaies d’or aux états qui ne possédaient pas de mines ; son interdiction ne fut pas observée.
En 1 5 5 1 , à la diète d'Augsbourg, on rédigea une nouvelle ordonnance ou reichs-beschluss que Charles-Quint promulgua le 28 juillet. Cette ordonnance conserva un florin d'or de compte, non monnayé, à 60 Arew- ^er, et prescrivit l'émission des pièces d'argent suivantes :
1. Reichs-guldcn, valant 72 Jcreuier, taillé dL 'j iji au marc de Cologne et de i4loths 2 grains d’aloi.
2. Demi rcichs-giihlen, valant 36 kr., taillé à 15 au marc et de même aloi.
3. Pièce de 20 kr. appelée iwanligcr, taillée à 27 au marc et de même aloi.
4. Pièce de 12 kr. appelée 'giuôlfcr, taillée à 45 au marc et de même aloi.
5. Pièce de 10 kr. appelée flmcr, taillée à 54 au marc et de même aloi.
6. Pièce de 6 kr. appelée secJjser, taillée à 90 au marc et de même aloi.
l’empire d’allemagne 123
7. Pièce de 3 kr. appelée dreikreuierer, taillée à 94 1/2 au marc et de 7 loths 5 gr. d’aloi.
8. Reichs-kreuier, taillé à 237 au marc et de 6 loths i gr. d’aloi.
En ce qui concerne le type, Tordonnance de 1531 renouvelait avec de légères variantes les prescriptions de 1524: Tavers devait porter Taigle impériale, mais cette aigle devait avoir sur la poitrine le globe ou reichsapfel chargé de Tindication en chiffres du nombre de kreu^ers représenté par la pièce; la légende circulaire devait être : CAROL-V-IMP-AVG- GFDECRETO.
Les états possédant des mines furent seuls autorisés à frapper les plus grosses espèces, mais outre les monnaies d’empire, un certain nombre d’états purent émettre des monnaies rappelant leurs anciennes pièces locales, rendues conformes au pied établi par l’ordonnance.
On eut ainsi, chez les quatre électeurs du Rhin et leurs alliés monétaires :
1. Alhis ou weîsspfcnning, dont 28 faisaient un florin de 72 kr., taillé à 76 au marc de Cologne et à 5 loths d’aloi.