‹ Traité de numismatique moderne et contemporaineChapitre 122 sur 157 · I. de 1892, p. 297 et suiv · texte numérisé non relu

I. de 1892, p. 297 et suiv

fut donnée à Victor-Amédée. duc de Savoie. En [718, sans qu'il v eût eu déclaration de guerre, Philippe V envoya une flotte à Palerme et la Sicile retomba sous la domination de l'Espagne. En 1720, Philippe V fut contraint de l'abandonner de nouveau à l'Autriche, qui dédommagea le duc de Savoie en lui donnant l'île de Sardaigne.

Charles d'Autriche ne jouit pas longtemps des Deux-Siciles. En i7;4, l'infant Charles, duc de Parme, fils de Philippe V, cessionnaire des droits de son père sur ce royaume, s'en rendit maître et expulsa les Impériaux,

En [7(9, Charles monta sur le trône d'Espagne, et, comme par les derniers traités les couronnes d'Espagne et des Deux-Siciles ne pouvaient être réunies sur une même tête, il céda ce dernier royaume à son troisième fils Ferdinand.

Ferdinand IV (17)9-99} fut dépouillé de ses états en 1799 par les Français, qui créèrent la République Parthénopéenne. La restauration de Ferdinand IV appartient à l'histoire contemporaine.

C'est vers iji) queCharles-Quint introduisit à Naples l'émission des fortes monnaies d'argent : les écus pesant î4 grammes, les demi-écus et les quarts d'écus. Leur type se compose, à l'avers, de l'écu aux multiples quartiers, au revers, d'une croix feuillue terminée par des couronnes impériales. Ces pièces furent frappées en très petit nombre, car Vécu n'est connu aujourd'hui que par la mention d'anciens placards. En 1 528, la ville de Naples fut assiégée par les Français ; pendant l'investissement on frappa des écus et demi-écus de nécessité, portant d'un côté un champ armorié, de l'autre les mots SCV-TO-R ou M''eîîo> SCV-TO-R en plusieurs lignes. Comme l'a établi M. A. Sam bon, auquel on doit la restitution de ces monnaies à leur véritable origine, la lettre R, qui suit le nom des pièces, est l'initiale de Louis Ram, comte de Sant-Agata, directeur de la iHonnaie de Naples pendant le siège.

En I s j 2 on reprit la fabrication des demi-ducats d'argent, qui cette fois portent à l'avers le buste de Charles-Quint, et celle des tarins d'argent délaissés depuis le règne de Ferdinand 1. La gravuredeces pièces est extrêmement remarquable, et M. Sambon a pu écrire sans exagération que les coins employés à Naples au milieu du xvi* siècle p'K- '" sont les plus beaux de tous ceux

qui reproduisirent les traits de l'empereur. Nous donnons ici la figure du ducat, dont le type est une réduction de celui des fortes espèces d'argent {fig. 28]).

L ITAUE 473

Sous Philippe I, la gravure reste fort belle. Les monnaies portent à l'avers l'effigie du roi, au revers une inscription en plusieurs lignes, dans une couronne, soit HILARI-TAS-VNIVER-SA, soit PVBLI-CAE COM- MODITA-TI, soit encore FIDEI-DEf=EN-SOR, titre que se donna le roi en [jyi après la victoire de Lépante. Parmi les monnaies de Philippe, nous signalerons encore celles qui furent frappées à l'occasion du mariage du roi avec Marie, reined'Angleterre, et qui portent l'inscription POSVIMVS DEVM IN ADIVTOREM NOSTRVM. empruntée aux espèces anglaises.

Le règne de Philippe III fut marqué par la fameuse insurrection qui éclata le 7 juillet 1647, à Naples, sous la conduite de Tomas Aniello, le célèbre pécheur d'Amalfi. En octobre, la ville se déclara indépendante de l'Espagne, et se constitua en république. Le gouvernement fut offert à Henri de Lorraine, duc de Guise, qui, en qualité de descendant de René d'Anjou, élevait des prétentions au royaume napolitain. En 1648, les Espagnols reprirent Naples et le duc de Guise fut fait prisonnier. Pendant son règne éphémère, Henri de Lorraine émit des monnaies d'argent généralement très

mal frappées, portant à l'avers

un écu chargé des lettres ^'^ '^^

SP-QN, et au revers le buste de saint Janvier au milieu de nuages

(fig. 28!).

La série monétaire des Deux-Siciles se poursuivit sans lacune sous tous les souverains de ce pays, jusqu'à la fin de la période moderne.

d). — CciiiU lit Manopelio.

Charles VIII, roi de France, accorda le droit monétaire à son partisan Pardo Orsini, comte de JVlanopello (i49î-97)- Après l'expulsion des Français, celui-ci perdit tous ses biens et le monnayage prit fin.

Les pièces frappées par Pardo Orsini sont des cavalli de cuivre au nom de Charles VIII ; le nom du comte de Manopello n'y est indiqué

e). — Marquisat de Vasto.

Le marquisat de Vasto, situé aux environs de Chieti, près de l'Adriatique, devint vers la fin du moyen âge une possession de la maison

espagnole d'Avalos. Dans les premières années du xviii^ siècle. César d'Avalos, fils de Diego, fut élevé au rang de prince de l'Empire. C'est à ce titre qu'il fit frapper en 1 706 à Augsbourg- des ducats d'or et des scudi d'argent à son buste et à ses armes; les légendes sont, d'un côté son nom et ses titres : C/ES- DAVALOS DE AQVINO DE ARAGMAR- PIS ET VASTI • D • G • S • R • I • PR, de l'autre sa devise : DOMINVS REGIT ME. suivie du millésime.

f). — Marquisat de San-Giorgio.

Cette terre était située en Calabre. Jean-Dominique Milano Franco d'Aragona, fils de Georges et de Béatrice de Ventimiglia, marquis de San Giorgio et de Polestina en Sicile, obtint de lempereur Charles VI, le 7 mai 173 1, pour lui et ses successeurs, le titre de prince de l'Empire et le droit de battre monnaie. A la suite de cette concession, il fit frapper en 1732 à Vienne quelques monnaies d'or et d'argent. A sa mort, survenue en 1740, son fils Jacques-François lui succéda; celui-ci fit également émettre à Vienne des espèces d'argent en 1753.

g). — Principauté de Beîmonte.

L'empereur Charles VI, étant souverain du royaume de Naples, accorda en 173 1 le titre de prince et le droit de battre monnaie à Antoine Pignatelli, marquis de Belmonte en Calabre citérieure.

En 1733, ce prince fit frapper en Allemagne, probablement à Vienne, quelques ducats d'or à son buste et à ses armes : d'or à trois pignates de sable, les deux du chef affrontées, celle qui est en pointe ayant Vanse à dextre. Les légendes sont: ANTONIVS PIGNATELLI SRIPRINC & BELMONTIS&.

h). — Principauté de Vetitimiglia,

La terre de Ventimiglia, située en Sicile, non loin de Palerme, était une possession de l'illustre famille des ducs de Sessa, originaire d'Espagne. Un de leurs descendants, Jean VI Requesens, futcréé,en 1686, prince du Saint-Empire. Il fit battre en cette qualité, probablement à Vienne, en 1725, des monnaies d or et d'argent, sur lesquelles il s'intitule comte de Ventimiglia, marquis de Gerace et prince du Saint-Empire Romain. Les armes des Requesens étaient : de gueules à trois rocs d'échiquier d'or.

l'italie 47 s

§ IV. — Italie insulaire et coloniale,

a). — U ordre âe Saint-Jean de Jérusalem à Malte i .

Après la prise de Rhodes par les Turcs en 1523, les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean se retirèrent d'abord en Italie, àCivita-Vecchia. En

I s 30, Charles-Quint leur céda à titre de fief les îles de Malte, de Comino et de Gozzo, avec la forteresse de Tripoli en Barbarie; le 26 octobre de cette même année, le grand-maître Philippe Villiers de TIsle-Adam débarqua à Malte, dont il prit solennellement possession. Voici la liste de ses successeurs jusqu'à la prise de Tîle par Napoléon I.

* Pierre del Ponte, 15 34-3 S. *Annet de Clermom-Gessan, 1660. Didier de Saint-Jaille, 1535-36. * Raphaël Cotoner, 1660-63.

*Jean d'Homèdes, 1536-53. * Nicolas Cotoner, 1663-80.

* Claude de la Sengle, 1553-57. *Grégoire Caraffa, 1680-90. *Jean de la Valette-Parisot, 1557-68. * Adrien de Wignacourt, 1690-97.

* Pierre del Monte, 1568-72. *Raymond Perellos y Roccafull, 1697- *Jean de la Cassière, 1572-81. 1720.

*H. de Loubenx de Verdale. 1582-95. * Marc- Antoine Zondadari, 1720-22.

* Martin Garzès, 1596-1601. * Antoine-Manoel de Vilhena, 1727-36.

* Alof de Wignacourt, 1601-22. * Raymond Despuig, 1736-41 .

* Louis Mendez de Vasconcellos, 1622-23. * Emmanuel Pinto, 1741-73. •Antoine de Paule, 1623-36. •François Ximenez de TexaJa, 1773-75-

* Jean-Paul Lascaris-Castellar, 1636-57. * Emmanuel de Rohan, 1775-97. •Martin de Redin, 1657-60. * Ferdinand de Hompesch, 1797-99.

Lorsque Tordre s'installa à Malte, Charles-Quint n'avait pas compris dans sa concession le droit de battre monnaie, que les grands maîtres avaient toujours exercé pendant leur séjour à Rhodes. De pressantes démarches furent faites auprès de l'empereur pour qu'il permît de nouveau l'exercice de ce droit régalien, et Tordre finit par obtenir gain de cause.

II est difficile de dire si Philippe Villiers de l'Isle-Adam monnaya dans ses nouvelles possessions. M. Furse opine pour la négative, laisse à Rhodes les espèces forgées par ce grand maître, et ne commence la série maltaise qu'avec le sequin d'or frappé, sur le modèle des sequins de Venise, par Pierre del Monte.

Quand le système monétaire de Tordre eut été complètement constitué sous les successeurs de Jean d'Homèdes, il comprit, sauf interruption dans l'émission de Tune ou l'autre espèce, les pièces suivantes :

I. E.-H. Furse, Mémoires numismaliques de V ordre souverain de Saint-Jean de Jérn^ salem. Rome, 1885, in-4.

Or. Sequin valant 4 écus et 3 taris, ou 5 1 taris d'argent. Argent. Pièce de 6 taris ou demi-écu.

Pièce de 4 taris.

Pièce de } taris.

Pièce de 2 taris.

Tari ou double carlin.

Carlin ou double cinquin.

Cinquin ou pièce de $ grains.

Cuivre. Grain ou pièce de 6 piccioli.

Pièce de 3 piccioli, ou demi-grain.

Picciolo.

Jusqu'au magistère d'Adrien de Wignacourt, le type des sequins d'or resta une copie servile de ceux de Venise : l'avers porta la représentation de saint Jean donnant un étendard au grand maître agenouillé devant lui; le revers porta d'abord le Christ dans un nimbe, puis les armes couronnées du grand maître. Les types des monnaies d'argent furent, par ordre d'apparition, l'agneau pascal et les armes dans le champ, saint Jean debout avec l'agneau, la croix de Malte, la tête de saint Jean posée sur un plat. Raymond Perellos, le premier depuis Philippe Villiers de l'isle Adam, mit son effigie sur les espèces de l'ordre. La titulature habituelle des grands maîtres se compose des prénoms et nom de famille, précédés de l'initiale F (frater) et suivie de MH-H (magisier hospitalis hierosolimitani) , puis M (magnus) M * H - H. Les principales légendes des revers des pièces d'argent sont: ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi, autour de l'agneau, propter veritatem et justitiam^ autour du chef décollé de saint Jean, sub hoc signo militamus^ autour de la croix.

En 1565, Malte eut à repousser une terrible attaque des Turcs. A la suite de ce siège, pour rendre la défense de l'île plus aisée, Jean de la Valette résolut de construire une nouvelle capitale, qui fut nommée La Valette; mais comme l'argent du trésor public ne suffisait pas à tant de dépenses, on frappa des monnaies de cuivre qui représentaient la valeur des pièces d'argent de 4, 2, i tari, d'un cdrlin et d'uncinquin. Elles portaient au revers deux mains jointes et la devise NON AES SED FI DES. A mesure que la générosité des princes et des chevaliers remplissait le trésor, on retirait ces monnaies fiduciaires, qui furent longtemps émises par intermittences, concurremment avec les monnaies d'argent. Un grand nombre de ces pièces de cuivre nous parviennent garnies de contremarques qui témoignent des fluctuations de leurs cours.

Le système monétaire de Malte fut totalement changé sous le gouvernementde Manoël de Vilhena. Les nouvelles pièces émises formèrent l'échelle suivante, et le rapport de l'or à l'argent fut légèrement modifié :

Stquin d'or et ses multiples jusqu'à 12 stquins.

Ècu d'argent de 12 tari.

Double ècu d'argent de 24 tari.

Pièce de 6 larii d'argent.

Pièce de 4 taris d'argent.

Pièce de 3 Irais d'argent.

Tari d'argent.

A partir d'Emmanuel Pinto, on frappa, à côté des sequins, des pièces de vingt, dix et cinq écus d'or, et des monnaies d'argent de 1 s ou de îo taris. Ce sont ces deux dernières espèces qui terminent la série monétaire des grands maîtres en 1798,5005 Ferdinand de Hompesch. Les monnaies de l'ordre eurent coursa Malte jusqu'en 1827.

b). — Vile de Sardaigm • .

En 1297, le pape Boniface VIII investit solennellement Jacques II, roi d'Aragon, de la souveraineté de l'île de Sardaigne. Depuis cette époque, ce roi et ses successeurs s'intitulèrent Aragonum et Sardiniae rex. Un atelier ouvert à Cagliari, civitas calaritana, fabriqua pour la Sardaigne des monnaies spéciales d'or, d'argent et de bronze. Ce monnayage eut lieu, pendant les temps modernes, sous les règnes suivants: *Cliarle5-Q.uint, 1516-56. •Philippe IV, 1621-65.

• Philippe H, isjô-gj. 'Charles II, 1665-1700.

'Philippe III, 1598-1621. 'Philippe V, 1700-14.

En J7J4, à la suite de la guerre de succession d'Espagne, l'île de Sardaigne fut cédée à l'empereur Charles VI par le traité de Rastadt; en 1710, l'Autriche la donna en échange de la Sicile à Victor-Amédée, duc de Savoie, qui prit le titre de roi de Sardaigne.

Les monnaies frappées à Cagliari portent le buste du roi ou les armes d'Aragon ; au revers figure une croix ornée, entourée du nom de l'atelier ou de la légende : inimicos ejus induam confusione, plus ou moins abrégée. Au xvii= siècle, ce numéraire est d'une gravure très rudimentaire; les coins étaient évidemment les œuvres d artistes mdigènes, de-

I. A. Heiss, Dtscripcioa général de las monedas hispano-cristianos desde la invasion de los Arabes, t. Il, p. 417 et suiv. — Giov. Spano, Monelaxione in Sardegna di Carlo VI imperatore, dans le Ptrioàieo di numisnialica t sfragistica, 1. VI.

pourvus de tout sentiment artistique; on pourra en juger par la monnaie d'argent de Charles II que nous reproduisons (fig. 285).

L'empereur Charles VI poursuivit les émissions à Cagliari ; mais après la constitution du royaume de Sardaigne en faveur du duc de Savoie, les monnaies destinées à la circulation particulière de l'île furent frappées à Turin; toutefois, en 179;, après l'attaque des Français, l'atelier de Cagliari fut réouvert et émit des monnaies divisionnaires.

c). — Possessions de la rèpubliqiu di Venise 1.

Les possessions de la république de Venise pour lesquelles il fut frappé des monnaies à l'époque moderne forment cinq groupes géographiques : Dalmatte et Albanie, îles ioniennes, Morée, Crète, Chypre. Ces quatre derniers pays étaient compris sous la dénomination générique de Levant Vénitien, Levante Veneto.

Dalmatte et Albanie. — La république fit frappera diverses reprises des monnaies d'argent et de bronze pour la Dalmatie et l'Albanie. Les plus anciennes de ces pièces, frappées à la fin du xvii' siècle, portent d'un côté le lion de saint Marc, de l'autre les mots: DALMA-ETALBAN en trois lignes. On possède à ce type des soldi et des galette de 1 sols, en cuivre, des pièces de quatre sols, de huit sols, et des lirette de 20 sols, en argent.

De nouvelles pièces d'argent pour les deux provinces furent émises sous le doge Alvise Mocenigo en 1706, puis sous Alvise Pisani, en 17(6. Ces dernières, appelées galea^^e, représentent au revers la rade de

Corfou avec la citadelle et des galères ; la légende est: PROVINCIIS MARITIMIS DATVM ; à l'exergue les chiffres III, Vi et XI, indiquent la valeur en lire (fig. 284).

I. V. Lazari, le nioiiele de' posseJÎ menti Vemjiatii di otiramare e di terra ferma. Venise,

Outre les monnaies frappées pour la circulation générale de la Dalmatie et de l'Albanie, on émit des espèces locales pour les villes de Sebenico, de Zara, de Trau, de Spalato, de Lésina, de Cattaro et d'Antivari. En 1797, le traité de Campo Formio fit passer la Dalmatie et ce qui restait de l'Albanie Vénitienne sous la domination de l'Autriche.

Sehenico, — La ville de Sebenico en Dalmatie était gouvernée par Venise, par l'entremise d'un de ses patriciens, qui jusqu'en 1 5 26 porta le titre de comte, puis celui de capitaine. Elle jouissait ainsi d'une certaine autonomie. En 148$, sous le doge Giovanni Mocenigo, la ville obtint de faire frapper dans l'atelier de Venise des oboles ou bagattini portant d'nn côté le lion de saint Marc, de l'autre l'image de saint Michel, patron de Sebenico. Des autorisations analogues furent accordées en 1491 et 1499.

Zara, — Le 2 février 1491 ' un décret du Conssil des Dix autorisa cette ville à faire battre dans la :^ecca de Venise des bagatiini de cuivre analogues à ceux de Sebenico, mais portant l'image du patron de Zara, saint Siméon : s. simeon ivstvs profeta.

Trau. — Cette ville, en latin Tragurium, au nord-ouest de Spalato, jouissait d'une certaine autonomie, comme plusieurs autres villes dalmates; Venise la faisait gouverner par un de ses patriciens, qui prenait le titre de comte.

Le 19 mars 1492, la communauté de Trau reçut la permission de faire frapper à Venise des bagattini de cuivre dans le genre de ceux de Sebenico. Les seules pièces connues portent les initiales N. M. du comte Nicolô Micliiel, qui fut comte en 15 16; le type comprend, d'un côté, l'image de saint Laurent : s. lavrentivs tragvr, de l'autre, le lion de saint Marc.

Spalato. — Cette ville avait le môme gouvernement que Trau sa voisine. Le 26 février 149 1, le Conseil des Dix lui permit de faire frapper à la :(ecca de la république des bagattini de cuivre. Le type de ces pièces comprend l'image du patron de Spalato : s. DOMNivs SPALETI, et le lion de saint Marc. Trois groupes d'initiales qui doivent désigner des comtes : zf-m, puis d-g, puis enfin i-p, figurent dans le champ de ces pièces. De ces initiales, seules celles de Jacopo PafFo, comte en 1500, ont pu être identifiées.

Lésina, — Capitale de l'île du même nom, située sur les côtes de la Dalmatie. Cette île passa en 1424 sous la domination de Venise, qui la fit gouverner par un patricien portant le titre de comte. Le 2$ septembre 1493, le Conseil des Dix accorda aux habitants de Lésina la permission de faire battre à Venise des bagattini à l'image de saint Etienne.

Les seules pièces que l'on connaisse portent à l'avers ce saint: s. stephanvs PONT. LESiNENS, accosté des initiales v-o, qui désignent le comte Vincenzo Orio, administrateur de Lésina en 1549; le revers porte, comme d'habitude, le lion de saint Marc.

I. La date de 1470 (vieux style, c.-a.-d. 147 1), donnée à ce décret dans des ouvrages récents, tels que la Bibliografia numismatica italiana, de MM. Gnecchi^ est la conséquence d'une faute d'impression de Lazari (p. 33), faute que cet auteur corrige cependant dans ses errata (p. 166).

Cattaro. — Cette ville, située en Albanie, se trouvait depuis 1420 sous Tautorité de Venise; elle formait une commune libre, jouissant du droit de battre monnaie. Un privilège vénitien de 1423 dit expressément : Quod in CatJmro cudattir moneta juxta suas consuetudines. Jusqu'en 1480, le chef du pouvoir à Cattaro prit le titre de comte; à partir de cette date, sa dénomination officielle fut celle de recteur et provediteur.

Le monnayage de Cattaro s'arrêta vers 1638 ; il comprit des monnaies d'argent, de billon et de cuivre. Le patron était saint Tryphon : s. trifon catari ; son image figure à l'avers des espèces ; au revers nous trouvons saint Marc, le lion ailé ou l'écu de la République de Venise. Les noms des comtes, puis des recteurs, sont fréquemment désignés sur les espèces par leurs initiales ou leurs armes. Nous empruntons à V. Lazari la liste de ces personnages, avec l'indication des espèces frappées sous leur autorité ; la date indiquée est celle de l'élection :

Francesco Lippomano, 1447. Quattrino. Francesco Priuli, 1562. Quattrino,

Francesco Lion, 1485. Oboîe ou foîlare. Alvise Minotto, 1567. Me^^o grossetto.

Priamo Tron, 1488. Quattrino. Zaccaria Salamon, 1569. Obole ou JoIIare.

Girolamo Orio, 1492. Quattrino, Vincenzo Canal, 1581. Oboîe ou foîlare.

Sebastiano Contarini, 1501. Quattrino. Andréa Gabriel, 1586. Obok ou foîlare.

Domenico Gritti, 1526. Quattrino. Zuanne Loredan, 1590, ou Zuanne Lippo-

Marco Barbo, IS27. Quattrino. mano, 1592. Me^:(o grossetto.

Benedetto Valier, 1530. Quattrino. Zuanne Magno, 1598. Me:;xo grossetlo.

Francesco Sanudo, 1533. Qitattrino, Zuan-Francesco Bragadin, 1604. Obole ou

Matteo Benibo, \^'^^. Quattrino, foîlare.

Battista Barbaro, 1546. Quattrino, Tommaso Contarini, 1606. Obole ou fol-

Francesco Pisani, i^^^, Me:^:^o grossetto, lare. Zuan Francesco Canal, 1551. Me^^o gros- Pietro Morosini, 1624. Grossetto,

setto. Girolamo Molin, 1634. Obole ou foîlare.

Paolo Dona, 1552. Me^^^o grossetto. Zorzi Morosini, 1638. Quattrino.

Antivari, — Cette ville d'Albanie appartint aux Vénitiens de 1405 à 1571, année où elle tomba au pouvoir des Turcs.

On possède des bagattini de cuivre, frappés dans les dernières années du xv« siècle ou les premières du xvi«, portant à l'avers l'image équestre de saint Georges : s. georg. ANTIVARI, et au revers le lion de Venise. Ces pièces, qui offrent une grande analogie avec celles des villes dalmates, furent probablement frappées dans la zecca de la République.

Levant Vénitien, — Les possessions levantines de Venise se trouvaient sous 1 autorité supérieure d'un patricien élu par le Sénat et qui portait le titre dèproveditor gênerai da mar. Ce personnage avait sous ses ordres tous les autres patriciens investis de charges dans la flotte, et jugeait en appel toutes les causes portées devant les tribunaux de sa vaste juridiction.

La république de Venise fit frapper des monnaies spéciales pour le Levante Veneto et pour le commerce avec l'Orient. La domination française établie en Grèce lors de la quatrième croisade y avait implanté l'usage du compte en denier tournois. Ce compte était encore en vigueur

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au commencement de l'époque moderne. Le monnayage des tornesi fut repris, en i^&j, par le doge Agostino Barbarigo, et continué sous Leonardo Loredan en 1 505. Le type de ces tornesi n'avait rien de commun avec celui des anciens tournois français ; ils portent le lion de saint Marc et, au revers, une croix pattée. Rien dans les légendes de ces monnaies n'indique leur destination coloniale.

Sous Agostino Barbarigo parut également, vers 1489, une nouvelle espèce d'argent qui obtint dans le Levant un grand succès : legrossetto per navigare. Cette pièce porte à l'avers le type du sequin vénitien, le doge agenouillé recevant la bannière des mains de saint Marc, au revers le Christ, de face, sur un trône. C'est une continuation de l'ancien matapan dont le commerce d'Orient persistait à se servir.

Sous le doge Antonio Priuli (1618-25) furent frappées des pièces de 30 et de 60 tornesi, d'abord avec inscriptions latines, puis avec inscriptions grecques. Leur type se compose du lion de saint Marc, O APIOÏ MAPK02; au revers le nom du doge, ANTQNIOS

0 nPIOAOS iors, entoure la mention de la valeur, écrite en deux lignes: T0PNE2IA TPIANTA ou KSHNTA {fig.

28s). Cette émission fut re- "*

prise sous Giovanni Cornaro I (1625-29), et étendue à des pièces de

1 s tornesi: TOPNES AEKAnE(vTE).

François Contarîni (1625-24) frappa le premier de grands écus d'argent, p/<w/res et réaux, pour le Levant; mais la rareté de ces pièces semble prouver qu'elles ne furent émises qu'à titre d'essai. En 1688, Francesco Moroslnl fit battre de nouvelles espèces fortes d'argent, dont deux et demi devaient équivaloir à un sequin d'or et une à 10 lire dalmates ou à 6 1/16 lire de Venise, Ces monnaies furent appelées leoni morosini; leur revers représente un lion de saint Marc debout, tenant une palmeet une croix: FIDES ET VICTORIA: l'avers reproduit le type des sequins.

Vers 1700, on émit, pour les besoins de la flotte et des îles, c'est-à-dire des lies ioniennes et de l'Archipel, des ga^i^elte ex. des soldiAt cuivre pur, portant à l'avers le motif habituel du lion, et au revers les mots : ISOLE ET ARMATA. en trois lignes.

Au milieu du xviir siècle, le thaler de Marie-Thérèse obtint sur les marchés d'Orient un succès qui ne s'est pas encore démenti. En 1755, Venise résolut d'en frapper des adaptations à l'usage de ses possessions

levantines, La ':{ecca de la république avait continué à fabriquer ses produits au marteau; il est intéressant de noter que ce fut pour rendre les thalers vénitiens plus conformes à leur modèle que l'on se décida à installer dans la i^ecca un outillage mécanique. Sur les copies de Venise, un buste conventionnel de la République, drapée d'hermine, remplace celui de l'impératrice Marie-Thérèse; le revers est laissé au lion de saint Marc, d'abord debout dans un cartouche, puis couché et tenant ouvert le

Fig. lii

livre des Évangiles (fig. 286). Ces talleri furent frappés sous François Loredano, Marco Foscarini, Alvise IV Mocenîgo, Paolo Renier et Lodovico Manin.

Il nous reste à parler des monnaies frappées pour des régions du Levant vénitien nominativement désignées par les légendes :

Iles loitimius. — Dans les dernières années du gouvernement d' Alvise III Mocenigo et pendant celui de Carlo Ruzzini, c'est-i-dire de i7}0 i. 173s, on frappa spédalement pour ces tl^s des gaiclli et des soldi de cuivre pur. Leur type est le même que celui des gaieltc et des soldi pour les îles et la flotte, mais ils portent au revers les noms de Corfou, de Zante et de Ctfphalonie : corfv-cefalonia-zante.

En 1797, le traité de Campo-Forniio fît passer les Iles Ioniennes sous la domination de la France.

Mor/i. — Au commencement du xviii« siècle furent frappés des gaielU et des soldi de cuivre pur, analogues aux pièces dont nous venons de parler, mais portant au revers : armata-lt-morea, jîoHe et Morit.

Crcle — Les premières monnaies frappées pour la Crète sont des pièces de cuivre, faites à Venise en 1631 ; leur type se compose de l'emblème du lion; leurî l^endes indiquent leur valeur en soldinî, compte en usage dans l'Ile, et en lorrusî, compte en usage dans les autres parties du Levant. It y eut ainsi une [nèce de 2 i/z soldinî ou 10 lortiesi et une pièce d'un soldiiio ou 4 toriiesi. D'autres monnaies furent frappées pour la Crète, en 1644, sous Francesco Erizzo, et en 1647 sous Francesco Molin.

En 164s, la Canée tomba au pouvoir des Turcs, avec lesquels Venise fut dès lors en lutte continuelle pour la possession de l'île. En 1648 et en i6}0, la ville de Candie, assiégix, frappa des obsidionales de cuivre ; celles du second si^c, émises pour cîim]

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et dix lire, portent d'un côté l'image en pied de saint Marc, de l'autre les mois fides PVBLiCA en deux lignes.

En 1658, la république fit frapper pour ia Crète des ga^^etU et des soldi de cuivre au type habituel, mais avec le mot cakdia dans le chatnp du revers. Ces pièces sont les dernières qui rappellent la doniinniion vénitienne. En 1669, Candie fut forcée de se rendre et l'île entière tomba entre les mains des Ottomans.

Ile de Chypre. -~ En 1489, Catherine Cotnaro vendit Chypre aui Vénitiens. La république fit frapper dans la ^ecca de Venise, pour la circulation intérieure de l'île, de menues espèces de billon dites carjie, sous Francesco Venier en iJS4ct sous Cirolamo Priuli en I5;9, puis des soldi de billon portant l'image en pied du doge Pietro Loredano (i 567-70).

La seule monnaie frappée dans l'île de Chypre est le heiant en cuivre de Famagouste, pièce obsidionalc, dont voici le dessin (fig. 287). Après dix mois de siège par le sultan Selim et

malgré une héroïque défense, la ville '*' ° '

se rendit le 4 août 1371. Famagouste était la dernière forteresse chypriote aux mains des Vénitiens; sa chute consomma la victoire ottomane, qui pour plus de trois siècles devait ravir l'ile â la civilisation.

d). — Possessions de la république de Gines'.

La seule possession génoise dont nous ayons des monnaies pour l'époque moderne est l'tle de Chio, située sur la côte occidentale de l'Asie Mineure, au sud de Lesbos.

En 1^46, une société d'armateurs génois dite la Mahone, Mtiona, s'empara de Chio et y installa un gouvernement sous la haute souveraineté de la république de Gênes. En j ;62, une nouvelle société, sous le nom des Giustiniani, succéda à la première, et en 1 528 l'île lui fut définitivement abandonnée, moyennant un tribut annuel de 2,;oo lires à payer à la métropole.

Dès I H7' 1^ Mahone reçut de la république de Gènes le droit de battre monnaie. Les pièces frappées à partir de la fin du xv» siècle sont généralement en cuivre; leur type se compose d'un château à trois tours surmonté d'une aigle naissante, éployée et couronnée ; la légende est + CIVITAS CHU. Au revers figure une croix, avec l'inscription traditionnelle des monnaies génoises : + CONRADVS REX ROMANORum. Des initiales placées dans le champ de l'avers indiquent le nom du

I. D. Promis, La ^€cca di Scio durante il dominio dei Getiofesi. Turin, 186$, in-4. — P. Lambros, Muaiônika nomismata ton Duitaston tes Chiou. Athènes, 1886, in-8. — G. Sch lu m berger, Numismatique de l'Orient latin. Paris, 1878, in-4.

podestat sous l'administration duquel les pièces ont été fabriquées. On trouve ainsi :

B. I. Battista Giustiniani Campi (1487-88).

N. I. Nicolas di Andriolo Giustiniani Campi (15 12 et 1538), ou Nicolas di Vîcenzo Giustiniani Garibaldi (1S28), ou encore Nicolas di Siivestro Giustiniani Campi C1504).

D. I. Dominique di Gio, Antonio Giustiniani Campi (1529).

I. B. Giambattista di Brixio Giustiniani Forneto (1507 et i$2i) ou Giambattista di Urbano Giustiniani Negri (15 17).

F. I. Francesco di Lorenzo Giustiniani Banca (1520). Pour ce podestat on connaît une monnaie d'argent.

L. I. Sur une pièce de cuivre au millésime de 1 548 ; ces initiales désignent un podestat dont le nom n'est pas connu.

V. I. Vincenzo di Tommaso Giustiniani, sur des monnaies d'argent au millésime de 1562. Ces pièces sont les derniers produits de l'atelier génois de Chio.

Les monnaies de Chio, surtout celles de cuivre, sont d'un travail grossier et dénotent la détresse financière où se débattaient les Giustiniani au xvi^ siècle. En 1 $66, Tîle tomba aux mains des Turcs.

Le grand commerce que les Génois entretenaient avec l'Orient donna lieu fréquemment à l'émission de monnaies d'exportation, telles que les luigini ou imitations des douzièmes d'écu de Dombes. En 1677, la république fit frapper des écus d'argent, dont le type lui-même indique la destination. L'avers porte l'écu à la croix de Gênes, posé sur un cartouche couronné, entre deux palmes; la légende est: DVX ET GVBER. REIP-GENV- 1677. Le revers représente un griffon debout à gauche, tenant un sceptre fleurdelisé et un .cartouche chargé d'une inscription turque en quatre lignes'. Cette monnaie exceptionnelle mérite une mention particulière.

e). — Royaume et république de Corse ^.

En 1729, les Corses se révoltèrent contre la domination génoise. La lutte durait depuis huit ans quand un aventurier allemand, le baron Théodore de Neuhoff, qui s'était fait en Afrique condottiere de bandes algériennes et tunisiennes, aborda en 1736 dans l'île. Les Corses le reçurent avec enthousiasme, et le proclamèrent roi, le 1 5 avril de cette année, sous le nom de Théodore L

1 . Giuseppe Ruggero, Annota:(ioni numismatïche genovesi. Di una grossa moneta per il Lei'ante, dans la Rivisia italiana di numismatica, 1895, p. 89 et suiv.

2. E. Cartier, Monnaies frappées en Corse par Théodore et PaoUy dans la Revue numismatique, 1842.

l'itaue 48 s

Le nouveau souverain s'empressa d'ouvrir un atelier monétaire dans ses états, àCorte ou à Sartène, et y fit frapper des monnaies d'argent et de cuivre à son nom. Après huit mois de gouvernement, Théodore I dut abandonner la Corse pour chercher des secours à l'étranger; il retourna dans l'île en lyjS, fut couronné une seconde fois, mais peu de temps après il dut abandonner définitivement le pouvoir.

Une nouvelle révolte éclaU en Corse quelques années plus tard; les habitants appelèrent, pour le mettre à leur tête, leur compatriote Pasquale Paoli, qui vivait en exila Naples. Il débarqua dans l'île le 29 avril 1 7 î S et fut salué des titres de général et dictateur de la république. En 1764, Paoli ouvrit d'abord à Murato, puis à Corte, un atelier qui frappa jusqu'en 1768 des pièces de 10 et de 20 soldi d'argent,

des pièces de 4 soldi, de 2 soldi, d'un solda et de 8 denari de cuivre. Notre figure 288 donne le type de ces monnaies.

En 1768, la république de Gênes, désespérant de réduire les Corses à l'obéissance, vendit leur pays à la France. Louis XV en prit possession et Paoli se réfugia en Angleterre.

f). — La ripabliqw de Raguie'.

Laviih de Ragase, Rhagusittm, Rhausium, en Dalmatie, sur la mer Adriatique, s'érigea au moyen âge en république aristocratique sur le modèle de la république de Venise. Comme celle-ci, elle devint un centre important du commerce avec l'Orient ; elle payait à la Turquie un tribut annuel. L'indépendance de Raguse subsista jusqu'à t8o6, année où Napoléon I l'occupa. Depuis ]8i j, elle appartient à l'Autriche.

Le patron de Raguse était saint Biaise : S. B. PROTECTOR REIPV- BLIŒ RAGVSIN/E. Son image ou celle du Christ forment les types les plus fréquents des monnaies de la république.

Jusqu'au commencement du xvii' siècle, Raguse ne frappa que des grosselti d'argent et de menues espèces de cuivre, mais à partir de 1637 nous voyons apparaître successivement les pièces d'argent suivantes :

I, Artiluk, valant \xok grosstlH, comme l'indique leur légende : gros. arge. trip. avi. RAGVsi. Cette pièce fut émise à partir de 1627.

I. Norbert Dechanl, Die Mùn^n àrr Republik Ragusa, dans la Numismaltsche Zeilschrijl, de 1870, p. 87 et suiv.

2. Perpero valant 12 grossetti, frappé pour la première fois en 1692.

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