CHAPITRE NEUVIÈME
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVIe SIÈCLE JUSQU'A
UINVASION FRANÇAISE.
Sources : A. Heiss, Descripcion gênerai de las moneàas hispanchcristiafias desde la invasion de los Arabes, Madrid, 1865-69, 3 voL in-4. — A. Campaner, Indicador manual de la numismatica espahola. Palma de Majorque, 1891, petit in-8. — J. de la Rada y Delgado, Bihliografia numismatica espahola, Madrid, 1886, gr. in-8. — J.-A. Blanchet et G. Schlumberger, Numismatique du Béarn, Paris, 1893, in-8. — A. Engel, Rapport sur une mission archéologique en Espagne. Paris, 1893, in-8. — Catalogo de la coleccion de monedas y medallas de Manuel Vidal Quadros y Ramon, de Barcelona. Barcelone, 1892, tomes II et III, in-4.
L'Espagne eut une importance économique considérable pendant Tépoque moderne, surtout à partir de la seconde moitié du xvi^^ siècle. « Elle recevait et distribuait la richesse métallique et les découvertes du Nouveau monde ; elle accomplissait cette tâche très naturellement et efficacement. Mais c'était aux dépens de son avenir, de sa grandeur politique et commerciale. Si TEspagne avait été une nation commercialement indépendante, produisant pour elle-même, et se pourvoyant dans ses propres fabriques, la richesse métallique du Nouveau monde serait demeurée bien plus longtemps dans son sein, et l'Europe en aurait été
affamée. Mais l'Espagne produisait peu et fabriquait encore moins
L'or et l'argent lui arrivaient d'Amérique en un courant continu et la quittaient pour les Pays-Bas ou d'autres destinations dans un courant aussi continu ». » Aussi longtemps que ce flot traversa son territoire, aussi longtemps que les principales provenances des mines d'or et d'argent furent américaines et le produit un monopole possédé par l'Espagne, ce pays conserva sa richesse apparente ; mais le jour où il perdit
I. W.-A. Shaw, Histoire de /a wo«wfl»> (1252-1894). Paris, 1896, in-8, p. 82 et 83.
sa situation de détenteur du monopole, son irrémédiable décadence commença.
Le monnayage de l'Espagne ne se présente pas sous une forme centralisée. Pendant toute la période moderne, les états dont le faisceau constitua la monarchie espagnole, dans la péninsule, conservèrent leur autonomie monétaire. A côté de la série espagnole proprement dite émise dans les anciens royaumes de Castille et de Léon, il y eut des séries spéciales pour le royaume d'Aragon, le comté de Barcelone, la principauté de Catalogne, le royaume de Valence, les Baléares, le Roussillon et la Navarre.
Les monnaies de la péninsule ne se recommandent pas par les qualités artistiques qui font l'attrait de la série italienne. Les ateliers espagnols eurent dans leur personnel peu de bons graveurs, et la fabrication même des espèces est souvent très négligée.
Depuis le commencement du xvi*^ siècle jusqu'à l'invasion française, période historique qui fait l'objet de ce chapitre, les souverains suivants se succédèrent en Espagne.
* Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, dits les rois catholiques, reyes caioUcos
(1479-1504). Après la mort d'Isabelle, en 1504, Ferdinand continua à exercer le pouvoir comme régent jusqu'en juin 1 506.
* Jeanne la Folle, fille des rois catholiques, et son mari Philippe I le Beau, archiduc
d'Autriche (juin 1 506-septerabre 1506).
•Jeanne la Folle et son fils Charles I (Charles- Q.uint), mineur de 1506 à 15 16, majeur de 15 16 à 155$.
* Charles I (Charles-Quint) seul, iSS 5-1556. •Philippe II, IS56-IS98.
♦Philippe III, 1598-1621.
♦Philippe IV, 1621-1665.
♦Charles II, 1665-1700.
♦Philippe Vde Bourbon, 1700- 1724.
[♦Charles III, archiduc d'Autriche, prétendant, 1701-1713]. ♦Louis I de Bourbon, 1724.
* Philippe V de Bourbon, pour la 2* fols, 1 724-1746. ♦Ferdinand VI de Bourbon, 1746-1759. ♦Charles III de Bourbon, 1 759-1788.
♦Charles IV de Bourbon, 1788-1808.
♦Ferdinand VII, proclamé en 1808, forcé d'abdiquer presque aussitôt.
Au commencement du xvi^ siècle, les armes de la monarchie espagnole étaient : écartelé: aux i^^ et 4^ contre-écartelé aux i^^ et 4^ de gueules au château d'argent, sommé de trois tours crénelées du même, ajourées d'azur, qui est Castille, aux 2^ et 3^ d'argent au lion de gueules couronné d'or, qui est Léon ; aux 2^ et 3^ parti d'or à quatre pals de gueules, qui est Aragon, et écartelé en sautoir d'or à quatre
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pals de gueules, et d'argent à une aigle de sable, celle de dextre contournée, qui est Sicile; l'écu enté en pointe d'argent à la grenade de gueules, feuillée de sinople, qui est Grenade.
Sous Philippe II, l'écu devint plus compliqué; le haut fut réservé aux armes que nous venons de décrire; le bas fut laissé aux divers quartiers des possessions espagnoles des Pays-Bas. Quand, en ijSo, Philippe II devint roi de Portugal, l'écu de ce royaume prit place sur le tout des armes d'Espagne, pour disparaître définitivement sous Charles II.
A partir de l'avènement de la maison de Bourbon, l'écu de cette maison : d'a:{ur à trots Jleurs de lis d'or, chargea les armoiries de la monarchie.
§ I. — La série castillane.
La série monétaire castillane est la plus importante des séries de la péninsule: elle constitue la véritable monnaie espagnole, les autres monnaies étant considérées comme des monnaies provinciales. Il est à remarquer au surplus qu'en ce qui concerne le système monétaire, c'està-dire la taille, le poids, le titre des pièces importantes servant aux transactions internationales , la loi fut la même dans toutes les régions de la péninsule. Le type seul fut particulier aux divers monnayages provinciaux.
Le [j juin 1497, les rois catholiques Ferdinand et
Isabelle donnèrentàMedina ^'*' ''*
del Campo une ordonnance qui abrogea tous les systèmes monétaires antérieurs et institua le système nouveau qui forme le point de départ de la numismatique espagnole moderne. Voici les pièces frappées en vertu de l'ordonnance de r497:
T. ExcelenU dt la grttmda d'or, valant 11 reaies et i maravedis ou 37; maravedis, émise i la taille de 65 1/3 au marc ; pesant 8 gr. (8 , au titre de 23 J/4 quilates. — Type : fekmamdvs. et. elisabet. d. g. r. et. r. Bustes en regard, couronnés, du roi et de la reine. Rm. : svb. vmbra. alarvm. tvarvm. L'écu couronné, écartclé de Castille, Léon, Aragon, Sicile et Greriade, brochant sur une aigle les ailes étendues et la tête nimbée. — Cette pièce figure dans les placards des Pays-Bas sous la dénomination de doubU ducal, sous laquelle elle est généralement désignée aujourd'hui. L'exemplaire que nous reproduisons (fig. 289) est frappé i Séville.
1. Medio txctlenU dt la grttmda d'or, valant 5 reaies et i i/2 blanco ou 187 1/2 ma-
tavcdis — Type : + Qvos. devs. conivnxit. houo. non. sEParal. Mêmes bustes. Rev.: FEBNANDVS, eic. Écu couronné, écattelé de Castille, I.éon, Aragon, Sicile et Grenade.
Au sujet des monnaies d'or, l'ordonnance ajoute que les ateliers sont autorisés à battre, s'ils en sont requis, des multiples de Yexceltnit reproduisant son type et portant dans le champ de l'avers le chi1)re de leur valeur. On possède ainsi des pièces de quatre et de vingt exaUntes. Le plus grand multiple prévu par l'ordonnance est une pièce de cinquante excelmtn que l'on ne connaît pas en nature aujourd'hui et qui a pu ne pas être frappée.
î- Real d'argent, valant j4 maravedis, laillé i 67 au marc, à 11 deniers et 4 grains de loi. — Type : fernandvs : et : eusabeth. Même écu que sur le nudio exceUnUd'oi. Rrv. : -)- REX. et. becina . cast. lecio : araco. Un joug, emblème du roi, et ud faisceau de flèches, emblème de la rdnc (lig. 290).
4. Medic rraï d'argent. — Type : Mêmes légendes- Le joug, emblème du roi. fin'..- Le faisceau de flèches, emblème de la reine.
5. Cuario de rtal d'argent. — Mêmes types que la pièce précédente.
6. Ocliavo de real d'argent, valant le huitième du rral. — Type ; FEBNakdvs. D. GR, Grand F couronné. Rtv. : heusabet d : g . r . Grand Y couronné. Cette pièce est frappée sur flan carré, d'où le nom d'ocliai'o quadrado, sous lequel elle est désignée dans l'ordonnance.
Pour les monnaies d'argent, comme pour les pièces d'or, on" frappa de nombreux multiples du real, bien qu'ils ne soient pas mentionnés dans l'ordonnance. Il y cui ainsi des pièces de deux réaux, dos reaies, de quatre rèaux, cuatro reaki, enfin de huit réaux, oclm rtalts, ou pic^as de à ociro reaies de plala. Ces dernières pièces furent pour l'Espagne ce que les ihaUrs furent pour l'Allemagne, les premières grandes et lourdes monnaies d'argent.
7. Blanca de vellon ou blanc de billon, de 6 grains de loi et taillée i 191 au marc, valant un demi-maravedi. — Type : febnandvs, etc. Grand F couronné. Rev. : Grand Y couronné.
L'ordonnance de Ferdinand et Isabelle renferme des dispositions très sages assurant la loyauté complète du monnayage. Chaque pièce devait être pesée minutieusement avant sa mise en cours; la frappe des monnaies de billon est rigoureusement limitée. Les différents des ateliers sont déterminés, et un article spécial oblige les essayeurs à faire graver, sur les pièces émi- %- '9° ses durant leurs fonctions, une
marque personnelle permettant de retrouver les responsabilités en cas de fraude. Les ateliers, casas de moneda, furent au nombre de sept: Burgos, Cuenca, La Corogne, Grenade, Ségovie, Sévîlle et Tolède; leurs marques distinctives consistaient en leurs initiales, sauf pour Ségovie, qui eut pour différent un aqueduc, et pour La Corogne, qui signa ses produits d'une coquille {venera).
Dans le cours de leur règne, les rois catholiques complétèrent leur
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système monétaire par la création de deux pièces en cuivre pur, valant respectivement deux et quatre maravedis. Le type se compose à Tavers de la tour de Castille, au revers du lion d'Aragon. C'est sous le même règne encore que fut introduit dans les inscriptions des monnaies l'usage de l'alphabet latin.
Les émissions au nom de Ferdinand et Isabelle continuèrent en Espagne après la mort de la reine, pendant le règne plutôt nominal de Philippe le Beau. Il n'existe en effet aucune monnaie de ce prince frappée dans les ateliers de la péninsule. En 1 50$, au moment de quitter les Pays-Bas, pour se rendre en Espagne où il devait mourir l'année suivante, Philippe le Beau fit frapper à Bruges et à Anvers des réaux d'argent destinés à être mis en circulation dans les états de sa femme. Ces pièces portent d'un côté les armes écartelées de Philippe et de Jeanne la Folle, de l'autre un briquet brochant sur une croix de Saint-André que cantonnent les écus couronnés de Léon, de Castille et de Grenade, et le joyau de la Toison d'or.
C'est toujours au nom des Rois catholiques que furent frappées les monnaies castillanes de la minorité de Charles-Quint. En 1 5 17, l'année qui suivit la proclamation de sa majorité, Charles quitta les Pays-Bas pour se rendre en Espagne. Avant d'abandonner les provinces où s'était écoulée son enfance, il fit frapper à Bruges et à Anvers des réaux et demi-réaux d'argent portant son nom et celui de sa mère. Ces pièces étaient destinées aux largesses du roi à son arrivée dans la péninsule, comme les monnaies frappées, dans des circonstances analogues, par Philippe le Beau. Le réal porte à l'avers les armes écartelées, au revers un briquet couronné avec la Toison d'or brochant sur une croix de Saint-André. Le demi-réal a d'un côté les lettres | K sous une couronne, de l'autre, un briquet lançant des étincelles.
La présence de Charles en Castille n'y modifia pas, au début, le monnayage. L'émission des excelentes d or et des réaux d'argent continua aux noms et aux empreintes de Ferdinand et d'Isabelle la Catholique. C'est en 1537 seulement que Charles-Quint, cédant aux sollicitations des Cortès, se décida à modifier légèrement le système, en abaissant le titre de l'or dans l'espoir d'arrêter l'exportation continuelle de ce métal. Les pièces frappées à la suite de l'ordonnance de 1 537 furent :
1. Corona ou escudo d*or, taillé à 68 au marc, de 22 quilates d'aloi, valant 350 maravedis. — Type : ioanna et carolvs. Écu aux quartiers de Léon, Castille, Aragon, Sicile, Grenade, Jérusalem et Navarre sous une couronne. Rev. : hispaniarvm reges siciLiAE. Croix de Jérusalem dans un quadrilobe.
L'argent fut laissé sans changement quant au titre et à la taille, mais le type fut modifié :
2. Real d'argent. Type : carolvs et iohana reges. Écu écartelé de Castille, de Léon et de Grenade, sous une couronne. Kev. : -\- hispaniarvm . et . indiarvm. Les deux colonnes d'Hercule couronnées, s'élevant de la mer ; dans le champ, Tinscription PLVS VLTRA, faisant allusion à la découverte de l'Amérique.
On frappa au même type les multiples du réal, un double rèal et une pièce de quatre réaux.
3. Meio real d'argent. Type: Les lettres Ki sous une couronne. Rcv, : Les colonnes d'Hercule.
On remarquera que dans les pièces qui précèdent, les légendes attribuent aux souverains les titres de roi d'Espagne et des Indes, au lieu de celui de roi de Castille et de Léon pris par leurs prédécesseurs.
En 1548, aux Cortès de Valladolid, Charles-Quint décida que les blancas de billon seraient taillées à 7 grains de loi et à 192 au marc. Le 25 mai 1552 leur titre fut abaissé à 5 grains et demi. Il est à remarquer que ces monnaies de billon conservèrent les types qu'elles avaient sous les Rois catholiques; les noms mêmes de ces rois furent reproduits.
Jeanne la Folle mourut en 1 5 5 5 . Les monnaies frappées entre la mort de cette malheureuse princesse et l'abdication de Charles-Quint en 1 556 portent le nom seul de celui-ci, mais ne consistent qu'en pièces de cuivre.
Philippe II (1556-98) conserva le système de son père, mais pour résister à l'exportation constante de l'or il porta le cours de Vescudo d'or à 400 maravedis, par son ordonnance du 23 novembre 1 566. Cette même ordonnance prévoit la frappe de doubles écus, dobles escudos, et de quadruples écus, escudos de à quatro. Dans les pays étrangers, ces pièces prirent le nom de pistolets ou pistoles ; c'est ainsi qu elles figurent dans la plupart des évaluations françaises et néerlandaises. Le type reste celui des écus d'or de Jeanne et Charles, mais le nom de Philippe remplace les leurs dans les légendes. Une ordonnance du 14 décembre 1 566 apporta quelques modifications dans les monnaies de billon et de cuivre. Sur quelques pièces de cuivre de la fin de son règne, Philippe II s'intitule
PHILIPPVS D. GOMNIVMHISPAN REGNORVM REX ; cette formule se retrouve sous son successeur, mais ne reparaît pas dans la suite.
Philippe III (i 598-1621) ne modifia pas les types, qui continuent à consister en armoiries ou, pour certaines menues espèces, dans le monogramme royal couronné. Pour arrêter la continuelle exportation des métaux précieux, il diminua d'un dixième la valeur intrinsèque des monnaies d'or. Sous son règne apparurent des onces d'or ou pièces de huit escudos et des pièces de cinquante réaux d'argent ou cincuentines. Ces dernières mesurent 77 millimètres de diamètre.
La série de Philippe IV (1611-65) renferme aussi des pièces de module inaccoutumé. La pièce d'or de cent escudos ou de douze onces et demi ne pèse pas moins de jj gr, 919; mais, comme le dit M, Aloïs Heiss, ces énormes monnaies, généralement frappées dans l'atelier de Ségovie, étaient plutôt destinées à des cadeaux qu'à une circulation effective.
On se tromperait étrangement, au surplus, si l'on prenait ces géants monétaires pour un signe extérieur delà prospérité de l'Espagne. Le règne de Philippe IV fut désastreux pour les finances du royaume. Le roi voulut remédier au malaise par
l'émission abondante de •"■«■ 's'
monnaies de billon. Les fabrications répétées inondèrent la péninsule de pièces divisionnaires. Le résultat de cette politique économique fut une augmentation de la prime sur l'or, qui fut exporté de plus belle. Une ordonnance du S mars 162J limita cette prime à lo pour cent, sous les peines les plus sévères. En i6}6 la prime légale fut portée à 25 pour cent, et en 1641 à jo pour cent. L'ordonnance du îi août 1642 réduisit les monnaies de billon au sixième de leur taux d'émission, de sorte qu'une pièce de douze maravedis courut dorénavant pour deux maravedis. Le 2; décembre 1642, Philippe IV modifia la taille des monnaies d'argent; jusqu'alors on tirait 67 reaies d'un marc d'argent; dorénavant on en lira 85 et quart. Dix de ces nouveaux réaux ne valurent que huit des anciens. Nous ne pouvons citer ici toutes les ordonnances qui apportèrent successivement des modifications dans le cours des espèces espagnoles, expédients financiers précurseurs de la ruine.
Au point de vue du type, le monnayage espagnol reste, sous Philippe IV, ce qu'il était précédemment. Notre figure 291 reproduit la pièce de deux reaux d'argent qui porte l'empreinte usuelle des pièces de cette époque. La frappe des espèces f'g- >9'
est souvent défectueuse, la gravure malhabile. Quelques monnaies divisionnaires d'argent et de cuivre (fig. 292) reçoivent l'effigie du roi, image informe qui témoigne d'une absence complète de sens artistique. L'art monétaire espagnol tient de la caricature.
Sous Charles 11 (1665-1700), l'affaiblissement des espèces continua.
En 1680 le doblon d'or en était arrivé à courir pour 1 10 réaux de billon, et l'ancien real de à ocho était monté à 29 réaux nouveaux. Le roi essaya, en 1686, une réforme; le 14 octobre de cette année, il prescrivit la frappe d'espèces d'argent nouvelles pesant un quart de moins que les anciennes. Ces pièces, frappées à Séville et à Ségovie, reçurent le nom de marias, parce que leur revers porte le monogramme de la Vierge surmonté d'une croix; l'avers représente Técu d'Espagne couronné. Il y eut quatre valeurs: marias de à ocho émises pour 8 réaux, marias de à cuatro pour quatre réaux, marias de à dos pour deux réaux, enfin, l'unité, maria de à uno.
Le 22 mai 1680, Charles II décida la suppression des espèces de billon et leur remplacement par une pièce de cuivre pur taillée à 38 au marc. La Monnaie de Cuenca en émit de grandes quantités, et une officine nouvelle fut créée à Linarès pour transformer en numéraire le cuivre tiré des mines voisines. Cet atelier de Linarès fut une casa de Moneda de martello, c'est-à-dire où les pièces se frappèrent encore au marteau. D'autres officines, mieux outillées, se servaient depuis le commencement du xvii^ siècle du molino, moulin ou laminoir, instrument importé d'Allemagne qui donnait à ses produits une forme légèrement ployée.
Charles II mourut en 1700, laissant ses états à Philippe duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, roi de France. La succession donna lieu à une guerre à laquelle prirent part toutes les puissances de l'Europe occidentale et qui prit fin par la paix d'Utrecht (171?) et le traité de Rastadt (17 14). L'Espagne échut à Philippe avec ses possessions coloniales, mais les Pays-Bas, Milan, Naples et la Sardaigne passèrent à l'Autriche; la Sicile échut en partage à la maison de Savoie.
En Espagne même, le prétendant autrichien, l'archiduc Charles, avait trouvé un appui pendant la guerre, et avait été proclamé roi sous le nom de Charles III. La ville de Barcelone lui resta fidèle jusqu'en 1714. De 1707 à 17 14, l'atelier barcelonais émit au nom de Charles III des pièces d'argent de deux réaux aux types castillans.
Philippe V ( 1 700-46) avait trouvé les finances espagnoles dans un état déplorable, que la guerre de succession vint aggraver encore. 11 fut longtemps dans l'impossibilité matérielle d'améliorer la situation monétaire. Il s'y appliqua cependant. Dès 1709, par décret du 15 juillet, il voulut perfectionner la fabrication et introduire des types nouveaux. En cette année furent émis à Madrid des écus au buste ou duros de cabe^a et des demi-écus portant, à l'avers, la tête laurée du roi, au revers ses armes entourées des mots DEXTERADOMINIEXALTAVITME.
Ces pièces, pour la fabrication desquelles le roi avait fait installer un balancier conforme aux progrès techniques réalisés en France, portent sur la tranche: AVXILIVM MEVM A DOMINO. Les duros de cabe^a étaient au titre de i [ dineros et taillés à 68 reaies au marc de Castille. Ce monnayage dura quelques mois à peine; la fabrication parut trop coûteuse, et au surplus le matériel se détraqua, sans doute avec la complicité du personnel de l'atelier, jaloux du progrès qui résultait d'une importation française.
La monnaie espagnole resta donc, pour les types, ce qu'elle était auparavant. Les fortes pièces d'argent portèrent l'écu couronné du roi et les armes écartelées de Castille et de Léon. L'or conserva à l'avers l'écu et au revers une croix de Jérusalem dans un quadrilobe.
Par une ordonnance du ;[ octobre 1716, Philippe V commença la fabrication de monnaies d'argent nouvelles appelées plata provincial, au titre de 10 dineros et à la taille de 7J réaux au marc. Il y eut de cette émission des réaux, doubles reaux et demi-réaux. Leur type se compose des armes et, au revers, d'un chiffre couronné, formé de deux P cursifs enlacés sur lesquels broche un V {%. 29}).
Le 9 juin [728, une ordonnance importante vint modifier le type des monnaies d'or. Celles-ci portèrent désormais le buste cuirassé du roi à droite et, au revers, l'écu écartelé et couronné avec la légende INITIUM SAPIENTI* TIMOR DOMINI. La même ordonnance généralisa l'usage de l'outillage mécanique et prescrivit de cordonner les tranches des ' monnaies pour mettre fin à la fraude des rogneurs. En 1750, il fut ordonné que les espèces d'or et d'argent ne ; —
seraient frappées qu'à Madrid et à Séville ; le roi ajoute *
que son intention n'est pas de supprimer l'atelier de Ségovie. Malgré cette assurance, la mesure prise est une étape évidente dans la voie de la centralisation.
L'an [724, Philippe V abdiqua et son fils aîné Louis i fut proclamé roi, à Madrid, le 17 janvier. Il mourut le ; i août suivant, après avoir fait un acte de rétrocession de la couronne à son père.
Le roi Louis, dont le règne éphémère s'intercale ainsi dans celui de Philippe V, n'eut aucune importance au point de vue monétaire. Sous le rapport du poids et du titre, ses espèces sont identiques à celles qui furent émises par Philippe V à la même époque; elles n'en diffèrent que par le nom et l'effigie. On possède de Louis I des onces et demi-onces d'or, des doubles écus d'or, des douros de huit réaux, des demi-douros et des doubles réaux d'argent, frappés à Madrid, à Ségovie et à Séville.
A la mort de Philippe V, son fils Ferdinand VI (1746-59) lui succéda. Aucun changement notable ne se produisit dans la monnaie espagnole, en dehors des modifications du nom et de Teffigie.
Sous Charles III (1759-88) le système espagnol, d'abord peu différent de celui de Ferdinand VI, subit une modification profonde. Par ordonnance datée d'Aranjuez, du 29 mai 1772, et publiée à Madrid le 5 juin suivant, le roi décida une refonte générale de toutes les monnaies d'Espagne et l'émission d'espèces nouvelles. Le titre de l'or et de l'argent fut légèrement affaibli, mais la fabrication matérielle des pièces fut perfectionnée. Au point de vue du type, une innovation importante consiste dans l'apparition de l'effigie royale sur toutes les monnaies d'argent et de cuivre.
Le règne de Charles IV (1788-1808), le dernier dont nous ayons à nous occuper ici, ne donne lieu à aucune observation particulière. Le système et les types restent ce qu'ils étaient pendant la seconde partie du règne de Charles III. Toutes les pièces présentent à l'avers l'effigie laurée du roi, et au revers l'écusson d'Espagne. Au revers de l'or, on retrouve la devise |N UTROQ- FELIX AUSPICE DEO.
§ IL — Il royaume d'Aragon.
Le monnayage spécial de l'Aragon, qui se faisait dans l'atelier de Saragosse, se produisit, à l'époque moderne, pendant les règnes suivants :
•Ferdinand le Catholique, 1479-15 16.
•Jeanne la Folle et Charles, 15 16-15 55. •Philippe II (I en Aragon), 15 56-1 598. •Philippe III (Il en Aragon), 1 598-1621. •Philippe IV (III en Aragon), 1621-1665.
•Charles II, 1665-1700.
•[Charles, archiduc d'Autriche, prétendant, 1709]. •Philippe V (IV en Aragon), 1700- 1746.
L'atelier de Saragosse fut supprimé par décret du \6 juillet 1730, et les émissions particulières au royaume d'Aragon prirent fin.
Le monnayage aragonais suivait les lois générales de l'Espagne et la donnée habituelle des types, mais au revers des pièces d'or l'écu simple
aux pals d'Aragon remplace l'écu aux divers quartiers de la monarchie. Sur les monnaies d'argent, nous retrouvons à l'avers les mêmes armes; au revers l'écu à la croix de Saint-Georges, cantonnée de quatre têtes couronnées de rois maures, que les rois d'Aragon portaient depuis la bataille d'Alcoraz, gagnée par Pierre I sur les infidèles; cet écu est entouré des mots : TROPEA RENVM ARAGONVM. Les petites monnaies de billon, conformes à la monnaie de compte de l'Aragon, conservent au revers la croix patriarcale à double traverse qui marquait les deniers aragonais du moyen âge; ce type reparaît pour la dernière fois sur l'unique monnaie que l'on possède du prétendant Charles d'Autriche.
§ III. — i> comté de Barcelone et la principauté de Catalogne.
Le comté de Barcelone ne conserva pas ses monnaies particulières plus longtemps que le royaume d'Aragon. Ses émissions, à l'époque moderne, intéressent les règnes suivants :
*Ferdinandle Catholique, i479-i$i6. * [Louis XIII, roi de France, 1642-43],
* Jeanne la Folle et Charles, 1516-55. * [Louis XIV, roi de France, 1643-52].
* Philippe II, 1556-98. * Charles II, 1665-1700. *PhilippeIII, 1 598-1621. * [Charles, archiduc d'Autriche, préten- *PhilippeIV, 1621-1665. dant, 1701-1713].
* [Soulèvement de la Catalogne, 1640-52]. * Philippe V, 1700- 1746.
Les plus fortes monnaies barcelonaises sont conformes au système général de la monarchie ; les rois terminent l'énumération de leurs titres par celui de Cornes Barcinonae, Sur les espèces d'argent, le revers conserve l'ancien type local de la grande croix pattée coupant la légende BARCINO CIVITAS et cantonnée de deux grands annelets et de deux groupes de trois globules. Le cuivre a souvent l'écu en losange de Barcelone: écarteléaux i^^et 4^ d'argent à la croix de gueules, aux 2^ et 3^ paie d'or et de gueules de cinq pièces. Cet écu est fréquemment posé sur une croix en sautoir, dite croix de sainte Eulalie.
En 16 14, le capitaine général de Catalogne, le marquis d'Almazan, autorisa la ville de Barcelone à frapper dorénavant des ducats et doubles ducats d'or au type de Ferdinand et Isabelle. Ces pièces se distinguent par la présence dans le champ de l'avers, entre les bustes des rois catholiques, d'un B ou d'un petit écu en losange de Catalogne. Quelques-unes portent un millésime; le plus récent qui ait été relevé par M. Aloïs
Heiss est celui de 1670 ; ces pièces furentainsi frappées deux siècles après les souverains dont elles portent les noms et les effigies.
Le règne de Philippe IV vit éclater une grave révolte des Catalans, mécontents des atteintes portées à leurs privilèges par le ministre Olivarez. Le nom du roi disparut des monnaies barcelonaises, qui furent émises en 1641 au nom de la Principauté de Catalogne : PRINCIPATVS CATALONIE. Par traité du 20 février 1641, les Catalans se donnèrent à Louis XIII, et Barcelone ouvrit bientôt après ses portes à une armée française. En 1642, le monnayage barcelonais se fit donc au nom de Louis XllI, qui prit le titre de comte de Barcelone. Louis XIV continua les émissions. Notre figure 294 reproduit la rarissime pièce de cinq réaux frappée en 1644, En juillet 16; 1, une armée espagnole, sous les ordres de Don Juan , d'Autriche, mit le siège de- I vant Barcelone; la ville se défendit pendant plus d'un an, mais elle fut obligée de capituler le [ î octobre '^ ''* 1652. Pendant l'investisse-
ment, l'atelier émitau nom de Louis XIV des monnaies d'argent de dix réaux, de poids très réduit et portant au revers, dans les cantons de la croix traditionnelle, les mots BARCINO OVIT OBSESSA. Après que Barcelone eut été remise sous l'obéissance du roi d'Espagne, toutes les espèces rappelant le soulèvement de 1640 et la domination française furent retirées de la circulation.
Sous Charles 11 et ses successeurs, le monnayage barcelonais ne consista plus qu'en menues espèces d'argent et de cuivre. L'atelier fut supprimé par décret du 16 janvier 1716. Lorsqu'en [755 'c roi Ferdinand VI ordonna la fabrication de sept mille pesos de monnaies de cuivre dîtes ardites, destinées à la circulation exclusive de la Catalogne, ces pièces furent forgées dans l'atelier de Ségovie.
§ IV. — Lss villes de Catalogne.
Certaines villes de Catalogne jouissaient, en vertu d'anciens privilèges remontant à l'époque féodale, du droit d'émettre des espèces locales de billon et de cuivre ; on cite de ce nombre Gérone, Granollers, Solsona, Puigcerda, Tarragone et Vich.
L ESPAGKE 499
Le soulèvement des Catalans contre Philippe IV en [640 vint multiplier CCS monnayages municipaux '. Des ateliers surgirent partout. Dans quelques villes restées fidèles à l'Espagne, on improvisa un monnayage royal, auquel succéda bientôt celui de la révolution triomphante. Ailleurs l'installation de l'atelier concorde avec les débuts du soulèvement. Quelques-unes des villes poursuivent leurs émissions ou les commencent après la reconnaissance de Louis Xlll, Il y a ainsi trois groupes monétaires nettement distincts pour cette période insurrectionnelle, comprenant respectivement les espèces signées par Philippe IV, celles qui furent frappées au nom de la principauté de Catalogne, celles enfin qui portent le nom de Louis XIII.
Premier groupe ; monnaies an nom de Philippe IV. — Il en existe pour les villes vantes : Agraniont, villa acrimontis, Cervera, villa cervaria, Gérone, c(vitas GERVK, Manresa, qvitas minorisa, Olot, vkjvertas olot, Puîgcerda, podicerita, Solsona, coelsoka, Vich, civitas vicen. Toutes ces monnaies om le millésime de 1641. Elles consisieni généralement en pièces d'argent de 5 ri-aiix ou de 5 soh, plus rarement en pièce de cuivre. Le tj'pc des pièces d'argent est formé d'un écu paliî, ronné et posé sur une croix de sainte Eulalie; le revers porte une croix pattée tournée de globules et d'annelcts.
Second groupe ; monnaies au nom de la principauté de Catalogne. — Agramont, 1641. Argentona, 1642. Balaguer, civitas bal ao a, 164t. Banolas, OPID. baneolou banola, 1641. Berga, ville berge, 1641. Besalu, opidvm BISVLDVNense, 1641 et 1643. La Bisbai, opiDVM bispalis, 1641. Caldas, villa calidar, 1641. Figueras, villa
1641. Gérone, 1641. Granollers, villa cranillari, 1641. Igualad^i, vj
1642. Manresa, minoris civitas, 1642. Mataro, OPPIDVM MATARO, 1641 . Puigccrda,
OPlDVM PODICERETANI, 164I.
1641. Tagamanent.CASTRVM
TAGAHA, 1641. Tarrasa, cas- I
TRVMTARRA, 1642. Tarrega,
VILLA TARREGE, 164I et 1642.
Vieil, CIVITAS VICEN, 1641.
Vill.ifranca dcl Panades, vila ,.
FRAKCA PEN , 164Ï. Notre
figure 29i, qui représente la pièce de / rèanx d'aj^ent frappée à Agramont, donnera une idée de ce monnayage insurrectionnel généralement peu soigné. Les types des pièces d'argent restent, i la légende principatvs c.-\talonii; prés, ce qu'ils étaient sous Philippe IV. Sur les monnaies de Puigcerda, la mention de la principauté de Catalogne est remplacée par: frovikcia cathaloni, qui témoigne peut-être d'une e neutralité politique.
I. A. Colson, Notice sur des monnaies frapp^vs dans la principauté de Calalogi Raussilhn et la Cerdagne pendant la nvoiutioit de 1640 et l'occupation françaist jits i6}ç, dans la Revue numisnmtique dç l8îî, p. 117 et suiv.
% le
Troisièmt groupe ; monnaies au nom de Louis XJll. — Agramont, 1642. Bellpuig, VILL. PVLCBIP, 1642. Cervera, 1641. Gérone, 1É42 et 1645. Oliana, 1642. Puig<:erda, 1642. Sanahiya. Solsona, 1641. Tarreg.i, 1641. Valls, vniversitas vals, 1642, Vich, 1642 et i64j.Villafranca del Panades, vilafrakca penitevs, 1642-
Sous Louis XIV, il y eut des monnayages locaux à Camprodon et à Vich, mais ils ne consistèrent plus qu'en fabrication de menuts de cuivre.
Les droits monétaires des villes catalanes ne paraissent avoir complètement pris fin lorsque la province fut retombée entre les mains du roi d'Espagne. Certaines villes, telles que Reus, Salds, Montblanch, Pobla de Ségur, Urgel, Valls, obtinrent encore au xvii< et au xvm' siècles l'autorisation d'émettre de petites espèces dont l'usage fut restreint à la ville d'émission et à ses environs immédiats.
La France abandonna définitivement ses prétentions sur la Catalogne par la paix des Pyrénées, conclue en i6;9.
§ V. — Le royaume de Vakrue.
L'ancien royaume de Valence conserva l'autonomie de ses types monétaires et de sa monnaie de compte jusqu'au commencement du xvni« siècle. On possède des monnaies des rois dont les noms suivent :
■Ferdinand le Catholique et Isabelle, 'Philippe III {II de Valence), 1S98-1621.
1479-1515. 'Philippe IV(1I[ de Valence), 1611-65.
"Ferdinand le Catholique, seul, 1515-16. 'Charles II, 1665-1700. 'Charles 1 (Charles- Quint), 1516-56. 'Charles, archiduc d'Autriche, prétendant, * Philippe II (I de Valence), 1556-98. 1701-1707.
La fabrication monétaire avait lieu dans l'atelier de Valence. Les types conservent un aspect très particulier. A l'avers, c'est le buste du roi couronné de face, rarement de profil, au revers l'écu paie en forme de losange, surmonté d'une couronne. Ce dispositif donne aux monnaies de Valence une apparence archaïque très marquée. La tête couronnée de face, dans laquelle on chercherait en vain les caractères personnels d'un portrait, est une immobilisation très cu- ^'t.- "' rieuse du type que les mon-
nayeurs de Majorque et de Valence du xiV siècle avaient emprunté aux
l'espagne 501
gros des rois d'Angleterre. La pièce d'argent de cinco sueldos frappée sous Charles-Quint (fig. 296), donnera au lecteur la preuve de ce que nous venons d'avancer. Les légendes des monnaies de Valence se composent du nom du roi, suivi de ses titres d'Aragon, de Valence et de Majorque.
La série autonome finit en 1 707, avec les menues espèces d'argent de l'archiduc Charles d'Autriche. Après la bataille d'Almansa, qui mit Valence entre les mains de Philippe V de Bourbon, le pays perdit ce qui restait de sa personnalité monétaire. L'atelier continua à ouvrer, pendant quelque temps, pour le nouveau maître, mais ce fut aux coins de Castille.
§ VL — Les Baléares.
Le groupe des Baléares comprend entre autres deux îles dont il doit être question dans un traité de numismatique moderne : l'île de Majorque et l'île d'Iviza. Le monnayage particulier de Minorque ne dépasse pas, en effet, la seconde partie du xv« siècle.
a). — Uiîe de Majorque,
L'ancien royaume de Majorque conserva, comme celui de Valence, une certaine autonomie après sa réunion aux autres parties de la monarchie espagnole. L'atelier monétaire de Palma, ville principale de l'île, émit des espèces sous les règnes suivants :
•Ferdinand le Catholique, 1479-15 16. •Charles I (Charles -Q.uint), 15 16-15 56.
* Philippe II (I de Majorque), 1$ 56-1598.
* Philippe III (II de Majorque), 1 598-1621. •Philippe IV (III de Majorque), 1621-166$. •Charles II, 1665-1700.
•Charles, archiduc d'Autriche, prétendant, 1701-1713.
* Philippe V, 1700-1746.
•Louis I, 1724.
L'atelier de Palma fut fermé par ordre royal du 14 mai 1740. Les monnaies de Majorque présentent une grande analogie avec celles de Valence. L'avers représente le buste couronné du roi, habituellement de profil; le revers des plus fortes espèces d'argent a un écu en losange : écartelé, aux i^^ et 4^ d'or à quatre pals de gueules, qui est Aragon, aux 2^ et
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3^ au château à trois tours crénelées baignées par la mer. Les rois prennent les titres de rex Aragonum Majoricarum catholicus.
b). — UiU d'Iviia.
Les seules monnaies connues pour cette île sont des deniers et autres petites espèces de cuivre frappées sous Charles-Quint et ses successeurs jusqu a Charles II. La dernière émission datée est de 1686. Le type se compose du buste couronné de profil, de l'écu couronné d'Aragon ou du château à trois tours baigné par la mer. La légende du revers est
VNIVER • EBVSI • DNS ou M AGNI • VNIVERITIS • EBVSIE.
§ VIL — Le Roussillon\
En 149?, Charles VIII, roi de France, avait restitué le Roussillon à Ferdinand le Catholique. Ce pays resta sous la domination de l'Espagne jusqu'au soulèvement de la Catalogne, qui fournit à Louis XIII l'occasion de s'en emparer. En 1659,1e traité des Pyrénées en assura la possession définitive à la France.
Ferdinand le Catholique (1495-1516) reprit, dans latelier de Perpignan, l'émission de croats ou réaux d'argent à l'ancien tN'pe roussillonnais du buste couronné de profil. Les pièces divisionnaires portent au droit l'image en pied de saint Jean-Baptiste, au revers, deux P gothiques liés.
L'écu d'Aragon et l'image de saint Jean forment les empreintes des sols, des sixains et des menuts de billon frappés sous le règne de Charles-Quint (i 516-56). Ces pièces ne portent pas le nom du comte de Roussillon, mais bien les mots PERPINIANI VILLE — INTER NATOS MVLIERVM et le millésime de 1529 ou de 1551.
En 1598, Philippe II autorisa la ville de Perpignan à faire une nouvelle émission de billons d'intérêt local. Cette autorisation fut renouvelée à diverses reprises sous Philippe III, puis, après l'annexion à la France, sous Louis XIV. Sur les pièces contemporaines de celui-ci, datées de 1644 et 1645, l'écu d'Aragon est chargé en cœur d'un lis de France.
I. A. Colson, Rechercljes sur les vionnaies qui ont eu cours eit Roussillon, Perpignan, i8S3, in-8.
) Vni. — La Navarre.
a). — La Navarre française et h Bèarii.
Le royaume de Navarre, auquel la vicomte de Béarn était jointe depuis 1479, c'est-à-dire depuis l'avènement d'Éléonore d'Aragon, veuve du vicomte Gaston de Foix, s'étendait sur les deux versants des Pyrénées. En 1512, sous le règne de Catherine de Foix et de Jean d'Albret, le roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, se rendit maître de la Navarre située au delà des monts. La maison d'Albret vit ainsi ses possessions réduites à ce qui se trouvait au nord des Pyrénées. En 1 (89, le roi Henri III de Navarre devint roi de France, sous le nom de Henri IV. Voici la chronologie des souverains de Navarre et de Béarn depuis le commencement du XVI' siècle jusqu'à cette époque :
•Catherine di; Foix et Jean d'Albrel, 1^84-1} 12. Jean d'Albret, veuf, 1512-1516.
* Henri II d'Albret (I en Biîarn), 1516-1555. 'Jeanne d'Albret et Antoine de Bourbon, 1 555-1 562, •Jeanne d'Albret, veuve, 1562-1572. 'Henri III de Bourbon (Il en Béam), 1572-1589.
Les armes de la Navarre étaient : de gueules à la chaîne d'or en triple orle, en croix et en sautoir. La vicomte de Béarn portait : d'or à deux vaches passantes de gueules, colletées, accornées et clarinées d'azur, /'une sur l'autre; parfois, sous Henri II, une seule vache figure dans l'écusson représenté sur les monnaies.
Le monnayage de Jean et Catherine est visiblement inspiré décelai des rois catholiques. Les souverains navarrais frappent des ducats d'or à leurs bustes couronnés en regard et des écus d'or à leurs armes. Pour les gros de billon et les pièces divisionnaires, le type se compose des
initiales | K sous une couronne. Les monnaies conservent encore un aspect médiéval, par suite de l'emploi de lettres semi-gothiques pour la composition des légendes.
Avec Henri 1 1, le monnayage devint tout à fait moderne. La série des pièces mises en circulation comprend des écus d'or au soleil dont quelques-uns (fig. 297) reproduisent le type dit à la croisette de François 1, puis, en billon, des dou^ains et dou^ains à la croisette, des deniers, des baguettes et des liards. On combine ainsi le système monétaire français avec l'ancienne monnaie divisionnaire du Béam. Les types employés sous Henri II consistent principalement en ses armes et son initiale couronnée. La devise inscrite au revers: GRA- TIA DEI SVM ID QVOD SVM. reparaîtra dans la suite sur toutes les monnaies de ses successeurs.
Antoine et Jeanne inaugurent la fabrication du lésion d'argent (fig. 298). Les liards de billon (fig. 299) portent leurs initiales conjuguées. Ces liards béarnais, comme ceux d'Henri 11, furent copiés par un grand nombre de petits seigneurs du nord de l'Italie.
Fig. JW Fîg. )«>
Henri III, continuant les emprunts de ses prédécesseurs au système monétaire de France, émit non seulement des testons, mais des/rancs et demi-francs (fig. joc) d'argent. En 1576 et 1577, ses tes/ons portent, en même temps que son buste, celui de sa femme Marguerite de Valois; les mêmes bustes reparaissent sur des doubles ducats et ducats d'or destinés aux transactions avec l'Espagne, où ils pouvaient se confondre avec les pièces toujours en vogue des Rois Catholiques.
Depuis la perte de la Navarre espagnole, les rois de Navarre et seigneurs de Béarn eurent des ateliers à Morlaas, à Pau et à Saint-Palais. Lorsque Henri III fut devenu roi de France, ces ateliers restèrent en activité, et le pays continua à jouir d'une certaine autonomie monéuire, qui disparut graduellement devant la centralisation française '.
I. Pour les monnaies frappées en Navarre ei en Bézm par les rois de France, voyez le chipitre premier.
b). — La Navarre espagnole,
Ferdinand le Catholique (ij 12-15 16), après la conquête de la Navarre, s'empressa d'y monnayer. Ses pièces d'or, ducats et multiples du ducat, portent son buste couronné de profil et les armes de Navarre. Les mêmes armes reparaissent à l'avers des gros d'argent; quant aux pièces de billon, elles sont empreintes d'un F couronné.
Les émissions furent beaucoup moins actives sous les successeurs de Ferdinand, qui se bornèrent souvent à mettre en circulation de menues espèces de billon ou de cuivre. Une exception est cependant à faire pour Philippe IV, qui frappa des onces et demi-onces d'or et diverses pièces d'argent, parmi lesquelles une énorme cincuentine ou pièce de 50 réaux au millésime de 1652. Voici l'indication des rois d'Espagne qui, pendant
les temps modernes, ont laissé des monnaies navarraises :
•Charles-Quint, 1516-56. *Philippe V (VII en Navarre), 1700-1746.
•Philippe II (IV en Navarre), 1556-98. * Ferdinand VI (II en Navarre), 1746-59.
•Philippe III (V en Navarre), 1 598-1621. * Charles III (VI en Navarre), 1759-88.
•Philippe IV (VI en Navarre), 1621-65. ♦Charles ÏV (VII en Navarre), 1788- • Charles II (V en Navarre), 1665-1700. 1808.
L'atelier de la Navarre espagnole était situé à Pampelune. A partir de Philippe IV, les lettres PA ou RR, placées dans le champ des monnaies, aux côtés de Técu de Navarre, constituent la marque distinctive de TofEcine.