CHAPITRE DIXIÈME
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVIe SIÈCLE JUSQU'A LA FIN
DU XVIIIe.
Sources : A. C. Teixeira de Aragâo, Descripçâo gérai e historica dos moedas cunhadas em nome dos rets, régentes e governadores de Portugal. Lisbonne, 1874-77,1. 1 et II, in-8. — M. B. Fernandcz, Meinoria dos monedas corren tes en Portugal. Lisbonne, 1861, in-4. — J. Sabatier, Rapport sur la collection royale des monnaies portugaises figurant à V exposition de iSôjf dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism., 1868, p. 184 et suiv. — NumismatisclK Sammlungvon Julius Meili. Poriugiesiscljc Mûn:^en, [Zurich], 1890, in-8.
Les souverains portugais prenaient habituellement les titres de rex Portugalie et Algarbiorum, auxquels s'ajoutèrent, après le développement de leur puissance coloniale, ceux de citra et ultra in Africa dominus Guinée, conquisitionis , napigationis, comrnercii, Ethiopiae, Arabiae, Persiae et Indiae, qui ne se montrent toutefois en numismatique que sous Emmanuel 1 et Jean III. Les armes du Portugal sont: d'argent à cinq écussons (en portugais quinas) d'azur posés en croix, chargés chacun de cinq besans d'argent, à la bordure de gueules chargée de sept châteaux d'or.
La chronologie des rois de Portugal du commencement du xvi« siècle à la fin du xviii^ comprend les noms suivants :
* Emmanuel I, 149S-1 521. * Philippe II d'Espagne (I en Portugal),
* Jean III, 1 521-1557. 1580-1598.
•Sebastien, 15 57-1 578. 'Philippe III d'Espagne (II en Portugal),
* Henri I, 1578- 1580. 1598-1621.
[•Gouvernement des cinq régents, 1580.] * Philippe IV d'Espagne (III en Portugal), [* Antoine, grand-prieur de Crato, préten- 1621-1640.
dant, 1580-1595.] * Jean IV de Bragance, 1640-1656.
* Alphonse VI, 1656-1683. •Joseph I, 17SO-1777.
•Pierre II, 1683-1706. * Marie I« et Pierre III, 1777-1786.
*JeanV, 1706-1750. * Marie, seule, 1786-1799.
Le règne d'Emmanuel I (1495-1 521) marque l'apogée de la puissance du Portugal en même temps que les débuts du monnayage moderrïe, par l'apparition des fortes espèces d'or et d'argent. En 1 499 le roi créa le portugue^ d'or, valant dix cru^ades, et peu de temps après, le teston d'argent et ses multiples. L'ensemble du système monétaire d'Emmanuel I comprit ainsi les pièces suivantes :
1 . Portugue:^^ d'or. Type : Écu couronné, entouré d'une double légende mentionnant le nom et les titres du roi. Rev. : in hoc signo vinces. Croix pattée à branches évidées, dite croix de l'Ordre du Christ.
2. Cru:(ade d'or, pesant 71 1/4 grains (3 gr. 84) et taillée à 64 64/95 au marc, au titre de 23 3/4 quilates ou carats. — Type : Écu couronné dans une épicycloïde. Rev, : Croix simple, dite croix de Saint-Georges, dans un encadrement de quatre arcs et de quatre angles. Les légendes du droit et du revers répètent le nom du roi.
3. Portugue^ d'argent, valant 400 reis de cuivre, émis par suite d'une ordonnance de 1504. M. Teixeira d'Aragào déclare n'avoir rencontré aucun exemplaire indiscutablement authentique de cette pièce. Suivant un auteur ancien, le type était identique au portngue:;^ d'or.
4. Meio poi'tugue:^ d'argent, valant 200 reis de cuivre. Même type que \q porlttgue:^^ d'or.
5. Tesion d'argent ou quart de portugue:^ d'argent, pesant 195 grains (10 gr. 3) et valant 5 vintems ou 100 reis de cuivre. — Type: Écu couronné. Rev. : in hoc signo viNXES. Croix de l'Ordre du Christ parfois cantonnée de quatrefeuilles.
6. Meio tostào ou demi-teston d'argent. Type : Les cinq petits écussons ou quittas, posés en croix. Rev. : Croix de saint Georges, cantonnée d'annelets. Les légendes de cette pièce et de celles qui suivent reproduisent des deux côtés le nom du roi.
7. J«i/o d'argent, valant 33 reis de cuivre, créé en 1499. — Type: Écu couronne. Rev. : Croix de saint Georges.
8. Real ou vintem d'argent, valant 5 reis de cuivre, taillé à 117 au marc. — Type : Écu couronné. Rev. : Grand M couronné, initiale du roi, dont le nom est Manoel en portugais.
9. Denii-réal ou meio vintem d'argent, valant 20 reis de cuivre. — Type : Les quittas posées en croix. Rev. : Croix fleurdelisée dite croix de l'Ordre d'Aviz.
10. Citiquitiho d'argent, valant 10 reis de cuivre. Type: Les quimis posées en croix. Rev. : Grand M couronné.
11. Reis ou real de cuivre, valant 6 ceïtils. Type: Les quittas posées en croix. Rev.: Grand R, initiale du mot real, ou grand M couronné.
12. C«/i7 de cuivre. Écu de Portugal. Rev.: Château à trois tours baigné par la mer. Sur une curieuse variété de cette pièce, frappée évidemment pour faciliter les petites transactions avec les Maures du Maroc, le revers porte, au lieu du château, le nom et le titre du roi Emmanuel, écrits en arabe, en trois lignes.
Le règne de Jean III (i 52 i-i 557) commence la décadence du Portugal, auquel Theureuse administration d'Emmanuel avait fait prendre une
place si brillante parmi les nations européennes. Peu de temps après son avènement, d'horribles tremblements de terre désolèrent Lisbonne et les villes environnantes, causant la mon de plus de trente mille personnes. L'établissement de Tlnquisition, en 1526, ne fut pas de nature à accroître la richesse du pays.
Jean III conserva tout d'abord le système monétaire de son père. Il frappa des portugue^ d'or (fig. joi) et des crui^ades d'or à ij î.'4 carats. Les types de son prédécesseur furent fidèlement conservés.
Aux certes de Terres Novas, en \^i^, et aux cortès d'Evora, en i$}j, les députés se plaignirent de l'exportation continue de l'or, que les importations d'Afrique et du Brésil ne parvenaient plus à contrebalancer. Pour arrêter cet exode du métal précieux, Jean 111 édicta, le i& novembre 1 j ]8, une loi apportant des modifications très importantes dans le monnayage du royaume. L'émission des portugue:^ d'or fut arrêtée et l'aloi des cru^ades d'or abaissé à 22 5/8 carats. Ces cru^ades nouvelles se distinguent des précédentes en ce qu'elles ont au revers les mots IN HOC SIGNO VINCES au lieu de la répétition du nom du roi. L'émission des tostâos et des meios totàos fut également suspendue par la loi de 1 {j8. On frappe comme plus fortes pièces d'argent des doubles vintems ou réaux portugais, dont le type se compose à l'avers du nom du roi, 10-11 U placé sous une couronne, au-dessus de l'indication de la valeur, XXXX. On émit aussi, un peu plus tard, un real portugue^ dobrado valant le double de la pièce précédente; le type est le même, mais l'indication de la valeur en féaux est LXXX.
Une loi du 18 octobre IJ4; vint prescrire une nouvelle émission de portugue^d'oi. Le 16 octobre lîjo, Jean III ordonna la fabrication de nouvelles monnaies de cuivre :
I. Pieu de 10 reis, pesant 19 grammes 99 et mesurant en moyenne ]8 millimètres. Cette pièce de grand module porte à l'avers l'écu de Portugal, le oom et le titre de roi. au revers le chiffre X, parfois dans une ipicycloïde, et la li^ende ; bex (jvintvs □EQHVS. Jean III était, en effet, le quinzième roi de Portugal.
2. Pièce dt } rets. Type: io-i[i, sous une couronne. Jî«i. ; Écu de Portugal entouré d'une guirlande.
3. Real de cobre. Cartouche avec guirlande, dans lequel se trouve, en deux lignes, la légende : 10 ui-R. P. A. Rev. : Grand R couronné.
La pièce de cuivre la plus petite resta le ceWt ou sixième de réal, qui conserva son ancien type. Un édit du 10 décembre i;;i recommanda strictement aux maitres des monnaies de peser les monnaies de cuivre une à une, de bien façonner les flans de manière à les rendre uniformes.
L'ordonnance du 10 juin i{j; laisse à entendre qu'on frappait, peu d'années auparavant, de nouvelles crui^ades d'or, légèrement affaiblies à 22 [/S carats, appelées cru^ados calvarios, parcequ'au revers la croix du Christ est remplacée par une croix processionnelle placée sur un calvaire. Cette même ordonnance de i s s (, qui éleva le prix de l'or et de l'argent, fut le point de départ d'une nouvelle émission de tostàos, meios tostàos et vintems; les premiers portent au revers la croix d'Aviz au lieu de la croix du Christ.
En ijs^ apparaissent des monnaies d'or nouvelles, le 5an Vicente et sa moitié, le meio San Vicente (fig. }02). Ces pièces portent d'un côtelés armes du Portugal et le nom du roi, de l'autre l'image en pied ou en buste de saint Vincent, tenant un navire et une palme. La | légende ZELATOR FIDEI VS- ' QUE AD MORTem, diversement abrégée, fait allusion au titre de ^elator fidei, que le pape Paul 111 décerna au roi Jean 111 pour le zèle qu'il avait mis à établir l'Inquisition dans son royaume.
Jean III mourut en i s S7, laissant le trône de Portugal à son petit-fils Sébastien, dont le père, l'infant Jean, était mort en i j 54. Sébastien, né dix-huit jours après la mort de son père, régna d'abord sous la tutelle de Catherine d'Autriche, sa grand'mère, puis sous celle du cardinal Henri, son grand-onde.
Le règne de Sébastien ne comporte pas de grandes innovations monétaires. En or, nous retrouvons le saint Vincent et le demi-saint Vincent, puis une pièce reproduisant le type de l'ancienne crw^arfe (fig-îoj), connue dans les textes sous le nom de moeda de 5oo reaes. Une variété de cette pièces appelée vulgairement engenhoso, parce qu'elle a été fabriquée au moyen des engins construits par Jean Gonzalve, dit l'Ingénieux, présente parfois dans les contours de la croix les millésimes de [ ^62, i j6}
Fig. joj
on 1 i6j. Ces millésimes sont les premiers qui paraissent à l'époque moderne sur une monnaie portugaise.
En argent, aucun type nouveau ne se montre; les tostSos et meios tostâos ont au revers, tantôt la croix de l'ordre du Christ> tantdt la croix d'Aviz. Pour le cuivre, nous avons à constater, par contre, l'apparition d'une pièce de 5 reis; elle reproduit le type de celle de lo reis, )en remplaçant au revers le chiffre X par le chiffre V: la légende donne, comme sous Jean III, le numéro d'ordre du roi : REX ^■^"^ SEXTVS DECIMVS.
En I s 78, Sébastien I tenta une expédition contre les Maures d'Afrique. Son armée fut mise en pièces et lui-même périt le 4 août au milieu de la déroute des siens.
Henri 1 (1 578-80), fils du roi Emmanuel, cardinal et grand inquisiteur de la foi, ancien tuteur et grand-oncle de Sébastien I, fut proclamé roi de Portugal aussitôt qu'on eut reçu la nouvelle de la défaite et de la mort de celui-ci. Après un règne d'environ dix-huit mois, Henri mourut le ;i décembre jj8o, au moment où la couronne était disputée par sept prétendants.
On possède pour Henri I les monnaies suivantes, qui reproduisent toutes des types connus : moeda de 5qo rets d'or, tostào, meio toslâo. real portuguei; dobrado et vintem d'argent, dix rets et cinq ret's de cuivre.
A la mort d'Henri 1, cinq gouverneurs, qui avaient été élus en I S79 aux cortès de Lisbonne et confirmés par le testament du détunt roi, prirent la charge du gouvernement en attendant que les divers prétendants au trône eussent fait valoir leurs droits respectifs. Ces gouverneurs étaient Georges d'Atmeida, archevêque de Lisbonne, François de Si et iVtenezès, camérier d'Henri 1, Jean Mascarenhas, le défenseur de Diu, Jean Tello de Menezès, seigneur d'Aveiras, et Diego Lopès de Sousa, seigneur de Miranda, Ils prirent collectivement le titre de gubernatores et defensores regni Portugalie, et monnayèrent comme tels. 11 existe des moedas de 5oo reis d'or, des tostâos et meio tostàos d'argent, émis sous leur autorité, qui prît fin le 17 juillet 1580.
Déjà à la mort de Sébastien, Antoine, grand prieur de Crato, dans l'ordre de Malte, fîls naturel de Louis, deuxième lils d'Emmanuel, avait
élevé des prétentions au trône de Portugal. Le 19 juin 1 586, il fut proclamé roi par le peuple, à Santarem, et deux jours plus tard à Lisbonne; mais le 25 août une armée de son compétiteur Philippe II, roi d'Espagne, le battit à Alcantara et Antoine dut chercher un refuge en France. Les habitants des Açores refusèrent toutefois de reconnaître Philippe II et restèrent fidèles au grand prieur de Crato jusqu'au 5 août 1583, date à laquelle Tîle de Tercère fut obligée de se rendre aux Espagnols, malgré l'expédition qu'Antoine avait pu organiser contre eux avec l'aide de la France. En 1 589, Antoine fit avec une flotte anglaise une nouvelle tentative pour déloger les Espagnols, mais sans plus de succès. Il mourut à Paris en 1595 '.
Le 14 juillet 1 580, Antoine publia à Lisbonne une ordonnance relative aux monnaies. Pour subvenir aux frais de la guerre contre Philippe II, il éleva de 30,000 à 40,000 reis le prix du marc d'or, et de 2,40oà4,oooreis le prix du marc d'argent; il ordonna la refonte générale de toutes les espèces et rémission de tnoedas de 5oo reis d'or, taillées à 80 au marc, de tesiâos, meios tostàos et ptntetns d'argent. Ces pièces sont au même type que celles du règne précédent. Les émissions de ces monnaies ne purent avoir lieu que pendant cinq semaines.
En février 1 582, le comte de Torres Vedras, qui était arrivé dans l'île de Tercère muni de pleins pouvoirs du roi Antoine, établit à Angra, siège de son gouvernement, un hôtel des monnaies. Cet atelier, installé dans une dépendance de l'hôpital, frappa des monnaies d'or, d'argent et de cuivre, aux types habituels, mais portant comme marques spéciales un A et un faucon. Au mois d'août
1 582, lorsqu'Antoine vint à Angra, toutes les espèces en cours furent haussées au double de leur taux d'émission; F»g- 304 elles reçurent, comme témoignage de ce surhaussement, l'empreinte d'un faucon (fig. 304). Après la prise de Tercère par les Espagnols en
1 583, ces monnaies furent décriées et fondues publiquement.
En 1 583, Antoine, se trouvant à Paris, obtint du roi Henri III l'autorisation de faire frapper des francs imités de ceux de France. Cette imitation donna lieu aux réclamations du Conseil, qui conclut à limiter l'autorisation à la fabrication de monnaies de cuivre au moulin, par Aubry Olivier, et imposa cette condition expresse que les espèces ainsi fabriquées n'auraient pas cours en France. Ainsi limitée, la fabrication équivalait à une interdiction pure et simple. Antoine s'enquit alors d'un atelier plus complaisant et le trouva en Hollande, à Gorcum, où fonction-
I. R. Chalon, Don Antonio, roi de Portugal ; son histoire et ses monnaies, dans la Revue belge de numism. 1868, p. 27 et suiv.
naît une vérîtable fabrique de fausse monnaie officielle. Il donna commission au maître de la monnaie de Gorcum de forger en son nom des pièces de Portugal d'or et d'argent. On conserve encore aujourd'hui aux Archives de Gorcum quelques-uns des coins portugais au nom d'Antoine; les émissions eurent lieu vraisemblablement de 1 584 à 1 589, date de la dernière expédition tentée par le prétendant pour la conquête de ses états.
L'occupation espagnole en Portugal dura de 1580 à 1640; elle s'étend aux trois règnes de Philippe II (i 580-1 598), de Philippe III (1 598-162 1) et de Philippe IV (1621-1640).
Les types ne subirent aucune modification sensible pendant cette période. Philippe II créa des monnaies d'or plus fortes que les espèces précédemment en cours; l'ordonnance du 18 février 1584 prescrivit la fabrication, non seulement de cru^ades de 400 rets, mais de pièces de deux cru^ades et de quatre cru^ades. Ces deux dernières pièces portèrent l'indication de leur valeur ; dans le champ de l'avers, aux côtés de l'écu de Portugal, sont écrits les signes L» initiale de l'atelier de Lisbonne, et Il ou llll, chiffres constatant le nombre de cru!(ades pour lequel les monnaies étaient mises en circulation. La cru^ade était taillée à 75 pièces au marc ; l'aloi restait à 22 1/8 carats.
Sous les deux premiers successeurs de Philippe II, le système général des monnaies portugaises ne subit pas de modifications. Le nom du roi n'étant pas suivi d'un numéro d'ordre, et aucun millésime ne figurant sur les espèces, il est impossible de répartir celles-ci entre les rois auxquels elles appartiennent. Les rois d'Espagne prennent simplement le titre de PHILIPPVS D. G. REX PORTVGALIE. auquel s'ajoutent, sur les y//items de Philippe II, ceux de ALGARBIORVM - AFFRIC. ; jamais aucune mention n'est faite de leurs autres possessions territoriales.
Le i*r décembre 1640, les Portugais, exaspérés par le régime espagnol et encouragés par la révolution catalane, se soulevèrent contre Philippe III (Philippe IV d'Espagne). Ils proclamèrent roi, sous le nom de Jean IV (1640- 1656), le duc de Bragance, descendant direct du roi Emmanuel.
Les grandes dépenses militaires auxquelles Jean IV fut obligé de se livrer lui firent chercher dans des expédients monétaires les fonds nécessaires à l'équilibre de ses finances : il augmenta le taux des espèces, tout en conservant le système en vigueur. Comme il était impossible de refondre assez rapidement les pièces en circulation, le surhaussement fut indiqué sur les monnaies par l'apposition de contremarques. Les ordonnances des I et 5 février 1642 créèrent plusieurs ateliers spéciaux, où se firent ces surfrappes, à Porto pour la province d'Entre-Douro-et-Minho, à
Miranda pour celle de Traz-os-Montes, à Trancoso et à Castello Branco pour celle de Beira, à Coïmbre et à Thomar pour celle d'Estramadure, à Évora et Beja pour celle d'Alemtejo, et enfin à Tavira pour les Algarves. Les contremarques devaient toujours être mises du côté de la croix.
Le type des monnaies frappées au nom de Jean IV resta ce qu'il était sous les prédécesseurs de ce roi. En 165 1 toutefois, nous voyons apparaître une fabrication nouvelle : l'ordonnance du 9 octobre de cette année prescrivit la frappe de pièces d'or, et d'argent du même coin, dites conceptions ; la pièce d'or, du poids d'une once et demi, valant 12,000 réis, et la pièce d'argent, du poids d'une once et valant 600 réis. Ces pièces exceptionnelles furent fabriquées au moyen d'une machine que le français Routier était venu installer à la Monnaie de Lisbonne. Le type des conceptions est, à l'avers, l'écu de Portugal brochant sur une grande croix de l'ordre du Christ, au revers, l'image de N.-D. de Conception, debout sur un croissant. La légende TVTELARIS REGNI rappelle qu'en 1646 les Cortès avaient adopté Notre-Dame de Conception comme patronne du royaume.
Le surhaussement des monnaies continua sous Alphonse VI (1656- 67) et donna lieu à l'apposition de contremarques nouvelles. Le type des espèces ne fut par modifié. En 1667, les excès du roi ayant révolté contre lui les Portugais, il fut obligé d'abdiquer et se retira dans l'île de Terceire. Les Cortès s'assemblèrent, déclarèrent l'infant Don Pedro régent du royaume, et lui prêtèrent serment de fidélité.
La régence de Pierre (1667-83) se signala par un événement politique de la plus haute importance. En 1668, la paix fut signée avec l'Espagne et l'indépendance du Portugal définitivement assurée. Cette paix n'améliorait pas, quant au présent, la situation financière du pays; la même année les monnaies d'or furent surhaussées d'un dixième et l'on eut recours à des augmentations nouvelles en 1677. En 1678 la fabrication mécanique des espèces fut complètement substituée à l'antique frappe au marteau. Le régent prend sur son numéraire le titre dep?*ince: PETRVS- DG- Princeps PORTVGALIAE ET AL.
Alphonse VI mourut le 12 septembre 1683 ; le régent fut aussitôt proclamé roi sous le nom de Pierre II (1683-1706). Les mêmes expédients financiers furent poursuivis : en 1688, toutes les monnaies d'or et d'argent subirent une nouvelle augmentation de 20 pour cent. Un atelier fut créé la même année à Porto; ses produits, consistant exclusivement en monnaies d'argent, se distinguèrent par la présence de quatre p dans les cantons de la croix.
Le règne de Jean V (1706-50) eut de fâcheux débuts. En 1707, les Portugais perdirent la bataille d'Almanza contre le maréchal de Berwick,et en 171 1, Duguay-Trouin prit Rio-Janeiro. La paixd'Utrecht vint en 17 1.3 permettre au Portugal de se releverde ses ruines. Jean V favorisa l'exploitation des mines du Brésil et l'or afflua dans les ateliers de Lisbonne et de Porto, où ce métal fut monnayé en 1 7 1 2 pour la première fois. Au commencement de son règne, Jean V conserva le système monétaire de ses prédécesseurs, mais la loi du 4 avril 1722 modifia complètement le monnayage de Tor. Empruntant le système de l'Espagne, Jean V créa l'escudo d'or, ses divisions et ses multiples. Il y eut ainsi les monnaies d'or suivantes :