‹ Traité de numismatique moderne et contemporaineChapitre 137 sur 157 · I 2 345678 9 10 II · texte numérisé non relu

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L'ère russe, adoptée sur les monnaies jusqu'au milieu du xvii« siècle, est celle de la création du monde, telle qu'elle avait été fixée en 680 par le concile de Constantinople. Cette ère commence en 5508 avant Tère chrétienne, de sorte que le couronnement comme tsar d'Ivan IV Vasilievitch eut lieu l'an 705 5, suivant le comput russe. Depuis l'adoption de l'ère chrétienne, les Russes ont conservé le calendrier Julien, dont les dates retardent actuellement de 12 jours. Cette différence n'était que de 10 jours au xvii® siècle, mais elle s'est accrue d'un jour bissextile en 1700 et d'un autre en 1800; elle sera de i ] jours après 1900. Nous avons conservé aux oukases la date du calendrier russe.

Les armes de la Russie sont : de gueules à un chevalier armé d'argent, couronné d'or, revêtu d'un manteau flottant d'azur, montant un cheval galopant d'argent, bridé et housse d'azur, bordé d'or, tenant delà main dextre une lance d'or, l'extrémité croisée, le cheval foulant aux pieds un dragon de sinople percé de ladite lance, qui est Moscou; l'écu posé sur la poitrine d'une aigle éployée de sable, becquée et membrée de gueules, chaque tête sommée d'une couronne impériale, le tout surmonté d'une couronne impériale; l'aigle tenant de la griffe dextre un sceptre d'or et de la senestre un monde du même.

Les souverains suivants se sont succédé sur le trône de Russie, depuis le milieu du xvi^ siècle jusqu'au commencement du xix<^ :

•Ivan IV Vasilievitch, tsar de 1547 à 1584. *Ivan V Alexéiovitch et Pierre I Alexéio-

* Féodor I Ivanovitch, 1584-98. vitch, 1682-89.

* Boris Féodorovitch Godounof, 1S98-1609. * Pierre!, dit le Grand, seul, 1689-1725. *Dmitri Ivanovitch ou Otrépief, dit le faux * Catherine I, 1725-27.

Dmitri, 1605-06. * Pierre II Alexéiovitch, 1727-30.

* Vasiii Ivanovitch Chouiski, 1606-10. * Anne Ivanovna, 1730-40. •Wiadislas Zigismuntovitch Wasa, 1610- 'Ivan VI Antonovitch, 1740-41.

1 6 1 3 . * Elisabeth Pétrovna, 1 74 1 -62 .

* Mikhaïl Féodorovitch Romanof, 1613-45. * Pierre III Féodorovitch, 1762.

* Alexis Mikhailovitch, 1645-76. * Catherine II Alexéievna, 1762-96.

* Féodor II Alexéiovitch, 1676-82. *Paul I Pétrovitch, 1796-1801.

Le couronnement d'Ivan IV Vasilievitch ne concorde pas avec une

réforme monétaire. Le numéraire émis en Russie ne subit aucune modification: il continua à consister en dengui (au singulier: denga) et en copeks d'argent, piécettes de flan oblong et irrégulier portant à l'avers le cavalier moscovite brandissant un sabre ou tenant une lance, et au revers une légende en caractères russes, écrite en plusieurs lignes. Le copek valait deux dengui et cent copeks formaient un rouble, monnaie de compte. Aux espèces nationales venaient se joindre, pour les transactions d'une certaine importance, de nombreuses monnaies d'importation étrangère, telles que les nobles anglais et les ducats d'or, et les thalers d'argent ; enfin, dans les régions éloignées des frontières occidentales, le troc des marchandises avec les fourrures, comme mesure commune, continuait à être le moyen d'échange habituel.

Le poids qui servait en Russie, pour peser les métaux précieux aussi bien que les autres marchandises, était la livre, qui se divisait en 96 sololniksk^6 rfo/i, soit en g2 16 doVi. La livre russe équi vaut à 409 gr. 5116. Quarante livres formaient un poud, mais cette expression de mesure n'était employée que pour le cuivre. On indiquait l'aloi des espèces en mentionnant le nombre de solotniks de métal pur compris dans une livre de métal brut ou allié.

La première innovation monétaire que l'on constate en Russie remonte au milieu du xvii'^ siècle, au règne du tsar Alexis Mikhaïlovitch (1645-76). Les guerres contre la Suède et la Pologne ayant épuisé le trésor moscovite, le tsar résolut de se procurer des ressources par la fabrication de roubles d'argent émis au double de leur valeur intrinsèque. Pour faire

ces pièces, on se servit p. j,^

des thalers étrangers qui

circulaient en Russie sous le nom d'iejimkis à raison de deux pour un rouble; ces thalers, employés comme dans monétaires, reçurent une nouvelle empreinte. L'avers porta l'image équestre d'Alexis Mikhaïlovitch, entourée du nom et des titres; le revers eut l'aigle à deux tètes dans un cartouche carré, et en légende la valeur de la pièce, et le millésime 1762, soit 1654 de l'ère chrétienne.

En i6j j, on trouva plus pratique et plus expéditif de contremarquer simplement les écus étrangers. On y mit deux poinçons, l'un rond, avec l'image du tsar à cheval, l'autre oblong, avec la date de 165^, premier exemple de l'emploi officiel de l'ère chrétienne en Russie. Pour com-

pléter le système monétaire et se procurer des espèces divisionnaires, on coupe les iefimkis en deux pour faire des demi-roubles ou poltiny ou en quatre pour faire des polpoltinniki ; ces fractions portent des surfrappes analogues aux contremarques du rouble (fig. )24).

L'opération financière du surhaussement des monnaies d'argent ne fut pas suffisante pour procurer à Alesis Mikhaïiovîtch les sommes que les dépenses militaires rendaient indispensables. Sur les conseils de Rtichtchef, directeur de ses monnaies, le tsar eut recours à un expédient radical; dans le cours de l'année [6îS, il ordonna de frapper des monnaies de cuivre à cours forcé, émises au taux des espèces d'argent. Le module et le type de ces espèces fiduciaires étaient analogues à ceux des monnaies d'argent dont elles prenaient la place. 11 y eut ainsi des demiroubles, desfl//jnsou pièces de trois copeks, des grocheviki ou pièces de deux copeks, des copeks et des dengui. Les ateliers de Moscou, de Novgorod et de Pskof furent chargés de la fabrication de ce numéraire de nécessité.

La contrefaçon à laquelle ces pièces donnèrent lieu en fit rapidement baisser le cours. Dès i66z on donnait quatre roubles de cuivre pour un rouble d'argent. En juin 1665, le taux était monté à quinze roubles. Une émeute éclata et le tsar fit procéder au retrait de ces monnaies de nécessité avec une perte énorme pour les détenteurs.

La réforme monétaire qui vint mettre la Russie au rang des nations occidentales modernes date, comme tous les autres progrès accomplis dans cet empire, du règne de Pierre-le-Grand (1689-1725)- Elle consista à vrai dire en un affaiblissement. Les dénominations des monnaies

Fig. }.i

de compte furent, dit Chaudoir, appliquées à des monnaies effectives, mais la valeur en fut en même temps diminuée. Le rouble de compte, qui jusqu'alors avait valu un rfwcai ou deux Ma/ers étrangers dits le^mAis, fut frappé au taux des iefimkis et ne valut plus qu'un demi-ducat. Les

divisions du rouble subirent la môme diminution et on frappa des monnaies d or et de cuivre en rapport de valeur avec le nouveau rouble.

La réforme du système d'échange concorda avec l'adoption des procédés mécaniques de fabrication et l'augmentation des ateliers. Des hôtels monétaires nouveaux furent établis en 171 1 à Moscou. Il y eut dans cette ville trois officines distinctes pour la production des espèces d'or et d'argent, la monetnii dvor, la krasnii dpor Qt la kadachefskii dvor, puis un atelier spécial pour le cuivre, dit denejnii dvor. Une chambre de commerce fut instituée en cette même année 171 1, avec mission de soigner l'achat des métaux nécessaires au monnayage. Un oukase du 1 5 mars 1719 ordonna d'établir un hôtel des monnaies dans la caserne de la garnison de Saint-Pétersbourg et d'y transporter le matériel des hôtels des monnaies de Moscou : l'empereur voulait ne rien négliger pour accroître l'importance de sa nouvelle capitale. Voici les diverses monnaies frappées en Russie sous Pierre-le-Grand :

a) Ducat d*or, frappé pour la première fois en 1701, à 93 zolotniks de loi et à 118 pièces à la livre. Le type se compose à Tavers du buste du tsar avec son nom et son titre, au revers de Taigle à deux têtes accompagné de la suite du titre et du millésime. Les légendes sont en russe, excepté sur un ducat de 17 16 où elles sont en latin et où se trouve le titre dUmperator, que Pierre-le-Grand n'adopta cependant qu*en 1722, sur les pièces à légendes russes. Le 15 mai 1712, Taloi des ducats fut légèrement modifié; il fut décidé qu'ils seraient dorénavant frappés sur le pied des ducats de l'empire germanique.

b) Double ducat d'or, frappé en 17 14. Môme type que les ducats.

c) Doitble rouble d'or, frappé à partir de 1718, au titre de 75 zolotniks et a 100 à la livre. Le type de cette pièce se compose à l'avers du buste de Pierre-le-Grand, au revers de l'image de saint André tenant sa croix.

d) Rouble d'argoni frappé à partir de 1704. Les premiers roubles ont à Ta vers le buste du tsar avec le nom et le titre, au revers, l'aigle avec la légende moneta dobrala t:^ena rouble (bonne monnaie du prix d'un rouble) et la date en chiffres slaves.

Le rouble subit plusieurs modifications de taille, de titre et de t}'pe. A partir de 1722, l'avers porte le buste du tsar, soit avec une armure à la romaine, soit avec une draperie, soit en grande armure, avec manteau impérial et cordon de l'ordre de Saint- André ; le revers a une croix formée de quatre II couronnés, la légende moneta novaïa tsetia rouble (nouvelle monnaie du prix d'un rouble) et la date en chiflFres arabes. Un oukase du 24 janvier 17 18 avait ordonné de ne plus frapper de monnaies au marteau, mais de faire usage du balancier, et de mettre une inscription sur la tranche des roubles et des demi-roubles.

En ! 724, dit Chaudoir, parurent les premiers roubles frappés à Saint-Pétersbourg : ils ont sous le buste les lettres C II b (= s. p. b, abréviation de Saint-Pétersbourg), et portent comme type de revers une croix formée de quatre II couronnés placés autour de l'étoile de l'ordre de Saint-André. La taille moyenne du rouble fut de quinze à la livre et le titre normal de 82 y zolotniks.

e) Poltina ou demi-rouble d'argent, frappé à partir de 1701. Mômes types que le rouble, mais le mot poltina remplace naturellement le mot rouble dans la légende. Le type du revers est toujours l'aigle.

5 s» PREMIERE PARTIE

f) PuloiipoUiiiiiik ou giiarl de roiihU d'argent, frappé i partir de 1701, Ib portent au revers l'aigle et, en légende, le mot poloufoitin'dk et le millésime.

g)Grit'iiaou pièce de dix copelis d'argent. Les premières g^nvu^sont de formeoblongue et irréguliére comme les anciens copeks, dont elles reproduisent le type. En 1701 parurent les grivny rondes ; elles portent i l'avers l'aigle i deux têtes et au revers le mot grivna oa grivenmk avec la date.

h) Pieu de cinq coprki (pîat hopitck) ou de dix dengui (dkial dâieg). Type analogue i celui desgriviiy rondes. Celles de 1701 et des années suivantes ont le niillcsinie en chiffres slaves ; en 1714 la date est en chiffres arabes. Par les oukases du 28 juin et du 18 juillet 1723, il fui ordonné de r,iire des pièces de cinq copeks en cuivre.

i) Allyn ou altyiiiiik, valant y copeks, frappés à partir de 1704 ; ces pièces ont â l'avers l'aigle russe et au revers le mot aliymnk et la date en caractères slaves. Un oukase du 14 février 1718 vint modilier légèrement le titre des allriiniks et provoqua le changement du type. Les pièces portèrent d'un côté saint Georges à cheval perçant un dragon et au revers trois globules, le nom de la pièce et la date en chiffres slaves. L'émission des allynniks fut arrêtée en 1721.

i) Piàe de 12 copiks en argent de bas litre, frappée i l'imitation des lymj polonais et prussien. Ces pièces en argent de bas titre ponent le buste et l'aigle russe. On les connaît pour 1707 et 1708.

k) Coprks. Les premiers copeks de Pierre- le-Grand sont en argent et de forme irrégulière. Le 20 mai 1714 il fut ordonné de faire des copeh ronds, portant i l'avers l'image équestre de saint Georges, au revers, un globule, le mot kcpfika et la date en chiffres slaves. Concurremment avec les iropiks d'aïgent, on frappa des copeks de cuivre. Notre lîgurc ;i6 reproduit celui de 1721.

1) Denga de cuivre. C'est un oukase du tion de monnaies divisionnaires en cuivre. Les

Il mars 1700 qui prescrivit la fabrici deagni ont  l'avers l'aigle russe.

m) Pohuchka de cuivre valant le quart du copek. On frappa i mais seulement i titre d'épreuve. Même type que les dtngui.

ssi des polpolMicbH,

La taille des 1704, les cppeks étaient à ïO roubles au poud, m les espèces de cuivre fut de 40 roubles au poud.

iriable sous Pi erre-le -Grand. Depuis is à partir de 1718, la taille de toutes ce qui réduisit leur poids de moitié.

Le règne de Catherine 1(1725-27) n'introduisit pas de modification sensible dans le monnayage. Certaines espèces cessèrent d'être émises et l'effigie de l'impératrice remplaça celle de son époux défunt. Sur les premiers roué/es le buste est tourné à gauche (fig, î:7),mais dès 1725 il fut tourné à droite, comme sous Pierre-le-Grand,

En 1725, il fut ordonné de faire à Ekaterinebourg en Sibérie des plaques de cuivre, analogues aux plStmynt de Suède et destinées à circuler pour un rouble, cinquante, vingt-cinq, dix, cinq, deux copeks et

Fig. jig

un copek ; elles étaient taillées à dix roubles au poud, de sorte que les plaques d'un rouble ne pesaient pas moins de quatre livres. Ces plaques sont carrées et portent un ou plusieurs poinçons aux armes de Russie, le nom de la pièce, la date et le nom de l'atelier. On connaît de ces pièces pour les années 17IJ, i726et 1727. Notre figure Î28 représente une plaque d'une grivna frappée en [726.

Pierre II (1727-17Î0) frappa en or Ass ducats et des pièces de t/euj; roubles, en argent des roubles, demi-roubles et quarts de rouble, en cuivre, des pièces de cinq copeks, des copeks et des pohuchki.

Aucun changement ne fut introduit, dans le monnayage de l'or et de l'argent, sous Anne I (17^0-40]. On possède à son effigie des ducats d'or, des roubles, demi-roubles, quarts de rouble et grivennik d'argent. Certaines espèces du règne de Pierre-le-Grand ayant été démonétisées, une société, à la tète de laquelle était Karikhalof, fit en 17)1 l'entreprise de leur retrait et de leur transformation en roubles et demi-roubles. Pen-

56o PREMIÈRE PARTIE

dant un an et demi celte société réalisa des bénéfices tellement exagérés que le ministre Golovkin prit contre elle la mesure radicale de la confiscation. Un nouveau contrat, moins onéreux pour Tétat, fut passé le 28 mai 1733 avec une nouvelle société.

L'impératrice Anne I modifia entièrement le système des monnaies de cuivre. Par son oukase du 2 décembre 1730, elle ordonna de tailler les pièces divisionnaires à raison de dix roubles au poud. C'est de cette époque que datent, en Russie, ces lourdes monnaies de cuivre si caractéristiques. Les pièces mises en circulation par les prédécesseurs d'Anne furent refrappées : les vieux copeks de Pierre-le-Grand à 20 roubles au poud furent transformés en deniejki, et ceux qui avaient été taillés à raison de 40 roubles au poud devinrent des polouchki. Cette réforme monétaire avait pour but de mettre la valeur intrinsèque des pièces de bronze en rapport avec leur valeur nominale, de manière à entraver le faux monnayage auquel se livraient fructueusement les juifs polonais. En 1740, Anne 1 voulut frapper àts pièces de deux copeks, mais elles ne furent émises qu'à titre d'essai.

A la mort d'Anne I, survenue en octobre 1740, Ivan VI, fils d'Antoine-Ulric, duc de Brunswick-Bevern, à peine âgé de deux mois, fut proclamé empereur de Russie en vertu du testament de la défunte impératrice, mais en décembre 1741 une conspiration mit le jeune Ivan VI et ses parents à la merci d'Elisabeth, seconde fille de Pierre-le-Grand, qui fut proclamée impératrice de Russie. Pendant les quatorze moisdu règne nominal d'Ivan VI, les seules monnaies émises, tant à Saint-Pétersbourg qu'à Moscou, furent des roubles, demi-roubles et grivennik d'argent.

Dès le iSdécembre 1741, Elisabeth I ordonna de retirer ces pièces de la circulation et d'en opérer la refonte. Sous son règne, la série des monnaies d'or s'enrichit de quelques pièces nouvelles. Outre les ducats et doubles ducats, portant à l'avers le buste, au revers soit l'aigle, soit l'image de saint André, il y eut à partir de 1755 des pièces de 10 et de 5 roubles appelées impériales et demi-impériales. Le titre de ces pièces nouvelles fut fixé à 88 zolotniks; le poids de Y impériale fut de 3 |! zolotniks, et celui de la demi-impériale àt i |^ zolotniks. Leur type comprend à l'avers, le buste, le nom et le titre de l'impératrice, au revers, l'aigle russe entourée des écus couronnés de Moscou, de Cazan, d'Astrakan et de Sibérie, avec la dénomination de la valeur et les chiffres du millésime placés entre les écussons. L'oukase créant ces espèces est daté du 12 novembre 1755. Le 21 juin de l'année suivante, il fut ordonné de faire des pièces d'or de deux roubles ti d*u?i rouble. Ces pièces portent leflSgie

d'Elisabeth et l'aigle chargé en cœur d'un écu rond au saint Georges. On frappa aussi en \j ^6 des demi-roubles d'or, mais Chaudoir affirme que ces pièces, non mentionnées dans l'oukase, ne furent faites que pour l'usage particulier de la cour ; elles ont au revers le chiffre couronné d'Elisabeth I.

En argent, les roubles et demi-roubles d'argent restèrent, à l'effigie près, ce qu'ils étaient sous les règnes précédents, mais en 17$$, Elisabeth I ordonna la fabrication de monnaies d'argent de cinq copeksK La taille des pièces de cuivre fut portée à huit roubles au poud, mais comme ce monnayage était onéreux pour le trésor, il fut ordonné par oukase du 8 avril 1757 de refrapper tout le cuivre de manière à faire seize roubles au poud.

Pierre III fut proclamé empereur de Russie en janvier 1762 immédiatement après la mort d'Elisabeth I, sa tante. Il fut renversé, en juillet de la même année, par une conjuration qui donna la couronne à Catherine II.

Pendant son règne éphémère, Pierre III fit frapper des ducats, impériales et demi-impériales d'or, des roubles, demi-roubles, pièces de 20 copeks tt pièces de quim^e copeks d'argent. L'oukase du 17 janvier 1762 donna l'ordre de rapporter toutes les pièces d'argent frappées depuis 1700 aux Monnaies de Saint-Pétersbourg et de Moscou, où elles devaient être refrappées. Les lettres n. C. c'est-à-dire Pérédiel Sanktpetersbourskii, remonnayage de Saint-Pétersbourg, ou II. M. Pérédiel Moskojskii, remonnayage de Moscou, indiquaient sur les pièces ainsi pourvues d'une nouvelle empreinte, l'atelier où celle-ci leur avait été donnée. Le même oukase du 17 janvier 1762 ordonna de frapper à nouveau toutes les monnaies de cuivre antérieures à 1757 et de tailler désormais 32 roubles au poud ; pour accélérer l'opération, on créa, à côté des hôtels monétaires de Moscou, de Saint-Pétersbourg et d'Ékaterinebourg, des officines nouvelles à Jaroslavl, à Nijni Novgorod et à Sesterbek.

Catherine II (1762-1796), par un oukase du 18 décembre 176?, fixa le rapport de l'or à l'argent comme i est à 15 et décida que ses espèces seraient désormais frappées conformément à cette proportion. Les monnaies d'or émises sous son règne sont des impériales, demi-impériales et ducats; on frappa en outre en 1766 et 1785 des pièces d'or de deux roubles, en 1779 des roubles, et en 1777 des demi-roubles d'or.

I. Nous parlerons plus loin des monnaies qu'Elisabeth I fit frapper pour la Prusse, TEsthonie et la Livonie.

En argent, la monnaie la plus forte reste le rouble, qui présente quant au type trois variétés. De 1762 à 1766, le buste de rimj)ératrice est orné d'une fraise, de 1767 à 1776 le même buste a le cou sans fraise, enfin, à partir de 1777, la tête est ceinte d'une couronne de laurier.

Les vicissitudes de la monnaie de cuivre recommencèrent sous le règne de Catherine IL Un des premiers soins de cette souveraine fut de faire cesser le monnayage des pièces à 32 roubles au poud pour rétablir, par son oukase du 20 décembre 1762, la taille de 16 roubles au poud. Un ouJcase du 16 février 1770 créa une nouvelle monnaie de cuivre de la valeur d'un rouble, à raison de 16 au poud, ce qui donnait comme poids de chaque pièce deux livres et demie ou environ 1024 de nos grammes. Ces géants monétaires ne furent fabriqués que pendant un an, en 1771, dans l'atelier de Sesterbek. En 1788, deux nouveaux ateliers pour la frappe du cuivre furent créés aux environs d'Ekaterinbourg, l'un sur le bord de l'Icéta, l'autre sur le bord de la Babka. De 1789 a 1799, ^^ monnaya également à Annensk.

Le 29 décembre 1768, Catherine II établit une Banque Impériale qui reçut dans ses attributions d'émettre des assignats et de soigner le monnayage des espèces d'or, d'argent et de cuivre >.

La période historique dont nous avons à nous occuper ici se clôt avec le règne de Paul I (1796-1801). Cet empereur tenta une réforme monétaire qui avait pour but d'introduire en Russie le système hollandais. Par un oukase du 2 décembre, il ordonna à la Banque impériale de faire frapper des ducats avec l'or qui se trouvait dans ses caisses. Le type de ces ducats, que Ton retrouve sur les roubles de 1796, consista, à lavers,

en laigle russe, au revers en un cartouche carré portant en quatre lignes un verset de psaume. Un nouvel oukase du 20 janvier 1797 ordonna de frapper des rot/^/e^ d'argentà 83 ^ zolotniks f»«- 329 de loi et à 14 ^^ de taille à

la livre, qui vaudraient exactement 50 stuivers de Hollande. A ce taux, le rouble valait 1 ^7 copeks des monnaies du règne précédent. Les divisions de la monnaie d'argent devaient être faites en proportion, et toutes les pièces antérieurement émises devaient être refondues. Les types de ces monnaies de 1 797 se composent à l'avers d'une croix formée de

I . Nous parlerons dans les paragraphes suivants des monnaies frappées par Catherine Il pour la Crimée, la Sibérie et la Moldo-Valachie.

quatre n couronnés, réunis autour d'un I, au revers du canouche carré décrit ci-dessus (fig. ; 29). Les roubles portèrent autour de la croix les mots moneta ^f^na rou^/e (monnaie du prix d'un rouble). Les monnaies de cuivre restèrent taillées à raison de seize roubles au poud, mais le type fut changé; elles portèrent d'un côté le monogramme couronné de l'empereur, de l'autre la dénomination de la valeur et la date.

Le système monétaire russo-hol landais de Paul I fut mal accueilli. Dès le ) octobre [797, l'empereur y renonça et ordonna de faire les roubles à raison de 1 9 J à la livre; le titre de Bj j zolotniks fut conservé. Ces nouveaux roubles avaient la même valeur que ceux de Catherine II, soit î6 { stuivers de Hollande. Leur type fut celui des grands roubles de 1797. Lespnltini ou demi-roubles, les poloupoltmi ou quarts de rouble, les gr/vn/ et les />ieces i/e 5 copeks d'argent furent frappées en proportion, Le même oukase du j octobre i797 ordonna la fabrication àtdetnîimpériales d'or au titre de 94^ zolotniks, dont le type diffère peu de celui de la monnaie d'argent.

§ IL — Les dépendances de la Russie.

Nous groupons dans ce paragraphe les diverses régions qui furent soumises à l'autorité où à l'influence de la Russie, dans le cours du xvnio siècle, c'est-à-dire la Prusse orientale, la Livonie et l'Esthonie, la Moldo-Valachie russe, la Crimée, la Sibérie et la Géorgie.

a). — La Prusse orimiale.

En I7j9, les victoires de Palzîg et de Kunersdorf livrèrent la Prusse orientale à l'impératrice Elisabeth Pétrovna. L'année suivante les Russes, poussant plus avant leurs succès, s'avancèrent jusqu'à Berlin,

L'occupation de la Prusse orientale depuis 17(9 jusqu'à 1761 donna lieu à l'émission de monnaies d'argent et de billon selon le système

prussien, pour le paiementde la soldedestroupes{fig.îjo). Ces pièces furent fabriquées à Kônigsberg et à Moscou ; elles consistent en pièces de dixhuit gros ou tytnp/s, enpièces desixgros ou chestaki, en triples, doubles

et simples gros, en shillings ou tiers de gros. Un oukase du 2 mai 1761 ordonna également la frappe de gulden et demi-gulden. Le type de ces diverses monnaies comprend Teffigie d'Elisabeth, l'aigle de Prusse, l'aigle russe, le monogramme de l'impératrice ou l'indication de la valeur placée au milieu du champ. Les légendes sont latines: MONETA REGNI PRVSS.. GROSSVS REGNI PRVSS. etc.

b). — La Lwonie et VEsthonie,

L'impératrice Elisabeth Pétrovna, voulant supprimer l'usage des monnaies étrangères dans les provinces baltiques, où elles continuaient à former la base de la circulation, ordonna par un oukase du 25 octobre 1756, confirmé le 19 mars 1757, de frapper à Moscou des monnaies d'argent particulières, pour la Lîvonie et TEsthonie. Ces monnaies qui portaient le nom de livonaises, portaient à l'avers le buste de l'impératrice avec son nom et son titre en latin, et au revers laigle russe tenant dans le bec, par des cordons, devant sa poitrine, deux écussons aux armes de Riga et de Reval, avec la légende: MONETA LIVO-ESTHO- NICA.

On a frappé des livonaises entières valant 96 copeks, des demi-livonuises, des quarts de livonaise, des pièces de 4 copeks et des pièces de 2 copeks,

c). — La Sibérie.

Sous le règne de Catherine II, furent frappées des monnaies de cuivre spéciales à la Sibérie. Voici, d'après Chaudoir, en quelles circonstances : « Les mines de cuivre de Kolyvan Voskresensk contiennent de l'or et de l'argent, dans le poud de cuivre on trouve environ i U zolotnik d'or fin et ^ I ^^ zolotniks d'argent fin. Comme les frais de l'extraction de cet or et de cet argent furent trouvés trop considérables, il fut ordonné, par oukase du 5 décembre 1763, de faire de ce cuivre des grivenniki, des pièces de 5 copeks, des grocheviki, des copeks, des déniejki et des polouchki, à 2j roubles au poud, compensant par là la perte que faisait le trésor sur les métaux précieux que contenait ce cuivre. > Cette monnaie devait n'avoir cours qu en Sibérie. Son type se composait à l'avers du chiffre de l'impératrice couronné et entouré de lauriers, au revers d'un écu couronné dans lequel étaient inscrites en plusieurs lignes la date et la valeur de la pièce, et que soutenaient deux martres zibelines; une

légende circulaire indiquait la destination de ces espèces : moneta sibirskaia, monnaie de Sibérie.

Des essais de ces pièces furent frappés à Saint-Pétersbourg en 1764, mais le monnayage effectif n'eut lieu qu'à partir de 1766 à Souzoun, près des mines de Kolyvan. On continua à émettre ces pièces jusqu'à l'oukase du 7 juin 1781, qui arrêta la fabrication.

Les monnaies dont nous venons de parler sont les seules qui aient été spéciales à la Sibérie. Les autres pièces fabriquées par les ateliers sibériens rentrent dans la numismatique russe proprement dite.

d). — La Moîdo'Valachie.

Sous le règne de Catherine II, lors de l'occupation de la Moldavie pendant la guerre russo-turque de 1771 à 1774, on émit des pièces de cuivre d'un para ou trois dengui {fig. 3 5 1), de deux paras ou trois copeks, et de cinq copeks, qui n'eurent cours qu'en Moldavie et en Valachie où se trouvait l'armée impériale. Leur type se compose, d'un côté, de l'aigle russechargéou accompagné des écussons ovales de la Moldavie et de la Valachie, de l'autre, soit d'un trophée, soit du chiffre de Catherine II, soit d'une croix formée d'€ entrelacés. p. ,,,

Ces monnaies furent frappées à Sadogoura, petite ville située près de Jassy, par le baron de Gartetiberg, qui avait pris à ferme le monnayage; le métal fut fourni par la fonte des canons pris sur les Turcs. Après la guerre, l'atelier de Sadogoura fut fermé.

e) — La Crimée.

La Crimée, ancienne Chersonèse taurique, formait un état tartare dépendant de la Turquie. En 1774, Catherine II avait fait reconnaître l'indépendance du pays, mais en 1783 elle déposa le Khan, Sahim Gheraï, et fît occuper la Crimée par ses troupes. La paix de Jassy, en 1792, lui en assura la possession définitive.

Peu de temps après la conquête, un atelier fut ouvert à Théodosie. En

1787, lors du voyage de Catherine II en Crimée, il y fut frappé des monnaies en argent portant à l'avers le chiffre couronné de l'impératrice, avec la légende, parfois abrégée, tsarit^a Khersonisa Tavritcheskaf^o, reine de la Chersonèse taurique, et la date. Le revers porte un grand chiffre arabe désignant la valeur de la pièce et le nombre de globules y correspondant, avec les lettres T iVl, initiales des mots tavritckeskaïa moneta, monnaie taurique. C'est sur ce type que furent frappées des pièces de 20, de 10, de j et de 2 copeks.

f). — La GèorgK.

Eréclé H (1762-1798), roi de Géorgie, voulant soustraire ses états à l'influence persane, se mit sous la protection de ta Russie et prêta serment de soumission à Catherine II.

Ce fait historique est rappelé par des monnaies de cuivre (fig, j;j) qui portent à l'avers l'aigle russe. Le revers présente le nom d'Erédé en caractères assomthawrouli et les j. mots : frappé à Tijlis, en arabe,

suivis d'une date de l'hégire.

La Géorgie fut annexée à la Russie en iSoi .

§ m. — Les pays chrétiens des Balkans.

a). — Le vmvodal dt MeUavit.

En 1 1 i ;, la Moldavie dut reconnaître la suzeraineté du Sultan. Depuis i{)S, celui-ci nomma les VoTvodes de Moldavie, qu'il choisit toujours parmi les Grecs fanariotes. La numismatique de ce pays est encore peu connue, et la chronologie des voïvodes est très incertaine. Voici ceux auxquels M. Sturdza attribue des monnaies;

* Stephanitza Vuda, i;i7-27, 'Alexandre Lapuschneanu, rétabli, 1)64-

'Etienne Locusta, iS}8-40.

u Jon Voda le Terrible, 1 (72-74.

' Alexandre Laposchneanu, 1551-61.

•Jean Héraclides, 1561-6}. 'Eusirait Dabija, 1661-66.

Le numéraire de Stephanitza (1517-27) consiste en petites monnaies de billon portant à l'avers les armes de Moldavie, une tête de bœuf vue de face, surmontée d'une étoile. Les légendes sont en latin et en caractères gothiques : MONETA MOLDAVIE — + STEHANVS VOIEVODA. Sous Etienne Locusta (1538-40), les inscriptions latines font place à des légendes slaves : 10) CT€*ANA BO€BOflA rOCHO- AAP Z€MAH MOAAABCKOH, Jo Stefana voevoda gospodar ^emli moldavskoi ; on remarquera la manière dont est coupé le mot gospodar, qui commence à l'avers et se continue au revers.

Les pièces d'Alexandre Lapuschneanu portent l'image de la Vierge, jt^a^rona A/oWaWae, et les légendes sont en latin. Avec Jean Héraclides se montrent les ducats d'or et les fortes espèces d'argent, telles que le thaler; ces monnaies portent son buste et ses armes avec inscriptions pompeuses : HERACLIDIS DESPONTE PATRIS ?klKiae — VINDEX ET DEFENSOR LIBERTATIS PkJRiae 156}.

Les petites espèces d'Ivonia reprennent des inscriptions slaves. Les seules monnaies d'Eustrate Dabija consistent en pièces de cuivre. L'atelier monétaire de la Moldavie, du moins dans les derniers temps des émissions autonomes, était placé à Sutschava.

b). — Le voivodat de Vdlachie.

La Valachie fut rendue tributaire de la Turquie par Mahomet II en 1462, et depuis cette époque les voïvodes furent nommés par le sultan.

On connaît un certain nombre de pièces d or et d'argent de Michel le Vaillant (i 593-1601), mais elles paraissent être plutôt des médailles que des monnaies. Michel Radul (1658-59) émit quelques espèces de billon sur lesquelles il s'intitule : I0 MICHAEL RAD. D. G. ^kLachiae JRansalpinae PRinceps. Sa devise est Si Deus nobiscum quis contra nos.

Une tentative plus sérieuse de monnayage fut faite par Constantin Brancovan (1688-1714), dont il existe des pièces de dix et de cinq ducats d'or, des doubles thalers, des thalers et des gulden d'argent à son buste et à ses armes. Ces émissions ne furent pas renouvelées sous ses successeurs.

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