‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 105 sur 358 · DE L'HÉMATOCÈLE RÉTRO-UTÉRINE · texte numérisé non relu

DE L'HÉMATOCÈLE RÉTRO-UTÉRINE

forces de la malade sont bien conservées; mais quand la constitution est détériorée, les aliments doivent être nourrissants et en rapport avec l’hygiène générale que nous avons conseillée dans ces cas. La diète et les débilitants ne serviraient ici qu’à favoriser les progrès de la maladie.

De l’hématocèle rétro-utérine,.

[L'affection que nous allons décrire a été également désignée sous le nom d'hématocèle péri-uterine, de tumeurs sanguines de l’excavation pelvienne ; c’est aux travaux de MM. Laugier, Nélaton, H. Bourdon, Viguès, A. Voisin (4), que nous en devons la connaissance. Elle est constituée par un kyste sanguin developpé du côté de la face postérieure de l'utérus, entre cet organe et le rectum.

Anatomie pathologique, — Les pathologistes ne sont pas d'accord sur le siége exact de l’hématocèle rétro-utérine. M. Viguès, après avoir émis l’idée que l’épanchement sanguin est toujours extra-péritonéal, a bientôt renoncé à cette opinion. MM. Huguier, Nonat, Becquerel, pensent que l’hématocèle est tantôt intra, tantôt extra-péritonéale ; M. A. Voisin (2) place le siége de l'épanchement sanguin exclusivement dans la cavité péritonéale. Le kyste forme une cavité limitée, en avant, par la face postérieure de l’utérus et de l’un ou des deux ligaments larges; en haut, par une portion du rectum, de VS iliaque, une ou plusieurs anses d’intestin grêle et le cæcum, le tout uni par des adhérences celluleuses ; en arrière, par le rectum et la partie posté rieure de l’excavation du bassin, latéralement par les parties latérales de celle excayation; en bas, par le cul-de-sac utéro-rectal du péritoine.

Ce kyste est simple ou multiple; il forme une tumeur plus ou moins volumineuse remplissant le petit bassin et adhérant aux parois de l'enceinte pelvienne ; tantôt il est tout à fait indépendant de la paroi postérieure de l’utérus; d’autres fois il est: tellement uni à celte même paroi qu’on le croirait développé awx dépens du tissu utérin (Viguès). Les parois de la poche sont résistantes, épaisses de plusieurs centimètres, constituées par un tissu mou, élastique, fibrineux. A l'intérieur du kyste, on trouve du sang à l’état liquide ou coagulé ; quelquefois un liquide transparent, jaunâtre, légèrement visqueux ; ou bien enfin une matière liquide, sanieuse, purulente et très fétide, mélangée ou non de caillots fibrineux. Dans deux cas, Viguès n’a jamais pu faire pénétrer dans l’intérieur de la poche un liquide injecté, après la mort, par les artères utérines et ovariques.

(1) Laugier, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. V. article Bassin. — — H. Bourdon, Revue médicale, 1841. — Viguès, Thèses de Paris, 1850. — Aug. Voisin, Thèses de Paris, 1858,

(2) De l’hématocèle rétro-utérine et des épanchements non enkystés de la cavité péritonéale du petit bassin. Paris, 1860, p. 211. C’est dans cette excellente monographie que j'ai puisé les éléments de cet article,

Causes. — L’hématocèle rétro-utérine se développe chez les femmes jeunes, douées d’une bonne constitution et chez lesquelles il existe des troubles de la menstruation ; quelquefois c’est après des excès de coït, ou sous l'influence d’une violence extérieure que l’épanchement se forme, ainsi par la pénétration d’un échalas entre le rectum et le vagin (Valleix).

D’après M. A. Voisin (1), l’altération du sang survenant dans le cours des fièvres éruptives, l'abondance antérieure des règles, l’état habituel de pléthore, sont des causes prédisposantes.

Toutefois, puisque cette affection se rattache le plus souvent à des troubles dans le travail de la menstruation, il convient de rechercher le rapport qui peut exister entre la cause et l'effet. Or, on sait qu’à chaque période menstruelle l'ovaire est le siége d’une fluxion sanguine qui a pour conséquence de produire la rupture d’une vésicule de de Graaf et l’expulsion de l’ovule : toutes les fois que ce travail congestionnel reste dans les limites physiologiques, il n’en résulte aucun trouble, mais si le raptus sanguin devient plus énergique, il se formera un véritable épanchement de sang, soit dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, soit dans la cavité péritonéale elle-même ; dans ce dernier cas, l'épanchement produira un travail d'inflammation qui aura le plus souvent pour conséquence de circonscrire le sang au moyen de fausses membranes, et c'est ainsi que le kyste aura son siége dans l'intérieur du péritoine.

L'abondance de l'hémorrhagie, l’altération préalable du sang, la rétention de ce liquide dans l’atérus, avant l'issue dans le péritoine par les trompes, la rupture de veines ovariques variqueuses, sont, d’après la remarque de M. A. Voisin, des conditions défavorables à l’enkystement du sang.

On à encore cru pouvoir rendre compte de la production de l’hématocèle rétro-utérine par d’autres explications plus ou moins hypothétiques : c’est le reflux du sang menstruel de l'utérus à travers la trompe (Bernutz); c’est la rupture de varices qui vont se rendre à l'ovaire (Richet, Devalz). C'est une hémorrhagie tubaire (Puech, Trousseau), une apoplexie ovarique (Laugier, Scanzoni). M. A. Voisin, après avoir discuté ces diverses Opinions, a été conduit à admettre, pour la formation de l’hématocèle rétro-utérine, trois causes qui sont dans l'ordre de fréquence : l’hémorrhagie ovarienne, l’hémorrhagie tubaire, et le reflux du sang de l'utérus dans les trompes.

Symptômes. — La maladie est souvent précédée d’un malaise, de troubles menstruels divers, tantôt d’une suppression de règles, tantôt de métorrhagies. Les femmes se plaignent de douleurs dans l'abdomen, d’une sensation de poids dans le bas-ventre; elles perdent l'appétit, éprouvent des nausées, quelquefois même ont des vomissements bilieux, de la constipation, de la fièvre. Elles sont faibles, maigrissent , deviennent pâles, et s’apercoivent de l’augmentation dans le volume du ventre.

Si l'on examine alors l’abdomen, on le trouve ballonné, tendu, convexe,

4) Loc. cit., p. 83.

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