‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 108 sur 358 · MÉTRITE INTERNE OU CATARRHE UTÉRIN · texte numérisé non relu

MÉTRITE INTERNE OU CATARRHE UTÉRIN

[Nous comprenons sous ce nom l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur de la cavité du corps de l'utérus. Gette affection est rare ; le plus souvent la métrite interne reste circonscrite. dans la cavité du col utérin, sans se propager dans la cavité du corps de l'organe.

Causes.— C’est une inflammation ancienne de la cavité du col prolongée dans la cavité du corps, ou bien encore ce sont des inflammations consécutives à l’accouchement ou à un avortement; la propagation d’une blennorrhagie vaginale à la muqueuse utérine.

Symptômes.— Pour l'intelligence de ces symptômes, il faut avoir et à une disposition anatomique que présente l'utérus dans l’état normal et qui a été signalée par M. Bennet (1) D’après ce médecin, la cavité utérinetest une cavité double, dont l’une appartient au corps et l’autre au col de l’utérus. La première est de forme triangulaire à base tournée en haut et à sommet dirigé en bas ; la seconde est fusiforme. A la réunion des deux cavités, existe pendant la vie une sorte d’étranglement ou de coarctation qui ferme la cavité du corps et qui est assez prononcée pour mettre obstacle à l'introduction d’une sonde dans l’intérieur de la cavité du corps, à moins que ce cathétérisme ne soit pratiqué quelques jours après l'accouchement ou après la période menstruelle. Or, l'effet constant, en cas d’inflammation de la muqueuse du corps de l'utérus, c'est de faire disparaître cet étranglement

(4) Loc, cit,

et en conséquence de permettre à une sonde de le franchir, Le cathétérisme fait de la sorte apprengl que la cavité utérine est dilatée et que les parois en sont plus sensibles qu’à l’état normal. En même temps, 1l existe un écoulement séro-sanguinolent plus ou moins abondant et une douleur sourde et profonde dans la région de l'utérus, en arrière et un peu au-dessus du pubis. La menstruation est troublée, les règles fréquentes ; parfois se montre une légère réaction fébrile, se reproduisant après ja marche ou aux époques menstruelles,

Marche, terminaisons, — [Lorsque la métrite interne complique la métrite aiguë, les deux affections se terminent souvent par résolution, ou bien elles passent à l'état chronique, Dans ce dernier cas, la métrite interne peut être suivie d'ulcérations, et alors la muqueuse sécrète une matière composée de pus, de sang et de mucus qui s'échappe à travers l’orifice du col.

Diagnostie.— Cette aflection peut être confondue avec la métrite aiguë, la métrite chronique, l'inflammation de la cavité du col.

Dans la métrite aiguë, la réaction fébrile est plus vive, la douleur locale plus intense, la sensibilité du corps de l'utérus au contact plus développée, Dans la métrite chronique, la sensibilité de l’utérus est, comme nous l’avons dit, circonscrite, et il existe une tuméfaction locale. Dans l’inflammation de la cavité du col, cette cavité est dilatée; l’orifice interne du col reste fermé ; l'écoulement mucoso-puriforme fourni par la surface enflammée n’est jamais mélangé de sang.

Anatomie pathologique. — Dans un cas de métrite interne non puerpérale, et terminée par la mort, le docteur Hall Davis a rencontré de larges ulcérations inflammatoires de la muqueuse, à la face interne de la cavité utérine ; la cavité du col était saine ; l’organe tout entier présentait une augmentation de volume, les parois en étaient épaissies et la cavité largement dilatée.

Æraîitement. — La métrite interne doit être combattue par les mêmes moyens que la métrite du .col (voir plus loin). En cas d’insuccès, il faut cautériser la muqueuse de la cavité utérine avec un crayon de nitrate d'argent. Les injections tnéra-utérines ont donné lieu à des accidents parfois très graves ; 41 faut donc les employer avec une grande réserve. Le lecteur trouvera plus loin un paragraphe spécial sur ce sujet dont M, Vidal s’est beaucoup occupé. |

h° DE LA MÉTRITE DU COL DE L'UTÉRUS.

[Causes, — Bien que cette affection soit surtout fréquente pendant la période de la vie où les femmes sont réglées, il résulte néanmoins des recherches de M. Bennet (1) que les femmes werges n’en sont pas à l’abri et dans ce cas la métrite atteint surtout les sujets pléthoriques, doués d’un tempérament sanguin. Chez les femmes menstruées, au contraire, la métrite du col se développe plutôt chez celles qui ont une constitution faible, un tempé-

(4) Troie pratique de l’inflammation de l'utérus,

rament lymphatique. La situation déclive du col et la stase sanguine qui en est la conséquence, la congestion menstruelle dont le col est si souvent Île siége, la grossesse, sont autant de causes prédisposantes ; il en est de même du travail de l'accouchement qui est accompagné si souvent de déchirures du col. On a encore signalé : l’irritation du col par le fait seul du contact de l'organe avec le rectum en cas d’antéversion de l'utérus ; l'abus des rapprochements sexuels; la station debout ou assise trop longtemps prolongée; l'usage des pessaires; l’extension au col de l'utérus d’une inflammation du vagin ; l'exposition directe du col au contact de l'air, au frottement ou aux violences extérieures dans la chute complète de l'utérus; l'existence d’un polype ou d’un corps fibreux en contact avec le col utérim.

Symptômes. — Il existe des signes locaux et des troubles fonctionnels :

Les signes locau:c sont révélés par le toucher vaginal et par l'examen direct du col au moyen du spéculum. IS diffèrent suivant l'espèce de lésion dont le col de l'utérus est le siége. En général l’inflammation présente deux périodes, la première caractérisée par l’hypérémie, la rougeur et le gonflement du tissu du col; la seconde par un travail ulcératif.

1° Dans l’inflammation simple, la muqueuse du col ne donne plus de

sensation onctueuse au toucher, il y a augmentation de volume de l’organe qui présente une consistance plus prononcée et même de l’induration lorsque l’inflammation s’est propagée aux couches profondes. La muqueuse qui tapisse le col à l'extérieur offre une rougeur vive tantôt uniforme, tantôt sous forme de papules, quelquefois des pustules blanchâtres qui sont le résultat de l’hypertrophie des follicules muqueux ou de leur distension par du mucopus. En même temps la cavité du col est plus ou moins dilatée et l’orifice externe entr'ouvert, la muqueuse qui tapisse cette cavité est d’un rouge livide foncé; elle saigne facilement par le contact avec un stylet; elle est couverte de muco-pus ou de mucus glaireux transparent.

20 Il est une forme de métrite du col qui exige une mention spéciale, c’est celle que plusieurs auteurs ont décrite sous le nom de mérite granuleuse ou de granulations du col; on en place le siége dans les follicules muqueux de lorgane. A l’aide du spéculum on découvre, au niveau de l’orifice utérin, une plaque de forme arrondie ou elliptique, quelquefois irrégulière et déchiquetée sur les bords, pénétrant plus ou moins profondément dans la cavité du col, occupant une plus grande étendue sur l’une des lèvres que sur l’autre, rarement bornée à l’une de ces dernières. Cette plaque est couverte de petites saillies arrondies ou granulations, du volume d’un grain de millet ou d’une tête d’épingle, d’un grain de chènevis ou même d’une petite lentille, agglomérées et confluentes, d’une couleur rouge très prononcée, d’un rose vif ou même d’une teinte violacée, d’une consistance assez forte pour donner au toucher la sensation degrains de sable (Boivin), ou de velours d’Utrecht (Chomel), La surface malade et l’orifice du col sont

INFLAMMATION DE L'UTÉRUS. Lh09

recouverts d’une quantité plus ou moins considérable de matière visqueuse pareille à du blanc d'œuf; aussi est-il nécessaire d’enlever ce produit de sécrétion morbide pour reconnaître la nature de l’altération. Ajoutons que la surface granulée saigne facilement par le moindre contact.

3° LES ULCÉRATIONS INFLAMMATOIRES SIMPLES occupent le plus souvent la partie centrale et la circonférence de l’orifice du col, quelquefois une des lèvres, notamment la postérieure; elles peuvent s'étendre dans la cavité du col. Leur profondeur est variable ; tantôt ce sont de simples excoriations tellement superficielles que l’épithélium seul paraît avoir été enlevé ; tantôt toute l'épaisseur de la muqueuse est comprise dans le travail ulcératif. En général, la surface de l’ulcère est couverte d’une couche abondante de mucopus qu’il faut enlever avec soin pour bien juger de l’état des parties malades ; on constate alors que l’ulcération présente une couleur rouge plus ou moins foncée, à bord irréguliers peu saillants.

L'aspect des ulcérations inflammatoires du col de l'utérus n’est pas le même dans tous les cas, ce qui a motivé la distinction de plusieurs espèces :

a. Ge sont quelquefois de simples excoriations.

b. Ce sont des ulcères plus ou moins profonds, constitués, tantôt par de petites saillies acuminées plus ou moins confluentes qui rappellent l'aspect d’un vésicatoire en suppuration depuis quelques jours ; tantôt par des saillies plus considérables et plus arrondies, grosses comme des têtes d’épingle et semblables à de petits bourgeons charnus; tantôt enfin par des bourgeons larges et saillants. Cet aspect leur a fait donner le nom d’ulcères granuleux ou bourgeonnés.

ce. Parfois ce sont des ulcérations larges, saillantes, d’un rouge foncé, à surface molle, fongueuse, saignant facilement au moindre contact : ulcères fongueux.

d. Enfin, on rencontre encore des ulcérations grisâtres reposant sur un tissu très dur, peu élastique, et ressemblant aux vieux ulcères calleux et indurés qui se montrent à la jambe: w/céres calleux

Toutes les ulcérations que nous venons de décrire sont accompagnées d’une sécrétion plus ou moins abondante, constituée par un mucus plus ou moins épais, par un mélange de mucus et de pus, par un pusépais et jaunâtre, ou enfin par un mélange de pus et de sang. Elles coexistent souvent avec une hypertrophie du col plus ou moins considérable ou avec une simple induration de cet organe. L’hypertrophie et l’induration peuvent affecter l’une des deux lèvres de l'organe ou les deux à la fois. Avec l’hypertrophie du col existe souvent aussi un abaissement de l’utérus ou un déplacement de l’organe soit en avant, soit en arrière, soit sur l’un des côtés.

Les troubles fonctionnels que l'on observe chez les femmes atteintes de métrite du col sont très variables. Quelquefois il n'existe aucune douleur locale ; d’autres fois les malades se plaignent d’une douleur dans la région

ovarique, dans la région lombaire, dans la région sacrée, derrière le pubis, dans les hanches, les aines, les cuisses, sur le trajet du nerf sciatique, du nerf crural ou du nerf obturateur, La menstruation est en général douloureuse, surtout chez les femmes vierges (Bennet), irrégulière ; tantôt les règles coulent en très petite quantité, tantôt avec abondance. Rien de plus fréquent que d'observer la stérilité, soit parce que la vitalité de l’utérus profondément modifiée par l’inflammation du col, s'oppose à ce que l’ovule séjourne dans la cavité utérine, soit parce que la sécrétion mucoso-purulente du col apporte un obstacle mécanique à la pénétration du sperme. Il y a plutôt de Péloigne= ment que de la propension pour les rapprochements sexuels qui causent sou= vent des douleurs vives. ;

Lorsque l'affection dure depuis quelque temps, il survient des troubles dans la plupart des fonctions de l'économie. L’appétit est diminué ou consis dérablement augmenté, il y a des nausées, des éructations. des flatuosités, quelquefois même des vomissements après le repas: une douleur sourde à l'épigastre, la langue est blanche ou jaune, les selles sont rares. Les femmes accusent parfois des douleurs très vives sous le sternum ou dans les parois de la poitrine ; elles sont essoufflées au moindre exercice; le pouls est petit, faible et irrégulier ; les urines sont rendues avec douleurs et renferment une plus grande quantité d’urate d'ammoniaque (Bennet). 1! survient un amai= grissement plus ou moins prononcé. Il y a une céphalalgie intense frontale ou occipitale ; l'intelligence et les sens sont affaiblis; il a parfois de l’hyperz esthésie et souvent des phénomènes nerveux ; c'est surtout chez les femmes vierges que l’on observe des perturbations graves, des attaques d'hystérie violentes, principalement aux époques des règles. Lorsque linflammation du colde l'utérus atteint des femmes pendant la grossesse, il en résulte souvent un avortement, soit par des hémorrhagies répétées, soit par des maladies du placenta.

Marche et terminaisons. — L'inflammation du col de l'utérus et les ulcérations qui en sont la conséquence ont une durée longue. Tantôt la. maladie à une marche rapide et exerce de bonne heure'une fâcheuse’influence sur la santé générale: tantôt au contraire la santé reste intacte pendant longtemps ‘et l'affection se perpétue sans éveiller la sollicitude des femmes:

Diagnostie. — Il n'arrive que trop souvent qu'une métrite du col est complétement méconnue, et que les symptômes éprouvés par la malade sont mis sur le compte d'une autre affection. Faute de se livrer à l'examen de l'organe souffrant, on attribue les troubles fonctionnels, accusés par la patiente, à une faiblesse constitutionnelle, à une dyspepsie, à une névrose, etc. Le toucher vaginal et l'examen au spéculum sont indispensables pour dissiper toute incertitude. À cet égard, M. Bénnet (1) conseillé d’une manière formelle, et dans le cas où l’on soupçonne une maladie du col de l'utérus

(4) Traité de l'inflammation de l'utérus.

INFLAMMATION DE L'UTÉBUS. A

chez une femme vierge, de, ne pas hésiter à pratiquer les deux modes d'exploration que nous venons de mentionner, soit en dilatant l'ouverture de la membrane hymen, soit en fendant même cette membrane. Nous exposerons plus tard le diagnostic différentiel de la métrite chronique du cl et du cancer de l’utérus, celui des ulcères inflammatoires simples et des ulcères cancéreux du même organe,

Pronostic et traitement. — Si on veut bien se rappeler l'influence fâcheuse que la métrite du col exerce sur la santé générale, sur la marche de la grossesse et sur les fonctions génitales, les accidents graves auxquels elle donne lieu chez les femmes vierges, on comprendra qu’elle doit attirer toute la sollicitude du praticien.

Les moyens thérapeutiques ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Lorsqu'il existe une inflammation aiguë du col, il faut recourir aux injections émollientes, en se servant d’une décoction de graine de lin, de racine de guimauve, de tête de pavot, d’eau tiède additionnée de quelques gouttes de laudanum ou de teinture de jusquiame, Lorsque les douleurs sont intenses, on donnera des lavements narcotiques ; on administrera le chloroforme à l'intérieur, à la dose de 30 ou 40 gouttes battues avec un jaune d'œuf. On preserira le repos le plus absolu dans la position horizontale ; des bains entiers.

L'inflammation subaiguë ou chronique du col réclame les injections astringentes avec le sulfate d’alumine, le sulfate de zinc ou l’acétate de plomb, à la dose de 4 grammes de chacune de ces substances pour un litre d’eau. On peut aussi employer une décoction d'écorce de chêne ou une solution de tannin. C’est dans cette forme de phlegmasie qu'on a conseillé d'appliquer des sangsues sur le col de l'utérus, en se servant d’un spéculum pour porter ces annélides sur l'organe affecté, et en prenant la précaution d'empêcher leur introduction dans la cavité du col, au moyen d’un tampon de charpie que l’on porte au préalable dans l’orifice du museau de tanche, Cette application est parfois, suivie d’un écoulement assez abondant pour inquiéter la malade; le meilleur moyen d'arrêter cette hémorrhagie est de pratiquer quelques injections vaginales avec une solution d’alun, Lorsque l’inflammation résiste aux moyens précédents, le docteur Bonnet conseille de toucher, environ tous les cinq jours, la muqueuse du col avec une solution concentrée de nitrate d’argent ou avec un crayon de pierre infernale.

L'hypertrophie et l'induration du col de l'utérus seront combattues par la même série de moyens. Dans les cas rebelles, on à essayé l'emploi, à l’extérieur et à l’intérieur, de préparations mercurielles et iodurées. M. Bennet

a recours à des cautérisations profondes du col avec la potasse ou le cautère actuel, non pas dans le but de détruire le col hypertrophié, mais pour déterminer une #nflammation éliminatrice au moyen d’une eschare superficielle et limitée. D’autres praticiens ont fait l’amputation du col de l’utérus.

Lorsqu'il existe des ulcérations, il faut, après avoir combattu le travail

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