‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 115 sur 358 · CORPS FIBREUX DE LA MATRICE · texte numérisé non relu

CORPS FIBREUX DE LA MATRICE

quelques dérangements de la menstruation qu’on attribue à d’autres causes.

Nombre. — Les corps fibreux sont ordinairement multiples : parfois on en observe un seul dans le tissu de la matrice ou sous une deses enveloppes ; plus souvent leur nombre est considérable, surtout s'ils ont très peu de volume.

Forme. — Leur forme est ordinairement arrondie ou méplate: « ils étaient globuleux quand, plongés dans la substance de l'utérus, ils en occupaient les angles tubaires ; ils étaient oblongs, aplatis, s’ils avoisinaient la ligne médiane. » (Madame Boivin.) Lorsqu'’elles sont nombreuses, ces tumeurs se déforment mutuellement, s’aplatissent par compression, ou bien se confondent, se soudent en masses bosselées, Ces inégalités peuvent être dues à un accroissement irrégulier du corps fibreux. |

Volume. — Les différences de volume sont bien plus marquées encore que celles de forme. On trouve quelquefois dans l'épaisseur du museau de tanche un grand nombre de petits corps blancs, comme des lentilles, et même plus petits ; ils sont durs comme du cartilage ; ils adhèrent intimement au tissu environnant , tandis que sur divers autres points de la matrice, on en voit égaler le volume d’un œuf, celui du poing, et même celui de la tête d'un homme. On en a décrit un du poids de trente-neuf livres (Gaultier de Claubry).

Connexions. — Il cst rare que les tumeurs englobées dans les parois utérines soient unies solidement et se continuent avec le tissu musculaire ; le plus souvent l’adhérence a lieu seulement par des filaments déliés, par de petits vaisseaux. Les tumeurs se détachent si aisément, qu'on les croirait enkystées. Des adhérences tout aussi faibles unissent à la matrice celles qui sont sous l'enveloppe péritonéale ; mais le péritoine leur sert aussi de moyen d'union avec l'utérus : il leur forme parfois un véritable pédicule, dans lequel se trouvent quelques vaisseaux et quelques filaments celluleux: on dirait alors des polypes abdominaux. Au lieu d'être sous l’enveloppe péritonéale, les corps fibreux peuvent naître sous la muqueuse ; ils font saillie dans la cavité de l'utérus, la remplissent plus ou moins et la déforment. Il est fréquent alors de voir cet organe prendre un accroissement notable; on peut aussi constater que les faisceaux de l'utérus se prononcent, se dessinent nettement comme dans la grossesse. Au lieu de cette hypertrophie, il y a quelquefois atrophie, un amincissement au moins de la paroi opposée à celle qui supporte la tumeur. Boivin et Dugès ont observé une fois un changement de forme assez singulier, dû à une semblable cause : la matrice représentait un cône de dix pouces de longueur dont la pointe était formée par son angle supérieur du côté droit, du sommet à la base, c’est-à-dire jusqu’à l’orifice utérovaginal ; on mesurait neuf pouces à la cavité utérine, dont la forme était celle d’un canal de peu de largeur:

‘Texture. — Selon Bayle, ces tumeurs ont trois phases : elles sont d’abord charnues et molles, puis dures et cartilagineuses ; elles finissent par s’ossi-

fier. Dans le plus grand nombre des cas, leur tissu ressemble beaucoup à celui de la substance intervertébrale; c’est la même dureté, la même disposition de fibres. Ces fibres, et cette circonstance remarquable qu’elles vont toujours en augmentant de consistance, distinguent ces dégénérescences de la dégénérescence squirrheuse, laquelle donne lieu à des tumeurs sans fibres distinctes, et qui, au lieu d'augmenter toujours de consistance, se ramollissent avec le temps.

[Les tumeurs fibreuses de l'utérus sont formées d’un tissu évidemment de nature fibreuse ; à l’œil nu, on distingue des faisceaux de fibres jaunâtres ou d’un blanc rosé, entrecroisés en tous sens ou disposés par couches concentriques. Au microscope, Lebert à trouvé ces faisceaux fibreux constitués : 1° par des faisceaux de fibres musculaires de la vie organique formant le quart ou la moitié du tissu morbide; 2° par des fibres de tissu cellulaire ; 3° par des éléments fibro-plastiques ; et 4° par de la matière amorphe. |

Symptômes. — Pour bien étudier les symptômes des corps fibreux, il faut distinguer leur siége ; ils sont : 4° sous l’enveloppe péritonéale de la matrice; 2° dans le tissu propre de la matrice; 3° sous la membrane muqueuse. Ces derniers donnent lieu aux mêmes phénomènes que les polypes; leur symptomatologie se lie donc à celle de ces corps, qui seront étudiés das le prochain article. Il ne sera question ici que de la première et de la seconde espèce.

1° Les corps fibreux sous-péritonéaux ne donnent d’abord lieu à aucun symptôme particulier, et sont longtemps ignorés; mais, en se développant, ils gênent plus ou moins les organes voisins de la matrice; il y à des malaises ou poids à l'hypogastre et dans le bassin; la palpation découvre une tumeur plus ou moins arrondie, dure, non douloureuse, tantôt profonde et comme enfoncée dans le bassin, tantôt très accessible à la région hypogastrique, vers une des fosses iliaques, où elle fait quelquefois saillie. En se développant, la tumeur gêne toujours de plus en plus la vessie, les intestins : cependant elle est plus facilement tolérée que les tumeurs qui ont une autre: origine; car si, même après avoir acquis un volume assez considérable, le développement de la tumeur s'arrête, le poids, la gêne éprouvée par la malade disparaissent peu à peu, et la vie peut longtemps continuer, malgré la présence de cette espèce de corps étranger.

2° Les corps fibreux qui sont nés dans la substance même de la matrice restent aussi longtemps ignorés, surtout quand ils sont petits et qu’ils occupent le corps de l’organe. Ceux du col, quoique d’un petit volume, donnent plutôt lieu à des symptômes qui engagent la malade à consulter un chirurgien, lequel peut reconnaître, par le toucher, la présence de ces corps. Mais il est facile alors de les confondre avec ces duretés circonscrites qui sont les premiers germes de certains cancers de l’utérus. Leur développement pent être cause de dysménorrhée. Quand les corps fibreux qui sont nés dans l'épaisseur du corps de la matrice augmentent de volume, às troublent plus

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