‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 117 sur 358 · KYSTES SÉREUX · texte numérisé non relu

KYSTES SÉREUX

[Anatomie pathologique. — Ces kystes ontleur siége au-dessous du péritoine ou au-dessous de la membrane cellulo-fibreuse et filamenteuse qui unit la séreuse au tissu propre de l'utérus: quelquefois ils occupent l'épaisseur du tissu propre de la matrice ; ils se développent plus fréquemment sur la face postérieure que sur la face antérieure de l’organe. Les uns sont pédiculés, d’autres sont sessiles ; leur volume varie depuis un grain de millet jusqu’à celui d’une orange. Ils sont solitaires ou multiples. D’après Les recherches de M. Huguier, ils sont formés de trois ou quatre couches, suiyant le siége qu'ils occupent : une couche interne ou membrane propre du kyste, une couche moyenne appartenant à la membrane cellulo-fibreuse de l'utérus, celle-ci peut manquer; une couche externe ou péritonéale, quelquefois enfin une couche plus externe encore, ou pseudo-membraneuse, lorsque le péritoine s’est enflammé. 1l faut y ajouter une couché formée par le tissu utérin, lorsque le kyste est interstitiel. Ces kystes ne reçoivent jamais de vaisseaux volumineux ; le liquide qu'ils renferment est aqueux, non filant, coagulable par la chaleur.

Symptômes. — Tant que ces kystes n'ont pas acquis un grand volume, ils ne donnent lieu à aucun trouble fonctionnel. Plus tard, les femmes accusent un sentiment vague de malaise, de pression et quelquefois d’un poids insolite. Sile kyste s’est développé en avant, il existe des besoins fréquents d'uriner et la tumeur peut quelquefois être sentie, par le toucher vaginal, entre la vessie et l'utérus. Elle ressemble alors à d’autres tumeurs qui se développent dans la même région, à un corps fibreux de l'utérus, à une tumeur encéphaloïde de la paroi antérieure de l'organe, à un abcès froid, Si

h32 MALADIES DE LA MATRICE.

le kyste s’est développé entre l’utérus et le rectum, il occasionne une sen sation de pesanteur sur l'intestin, des besoins d’aller à la garderobe ; par le toucher vaginal on peut souvent reconnaître la tumeur au-dessus du eulde-sac postérieur du vagin.

Le diagnostic de ces kystes est très difficile; on peut les confondre avec des tumeurs fibreuses de l'utérus, avec une hydropisie de l'ovaire, avec un abcès froid, une rétroversion de l'utérus. Une ponction exploratrice à travers le vagin permettra seule dans beaucoup de cas d’en reconnaître la nature exacte.

Eraitement.— M. Huguier conseille de s’en tenir aux moyens généraux, pour les tumeurs qui occupent le fond et la partie supérieure de l'utérus, tant qu’elles n’occasionnent pas d'accidents. Si le kyste atteint des dimensions considérables, il faut lui opposer le traitement des kystes ovariques. Pour les kystes de la partie inférieure de l'utérus, ceux qui font saillie dans le vagin seront ponctionnés au moyen d’un bistouri; etsi, après l'évacuation du liquide, la poche se reproduit, on combinera la ponction avec une injection iodée. |

Polypes de l'utérus.

[Les polypes de l’utérus sont des excroissances qui tirent leur origine, par un pédicule plus ou moins large, de la surface muqueuse du col où du corps de la matrice.

Classification.— Les auteurs ont varié sur le nombre d'espèces de polypes utérins dont ils ont admis l'existence. Levret (1) reconnaît des polypes durs, charnus ou sarcomateux et des polypes vivaces: Lefaucheux en distingue de vésiculaires, de pulpeux, de fibreux, de fibro-cartilagineux et d’osseux ; pour Boyer, la plupart de ces polypes sont de nature fibreuse ; M. Malgaigne (2) en a décrit cinq espèces : les polypes par hypertrophie ; les môliformes et les fibreux. Enfin Marjolin (3) les a rapportés aux quatre variétés suivantes : polypes vésiculaires proprement dits ; polypes vésiculaires . vasculaires ; polypes fibreux ; polypes sarcomateux différant des derniers par la prédominance relative de l'élément vasculaire sur l’élément fibreux. Nous croyons qu'il est possible de simplifier cette division complexe et sans rien préjuger sur l’organisation de ces polypes, nous en admettrons deux grandes classes, les polypes mous et les polypes durs. sé

Anatomie pathologique. — 1° Polypes mous {polypes vésiculaires ; polypes vésiculaires blancs ; pol ypes vésiculaires vasculaires).

(4) Observations sur la cure radicale de plusieurs polypes de la matrice, de la gorge et du nez, 3° édition, Paris, 4771.

(2; Des polypes utérins, thèse de concours de l'agrégation, 1832,

(3) Dictionnaire de inédeciné en 30 volumes, article Urénus,

Ainsi que l'indique le nom qu’on leur à imposé, ils sont formés d’un tissu peu résistant ; le plus souvent ils sont petits : quelquefois ils offrent une longueur assez considérable pour descendre jusqu’au niveau de la vulve: ils naissent de la surface des lèvres ou de la cavité du col de l'utérus. Is sont formés à l'extérieur d’une membrane très mince avec ou sans vaisseaux sanguins ramifiés sur cette membrane, et à l’intérieur d’un tissu cellulaire délié dont les aréoles contiennent un liquide visqueux demi-transparent. D'après les travaux de MM. Robin (1), Huguier (2) et Luna (3), ces polypes résultent d’une hypertrophie des follicules muqueux qui existent en si grand nombre au col de l'utérus, on pourrait donc les appeler polypes /o/liculaires.

Gomme transition à la seconde classe de polypes ou aux polypes durs, nous signalerons une variété décrite par M. Luna sous le nom de polypes wtérofolliculaires. Is sont composés d’une masse fibreuse analogue au tissu de l'utérus; cette masse est recouverte par la muqueuse hypertrophiée en tout ou en partie, c’est-à-dire qu’elle offre à la surface un ou plusieurs kystes folliculaires constituant de véritables polypes folliculaires.

2° Polypes durs (polypes par hypertrophie du tissu utérin; polypes fibreux, fibro-cartilagineux, sarcomateux).

Ces polypes sont généralement connus sous le nom de fibreux. Leur histoire est liée d’une manière tellement intime à celle des corps fbreux ou des tumeurs fibreuses de l'utérus, qu’il est impossible de séparer les uns des autres. Je renvoie donc le lecteur à la page 426 de ce volume.

Les polypes fibro-cartilagineux, osseux, les concrétions pierreuses de l'utérus, sont des polypes fibreux anciens, dont l’organisation a été modifiée. Nous ajouterons, pour compléter le tableau précédent, que plusieurs chirurgiens, Saviard, Boudou, Dupuytren, J. Cloquet et Richerand, ont rencontré quelquefois une véritable cavité dans l’intérieur des polypes fibreux de l'utérus. |

Causes.— Les polypes utérins sont une des affections que l’on rencontre fréquemment, et, d’après Bayle, les corps fibreux de l'utérus atteignent environ la cinquième partie des femmes qui ont dépassé l’âge de trente-cinq ans. D'après un relevé fait par M. Malgaigne, les polypes ont leur maximum de fréquence chez les femmes de trente à quarante ans. Aucun tempérament n’en est à l’abri ; il en est de même des professions. Du côté de l’état antérieur de la santé, de la menstruation, des fonctions sexuelles, on ne trouve aucune indication qui puisse expliquer le développement de la maladie.

(1) Mémoire pour servir à l’histoire anülomique el pathologique de la muqueuse utérine, eic. (Archives générales de médecine, 1848, t, IT). (2) Des kystes dela matrice et des kystes folliculaires du Ps (Mémoires de la Société de chirurgie, t. 1).

(3) Thèses de Paris, 1852, Des kystes folliculaires de la matrice et des polypes wtéro-folliculaires. | VIDAL, T. Vs —— 5° ÉDIT. 28

: F SOOUTEREE

n3l MALADIES DE LA MATRICE,. ï Relatifement at mode de formation des polypes, on à émis une Série d'hypothèses qu'il nous suffira de citer : l’organisation du mucus (Ghaussier), un renversement incomplet de l'utérus (Malgaigne), l'organisation d’un caillot sanguiu (Velpeau), l'hypertrophie du tissu musculaire de l'utérus (Lebert).

Symptômes. — Ils varient suivant qu'il existe un polypé mou où un polype dur. |

Les symptômes des polypes mous sont analogues à ceux des kystes muqueux du col de l’utérus (voy. page h30). Il ne sera donc question ici que des polypes fibreux; il faut les envisager pendant trois périodes de leur évolution, alors qu’ils sont encore contenus dans la cavité de l'utérus, qu’ils sont descendus dans la cavité du col, ou bien enfin qu'ils font saillie dans le vagin. | 4

Dans la première période, les symptômes sont très obscurs; quelquefois il n'existe aucun dérangement de la santé, où bien la menstruation est irrégulière, plus longue, plus rapprochée. Si la femme n’est plus réglée, il survient des pertes. Quelques malades accusent des douleurs dans l'utérus, les aines, les lombes, les cuisses ; elles sont incommodées par des flueurs blanches.

Dans la seconde période, les douleurs persistent dans lés reins et lés aînes ; il y a une sensation de pesanteur au fondement, de là Constipation, une pression, une gêne insolite à la partie supérieure du vagin. Quelquefois il n'existe pas d’autres symptômes que des flueurs blanches; d’autres fois, le polype, prenant un grand accroissement, sans pouvoir franchir le col qui offre une cérlaine rigidité, dilate la matrice et donne lieu à un gonflement sympathique des mamelles. En mêine temps se manifestent des pertes abondantes et continuelles, les malades affaiblies par les métrorrhagies sont pâles, bouffies et tombent dans un état'anémique accompagné d’une anasarque partielle ou générale. La mort peut être la conséquence de ces troubles graves.

Dans la troisième période, le polype descendu dans le vagin exerce une compression plus où moins forte sur les organes voisins. La pression sur la vessie donne lieu à des envies fréquentes d’uriner et quelquefois à une difficulté dans la miction. La défécation est rendue pénible par la compression exercée sur le rectum. Les parois du vagin irritées par le contact du polype, s’enflamment et fournissent un écoulement de matières sanieuses, purulentes; la cloison recto-vaginale peut être détruite. |

Ainsi, Roux à observé une de ces tumeurs qui, après avoir usé en haut la paroi postérieure du vagin, s’est interposée entre ce conduit et le rectum. Bérard à publié le fait d’un polype qui, après avoir traversé la paroi postérieure du conduit vulvo-utérin, fut expulsé à travers le périnée. Lisfranc en a vu un qui à d’abord traversé la cloison recto-vaginale, est venu en arrière et a ainsi pénétré dans le gros intestin, Tous ces polypes étaient d’abord sortis de la matrice par son oùverture normale avant de se dévier. M. Loir

a observé un polype utérin qui, au lieu de redescendre vers le col pour sortir par son ouverture, s'est dirigé vers l’hypogastre, a causé là, par la gangrène et par lulcération, des dégâts considérables et est venu enfin se faire jour au-dessus du pubis. Ce polype s'était formé dans la moitié gauche du corps de l’utérus, et le tissu de cet organe avait contribué à sa formation. J'ai pu voir la pièce pathologique présentée par M. Loir à la Société de chirurgie. Elle est d’ailleurs représentée dans le deuxième volume des Mémoires de cette compagnie, où l’on trouve aussi l'observation complète. Comme on le pense bien, la femme succomba aux accidents causés par le polype suivant une voie si anormale.

[Dans cette période, comme dans les précédentes, il y a des pertes de sang abondantes. Plus tard enfin, le polype, se montrant à la vulve, entraîne par son poids la matrice qui est abaissée ; l’urèthre est comprimé où même dévié de sa direction normale, et la tumeur est souillée par le passage de l'urine et des matières fécales. | «

D'autres fois, le polype pend très bas entre les cuisses et reste ainsi longtemps sans nuire ; alors, son pédicule étant très long, il n'empêche pas toujours la fécondation, ni même la marche de l'accouchement. Cependant, dans le plus grand nombre des cas, quand la grossesse a lieu, il ÿ à un avortement grave.

Lorsque le pédicule du polype est très grêle, il s’allonge tellement qu'il se rompt, et la malade en est débarrassée,

Quelquefois les polypes dégénèrent, avant ou après avoir franchi le col de l'utérus, et c'est de leur tissu même que part la dégénérescence, qui peut revêtir toutes les formes du cancer, ce qui est toujours mortel. La dégénérescence du polype paraît avoir lieu à la suite d’une inflammation du péritoine, de l'utérus ou de la muqueuse utérine ; tantôt la dégénérescence était, pour ainsi dire, excentrique ; ici elle est concentrique. Quand les po- lypes deviennent cartilagineux, osseux ou pierreux, il y a moins de danger, Ge sont ces dégénérescences qui ont été décrites par Louis sous le nom de pierres de l'utérus. |

Les polypes, dégénérés ou non, peuvent se gangrener en partie ou en totalité. Suivant Dupuytiren, c'est vers le pédicule que commence là gangrène, le sphacèle. Les polypes sont alors d’une horrible fétidité. C’est une odeur de gangrène insupportable. Les écoulements sanieux altèrent la con- Stitution, le teint devient jaune, puis il survient une fièvre continue avec exacerbation ; on voit la malade, déjà affaiblie, maigrir très rapidement, et la mort par consomption a lieu.

[Parmi les symptômes précédemment énumérés, il en est un qui à vivement préoccupé les pathologistes, nous voulons parler des hémorrhagies -utérines. On les a attribuées à la constriction exercée par le col de l'utérus sur la tumeur, d’où la stase du sang dans les veines de la tumeur et la pos- Sibilité de leur rupture. Cette explication n’est applicable qu'aux cas où le

polype a déjà franchi le col utérin, mais ce qui prouve, du reste, que ce n’est pas la prétendue constriction du col qui cause les métrorrhagies, c’est: que celles-ci sont le plus souvent arrêtées par la ligature du pédicule de la tumeur. Il est bien plus rationnel d'admettre que le polype est pour lutérus une cause permanente de fluxion sanguine, et cette explication des pertes de sang s'applique également au cancer de l'utérus dans la période de crudité, ainsi qu’à la métrite chronique.

L'existence d’un polype utérin ne s'oppose pas à la fécondation ; le produit peut même se développer dans l’intéricur de l'organe et l'accouchement s’accomplir ; mais le plus souvent les femmes avortent, ou bien le travail est rendu difficile, et enfin la délivrance peut être suivie d’hémorrhagies si le polype empêche l'utérus de revenir sur lui-même.

Tant que le polype est renfermé dans la cavité de l'utérus, qu’il n’a pas franchi le col, le toucher yaginal ne fournit aucun renseignement. Mais, à partir de cette époque, on rencontre dans le vagin une tumeur bien circonscrite et indépendante des parois du vagin, plus ou moins volumineuse, pyriforme, à grosse extrémité tournée vers la vulve, à petite extrémité ou extrémité pédiculée dirigée vers l'utérus. On peut reconnaître si le pédicule vient du rebord du col utérin, de la cavité du col, ou de la cavité utérine. Le volume considérable de la tumeur s’oppose quelquefois à l'introduction du doigt ; Levret recommande, dans ce cas, de porter le doigt sous la symphyse pubienne. Les mêmes raisons peuvent empêcher d’arriver au niveau du col de l'utérus; il faut alors, suivant le conseil du même chirurgien, abaisser le polype avec un forceps, pour mieux en suivre le pédicule.

Diagnostic. — Tant que les polypes sont renfermés dans la cavité de l'utérus, on ne peut avoir que des présomptions sur leur existence, les signes rationnels dont ils sont accompagnés appartenant à d’autres affections. Lorsque les polypes ont franchi le col de l'utérus, le diagnostic en est beau coup plus facile ; mais, dans ce cas, la tumeur se présente quelquefois avec des apparences qui simulent, soit une descente de l'utérus, soit un renversement de l'organe, de même que ces dernières affections peuvent être prises

pour un polype utérin.

A On distinguera la descente de l’utérus d’un polype aux caractères Sui=

vants :

Descenie de l'utérus. Polype.

Tumeur de forme conoïde, à base supé- Tumeur conoïde, à base inférieure, à

rieure, à sommet inférieur.

Sommet de la tumeur percée d’une fente transversale; possibilité d’introduire une sonde par cette fente jusque dans l’intérieur de l'utérus.

Réduction de la tumeur, possible le plus souvent,

sommet supérieur.

Absence de fente, à la partie inférieure de la tumeur.

Refoulement de la tumeur, mais non réduction.

Sonde jiatroduite dans ‘la vessie par l’urèthre, peut être sentie à travers le rectum, lorsque la descente de l'utérus est complète.

Sonde introduite dans la vessie, ne

peut être sentie avec le doigt porté dans

le rectum,

2° On évitera de confondre le renversemeut de l'utérus avec les polypes, en ayant égard aux caractères suivants :

Renversement incomplet de l'utérus.

Tumeur de forme sphérique dont la partie Ja plus large correspond à l'orifice utérin.

Centre de la tumeur facilement repoussée en haut.

Un stylet introduit entre la tumeur et le col de l’utérus en parcourt toute la circonférence, mais ne pénètre pas profondément.

Renversement complet de l'utérus.

Pression sur la tumeur douloureuse; suintement de sang à la surface de la tumeur pendant Ja menstruation,

Absence de l'utérus constatée par ja palpation hypogastrique et le toucher rectal.

Sonde introduite dans la vessie, peut être facilement sentie par un doigt introduit dans le rectum.

Polype.

Tumeur pyriforme, rétrécie au niveau du col de l’utérus,

Tumeur difficile à repousser en haut.

Le stylet ne parcourt qu’une partie de la circonférence de la tumeur et pénètre profondément.

Polype.

Tumeur insensible à la pression ; en cas d’hémorrhagie, le sang s'échappe entre le polype et le col utérin.

Utérus senti à travers l’hypogastre et le rectum,

Sonde introduite dans la vessie, ne peut être sentie à travers le rectum.

Pronostic et traitement. — Le pronostic est subordonné, avant tout, à l’état général de la malade. Il est plus grave en cas d’anémie, d’œdème général, de faiblesse. IL varie aussi, en raison de la situation du polype, suivant que celui-ci occupe la cavité utérine, ou que, proéminent dans le vagin, il est plus accessible aux moyens chirurgicaux; selon que le pédicule de la tumeur est plus ou moins large; selon le volume de la production morbide.

On a proposé et mis à exécution plusieurs méthodes pour guérir les polypes de l'utérus.

4° L'arrachement simple proposé par Dionis, et remis en honneur par Récamier ; le broïement vanté par ce dernier praticien ; la cauférisation, ne conviennent qu'aux polvpes mous.

2 Il en est de même de la forsion qu’on ne pourrait appliquer aux polypes fibreux, qu’à la condition que ces polypes présentent un pédicule très grêle.

3° La ligature, mentionnée pour la première fois par A. Paré, a été surtout préconisée par Levret. Ce chirurgien s’est borné à lier les polypes au-

h36 MALADIES DE LA MATRICE.

dessous du col utérin; Herbiniaux a porté la ligature jusque dans l'utérus.

a. Ligature des polypes hors du vagin. — On peut l’exécuter par plu= sieurs procédés : on étreint le pédicule dans une anse de fil serrée et assujettie par un double nœud : ou bien, on traverse le pédicule avec une aiguille armée d’un double fil, et on lie isolément les deux moitiés. La ligature faite, on peut d’ailleurs abandonner le polype à la chute spontanée ou en faire l’excision. |

b. Ligature des polypes dans le vagin. — Pour la pratiquer, des instruments divers ont été imaginés par Levret, Herbiniaux, Cullerier, Desault, Mayor, etc. Tous ces instruments ont pour but de porter une anse de fil autour du pédicule du polype, et d’exercer ensuite, au moyen d’un serrenœud, une constriction assez forte sur l’anse de fil pour interrompre toute circulation dans le pédicule {voyez page 463 les figures de ces instruments).

c. Ligature des polypes au-dessus du col utérin. — Elle est exécutée de la même manière que la ligature dans le vagin, La manœuvre nécessaire pour embrasser le pédicule de la tumeur dans une anse de fil, réclame l’em> ploi d’un ou de deux porte-nœuds.

Toutes les fois qu’on applique une ligature sur le pédicule d’un polype, on développe une douleur très vive, au moment même où l’on exerce la constriction ; la tumeur prend une teinte rouge obscure et se gonfle légèrement. Les jours suivants, la couleur est plus foncée et le polype se ramollit, la surface fournit une sanie brunâtre et fétide. Enfin le polype se détache et est expulsé par le vagin. Pour hâter ce travail, Boyer a conseillé de pratiquer l'excision du pédicule au-dessous du point où la ligature est appliquée:

4° L'excision du polype a été pratiquée par Lapeyronie hors de la vulve, par Herbiniaux dans l'utérus ; abandonnée pendant quelque temps sur l’autorité de Levret, elle a été reprise par Dupuytren, et elle est aujourd’hui généralement adoptée. Le manuel opératoire en est simple ; il faut saisir le polype à sa partie inférieure avec des pinces de Museux, l’amener à la vulye par des tractions légères, après quoi on coupe le pédicüle, soit à l’aide d’un bistouri: courbe, soit avec de forts ciseaux également courbés. Lorsque des adhérences se sont formées entre la tumeur et les parois du vagin, il faut commencer par les détruire, Si le polype est en grande partie encore contenu dans l'utérus, il peut être nécessaire d'opérer le débridement du col, de faire de fortes tractions sur la tumeur avec des érignes ou avec le forceps. Si le polype tient à l’utérus par une large base, on pratiquera autour de cette base deux incisions semi-elliptiques dont les bords s’écartant permettront de séparer la tumeur, soit avec le doigt, soit avec le manche d’un scalpel. Quelquefois les polypes sont tellement volumineux qu’ils sont arrêtés par la vulve relativement trop étroite pour leur donner passage ; on peut encore avoir recours ici à une application de forceps; Dupuytren a incisé la fourchette, ce qui peut avoir de graves inconvénients; d’autres chirurgiens ont coupé le

DE LA PHYSOMÉTRIE, L39 polype par morceaux avec des ciseaux courbes pour en faire l'extraction par fragments.

Après l’excision, l'hémorrhagie est rare ; si elle se manifestait, on l’arrêterait par des injections astringentes et froides, ou par le tamponnement du col de l'utérus. La métrite sera combattue par les moyens précédemment indiqués.

On trouvera d’autres détails, sur le manuel opératoire, à la fin de cette

section, à l’article Manœuvres et opérations nécessitées par Les maladies de la matrice.]

DE LA PHYSOMÉTRIE.

[Gette maladie est caractérisée par une accumulation de gaz dans l'utérus ; de là les noms de fympanite utérine, de grossesse venfeuse, qu’on lui a donnés. Le plus souvent, elle se développe pendant la grossesse ou après l’accouchement, sous l'influence de la décomposition putride subie par le fœtus ou par le placenia ; mais dans l’état de vacuité, elle peut se manifester toutes les fois que des liquides accumulés dans l'utérus, étant forcés d’y séjourner par une oblitération du col, se décomposent et donnent lieu à un développement de gaz. Les femmes hystériques sont sujettes à cette maladie, sans qu'il existe chez elles un obstacle au col utérin.

La physométrie est caractérisée par une tumeur globuleuse occupant l’hypogastre et s’élevant plus ou moins haut, donnant par la percussion un son dympanique ; cetie tumeur, qui appartient à l'utérus, peut être reconnue par de toucher vaginal et surtout par le toucher rectal. Le développement de cette affection occasionne ou non des douleurs, suivant qu’il existe un mélange de gaz et de liquide, ou des gaz seulement. En même temps peuvent se manifester du malaise, une suppression des règles, de l’inappétence, des fomissements, tous phénomènes qui en imposent pour le développement du ventre dans une grossesse commençant£e.

Cette affection peut durer plusieurs mois; elle se termine presque toujours par l'expulsion bruyante de gaz par le vagin, soit en ane seule fois, soit à plusieurs reprises; ces gaz sont très fétides lorsqu'il existe en même temps dans l'utérus une certaine quantité de liquide.

On pourrait, au premier abord, confondre la physométrie avec une grossesse, une hydrométrie, une tumeur de la vessie dilatée par l'accumulation de l'urine; mais le son tympanique de la tumeur permettra toujours d'éviter l'erreur. Pour distinguer la physométrie d’une tympanite intestinale, on aura égard à la forme de la tumeur et aux renseignements fournis par le toucher vaginal. ; |

Chez les femmes hystériques, on oppose à cette maladie un traitement antispasmodique, des injections vaginales émollientes et narcotiques, des onctions sur le col de l'utérus avec l'extrait de belladone, une pression

nn. 0 L

hh0 MALADIES DE LA MATRICE,

méthodique sur la tumeur. Si le col de l'utérus est oblitéré par un corps étranger, il faut en faire l’extraction. S'il existe dans la cavité utérine un fœtus mort, une môle décomposée, un fragment de placenta, il faut également en débarrasser lutérus. ]

DE L'HYDROMÉTRIE.

[On a décrit sous ce nom une affection caractérisée par l'accumulation d'un liquide dans la cavité utérine, en dehors de l'état de gestation. Les causes en sont fort obscures ; deux conditions sont nécessaires à son développement : d’une part, la production de liquide à l’intérieur de l'utérus sous l'influence d’une maladie de l'organe, et d’une autre part, l’oblitération du col utérin, soit par du mucus épais, soit par cicatrice, soit par adhérence des lèvres du museau de tanche.

L'hydrométrie est caractérisée par une tumeur globuleuse à l’hypogastre, donnant à la percussion un son mat, quelquefois fluctuante. Par le toucher vaginal et rectal, on constate la distension du corps de l'utérus, ainsi que son augmentation de poids. Les malades se plaignent d’un sentiment de plénitude et de pesanteur dans le bassin et vers le siége, de tiraillements dans les aines ; les règles sont généralement supprimées. Cette affection se termine le plus souvent, au bout d’un certain temps, par l'évacuation à l'extérieur du liquide renfermé dans la cavité utérine. Le liquide excrété est séreux, ou bien formé par un mélange de mucus et de sérosité, ou bien encore par du pus, de la sanie fétide, etc. Lorsque l’hydrométrie est symptomatique d’une affection organique de l’utérus, on peut la considérer comme un épiphénomène de peu d'importance, en comparaison de la maladie principale; si, au contraire, l’hydrométrie est simple, elle constitue une affection bénigne.

Le diagnostic est fondé sur la percussion de la tumeur, sur sa circonscription, sur les phénomènes perçus par le toucher vaginal. On évitera ainsi de confondre cette maladie avec la physométrie, l’ascite et la grossesse.

Pour obtenir l’évacuation du liquide accumulé dans l'utérus, on fera sur : le col des onctions avec l'extrait de belladone, on en dilatera l'ouverture au moyen d’un petit cône d'éponge préparée, ou avec une sonde de caoutchouc armée d’un mandrin. Si le col de l'utérus est complétement oblitéré, et que l’hydrométrie cause des accidents graves, on aura recours à la ponction du col de l'utérus. ]

Cancer de la imatrice.

; à , A : LE

Le cancer de l'utérus, comme celui de la verge, peut revêtir deux formes qu’il est bon de distinguer en pratique : la forme ulcéreuse où cancroïdale et la forme tubéreuse (madame Boivin). En effet, ainsi que celui de la verge,

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