‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 118 sur 358 · CANCER DE LA MATRICE. LA · texte numérisé non relu

CANCER DE LA MATRICE. LA

le cancer de l'utérus débute quelquefois par une ulcération qui, d’abord d'apparence bénigne, finit par revêtir les caractères de l’ulcération cancéreuse. On voit sur le col de l'utérus des ulcérations qui commencent à peu près comme celles qui ont été décrites après la métrite (page 409), et qui finissent par dégénérer et revêtir la forme cancéreuse. Ici la membrane muqueuse semble le point de départ de la maladie, comme on le voit aux lèvres de la bouche. Mais, ainsi qu’à la verge, le cancer à souvent une origine plus profonde; le tissu de la matrice lui-même est parfois d’abord envahi : c’est le squirrhe ou l’encéphaloïde, qui finissent tôt ou tard par où commence l'autre, c’est-à-dire par l’ulcération.

[Le cancer de l’utérus débute presque toujours par le col utérin et ne s'étend que plus tard au corps de l'organe. ]

Causes. — L’utérus est on ne peut plus disposé à subir la dégénérescence cancéreuse. « Sur un total de sept cents cas de cancers observés dans les principaux organes du corps, ceux de l’utérus entrent pour plus de moitié, puisqu'ils sont au nombre de quatre cent neuf; c’est l'ovaire qui vient après l’utérus, la mamelle après l’ovaire. C’est donc principalement dans l’appareil reproducteur qu’on voit se développer cette cruelle maladie, et c’est aussi, chez l’autre sexe, à ce même appareil qu’elle s’attache de préférence (1). »

La fréquence de ce cancer est en rapport, pour l’époque de son développement, avec la plus grande activité de l'organe. C’est donc après la puberté que cette maladie apparaît ; elle est surtout fréquente, quand la matrice vient de cesser ses fonctions (âge critique); cette fréquence est moindre quand cet organe est dans l’inertie de la vieillesse. Un tableau dressé par madame Boivin nous montre que c'est de quarante à cinquante ans d’abord, puis de vingt à trente ans, ensuite de trente à quarante, que le cancer s’est montré le plus commun ; dans l'adolescence il a été moins fréquent qu'aux âges précédemment énoncés, mais bien plus souvent, toutefois, qu'après la cinquantième année. |

Le tempérament lymphatique et nerveux prédispose au cancer ; les femmes pâles et maigres, celles qui ont des tubercules pulmonaires, celles qui ont eu de fréquentes causes de chagrin, les femmes qui ne prennent point d'exercice, sont plus fréquemment affectées du cancer utérin. Les filles “chastes sont bien moins sujettes à ce cancer qu'aux tumeurs fibreuses. Selon madame Bdivin, les femmes qui abusent du coït sont très exposées à cette dégénérescence , surtout celles qui sont soumises à des excitations fréquentes du col utérin par suite de disproportion entre les époux. Gest ainsi qu’on explique la perte qu’un même époux fait successivement de plusieurs

(4) Boivin et Dugès, Trailé pratique des maladies de l'utérus, t. I, p, 8. — Voyez aussi H. Lebert, Traité des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancer. Paris, 1854, p. 212 et suiv.

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femmes victimes du même mal. La masturbation a paru quelquefois la seule cause à laquelle on pût attribuer le développement de cette affection, Maïs on a fait la remarque que l'avortement, les fréquents dérangements de menstrues, les métrorrhagies répétées, soit que ces accidents indiquassent seulement une disposition fâcheuse de la matrice, soit qu'ils produisissent par eux-mêmes une congestion, un engorgement définitivement funeste ; on a remarqué que ces circonstances se rattachaient plus que les autres à l’étiologie du cancer utérin,

Bien plus souvent, le cancer se développe sans aucune cause connue, Quelquefois cette lésion n’apparaît qu'après l'établissement d’une diathèse déjà manifestée par des squirrhes au sein, quelquefois sans signes bien marqués, mais inhérente à la constitution qui en a reçu le germe par hérédité,

Symptômes, marche. — Au premier degré il y a dérangement dans la meñstruation, qui a des retours irréguliers ; augmentation passagère dans la quantité du sang, écoulement blanc ou jaunâtre, soit permanent ou paraissant aux approches de l’époque menstruelle ou lui succédant, Cet écoulement devient momentanément coloré en rouge après Le coït. Il y a sentiment de pesanteur à l’hypogastre, de pression sur le fondement ou la vessie, un peu de douleur dans la défécation, qui, de même que l’excrétion urinaire, ne peut s'exercer qu'avec difficulté ; sensibilité désagréable pendant le coït (madame Boivin) ; petits élancements, plus particulièrement à l’époque des règles, et si la malade éprouve des secousses physiques et morales. Quelques tiraillements aux lombes ou aux aines, des accès d’hystérie, des hémorrhoïdes, des alternatives de boursouflement et d’affaissement du ventre, surtout vers l’hypogastre, et sans causes connues ; tels sont les phénomènes qui annoncent le commencement du squirrhe. Il y a aussi gonflement, dureté, sensibilité de la matrice, comme pour la métrite chronique. Mais le squirrhe occupe plutôt le col, et y est plus circonscrit ; la sensibilité y est moindre, la dureté plus marquée. Le col est surtout moins régulier dans sa forme que quand il s’agit d’une simple induration résultant d’une phlegmasie chronique. ,

Les incertitudes du diagnostic disparaissent au deuxième degré quand le cancer est déclaré. Il y aura plus de douleur, d’hémorrhagie, de mollesse, plus de rapidité dans l'accroissement, plus détendue dans les envahissements du mal, plus de promptitude dans l’apparition de l’ulcération et de la diathèse cancéreuse, si l’on a affaire à une dégénérescence encéphaloïde et non squirrheuse. Quant aux autres caractères, ils sont analogues. Alors le col utérin, et quelquefois le corps, rarement tes lèvres seules du museau de tanche, se présentent au spéculum ou au toucher, gonflés, durs, bosselés, plus ou moins rouges, mais lisses et sans érosion, douloureux à la moindre pression, couverts d’un mucus sanguinolent. Il vient du sang presque pur, si le toucher est fait sans ménagements. Chez les sujets maigres déjà, la palpation fait découvrir des engorgements du côté des ovaires. Le toucher par

CANCER DE LA MATRICE. LS le rectum peut faire reconnaître le siége, le volume des tumeurs. On peut constater si l'organe est entièrement envahi.

La sensibilité de ces tumeurs les distingue des Corps fibreux, et si l’on joint à ces autres signes physiques les signes rationnels puisés dans l’état général, dans le commémoratif, on complétera le diagnostic. C’est le moment des douleurs permanentes, parfois sourdes, comme corrosives, mais toujours avec des élancements vifs, courts, semblables à des coups d’aiguille ; alors aussi les pertes sanguines sont plus fréquentes, parfois habituelles. Les malades disent qu’elles sont toujours dans le sang : cette perte mérite une grande attention quand on l’observe chez une femme qui n’est plus réglée. Il est beaucoup de femmes qui perdent continuellement, mais quelquefois avec des augmentations ou diminutions fréquentes, périodiques même, de la quantité du sang ; puis s’écoule une matière aqueuse, abondante, inodore ou d’une odeur fade, à peine chargée d’albumine. Cette évacuation séreuse, considérable en quantité, a paru à madame Boivin « annoncer, sinon l’existence, au moins le commencement ou l’imminence de l’ulcération, le développement des fongosités, troisième degré ou plutôt troisième période de ce mal. » C’est ordinairement avec l’ulcération qu’apparaissent le marasme et les caractères de la diathèse cancéreuse, 11 est, en effet, des femmes qui portent pendant très longtemps un énorme squirrhe, mais sans ulcération, et qui conservent même au milieu des douleurs un certain embonpoint et une bonne coloration, Souvent aussi elles sont privées de repos; les douleurs sont atroces du côté de l’hypogastre, vers le sacrum, ou bien encore dans les lombes, les fesses, les fosses iliaques, plus souvent le long des cuisses. Ces douleurs sont rarement continues; elles reviennent par accès, une, deux, trois fois par jour, et durent pendant plusieurs heures. Puis vient un dérangement des digestions, la perte de l'appétit, les flatuosités, les vomissements, la fièvre, un dépérissement graduel et le terme fatal. Quelquefois la pâleur et la faiblesse apparaissent beaucoup plus tôt que l’amaigrissement. |

Durée. — La forme aiguë du cancer utérin est très rare ; Kiwisch (1) a rapporté un exemple, dans lequel la mort est survenue cinq semaines après que l’on eut constaté le développement de la maladie. En regard de ce fait, on peut en citer un autre tout aussi exceptionnel, dans lequel la maladie eut une durée de cinq ans. La mort est la terminaison constante,

[Diagnostie. — Le cancer de l'utérus peut être confondu avec d’autres affections de l'organe,

4° La maladie qui ressemble le plus au cancer de l’utérus à la première période est la métrite chronique. Voici les caractères différentiels entre ces deux maladies : dans le cancer, on voit toujours des métrorrhagies plus ou moins abondantes au début; dans la métrite chronique, la menstruation peut

(1) Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851, p. 269.

hat MALADIES DE LA MATRICE.

être difficile, mais il n’y a pas de pertes rouges. Dans le cancer, le gonflement du col est irrégulier, avec des bosselures inégales ; dans la métrite chronique, le gonflement du col est régulier et s’il existe des bosselures, celles-ci sont régulières et dues à d’anciennes cicatrices de déchirures du col. Dans le cancer, la muqueuse du col présente une couleur blafarde, elle est lisse et polie ; dans la métrite, la muqueuse offre une couleur rouge et un aspect grenu. Dans le cancer, il y a un écoulement ichoreux, sanguinolent, fétide; dans la métrite, il y a un écoulement muco-purulent, sans odeur repoussante. Dans le cancer, on voit apparaître bientôt les phénomènes de la cachexie cancéreuse; dans la métrite chronique, il peut y avoir de l’amaigrissement et de la faiblesse, mais jamais de cachexie.

2° Le cancer ulcéré peut être confondu avec l’ulcère inflammatoire du col de utérus. Dans le cancer, l’ulcère est profond, à bords durs etélevés ; l’ulcère inflammatoire est superficiel à bords peu élevés et souples. L’ulcère cancéreux fournit une suppuration sanieuse, fétide, repose sur des parties dures ou ramollies; l’ulcère inflammatoire fournit en général une suppuration de bonne nature, dépourvue d’odeur et repose sur des tissus qui ont conservé leur consistance. Enfin la marche envahissante de l’ulcère cancéreux, les troubles généraux graves qui en sont la conséquence, permettront encore de le distinguer des ulcères inflammatoires.

3° Lorsqu'un polype est encore renfermé dans la cavité utérine, et qu'il donne lieu à des métrorrhagies abondantes, il peut faire croire à l'existence d’un cancer de l'utérus. Le toucher vaginal permettra de reconnaître l’intégrité du col, et le toucher rectal fera constater que le corps de l’utérus ne présente pas de bosselures. D'ailleurs l’état anémique déterminé par les métrorrhagies qui sont la conséquence du polype diffère de la cachexie cancéreuse. ] |

[Pronostie et traitement. — Le cancer de l’utérus produit fatalement la mort au bout d’un certain temps, et la destruction des parties malades parle feu ou par l'instrument tranchant est suivie d’une prompte récidive.

On à cependant proposé de tenter la cure radicale du cancer de l'utérus, non-seulement du col, mais encore du corps. Plusieurs méthodes ont été mises à exécution.

a. Le cancer du col de l'utérus a été détruit par la cauférisation, soit au moyen du fer rouge, soit au moyen de caustiques : la potasse caustique, ou la pâte de Vienne.

b. L'excision du col de l'utérus proposée par Lauvariol en 1780 a été exécutée par Osiander en 1801. Au moyen de pinces de Museux, le col utérin est amené à la vulve, puis avec un bistouri boutonné, à tranchant concave ou avec des ciseaux courbes, on fait la section de la partie postérieure du col d’abord, puis de la partie antérieure. Lisfranc, dans le cas où la dégénérescence s'élève au-dessus de l'insertion du vagin sur le col, creusait au moyen de deux incisions semi-lunaires, l’une postérieure, l’autre antérieure,

un cône à sommet supérieur, dans le corps même de l'utérus, évitant de cette manière la lésion du péritoine.

€. L'ablation complète de la matrice, proposée par Wrisberg en 1787, tentée pour la première en Allemagne par Sauter (1822), en Angleterre par Blundelle (1828) et en France par Récamier (1829), peut être exécutée par la méthode hypogastrique ou par la méthode vaginale. Cette Opération a des conséquences tellement graves que la plupart des chirurgiens modernes \ ont renoncé (voyez plus loin la description de l'opération).

Toutes les fois qu’on ne juge pas convenable d'entreprendre la cure radicale du cancer de l'utérus, il faut combattre les symptômes qui l’accompagnent. Chez les malades qui sont encore réglées et qui éprouvent de vives douleurs aux époques menstruelles, on diminuera la congestion inflammatoire de l'utérus, par de petites saignées, des bains tièdes et émollients, des injections narcotiques dans la vagin. Contre les métrorrhagies, on emploiera l’ergotine, le sirop et la poudre de seigle ergoté, l’alun, le tannin, le cachou, les limonades minérales, des injections astringentes froides ; la situation horizontale. La cautérisation avec un acide minéral, ou avec le fer rouge, sera quelquefois nécessaire, pour arrêter une hémorrhagie abondante et rebelle. Pour diminuer la fétidité de l'écoulement, on fera des injections chlorurées ; pour atténuer la douleur, on administrera-à l’intérieur les narcotiques, l’opium et ses diverses préparations ; l'extrait de grande ciguë à la dose de 5 centigr. à 20 centigr. par jour ; à l'extérieur, on emploiera les injections narcotiques ou les vésicatoires volants pansés avec l’hydrochlorate de morphine. |

Manœuvres et opérations motivées par les maladies de la matrice.

Ges manœuvres et opérations se rapportent au diagnostic et au traitement. Je ferai donc ici, comme pour les maladies de l’urèthre, deux séries : la pre= mière pour le diagnostic, l’autre pour le traitement.

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