‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 128 sur 358 · LÉSIONS ORGANIQUES DU RACHIS · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DU RACHIS

Ce sont surtout les tubercules qui ont été observés au rachis; le cancer y est infiniment plus rare. On le trouve en général comme complication ou répétition d’un cancer qui a sévi d’abord sur d’autres parties, ou peut-être d’un cancer qui, d’ailleurs, a plus tôt manifesté son existence. Ainsi l’on a vu, tome IT, page 289, une figure qui représente un cancer sous forme de masses dans le fémur : eh bien ! le sujet qui portait cette lésion avait des masses également cancéreuses dans diverses parties du corps, entre autres dans le rachis. J'ai aussi observé un cancer du testicule qui s'était répété au rachis. Mais les faits concernant le cancer de cette région ne sont pas assez nombreux pour qu’on puisse écrire l’histoire de cette lésion organique au moins d’une manière utile pour le chirurgien. Ici je n’exposerai que quelques détails sur la tuberculisation du rachis, et sur une espèce de tumeur blanche des premières vertèbres du cou, qui a surtout été bien décrite par À. Bérard.

Œubereules du rachis (1).

Les tubercules des vertèbres se présentent surtout sous forme d'infiltration ; le corps est beaucoup plus souvent affecté que les apophyses. C'est ici une des lésions qu'on a confondues sous le nom de mal de Pott (voyez tome IF, p. 228.) À

Quand les tubercules enkystés se développent dans le corps des vertèbres, ils le creusent et le réduisent à une espèce de coque, qui se brise quelquefois tout à coup, ne pouvant supporter le poids transmis par la vertèbre supérieure. Quelquefois la lame la plus antérieure du corps de la vertèbre est

complétement détruite, le poids porte

Fig, TH: sur la lame postérieure qui se frac-

ture; sur-le-champ, il y a gibbosité :

et rapprochement des parois du kyste, WT expulsion des tubercules qu’il contenait. Ces conditions sont favorables à la cure spontanée. On a remarqué, en effet, que dans les affections du rachis où la gibbosité était survenue tout | d'un coup, il y avait plus de chances | de guérison. Mais ce n'est pas le casle QE plus commun, car les tubereulesenkysés téssont moins fréquents ici que l'infil- \ | tration tuberculeuse. Il est rare que la

| ee RE ! matière tuberculeuse infiltrée soit limi :

ie AR Sr à tée à une vertèbre; de là destruction

de plusieurs de ces os. Alors la colonne

ne se courbe pas brusquement, elle .

s’infléchit peu à peu, à mesure que les pièces osseuses qui la composent sont usées ou absôrhées et que les fibro-cartilages se fondent (voyez figure 711, d'après une pièce de M, Nélaton: elle représente la caverne tuberculeuse qui s’est creusée dans les deux vertèbres, et Le fibro-cartilage intermédiaire). Cette affection des fibro-cartilages a quelquefois été considérée comme primitive, et cela parce que, dans les autopsies, on a trouvé leur destruction plus avancée que celle des vertèbres elles-mêmes. Cette conséquence serait juste, s'il s'agissait des mêmes tissus placés dans les mêmes circonstances. Ge qui à trompé les observateurs, c’est que; dans ces cas, ils ont méconnu l'infiltration tuberculeuse des vertèbres qui était le vrai point de départ. Cette méprise vient de ce que, préoccupé de l’idée d’une carie, on croyait l'os sain quand

(1) On devra consulter l’article TuBERCULE Des os, t, IE, p. 282 et suivy.

LUXATIONS CONSÉCUTIVES DES DEUX PREMIÈRES VERTÈBRES DU COU. 507 il n’était pas ramolli. Mais précisément dans l’infiltration tuberculeuse puriforme, l'os a plus de consistance, car il s’est hypertrophié, éburné. Les vaisseaux qui vont aux fibro-cartilages traversent d’abord les vertèbres : aussi le point mortifié, l'étendue dé la mortification de ces rondelles élastiques, sont toujours en rapport avec le siége et l'étendue de l'affection tu berculeuse de l'os, Si une moitié du corps d’une vertèbre est tuberculeuse, la moitié du fibro-cartilage sera affectée, etc. Quand les cartilages sont détruits, les vertèbres, privées de cet intermédiaire, se trouvent en contact ; de là un frottement qui, s’exerçant sur des os mortifiés, préduit leur destruction. Les efforts de pression agissant surtout sur la partie la plus antérieure du corps des vertèbres, c'est sur ce point que l'usure s'exerce : aussi ces os représentent-ils des coins dont la base est en arrière.

Soit par usure, soit par absorption, quatre ou cinq corps de vertèbres, et même plus, peuvent disparaître : alors les deux vertèbres qui sont sur les limites de la destruction s’inclinent fortement en avant, de manière que. le ligament antérieur, quelquefois conservé, se replie en dedans et sert d’intermédiaire aux deux vertèbres en question. Qn conçoit qu'ici la difformité doit être considérable.

Dans les cas d'usure, après l’infiltration tuberculeuse, on trouve mêlés à la sanie un détritus, quelquefois des fragments osseux assez considérables pour constituer des séquestres; ces débris augmentent l’irritation et sont une nouvelle cause ajoutée à tant de causes de marasme (1).

Luxations conséentives des deux premières vertèbres du eou,

[L'occipital, latlas et l’axis sont maintenus en rapport par des moyens d'union très solides. Sous l'influence de lésions variées dont ces os peuvent être affectés, les ligaments se ramollissent ou sont détruits ; de là des déplacements de ces pièces osseuses les unes sur les autres, c’est-à-dire de véritables luxations. Cette maladie a encore été désignée sous les noms de {umeur blanche des premières vertèbres cervicales ; de luxation spontanée,

Variétés des déplacements.— Il faut distinguer les déplacements de l'occipital sur l’atlas, et ceux de l’atlas sur l’axis.

1° Luxation de l’occipital sur l'atlas, — I en existe quatre variétés : la luxation de l’occipital en avant; la luxation de l’occipital en’arrière qui est extrêmement rare; les luxations latérales qui se font directement en dehors, ainsi que Sandifort, Rust, Lawrence en ont rapporté des exemples; ou bien à la fois en dehors et en avant.

(1) Voyez, tome Il, l’article GARIE VERTÉBRALE, p. 228, pour compléter l’idée qu’on doit se faire de ce qu’on a appelé mal de Pott. Pour connaître les abcès qui se lient à ces lésions, voyez l'article Abcès par congestion, t. I, p. 365.

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20 Luxation de l'atlas sur laxis. — Le plus souvent l’atlas se porte en avant : tantôt cette luxation est éncomplète, et alors les surfaces articulaires des deux premières vertèbres cervicales ne se sont pas abandonnées ; tantôt elle est complète, c'est-à-dire que la première vertèbre a glissé tout entière au-devant de la seconde. On ne connaît pas d'exemple de luxation de l’atlas en arrière. Enfin l’atlas peut être déplacé sur les côtés, soit par l’exagération du mouvement de rotation que l’atlas accomplit normalement sur l’axis, soit par une véritable transposition latérale de l’atlas à droite ou à gauche de la seconde vertèbre cervicale.

Anatomie pathologique. — Chez les malades qui succombent à une luxation consécutive des deux premières vertèbres cervicales, on trouve les synoviales articulaires surmontées de fongosités, les ligaments ramollis ou détruits, les pièces osseuses enflammées, cariées, nécrosées, infiltrées de tubercules. Quelquefois on constate des pertes de substance étendues ; il n’est pas rare de voir l’apophyse odontoïde de l’axis complétement séparée du corps de l'os. Les déplacements subis par les os ont pour effet de comprimer à un degré plus ou moins prononcé la portion de moelle épinière en rapport avec l'occipital ou avec les deux premières vertèbres cervicales. Le cordon rachidien conserve sa consistance, ou bien il est ramolli; la dure-mère est épaissie, fongueuse, ulcérée ; l’arachnoïde enflammée.

Causes. — Ce sont toutes celles qui produisent des maladies inflammatoires, fongueuses, purulentes ou tuberculeuses des articulations des premières vertèbres, ou de ces os eux-mêmes. Il faut signaler, comme causes déterminantes de ces mêmes lésions, le refroidissement, les violences extérieures, la syphilis.

Les déplacements des pièces osseuses s’opèrent d’une manière lente la plupart du temps, quelquefois d’une façon brusque. Dans le premier cas, le poids seul de la tête suffit pour entraîner graduellement l’occipital ou l’atlas dans les diverses directions que nous avons indiquées ; dans le second, le déplacement survient à l’occasion d’un effort exécuté par le malade ; la tête, n'étant plus solidement fixée, est entraînée à la fois par son poids et par l’action : musculaire.

Symptômes, — La maladie débute en général par une douleur sourde et profonde, au niveau de la partie la plus élevée de la région cervicale postérieure; cette douleur augmente par la pression et pendant les mouvements communiqués à la tête ; elle s'accompagne quelquefois d’élancements sur le trajet des ramifications postérieures des premières paires cervicales et du nerf spinal. La tête est maintenue rigide et fixe par la contraction des muscles du cou qui s’y insèrent, pour prévenir les douleurs qui résultent des mouvements. C’est pour ce motif encore que les malades ont une attitude particulière lorsqu'ils regardent de côté, ou, lorsque étant couchés, ils se redressent. Dans le premier cas, le sujet se tourne tout d’une pièce ; dans le second, il soutient la tête avec les mains. A une époque plus avancée, sur-

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