‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 135 sur 358 · INFLAMMATIONS DE L’AISSELLE · texte numérisé non relu

INFLAMMATIONS DE L’AISSELLE

wisées en 1° phlegmons superficiels où tubériformes ; 2° phlegmons érysipélateux ; 3° phlegmons ganglionnaires ; 4° phlegmons profonds.

1° Phlegmons super ficiels. — Ils ont leur siége dans la couche cellulaire et filamenteuse la plus rapprochée de la peau, laquelle est fine, souple; ils revêtent la forme de plaques circonscrites, de masses furonculaires, car le tissu où ils naissent est peu propre à la diffusion des phlegmasies, et la peau les laisse proéminer facilement à l'extérieur. Ces tumeurs sont observées chez les personnes qui exercent beaucoup les membres supérieurs, chez celles qui suent facilement et qui négligent trop les soins de propreté ; quelquefois une cause générale, souvent une cause herpétique, existeront; mais presque jamais on ne voit ces petites tumeurs naître à la suite d’une lésion physique du membre supérieur, d’une écorchure, d’une plaie. Elles produisent quelquefois des douleurs fort vives, ont en général une marche lente, et se terminent presque toujours par la suppuration.

Le traitement est fort simple. Il consiste en des bains, des lotions, des cataplasmes émollients ; il est extrêmement rare qu'on soit obligé de déployer un appareil antiphlogistique plus énergique.

2° Phlegmons érysipélateux. — Is ont aussi pour siége le tissu cellulaire sous-Cutané, puis une couche plus profonde que la précédente, une couché

composée de feuillets lamelleux, lesquels se continuent avec le même élé-

ment anatomique des parties environnantes. On conçoit alors que la phlegmasie peut ici plus facilement s'étendre, se propager, et c’est surtout le coté de la tumeur qu’elle gagne. L’étiologie est analogue à celle de la précédente variété, et quelquefois cette première engendre celle-ci. Quand elle survient à la suite d’une lésion physique du membre supérieur, les veines et les Iymphatiques ont plus spécialement été lésés. On comprend que cette inflammation peut, comme tous les érysipèles phlegmoneux, s'étendre en avant et en arrière de la poitrine, et aller profondément pour constituer la variété Suivante en franchissant la lame fibro-cellulaire qui sépare la couche superficielle des couches profondes de l’aisselle. C’est encore la suppuration qui est la terminaison ou la suite la plus fréquente de cette variété. Cependant on voit des cas où la phlegmasie s’éteignant peu à peu, restent des duretés, des tumeurs dont la disparition est très lente, qui s’éternisent quelquefois et sont souvent confondues avec les diverses lésions organiques de l’aisselle.

Je ne nie pas l'utilité des émissions sanguines dans ces inflammations, car elles peuvent être limitées par des applications de sangsues : mais ce que je ne crois pas, c’est que les saignées les plus directes, les plus abondantes, empêchent la suppuration d’avoir lieu. M. Velpeau est disposé à conseiller de longues incisions pour faire avorter Le germe de phlegmons pareils (1). Iest évident que s’il existe réellement un moyen abortif de ces phénomènes, c'est le bistouri.

(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, nouvelle édition, art, AISSELLE.

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3 Phlegmons ganglionnaires. — Les adénites de l’aisselle sont aie qui sont surtout produites par les plaies avec inoculation du suc cadavérique, celles qu’on rencontre le plus souveut chez les anatomistes, après les blessures | des doigts par le scapel. Des ulcérations de la poitrine, du sein, de la partie postérieure de l'épaule, peuvent être aussi un point de départ de ces engorgements inflammatoires. Je noterai ici avec soin que M. Velpeau déclare et prouve par des faits que la même inflammation ganglionnaire « peut quelquefois se manifester sans qu'il existe de lésion traumatique, soit prochaine, soit éloignée (1). Le charbon, les lésions organiques du sein, le virus syphilitique, la peste, peuvent donner lieu aux mêmes bubons, aux mêmes phlegmons ganglionnaires, et l’on comprend les différences que ces tumeurs doivent présenter, surtout au point de vue du pronostic, selon que telle ou telle des maladies indiquées a été cause provocatrice. 11 y a sous ce rapport encore, et au point de vue du traitement, des différences qui sont commandées par ce qu’on appelle l'idiosyncrasie, par les constitutions atmosphériques. L’inflammation ganglionnaire ne suppure pas aussi fatalement que celle des deux variétés précédentes. Elle tend souvent à la chronicité et entre pour une grande part dans la composition des tumeurs chroniques de l’aisselle qui sont rapportées aux lésions organiques, surtout quand le tempérament est scrofuleux. Si, au contraire, l'inflammation ganglionnaire est très vive, elle envahit le tissu cellulaire qui constitue l'atmosphère des ganolions, et la suppuration est alors immanquable.

Les antiphlogistiques ont une influence réelle sur cette variété, bien entendu quand l’adénite est simple, c’est-à-dire quand elle n'est provoquée par aucun virus. Si le sujet est jeune, si la tumeur est volumineuse, linflammation vive, on devra commencer par la saignée générale, et en venir ensuite aux sangsues.

h° Phlegmons profonds. — I suffit de dire que, dans cette variété, c’est le tissu cellulaire profond de la région qui est enflammé, pour se représenter immédiatement le tableau des désordres qu'il peut produire. En effet, ce tissu n'ayant pas de bornes, et constituant lui-même les rapports de laisstlle, en avant et avec les couches profondes des pectoraux, en arrière avec les muscles profonds de l'épaule qui sont sous l’omoplate; ce ussu gagnant en haut le sommet de l’aisselle pour se mettre en rapport avec la base du cou et le sommet de la poitrine, ce qui fait communiquer trois régions; ce tissu, liant entre eux les éléments qui composent le faisceau vasculaire et nerveux de l’aisselle, on conçoit que l’inflammation d’un pareil élément organique est menaçante pour la région d’abord, pour l'épaule, pour le cou et pour la poitrine. La poitrine peut se prendre de deux manières : d’abord par l'extension directe de l’inflammation qui lui est amenée par le tissu cellulaire du cou, et ensuite par le retentissement d’une inflammation très vive,

(1) Dictionnaire de médecine, loc. cit,

ABCÈS DE L’AISSELLE. 529 et qui, quoique très profonde, s’est bornée à l’aisselle. De plus, on sait que les parois de la poitrine constituent une des parois de l’aisselle, et que de la dernière couche du tissu cellulaire à la plèvre costale il n’y a pas loin. On concevra donc que, si une inflammation du cuir chevelu peut être transmise aux méninges, une inflammation du tissu cellulaire profond de l’aisselle peut encore plus facilement atteindre les plèvres.

Il est évident que la thérapeutique est impuissante pour éteindre complétement cette inflammation profonde : cependant on ne négligera pas les saignées générales et locales, mais on les proportionnera à la force, à l’âge du sujet, à Son tempérament. On comprend qu'ici les incisions prématurées pourraient avoir un grand danger, si elles n'étaient pas faites par un chirurgien anatomiste.

ARTICLE IL Abcës de l’aisselle.

Ils pourraient être classés comme les inflammations que je viens d'étudier, Inais ce que j'ai dit des trois premières variétés suffit pour faire comprendre l'histoire des abcès qui en sontla conséquence. Je ne dois de nouveaux détails que pour ce qui concerne les abcès profonds. Les notions déjà présentées sur l’atmosphère celluleuse de la profondeur de la région doivent faire présumer l'étendue que peuvent avoir les abcès qui naissent dans cette atmosphère. En effet, le pus peut fuser en avant et sous les pectoraux, et en arrière sous le scapulum; il peut remonter vers le cou, arriver au creux sous-claviculaire et de là suivre la voie qui le conduit à la poitrine. C’est ainsi qu'on à vu des abcès de l’aisselle arriver à la base du cou, et de là dans le médiastin, Le pus peut parvenir à la poitrine par une voie plus directe, mais que l’ulcération doit lui ouvrir : c’est alors la partie du thorax qui forme le côté interne de la région axillaire qui subit la solution de continuité, Le pus répandu ainsi dans les divers prolongements de la région axillaire peut aussi être dirigé vers cette région après avoir été sécrété plus ou moins loin. Ainsi M. Velpeau a cité plusieurs cas d’abcès de la région axillaire dont le foyer primitif avait été formé dans l'articulation scapulo-humérale. Il n’est pas rare qu'une altération des côtes voisines soit le point de départ de la Suppuration. Les abcès du cou ont quelquefois fusé dans l’aisselle, par exemple les abcès par congestion dont l’origine se trouve être une altération des vertèbres cervicales; le pus ou la sanie, ou le détritus des tubercules, suit alors les nerfs qui vont former le plexus brachial. Enfin, soit par voie ulcérative, soit par l’entremise des gaînes vasculaires, plus d’un dépôt de la poitrine a fourni à la composition des abcès de l’aisselle. Toutes ces circonstances sont importantes à connaître, car l’aisselle étant le point le plus déclive de presque toutes les parties où l’on peut rencontrer le pus, on procédera aux manœuvres du diagnostic et à l'ouverture de l’abcès comme il suit : une tumeur purulente apparaît à la base du cou au-dessus de la cla- Vicule, plus ou moins près du sterno-mastoïdien ou sous lui, plus ou moins

IL En e + .

près du trapèze où sous ce muscle; une tumeur de même nature existe au creux sous-claviculaire entre le trapèze et le grand dorsal, ou. bien elle soulève ce muscle ; enfin la tumeur soulève le scapulum, elle est même entre son bord vertébral et le rachis. Dans tous ces cas, pressez ! sur ces diverses tumeurs avec une main, ou bien faites exercer cette compression par un aide, tandis que le doigt explorateur appliqué sous l’aisselle vous avertira d’abord s’il y a tumeur fluctuante sur ce point, si cette tumeur devient plus tendue, plus volumineuse à mesure que les autres points indiqués cèdent. Enfin ce doigt vous avertira encore qu'avant cette compression, il n’y avait pas de tumeur sur le point de l’aisselle qu’il occupe, tandis qu’à la faveur de ces compressions et pendant qu’elles s’opéraient, la tumeur axillaire se formait. On devra aussi faire tousser le malade pendant que le doigt explorateur sera appliqué à la base de l’aisselle. Si le pus communique avec la poitrine, la toux le projettera avec le doigt.

On conçoit que pour les abcès superficiels de l’aisselle, pour ceux surtout qui sont entre l’aponévrose et la peau, on puisse encore discuter la question de savoir si l’on doit ou non les ouvrir, ou confier tout à fait à la nature leur évacuation, laquelle a lieu tôt ou tard, car la tendance du pus alors est vers la peau. Mais pour les abcès profonds, pour ceux que j’étudie ici, la question ne peut guère être posée, ou du moins je crois qu’elle ne le sera pas par le vrai praticien, par celui à qui l'expérience aura fait connaître jes dégâts énormes que le séjour du pus, sa propagation au loin, peuvent produire. Il faut donc ouvrir ces abcès et les attaquer du côté de la base de l’aisselle, même quand ce n’est passur ce point qu'ils forment le relief le plus marqué. Si les partisans de l'opinion contraire voulaient bien avouer le motif qui les fait pencher pour l’expectation, ou qui du moins les porte à reculer devant l'ouverture prématurée, si ces chirurgiens voulaient être francs, ils avoueraient la plupart que la crainte de blesser les principaux vaisseaux de la région est le seul motif qui les fait s’abstenir. « Mais, dit M. Velpeau, il suffit, pour se mettre à l’abri de tout danger, de porter le bistouri tenu comme une plume à écrire, le dos tourné vers la face interne du bras, de manière que la pointe soit dirigée en haut et en dedans comme pour tomber.sur la partie supérieurede la paroi thoracique. De cette façon, iln’est pas d’abcès de l’aisselle qu’on ne puisse inciser largement sans avoir à redouter d'autre lésion que celle des ganglions lymphatiques, des artères thora-

ciques externes ou postérieures, du nerf qui vient se perdre dans le grand dentelé et des filets intercostaux (4). »

Ulcérations ct fistules de l’aisselle,

Les ulcérations vénériennes de l’aisselle sont rares. Celles qui sont dues à des ouvertures d’abcès superficiels, ouvertures entretenues par les mouve-

(4) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, nouvelle édition, t. Il, p. 101:

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