ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DU COUDE
Les difformités du coude sont le plus souvent accidentelles : ce sont, dans le plus grand nombre des cas, des fractures anciennes de l'extrémité inférieure de l’humérus, des luxations non réduites des deux os de l’avant-bras, ou du radius et du cubitus isolément sur l'os du bras, toutes lésions qui n'ont
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pas été traitées ou qui ne l'ont pas été convenablement. J'ai eu pendant longtemps, dans mon service de l'hôpital du Midi, un jeune homme qui avait une luxation latérale ancienne du coude; elle était presque complète. Ce déplacement n'avait pas été réduit ; les deux os de l’avant-bras étaient à côté de la poulie formée par l'extrémité inférieure de l’humérus. Par ce rapport anormal, la partie du membre qu’on appelle le pli du bras avait une étendue démesurée,
Les difformités par rétraction musculaire sont presque toujours produites par une lésion du biceps. Les cas les plus fréquents de rétraction syphilitique ont eu précisément ce muscle pour siége.
On a observé au coude des luxations congénitales. Hippocrate avait déjà signalé ce vice de conformation. Le premier fait authentique des temps modernes est dû à Chaussier ; il constata chez un fœtus une luxation complète des deux os de l’avant-bras sur la face postérieure de l’extrémité inférieure de l’humérus. Depuis, Dupuytren, MM. Cruveilhier, Loir, Adams, Guérin, Deville, ont publié quelques nouveaux faits et signalé de nouvelles variétés, Quelques-unes de ces luxations ont été décrites, d’après des pièces recueillies sans renseignements et par hasard, sur des sujets adultes. Il faut bien remarquer ici qu'il n’est pas rare de voir se produire chez les jeunes enfants des luxations traumatiques plus ou moins complètes de l'extrémité supérieure du radius, soit en avant, soit en arrière. Eh bien, souvent ces lésions sont léconnues et ne sont soupconnées que plus tard, en raison de la diflormité et de la gène des mouvements qu’ils entraînent ; alors, comme l’origine de ces déplacements est méconnue, on peut les attribuer à des luxations congénitales. Mais les faits de cette catégorie offrent une grande ressemblance anatomique entre eux ; ils peuvent coïncider avec d’autres vices de conformation, et ils s’éloignent par quelques particularités des anciennes luxations traumatiques non réduites ; enfin, les auteurs qui les citent les regardent Comme congénitales, et ces auteurs sont en général des anatomistes. Cette dernière considération a plus de valeur à mesure que les faits se multiplient ; ainsi, aujourd'hui, M. Cruveilhier décrit, comme congénitales (1), des luxations qu’il avait regardées autrefois comme traumatiques, et ce sont les nou- Veaux faits relatifs à ces anomalies qui l'ont éclairé et l'ont fait changer d'opinion.
Variétés, — On peut admettre, d’après les faits publiés par les auteurs, les variétés suivantes :
1° Luxation complète des deux os en arrière. — L'observation déjà citée de Chaussier est un exemple de ce déplacement.
2 Luxation complète de l'extrémité supérieure du radius en avant. — M: Guérin l’a observée chez une jeune fille de sept ans, qui offrait la même difformité des deux côtés. Suivant cet auteur, la tête du radius glisse au-
(1) Anatomie pathologique, p. 479.
devant de l’'humérus, vers la fossette coracoïde, dans cette luxation, laquelle est nécessairement accompagnée de diastase des articulations radio-cubitales et de pseudo-luxation du carpe. Selon M. Alph. Robert, cette observation répond à la question de M. Cruveilhier (1), qui se demande si la luxation congénitale du radius en avant a été observée, et qui, dans le doute, n'ose regarder comme telle deux cas qu’il a observés, et dans lesquels l'extrémité supérieure du radius est reçue dans la gorge de la poulie que présente l'extrémité inférieure de l’humérus.
3° Luxation complète de l'extrémité supérieure du radius, en hay el en bas, c’est-à-dire sur le bord externe de l'humérus.
he Luxation de la tête du radius en haut et en arrière. — C’est celle. qui présente les caractères les plus constants. On a noté le plus souvent la déformation et l’exiguité de la tête du col, coïncidant avec un allongement notable de ces parties, ce qui leur permet de dépasser plus ou moins en haut et en arrière le petit condyle huméral. Celui-ci est rudimentaire ; au cons traire, la trochlée s’élargit pour s’articuler par une plus large surface, avec l'extrémité supérieure du cubitus, également plus développé. Quatre fois on a constaté la soudure des deux os de l’avant-bras à diverses hauteurs. Les vestiges de la tête radiale sont maintenus par un appareil ligamenteux représ sentant plus ou moins des traces des ligaments latéral externe et annulaire:
On a vu, mais très rarement, le cubitus quitter ses rapports naturels; le radius, au contraire, les abandonne facilement, ce qui est expliqué para configuration anatomique de l'espèce d’arthrodie que représente l’articula= tion radio-humérale (2).