‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 182 sur 358 · LÉSIONS VITALES DU POIGNET · texte numérisé non relu

LÉSIONS VITALES DU POIGNET

Nous avens déjà parlé, dans le deuxième volume et dans la précédente section, de la éénosynite crépitante. Cette inflammation légère des gaînes tendiheuses qu’on remarque surtout à l’avant-bras sur son bord radial, est très fréquente au poignet. L’inflammation aiguë, la véritable synovite du poignet, est rare ; on observe rarement aussi l’hydarthrose de cette articulation. Quand cette hydropisie a lieu, la sérosité tend à soulever dans tous les sens le sac qui là renferme. Mais c’est vers l'extrémité du radius que la tumeur fluctuante se prononce davantage, parce que sur ce point la synoviale est plus superficielle. En avant, la tumeur est masquée par le faisceau épais des tendons fléchisseurs des doigts et de la main, et sur Les côtés, les ligaments latéraux empê-

662 MALADIES DU POIGNET. | chent cette tumeur de se former. Les petits faisceaux fibreux qui composent les ligaments laissent entre eux certaines fentes, des hiatus qui ne sont com= blés que par la synoviale, laquelle est quelquefois refoulée en dehors et fait hernie ; il se forme alors la tumeur articulaire qui a été appelée ganglion, nodus. Cette tumeur, cette espèce de kyste communiquant avec l’articulation est rare. Les faits peu nombreux qui ont été observés se rapportent à des tumeurs du poignet. « Chez deux malades, dit M. Velpeau, il m'était facile de faire fuir le liquide du kyste dans l’articulation et de l’y faire rentrer, au moyen de certains mouvements ou de certaines pressions ; deux fois j'ai pu examiner sur le cadavre des kystes de cette espèce et en suivre la ca vité jusqu'a l’intérieur de la jointure (4). Ainsi, e’est là un véritable diver= ticulum de la synoviale dont l'existence est incontestable. Mais il faut ajouter que quelquefois la communication entre le ganglion et la synoviale ne peut être démontrée ; on trouve tout au plus un pédicule imperméable entièrement plein ; il arrive même que la tumeur n’a pas plus de rapport avec l’ars ticuïation que les autres parties qui l’environnent. (Voyez tome IT, page 487.) On conçoit qu'un kyste communiquant d’abord avec l'articulation puisse en devenir indépendant, car il peut arriver ici ce qui a lieu pour la tunique vaginale, qui, en communication d’abord avec le péritoine, se constitue organe indépendant à une certaine période de la vie. Ces kystes qui commu niquent, ou qui ont communiqué avec l'articulation, ne sont pas les seules cavités closes du poignet : il peut s’en former aussi dans le tissu cellulaire environnant, comme dans le tissu cellulaire des autres régions. Mais les tumeurs les plus fréquentes de cette jointure sont dues à une hydropisie des cavités closes péritendineuses, qui ont été décrites au tome IT, page 485 et suivantes ; ce sont les kystes hydatidiformes de Dupuytren. Pour bien sa= voir la pathologie de ces kystes, il faut connaître l’organe normal. On $e rappellera donc que les tendons des fléchisseurs en rapport avec la face pal maire du poignet sont unis par une membrane de la nature des synoviales* cette membrane se termine en cul-de-sac au-dessus du ligament annulaire du carpe vers l’avant-bras, et au-dessous de la racine des éminences thénar et hypothénar dans la paume de la main. C’est donc une poche à part qui ne communique hullement avec la synoviale articulaire, et qui est séparée du fascia sous-cutané par les aponévroses. Sur le dos du poignet il y à une toile semblable qui unit les tendons des extenseurs : cette large cellule s’étale de plus en plus en gagnant le dos de la main, et elle.se perd insensiblement en remontant vers les muscles de l’avant-bras. Maintenant, supposez que ces poches malades se remplissent d’une humeur quelconque ; elles forment alors une tumeur dont les grands diamètres seront selon le grand axe de l’avant-bras. Les rapports de la membrane malade avec les ligaments annu=

(1) Voyez l'histoire de M. Doubowiski dans Annales de la chirurgie. Paris, 1844, t. I, p. 129.

he LÉSIONS ORGANIQUES DU POIGNET. 663 laires expliquent sa forme en bissac. L’étranglement sera dû à ces bandes fibre euses sous lesquelles la tumeur se trouve située. La pression fera passer le contenu d'un renflement à l’autre. L’ampleur de la membrane malade, ses rapports avec les tendons, expliquent le volume assez considérable, l’inépr de ces tumeurs, circonstances qui les différencient des tumeurs avec

ernie de la synoviale, lesquelles sont peu volumineuses et également arrondies : ce sont ces dernières qu’on a appelées ganglions. Les tumeurs formées par le les poches péritendineuses contiennent des produits plus variés et plus morbides : : ainsi, c’est un liquide séreux ou une humeur synoviale, de la matière gélatimiforme, un pus séreux. Enfin, on observe dans ces poches ces petits corps dont a tant parlé Dupuytren, qui sont considérés aujourd’hui comme. des concrétions d’albumine ou de fibrine. Ce sont ces corps qui, allant d’une moitié de la tumeur à l’autre, donnent cette sensation particuhère d’une petite chaîne contenue dans une bourse qu’on presserait entre les doigts. Tous les moyens employés pour la cure radicale de l’hydrocèle ontété tentés ici, soit pour la guérison des kystes qui communiquent avec Particulation, soit pour faire disparaître les produits contenus dans les poches Péritendineuses : ainsi, ponction simple ou avec injections plus ou moins iritantes ; séton, incision, épispastiques ; on a ajouté les caustiques, l’écrasement et l’extirpation, surtout quand il s’est agi de ces ganglions qui sont formés par une hernie de la synoviale articulaire. Je crois qu’on doit toujours commencer par une simple ponction sous-cutanée, comme Bégin l’a conseillé ; si la tumeur se reproduit, la cure radicale sera surtout assurée et ne sera pas plus dangereuse que par les autres moyens, si l’on pratique une large incision et si l’on soumet la plaie à une irrigation continue, comme le veut A. Bérard.

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