‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 189 sur 358 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Tout ce qui se rapporte aux lésions physiques du Squelette dé là main été étudié dans le deuxième volüme {section des Maladies des os), et nous avons exposé dans le même volume (Maladies des artères en barticulier) ce qui a trait aux plaies artérielles. Cependant j'ai’ plusieurs remarques à faire encore sur les plaies de la main qui sont extrêmement fréquentes. Où com= prend que les arts ne sont pas tous sans danger; les machines, les outils, les armes, les instruments, tous ces moyens par lesquels l’homme produit, per= fectionne, se défend, attaque, tous peuvent être tournés Contre lui. C’est l'organe le plus en rapport avec eux, c’est la main qui e$t lé plus souvent compromise.

Les plaies de la main ont toujours un certain degré de gravité pour peu qu’elles soient profondes. Les luxations des doigts, surtout du cinquième, peuvent produire le tétanos. Mais, toutes choses égales d’ailleurs, le traumas tisme de la paume est plus grave que celui du dos et des côtés de là main: C’est par la multiplicité et l'importance des éléments qui composent la paume de la main, et surtout par l’aponévrose palmaire, qu’on efpliqué lés dangers des plaies de cette partie de la région. Même dans les cas de pläies superfi= cielles, la peau étant très adhérente à l’aponévrose, l’inflâmimation qui sur viendra après la blessure pourra être avec plus ou moins d’étränglément, €ar les tissus pourront difficilement se prêter à la turgescence inflèmimatoire. La difficulté sera bien autre, si la plaie, dépassant l'aponévrogé, atteint les tissus qu'elle recouvre : alors, en effet, il y aura un véritable étrañglemient s'il sur vient uneinflammation ; car, en avant l’aponévrose, en arrière 165 o$, efpêche= ront l'expansion inflammatoire. On prévoit les douleurs, les dégâts qui sont la conséquence d’un foyer inflammatoire dans de pareilles conditions. Au: point de vue des accidents primitifs, ce sont là des blessures graves; au point de vue des accidents consécutifs, leur pronostic a lé Même caractère: en effet, cette inflammation profonde sera avec plus où moins de mortifica=

tion des tendons, ou bien il s’opérera des adhérences entre leurs gaînes ; de là des rétractions des doigts, des difficultés, des impossibilités même dans les mouvements. Ce sont ordinairement les plaies par ponction, les incisions étroites qui donnent lieu à ces accidents ; mais ils ne sont pas inévitables après ces blessures, car quelquefois les piqûres les plus profondes ne provoquent pas la moindre inflammation. Quand le corps vulnérant reste en partie où en totalité dans la main, les chances d’inflammation sont singulièrement aügmentées, puis la suppuration est presque immanquable. Cependant on à vi des pointes d'instruments, des fragments de verre profondément implantés dans là main rester complétement et toujours innocents.

Les plaies contuses sont les plus fréquentes et les plus graves; elles sont très fréquentes chez les ouvriers et chez les gens de guerre. M. Jobert cite quarante-huit coups de feu qui ont blessé la main (1). Les plaies contuses Sont, en général, avec fractures comminutives des os de la main, et dilacérations tendineuses. Les articulations étant ici très multipliées, souvent il en est qui sont ouvertes ; il y a plus ou moins de sang répandu dans les tissus déchirés, où combinés avec ceux qui ont subi l’écrasement. Les plaies d'armes à feu présentent souvent tous ces dégâts réunis, surtout quand le projectile atteint obliquement la région, et la blessure est alors plus grave. Quand, au Contraire, la main est frappée perpendiculairement par un de ces deux plans, là blessure peut être moins grave : ainsi une balle peut traverser directement 14 main sans causer de grands dégâts ; elle peut produire alors une espèce de perforation dont les bords se tuméfieront pour adhérer ensemble sans qu’il y ait une grande suppuration. Les machines que les progrès de l’industrie multiphient de tous côtés font ordinairement des plaies avec de grands lambeaux qui, quand les os n’ont pas été atteints, peuvent être réappliqués avec succès dans le plus grand nombre des cas.

Le traitement des plaies de la main doit être très énergique quand ces plaies sont sous-aponévrotiques et que l’inflammation débute avec une certaine force. Je suis de l’avis de A. Bérard : quand l’attrition n’est pas considérable, que les parties ne sont pas vouées à la mortification, je crois que les irrigations d’eau froide peuvent produire les plus heureux résultats ; plusieurs faits de ma pratique en fournissent la preuve. J’ai traité entre autres, avec M: A. Latour, un ouvrier qui eut presque toute l’éminence hypothénar enlevée par une machine qui déchira violemment cette partie de la main. Comme le lambeau tenait encore par un tractus léger, je le réappliquai sur la paume de la main, que j'arrosai avec un filet d’eau fraîche pendant trois jours. La réunion $e fit avec si peu de suppuration, qu’elle aurait pu être considérée comme immédiate. |

- On ne saurait croire avec quelle facilité la réunion a lieu à la suite des plaies de la main, surtout à la face palmaire, car sur ce point la vascularité est grande. Cette circonstance doit faire employer la réunion dans les cas les

(1) Traité des plaies d'armes à feu.

plus désespérés, même quand il y a séparation complète des parties. Ces réunions doivent être tentées surtout pour les doigts, car on sait que ce sont les appendices et le nez qui ont offert les exemples les plus vrais, les plus fréquents de réunion après séparation complète du reste du corps (voyez article Plaies en général, dans le tome 4°"). Quand l'excès des désordres dela main ne permet pas les irrigations, ou quand, après leur emploi, l’inflammation éclate, celle-ci doit être traitée vigoureusement par les saïgnées générales, et surtout par des applications de sangsues souvent répétées dans les environs si le sujet est jeune. Les manuluves émollients, les purgatifs doux compléteront le traitement. On n’en viendra à l’amputation de la main qu’à la dernière extrémité, quand il sera bien prouvé, par des ouvertures d’articulation, par des écrasements des os, par la gangrène, que cette partie ne peut être conservée, car les faits qui prouvent que la tempo>= risation a permis de conserver des éléments de la main qui semblaient voués à l’amputation, ces faits sont nombreux. Quand on sera obligé de procéderà une amputation, il faudra n’enlever que le moins possible. On ne saurait croire les services qu'on rend à un blessé, même en ne lui laissant que deux doigts. Le pouce surtout devra être épargné autant que possible.

C’est pour les plaies graves de la main que des pansements méthodiques, doux, fréquemment renouvelés, que des incisions, des contre-ouvertures faites à propos peuvent conduire aux plus beaux résultats ; c’est ici surtout que le vrai praticien doit se montrer avec sa patience, ses soins de détail, sa douceur.

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