‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 192 sur 358 · DU PHLEGMON ET DES ABCÈS DE LA PAUME DE LA MAIN. 6S · texte numérisé non relu

DU PHLEGMON ET DES ABCÈS DE LA PAUME DE LA MAIN. 6S

Du phlegmon et des abeés de la paume de la main.

[On peut en admettre trois variétés, d’après le siége de la maladie. Cette division est analogue à celle qui est généralement admise pour le panaris ou le phlegmon du doigt. On trouve effectivement, à la paume de la main, des couches organiques semblables à celles qui constituent les doigts ; on comprend donc qu'il doive y avoir une grande ressemblance entre des affections de même ordre qui se montrent sur les deux régions d’un même organe.

Il y à donc trois sortes de phlegmons et d’abcès : le phlegmon sous-éprdermique, le sous-cutané, le sous-aponévrotique.

1° INFLAMMATION SOUS-ÉPIDERMIQUE. — Elle se développe plus particulièrement chez les individus qui, par le fait de leur profession, ont la peau des mains calleuses. Sous l'influence du frottement répété, il se forme des épaississements de l’épiderme que l’on appelle durillons. Ges callosités occupent le plus souvent la racine des doigts, quelquefois le creux de la main. Lorsque les durillons sont irrités, soit par une plaie superficielle, soit par des frottements, il en résulte une inflammation du derme subjacent et une sécrétion de sérosité ou même de pus. De là formation d’une phlyctène de couleur variable, suivant la nature du liquide qui s’accumule sous l’épiderme. Si le malade cesse ses travaux, le liquide placé en petite quantité sous l’épiderme peut se résorber, ou bien, si on lui donne issue par une incision, les phénomènes inflammatoires se calment, la guérison survient rapidement. Si, au contraire, le sujet, comme il arrive le plus souvent, n’interrompt pas ses occupations pénibles, l’inflammation de la surface du derme augmente ; une nouvelle quantité de pus ou de liquide séro-purulent est sécrétée et s’accumule sous l’épiderme qui donne naissance à une phlyctène volumineuse. Bientôt le contact permanent du liquide avec la surface du derme altère cette membrane, et, sous l'influence de ce contact, l’inflammation se propage à travers l'épaisseur de la peau jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané. Les malades accusent alors de vives douleurs; la phlyctène s'ouvre spontanément ou est ouverte, soit par le malade, soit par le chirurgien. La surface du derme ainsi mise à découvert présente une teinte rougefoncée ou noirâtre ; parfois on découvre des perforations multiples par lesquelles on fait sourdre du pus, en exerçant une pression sur les parties environnautes. La peau est criblée d'ouvertures qui lui donnent l'aspect d’un arrosoir ; quelquefois des lambeaux de tissu cellulaire mortifié font saillie à travers ces perforations. Que si, enfin, l'affection continue à faire des progrès, l’inflammation peut envahir une grande partie de la main et de l’avantbras; mais ce mode de terminaison s’observe surtout dans les phlegmasies profondes de la main.

Le pronostic de l’inflammation sous-épidermique n’est pas grave, sur-

tout quand elle est combattue de bonne heure par les moyens suivants: |

Il convient, dès le début de la phlegmasie, d’arrêter toute espèce de travail manuel pour ne pas augmenter l’irritation du derme. Dès que le pus est formé sous l’épiderme, il faut ouvrir la phlyctène avec des ciseaux et retrancher l’épiderme soulevé. On appliquera sur la partie malade un linge troué | enduit de cérat, et mieux encore, pour peu que l’inflammation soit intense, un Cataplasme émollient. |

Si l’inflammation s’est propagée à une grande partie ou à la totalité de la | peau, qu’il existe de la douleur, on aura recours aux cataplasmes émollients, à des manuluyes prolongés; que si, enfin, la suppuration s’est déjà formée dans le tissu cellulaire sous-cutané, on se conduira comme nous le dirons dans le paragraphe suivant.

2° INFLAMMATION SOUS-CUTANÉE. — Cette yariété se développe encore le plus souvent sous l'influence des mêmes causes que là précédente, c’esta-dire chez les individus qui portent des durillons à la face palmaire de la main. Tantôt ces durillons sont excoriés par le malade; tantôt ils sont sou mis à des frottements répétés ; de là résultent des inflammations qui, d'abord superficielles, se propagent bientôt au-dessous de la peau. D’autres fois ce sont des plaies de diverses sortes, avec des instruments piquants, tranchants ou contondants. Ailleurs, ce sont des morsures d'animaux ; quelquefois une simple écorchure que le malade irrite par le frottement ; enfin, dans quel: ques cas, il est impossible de saisir la cause de la maladie. |

Le phlegmon sous-cutané peut occuper tous les points de la paume de Ja main ; le plus souvent, ila son siége près de la racine des doigts ; quelquefois il occupe le creux proprement dit de la main ; plus rarement l’éminence thénar. Il est caractérisé par une douleur très vive, une rougeur peu intense, uu gonflement peu marqué. La tuméfaction se propage rapidement vers la face dorsale de la main, vers les doigts, quelquefois aussi à l’avant-bras : mais cette tuméfaction des parties voisines est plutôt œædémateuse qu’inflammas toire. Les mouvements des doigts sont gênés, mais non douloureux. Il ya souvent des symptômes généraux : la peau est chaude, le pouls est accéléré, les malades se plaignent de céphalalgie, d’insomnie, de soif, d’anorexie.

La résolution est une terminaison très rare; la suppuration peut être considérée comme la règle. Le pus se comporte différemment, suivant les cass ce liquide peut se frayer une issue à travers une perforation spontanée de la peau, ou bien le pus s’accumule entre la face profonde du derme et l’aponévrose, et, dans ce cas, il peut se faire que le liquide passe au-dessous de l’aponévrose elle-même par les trous que présente cette membrane ; l’abcès de sous-cutané devient sous-aponévrotique; nous en reparlerons plus loin:

Enfin, chez les sujets à épiderme dur, il arrive souvent que le pus perfore” le derme sur un ou plusieurs points, et s’insinue ensuite sous l’épiderme qu'il décolle dans une plus du moins grande étendue. La collection purulente présente alors la forme d’un bissac, ou, suivant la comparaison de Velpeau, celle

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