‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 194 sur 358 · DU PHLEGMON ET DES ABCÈS DE LA PAUME DE LA MAIN · texte numérisé non relu

DU PHLEGMON ET DES ABCÈS DE LA PAUME DE LA MAIN

qui, par l'intermédiaire des coulisses tendineuses, se propage du côté du poignet, en envahissant tout à la fois les parties molles, les articulations et la surface des os, s’exprime ainsi : « Débrider la gaîne fibreuse de chaque doigt qu’on ampute, ne préviendrait en aucune manière le développement de ces redoutables phlegmasies. M. Champion a conjuré deux fois les accidents inflammatoires qui surviennent après l’amputation des doigts par l’application de la potasse caustique dans la paume de la main ; mais quand des cataplasmes ou une forte application de sangsues n’en arrêtent pas les progrès dès le début, il n’y à que de nombreuses et profondes incisions qui en triomphent. Le remède est pénible sans doute, mais il s’agit de la vie ou de la Mort, et tout homme qui s’est trouvé à même d’en apprécier les effets parfois miraculeux, n’hésitera pas un instant. »

Les saignées et les applications de sangsues sont la plupart du temps insullisantes pour enrayer la marche de la maladie. Néanmoins, il convient de les mettre en usage, ne fût-ce que dans le but de mettre une barrière à l’extension de la phlegmasie vers l'avant-bras. Les onctions mercurielles prati quées plusieurs fois par jour, ont donné de meilleurs résultats. Les cataplasmes et les bains émollients ne sont que des adjuvants. Velpeau et À. Bérard ont préconisé la compression : pour obtenir de ce mode de traitement de bons résultats, il faut que la compression soit faite d’une manière méthodique. 11 convient d’envelopper chaque doigt séparément au moyen d'une bande étroite, puis de matelasser la paume de la main avec de la charpie. Si l’on ne prenait pas cette dernière précaution, la compression serait insuffisante ou mal faite.

Dès que le pus est formé, il faut pratiquer une ouverture suffisamment large pour procurer l'issue à ce liquide. La connaissance des artères de la région, et notamment celle de la situation de l’arcade palmaire, guideront le chirurgien pour ne pas intéresser dans ces incisions des vaisseaux importants. Il sera préférable de pratiquer l’incision couche par couche, dans les cas où la collection purulente occupera le milieu de la paume de la main. L'incision faite, il faut encore donner à la main une position favorable à l'écoulement du pus. Très souvent, une seule incision est insuffisante; il ne faut pas craindre de pratiquer un nombre suffisant de contre-ouvertures, pour empêcher le pus de stagner dans la profondeur de la paume de la main, et pour prévenir des accidents de résorption putride. Enfin, lorsque les désordres sont étendus, que les tendons fléchisseurs sont mis à découvert, que l’inflammation s’est propagée aux articulations du carpe, que la suppuration est très abondante et affaiblit ie malade, on est contraint de faire le sacrifice du membre et de pratiquer une amputation de l’avant-bras. Alors même que le malade échappe aux accidents locaux et aux phénomènes généraux que Nous venons de rapporter, il reste souvent, après la guérison, une roideur dans les articulations des doigts ; parfois mênie les mouvements de ces ap

pendices se trouvent en grande partie perdus par les altérations dont les ten= dons fléchisseurs ont été le siége.]

ARTICLE IL Onyxis.

Quand l’inflammation sévit sur les parties vivantes de l’ongle, on l'appelle onyæis. Elle peut affecter toute la matrice, être générale ou partielle, et n’occuper, par conséquent, que les bords ou la racine de l’ongle. L'onyxis la plus fréquente est due à des contusions des doigts ou à des piqûres quiont lieu sous l’ongle. Il y a alors une suppuration qui se fait jour sur les côtés de l’ongle, qui le soulève, le détache et produit sa chute. Le derme est mis à nu : il est bientôt recouvert par un ongle nouveau. Quand c’est un corps étranger qui produit l’onyxis, il faut l’extraire, ce qui sera facile s’il offre une prise; si, au contraire, il est complétement enfoncé sous l’ongle, il faut, avec un fragment de verre, perforer celui-ci par usure, extraire le corps étranger et évacuer le pus qui peut déjà s’être formé. Si c’est une forte con= tusion qui a produit l’'inflammation, on devra employer les topiques émol= lients, les manuluves pour éviter Le panaris profond.

Brülures. — Engelures.

Les effets de la soustraction et de la concentration du calorique se font surtout remarquer à la main, parce que cette partie est toujours découverte, et que nous la portons le plus souvent sur les chjets qui nous entourent. On sait combien l’inexpérience des enfants, les imprudences des ouvriers les exposent à avoir les mains brûlées. Ce sont les effets des brûlures qui constituent le plus grand nombre des difformités accidentelles de la main. Ici une remarque doit être faite. J'ai dit nrécédemment que c’étaient les inflammas tions profondes de la main qui causaient des difformités, je parlais alors des inflammations ordinaires ; mais quand il s’agit des inflammations qui succè= dent aux brûlures, on doit prévoir des difformités, que l’inflammation soit au-dessus de l’aponévrose ou qu’elle soit au-dessous de cette toile fibreuse: J'ai déjà signalé, à plusieurs reprises, dans le premier volume, toute la force de rétractilité du tissu inodulaire qui succédait à une brûlure. On devra être bien prévenu de ces effets, qui ici peuvent si facilement causer des difior= mités, afin de diriger des pansements d’une manière convenable.

La soustraction trop considérable du calorique constitue un engorgement chronique de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, avec couleur rouge, violette ou bleuâtre, avec picotement, engourdissement et démangeaisons Les engelures affectent particulièrement les extrémités des mains, des pieds,

LÉSIONS ORGANIQUES DE LA MAIN. 691 du nez, des oreilles. Les femmes, les enfants faibles, les tempéraments lymphatiques y sont prédisposés. Elles reconnaissent encore pour cause une disposition organique héréditaire, les privations et le passage répété du froid au chaud. Elles apparaissent vers la fin de l'automne, s’accroissent pendant l'hiver, et se guérissent au Printemps. Souvent elles disparaissent sans retour à l'époque de la puberté.

Les engelures peuvent former un simple engorgement superficiel avec rougeur et prurit incommodes; plus intenses, elles occasionnent un engorgement profond, avec douleurs cuisantes et phlyctènes remplies de sérosité : enfin elles S’ulcèrent quelquefois, deviennent phagédéniques, gangréneuses, et amènent, mais rarement, de vrais accidents.

Le traitement prophylactique consiste à fortifier les parties par des frictions sèches, aromatiques, à faire des lotions avec de la neige, de l’eau-devie, du vin, des eaux Spiritueuses, à éviter l'eau tiède, les applications émollientes, les vêtements humides.

On recommande contre les engelures non ulcérées le baume de Fioraventi, l'eau de Cologne, une pommade composée de blanc de baleine, d'huile, de cire, de baume du Pérou et d'acide chlorhydrique ; l'électricité a été également vantée,

Lorsqu'il y a gonflement et douleur, les cataplasmes de plantes aromatiques, l’eau végéto-minérale, quelquefois même une application de sangsues, peuvent convenir.

Enfin, dans les engelures ulcérées et les végélations qui surviennent sous l'influence des topiques mucilagineux, on emploie les liqueurs stimulantes, là pommade précédemment indiquée, le nitrate d'argent pour toucher les Chairs fongueuses. On s’est servi avec avantage d’un pansement fait avec un linge fenêtré, enduit de cérat et recouvert de charpie trempée dans une solution de chlorure de chaux. Dans les engelures constitutionnelles, un régime fortifiant est indispensable, puis l’exercice, les amers, les ferrugineux, etc.

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