CHAPITRE IV. | LÉSIONS ORGANIQUES DE LA MAIN
La main est la partie du membre supérieur qui dégénère le plus souvent. En effet, on trouve dans cette région, beaucoup plus fréquemment qu’à l'ävant-bras et au bras, dés anévrysmes par dégénérescence des artères et des varices. Les véritables kystes, les lipomes, le cancer, y sont plus fré- Quents aussi. Si l'on retharque que dans les tumeurs blañches du poignet, les os du carpe Sont presque toujours malades, soit primitivement, soit con - Sécutivement ; si l’on considère que les métacarpiens et les phalanges sont Peut-être les os qui offrent le plus d'exemples de spina ventosa, espèce de lumeur qui n’est autre chose qu’un certain état du tubercule osseux : si l’on
entre dans ces considérations, on verra qu’il n° a rien d’exagéré dans ma proposition.
Les lipomes ne sont pas très rares à la main, et on les trouve à une cer: taine profondeur. On a souvent confondu avec ces tumeurs graisseuses des tumeurs vasculaires qu’on observe aussi assez fréquemment à la main. Pen: dant que Dupuytren était adjoint à l'Hôtel-Dieu de Paris, il eut à opérer un lipome de l’éminence thénar qui se prolongeait sur toute la face interne du pouce. Cette tumeur avait le volume d’une pomme. Pelletan, qui était chirurgien en chef, avait émis l'opinion de sacrifier le pouce pour abréger l'opération. Dupuytren fit prévaloir ici un principe qui ne sera jamais ou= blié par les chirurgiens, celui qui veut que l’on conserve autant que possible les doigts dans les opérations qu'on pratique sur la main. Dupuytren préféra donc une opération assez longue, minatieuse, qui consista en une incision cruciale, comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-jacent. Après avoir découvert le lipome, l'opérateur procéda à une dissection très lente, très prudente, des tissus qui faisaient adhérer la face profonde de la tumeur, afin de n’ouvrir aucune articulation. Cette opération fut suivie de quelques accidents graves ; mais le malade finit par guérir en conservant le pouce: M. Alph. Robert a fait part dernièrement à la Société de chirurgie d'un fait qui se rapporte à cette catégorie de tumeurs : c'était un vrai lipome dans la région profonde de la main. On comprend que là il est souvent difficile de distinguer le véritable lipome de la tumeur par dégénérescence vasculaire, de la tumeur érectile, du nœvus subcutaneus de A. Bérard, de cette variété enfin qui atteint les tissus qui sont au-dessous de la peau, muscles, tissus fibreux, les os eux-mêmes; car on sait que les tumeurs érectiles peuvent, quand elles sont profondes, n’offrir aucune coloration anormale extérieure; elles peuvent aussi n'être le siége d'aucun mouvement et d'aucun bruit anormal. Or, comme les deux espèces de tumeurs (celle qui est vasculaire et le lipome) sont également douces au toucher et d’une certaine mollesse, on les confond souvent. Dans tous les cas, si l'on se décide à une opération, on devra se munir des moyens les plus puissants pour dompter les hémorrhaz gies : on devra préalablement mettre plusieurs cautères au feu, afin de s'en servir si la ligature, la compression directe ou indirecte ont échoué. Dupuyÿtren extirpa une tumeur érectile qui, comme je l’ai dit, n’offrait aucun mouvement, aucun bruit, aucune coloration anormale; elle était comme une figue mûre et en avait la mollesse. Le malade avait dit cependant que cette tumeur diminuait beaucoup dans certaines circonstances, par exemple après des travaux pendant lesquels elle était comprimée. Sur cette indication, Dupuytren fit exercer une compression pendant toute une journée ; le lendemain, n’observant aucune diminution, il crut à un lipome et entreprit de l'extirper; mais à la première incision, un jet de sang vint le détromper,sel l'extirpation étant achevée, on reconnut un amas de vaisseaux entrelacés comme ceux qu forment des tumeurs érectiles profondes.