SECTION CINQUANTE-QUATRIÈME
L'anatomie de la jambe, ayant une grande analogie avec celle de l'avant. bras, les maladies de ces deux régions se ressemblent beaucoup, mais sur certains points elles diffèrent. Ainsi les difformités sont bien plus fréquentes à la jambe : en effet, les seules difformités produites par le rachitisme sont ici plus nombreuses que toutes celles qui peuvent être observées à l’avantbras. On sait que c’est par le tibia que la déformation rachitique commence ; c'est ordinairement au tibia qu’on l’observe quand un seul os doit être affecté,
et c'est toujours par là que la déformation commence, qu’elle se montre avec toutes ses exagérations,
Anatomie.
La jambe commence au-dessous de la tubérosité antérieure du tibia et se termine au-dessus des malléoles. Vue en arrière, sa forme est celle d’un cône tronqué à sommet inférieur; en avant, elle présente sur la ligne médiane une crête verticale qui lui donne une forme prismatique. La jambe a une face postérieure, une face interne et une face externe, laquelle se subdivise elle-même en deux régions : la région antérieure et la région péronière. Les couches superficielles, peau, tissu cellulaire, fascia superficialis, n’offrent rien de particulier. Au- dessous de ces couches est l’aponévrose, en dehors et en arrière, en dedans, on arrive immédiatement sur la face interne du tibia. L’aponévrose jambière enveloppe les trois quarts de la circonférence du membre: elle s’insère en avant à la crête du tibia, en arrière à son bord interne, mais dans l'intervalle elle contracte des adhérences avec les bords antérieur et postérieur du péroné, de manière à former aux muscles trois gaînes distinctes.
1° Muscles. — Les muscles de la région antérieure, au nombre de trois, sont logés dans une gouttière large et profonde formée par les deux os de la jambe et le ligament interosseux. Deux de ces muscles, le jambier antérieur et l’extenseur commun des orteils, occupent toute la hauteur de la région : le premier, en dedans, appliqué sur la face externe du tibia; le second, en dehors, sur le bord antérieur du péroné. Entre ces deux muscles, dans les deux tiers inférieurs de la jambe, on trouve l’extenseur propre du gros orteil. La région externe est occupée par les deux péroniers latéraux; le court péronier en avant, le long péronier en arrière : celui-ci remonte beaucoup plus haut que le premier; à sa partie supérieure, il est en rapport, en avant, avec l’extenseur commun des doigts, tandis qu’en bas il en est séparé par le court péronier latéral. Ces deux muscles, appliqués sur la face externe du péroné, en suivent la direction et deviennent postérieurs au bas de la jambe. On pourrait admettre trois couches musculaires à la région postérieure; les deux premières seraient formées par les jumeaux et le soléaire, mais ces muscles, bien distincts dans leur partie charnue, se Confondent en bas en un tendon commun très fort, qui prend le nom de tendon d'Achille. Ce tendon descend vers l'extrémité postérieure du calcanéum, séparé des autres muscles par une masse de tissu cellulo-graisseux. Les jumeaux s’insèrent à leur partie supérieure par deux faisceaux complétement isolés en arrière des
condyles da fémur ; le soléaire se fixe au tibia, au péroné, et à une arcade aponévrotique intermédiaire sous laquelle passent les vaisseaux noplités. Les muscles de là couchie profonde sont au nombre de trois : le fléchisseur commun des orteils, inséré à Jà face postéricure du tibia, et, entre ces deux muscles, le jambier postérieur placé 4 sur le ligament intérosseux. Tous ces muscles, au bas de la jambe, sont presque réduits à leurs tendons. La couche superficielle est séparée de la couche profonde par une aponévrose et par du tissu cellulaire qui communique avec celui du creux poplité en passant sous l’arcäde fibreuse destinée aux vaisseaux. j |
2° Squelette. — Le squelette de la jambe comprend deux os laissant entre eux un espace libre fermé par le ligament interosseux. La face postérieure de ces deux 0$ est à peu près sur le même plan, mais en avant le tibia dépasse de beaucoup le péroné. Celui-ci est très faible, mais il ne supporte nullement le poids du corps, et les muscles qui le recouvrent presque complétement le mettent à l'abri dés violences extérieures. Le tibia, très volumineux à sa partie supérieure, se rétrécit graduellement en même temps que sa crête s'efface; le point où il est le plus mince se trouve à l’union du tiers moyen avec le tiers inférieur ; tout à fait en bas, il s'élargit un peu et se trouve presque uniquement formé de tissu spongieux.
3° Vaisseaux et nerfs. — Les artères de la jambe sont fournies par la poplitée qui, au-dessous de l’arcade du soléaire, prend le nom de tibio-péronière, et se divise en deux branches : la tibiale postérieure et la péronière. Au moment où elle s'engage sous le soléaire, elle doune Ja tibiale antérieure, qui se dirige en avant en traversant l’espace interosseux et descend entre le jambier antérieur et l’extenseur commun d'abord, puis entre le jambier et l'extenseur du gros orteil, dans la direction d’une ligne qui, du milieu de l’espace compris entre la tête du péroné et la tubérosité du tibia, irait aboutir au milieu du cou-de-pied. Au moment où elle traverse l’espace interosseux, elle fournit la récurrente tibiale antérieure qui va s’anastomoser avecles articulaires. La tibiale postérieure descend entre les muscles profonds et l'aponé= vrose qui les recouvre en suivant la direction de la poplitée. Au bas de la jambe, elle se trouve entre le tendon d'Achille et Ja malléole interne. Elle donne l'artère nour= ricière du tibia, obliquement dirigée de haut en bas. La péronière se porte en bas, le long du bord interne du péroné, et vient se terminer autour de la malléole externe après s'être anastomosée avec la tibiale antérieure par une branche perforante.
Outre les veines profondes, on trouve à la jambe les deux veines saphènes : Pin= terne, de la partie antérieure de la malléole interne, monte le long du bord postérieur du tibia, reçoit la plus grande partie des veines sous-cutanées de la jambe et communique avec les tibiales antérieures et postérieures. La saphène externe occupe la ligne médiane à la face postérieure de la jambe, et va se jeter dans la poplitée au creux du jarret. Les lymphatiques aboutissent aux ganglions inguinaux ; quelques-uns. cependant se rendent aux ganglions du creux poplité.
Les nerfs de la jambe se rattachent à cinq troncs principaux : le saphène interne, branche du nerf crural, accompagne la veine du même nom; le saphène externe est formé par deux branches venant, l’une du poplité interne, l’autre du poplité externe, et S’anastomosant en dehors du tendon d'Achille; le tibial postérieur est la continua= tion du poplité interne, il suit l'artère tibiale postérieure, en dehors de laquelle il est situé, et fournit des filets nerveux à tous les muscles de la région postérieure; Je. tibial antérieur et le péronier résultent de la bifurcation du poplité externe : le premier contourne l'extrémité supérieure du péroné en traversant les muscles long pé-