LÉSIONS PHYSIQUES DES TESTICULES
ARTICLE I*, Contusions, plaies des testicules et de leurs annexes.
Les plaies du scrotum avaient été singulièrement négligées dans les livres de chirurgie. M. Foucart en fit la remarque, en 1846, dans une Revue cl: nique de la Gazette des hôpiiaux, compulsa les archives de la science, et trouva des matériaux pour combler cette lacune. Ge médecin a pu réunir un certain nombre d'observations de plaies du scrotum, soit par instruments tranchants, soit par des corps contondants, déchirants. Ges plaies sont presque toujours avec issue des testicules, où bien ces organes sont mis à découvert. Ils ne sont pas seulement sortis de leur poche après que celle-ci a été ouverte par accident, mais aussi après des incisions, après des gangrènes d’un point plus ou moins étendu de ces poches. On à vu la violence qui a déchiré les bourses arracher les testicules. Quelquefois c’est un insensé qui s’est châtré par arrachement. 1l résulte de la plupart des faits que les plaies des bourses ñe sont pas essentiellement graves, et que là réductioh des testicules se fait en général avéc succès, même quand ils ont été assez tiraillés, même quand ils ont été Eux-mêmes un peu contus et qu'ils ont séjourné quelque temps hors des bourses : on à mêine observé des guérisons entières, quand nonseulement les bourses étaient déchirées, mais quand la solution de continuité àtteignait le testiculé, s'étendait au pénis. Ainsi un bœuf furieux frappe un päÿsan d’un coup de corne, lui perce le scrotum, le tient pendant quelques instants sar la tête et finit par le jeter contre un mur. Le Scrotum fut entièrement déchiré ou arraché en plusieurs lambeaux, la tunique vaginale ouverte ét sa cloison détruite ; les deux testicules étaient à découvert. Le coup de corne avait, en outre, atteint le pénis lui-même, déchiré Le prépuce et fait passer la verge à travers les téguments du $crotum. M. Wolf pansä métho= diquernent cette plaie, enleva avec des ciseaux les portions de peau trop désorganisées par le choc et régularisa les bords de la plaie. On fit quelques points de suture; on recouvrit la plaie de plumasseaux imbibés d’eau blanche. — Saignée, diète, etc. A la fin de la troisième semaine, la guérison était complète (1). Ce cas de guérison est très remarquable ; la conduite de M: Wolf devrait être imitée. Dans les cas, en effet, où il ÿ a mortification où contusion extrême d’une portion du scrotum, il faut sacrifier cette pärtié, rafraî= Chir les bords pour rendre plus facile là réunion. Je transcris en face de ce fait celui de Roux, parce que la pratique fut la même et le succès identique ;
(1) Journal général de médecine, t. LXXVIL. d
seulement ici c’est une balle qui blessa le scrotum. Il s'agissait d'un jeune homme de vingt-deux ans : une balle avait atteint le scrotum, sans toucher aucunement à la verge. Les enveloppes communes aux deux testicules avaient été non-seulement transpercées, mais divisées complétement d'avant en arrière, sur la ligne médiane, depuis le dessous de la verge jusqu'au périuée. La cloison des dartos était détruite, et les deux testicules que la balle avait respectés, chacun renfermé dans son pérididyme, s'étaient échappés à travers cette grande fente du scrotum et pendaient jusqu’à la partie moyenne de la cuisse. Les bords de la plaie étaient inégaux et comme frangés. « Je pris promptement la résolution de faire remonter les testicules dans le scrotum, et, pour les maintenir en place, de rétablir artificiellement la continuité de la peau, en plaçant quelques points de suture sur les bords de la plaie, après avoir, pour ainsi dire, avivé ou rafraîchi ses bords, ou plutôt après avoir retranché toutes les portions frangées. Cependant je n'aime point la réunion immédiate des plaies du scrotum ; je l’emploie bien rarement après la castration. Mais, au risque de ne point réussir, je n’hésitai point à y avoir recours dans le cas dont il s’agit, et de plus j'employai la suture, parce que de simples bandelettes agglutinatives n’auraient pas mis suffisamment obstacle au déplacement nouveau des testicules. Le succès fut complet (1). »
« Un homme de soïxante et dix ans, occupé à tenir un âne, s'étant embarrassé le pied dans le licou de l'animal au moment où celui-ciprenait le galop saisi d’un accès de fureur, tomba sur le dos et fut traîné dans cette position à travers une colline l’espace d’environ trois cents pas. Le chemin à travers lequel cet homme avait été trainé était montueux, inégal, très pierreux ; aussi les épaules, les fesses, les mollets, le dos et la partie postérieure des bras et des cuisses furent-ils écorchés et ensanglantés. Ce n’est pas tout, une pierre tranchante lui déchira transversalement la partie droite du scrotum dans l'étendue de près de quatre travers de doigt. Le testicule de ce côté sortit, ainsi que le cordon spermatique, qui fut tellement tiraillé dans cette course rapide, qu’il s’étendait, en passant entre les fesses, jusqu’à la région sacrée, et en ligne droite jusqu’au tiers inférieur de la cuisse. Cet homme fut. porté dans son lit, couvert de sang. Appelé tout de suite près du malade, le docteur Gaston de Saint-Ibars trouva les parties dans l’état suivant. Le testicule droit pendait hors des bourses et jusqu’au tiers inférieur de la cuisse ; il était dépouillé de la tunique vaginale et érythroïde qui restèrent unies au scrotum parsemé de petits graviers qui pénétraient la tunique albuginée, et divisé, suivant sa largeur, à sa face externe, par une déchirure pénétrant bien avant dans la substance propre de l'organe. L'épididyme était froissé et déta. ché du testicule à son extrémité supérieure; le cordon très distendu, sans
(1) Roux, Discussion sur les plaies d'armes à feu (Bulletin de l’Académie de méde= cine, Paris, 1848, t. XIIT, p, 1313).
PLAIES DES TESTICULES, 1355 avoir perdu de son diamètre, qui était celui d’une plume à écrire; le scrotum trausversalement déchiré à sa partie inférieure droite dans l'étendue d’environ quatre travers de doigt ; cette partie ayant aussi une deuxième déchirure qui coupait la première à angle droit, de manière à former un petit lambeau flottant par son extrémité. L'intérieur du scrotum est rempli de petits morceaux de pierre et d’autres corps étrangers.
» Ce cas grave, dit l’auteur, me frappa d'autant plus que je n'avais vu dans aucun auteur mention d’un pareil accident. Aussi restai-je plus d’un moment à penser sur la conduite que j'avais à tenir en cette occurrence. Tantôt je penchai pour l’amputation du testicule, tantôt pour la réduction, vu que le dommage n’était qu’accidentel et non l'effet d’un vice organique, et que le sujet était d’ailleurs sain et exempt de virus. Je demandai donc une consultation. Mais le confrère que l’on voulait appeler, ne pouvant se rendre près du malade que sept ou huit heures plus tard, M. Gaston, après avoir minutieusement nettoyé les parties malades, fit la réduction à tout hasard et jusqu’à nouvelle détermination. Le testicule, replacé dans ses enveloppes, maintenu avec des plumasseaux de charpie, fut arrosé de décoctions émollientes, et bientôt le malade dit se trouver assez bien.
» Après la consultation, les deux chirurgiens restèrent d’accord sur ce point, que le testicule devait être maintenu ainsi réduit, et que la marche et l'intensité des accidents inflammatoires seraient attentivement notées et fourniraient les indications ultérieures. L'état contus des parties, la prévision d’une suppuration inévitable, engagèrent les chirurgiens à ne pas pratiquer de point de suture sur les parties divisées du scrotum et à se contenter de l'application de plumasseaux maintenus par des compresses et un suspensoir. Peu de jours après, en effet, la suppuration s'établit, aucun accident ne survint ; la réunion des parties se fit par seconde intention, et, le trente-cinquième jour après l'accident, le blessé était complétement guéri. Le cordon spermatique était seulement resté plus volumineux qu’il ne l’est naturellement ; le testicule garda le double de sa grosseur ordinaire, resta adhérent dans toute sa circonférence avec le scrotum; enfin, ilse conserva dans sa totalité, et la cicatrice du scrotum se fit à ses dépens, ce qui est resté facile à reconnaître; car le testicule s’y présentait à nu et sous un aspect blanchâtre, luisant et très lisse (1). »
Cette dernière observation prouve qu’il ne faut pas désespérer du testicule, même quand son pédicule a été fortement tiraillé, alors que l’organe lui-même a été violenté, blessé. Ici, en effet, on eût pu en faire l’ablation, et cependant la réduction a encore sauvé cet organe.
D'ailleurs voici quelle doit être la conduite du chirurgien dans les cas de plaies des bourses avec issue du testicule. Si la plaie est récente, on replacera cet organe dans les bourses en faisant les débridements nécessaires pour
(1) Annales de la Sociilé de médecine de Montpellirr, 1806.
cette rédaction. Si les bords de la plaie sont contus assez fortement, on les rafraîchira avec les ciseaux ou le bistouri. Si l’on est appelé quelques jours après l'accident, si le chirurgien n'arrive que quand déjà des adhérences se sont formées derrière le testicule et autour des baurses devenues trop étroites pour laisser repasser le testicule qu’on veut réduire, il faut alors détruire ces adhérences, détacher le testicule des bords de la plaie, débrider celle-ci et réduire. Quand il y aura dénudation du testicule ou des testicules, par gangrène du scrotum, on attendra l’élimination de. l’eschare, la détersion de la plaie, les effets du tissu inodulaire qui vient d’être créé, et qui peut, à lui seul, attirer vers le centre des bourses assez de peau pour ensevelir les testicules ; mais si ces organes ne peuvent être recouverts par la peau, s'ils restent à nu, et s'ils ne doivent être protégés que par la cicatrice qui a lieu par exsiccation des bourgeons charnus élevés sur les parenchymes ; alors, selon M, Goyrand (1), le chirurgien doit agir, et le faire avant que cette exsiccation soit commencée; il doit exécuter ici une autoplastie par glissement. On disséquera, on détachera les bords de la solution de continuité, on mobilisera la peau du scrotum, et, par la suture, on réupira ces bords au-devant du testicule, de manière à le recouvrir en entier, M. Goyrand a déjà appliqué avec succès cette espèce d’autoplastie,
Les coutusions, les froissements du testicule sont fréquents. Ces accidents produisent des infiltrations ou des épanchements sanguins dans les enveloppes du testicule et dans le sein de cet organe lui-même. Cette extravasation sanguine, et celles qui sont le résultat d’autres blessures des vaisseaux du cordon spermatique ou d’autres parties des bourses, donnent lieu à une tumeur qui a été appelée hématocèle, et que nous allons bientôt étudier, Quand la contusion est irès violente, les dangers pour l’organe sont immédiats. Les tissus étant déchirés, quelquefois écrasés, il s’allume, dans le COrps même de la glande, une violente inflammation qui entraîne la perte de l’organe; sa substance est détruite par la suppuration, ou s'échappe sous la forme d'un pus brun, mêlé de petits cordonnets qui ne sont autre chose que
es conduits séminifères, J'ai observé cependant un individu dont le testicule avait presque entièrement.été broyé, tellement la contusion avait été violente; eh bien! ce malade marcha, se livra à ses occupations le lendemain de l'accident, et ne prit jamais de repos. Il vint enfin demander une place dans notre hôpital, parce que les points suppurés du testicule étaient restés fistuleux, et peut-être aussi parce que, à cette époque, il était désœuvré.
Les plaies du testicule par instrument tranchant, et surtout par instrument piquant, sont moins graves qu'on ne le pense en général. J'ai vu, à trois reprises différentes, le trocart être enfoncé dans un testicule sain sans causer uue vive douieur au malade, et surtout sans aucune suite fâcheuse. J'ai cbservé plusieurs fois dans l’orchite des coups de lancette n'être suivis:
(4) Revue médico-chirurgicale,
HÉMATOCÈLE, A35 d'aucune augmentation dans la douleur ni dans le gonflement. Il n’y à pas hernie de la substance testiculaire, et l’on a pu voir par les observations remarquables que j'ai citées, et surtout par l'observation de M. Gaston, qu'une division étendue du testicule peut ne pas être suivie de cet accident.
Ce sont même ces faits qui m'ont conduit à la pratique que j’exposerai bientôt, et qui consiste à débrider le testicule quand existe une orchite que j'ai appelée parenchymateuse. T1 y a cependant ceci de remarquable, c’est qu'une piqûre du testicule, sain. ou enflammé, n’a ordinairement aucune suite fâcheuse, tandis que la même piqûre du même organe dégénéré peut avoir des conséquences graves. Ainsi je me rappellerai toujours que, remplaçant M. Velpeau à la Charité, j’eus à traiter une tumeur du testicule dont le diagnostic était fort obscur. Je voulus Péclaircir, en faisant une ponction avec un trocart très fin ; il ne sortit que quelques gouttes de sang ; le lendemain éclata une inflammation du testicule que rien ne put abattre, et je perdis promptement ce malade. Il s'agissait d’une dégénérescence encépha- Joïde du testicule. Un fait identique s’est passé à l’hôpital Beaujon.
Petit fait observer qu'après la division de la membrane albuginée, des canaux séminifères se présentent entre les lèvres de la plaie; on peut les prendre pour des portions sphacélées | tirer sur eux, et dévider ainsi tout un testicule ; mais il faut que cette plaie soit très étendue et très profonde pour produire un pareil résultat. Il vaut mieux panser à plat et laisser tomber d'eux-mêmes les tissus qui se mortifient. Les plaies des testicules n’exigent pas d'autre pansement. Les moyens de combattre l'inflammation traumatique sont les mêmes que ceux que j'indiquerai pour combattre l’orchite.
Be l'hématocèle.
[On désigne sous le nom d’Aématocèle toute tumeur des bourses qui renferme du sang,
Il en existe plusieurs espèces, d’après le siége de la tumeur. Lorsque celle-ci occupe les enveloppes des bourses, l’hématocèle est dite partétale, et suivant que le sang est infiltré entre les tuniques des bourses ou qu'il forme une collection, l'hématocèle pariétale est appelée hématocèle par infiltration où hématocèle par épanchement. Le sang peut être accumulé dans la cavité de la tunique vaginale; c’est l’hématocèle vaginale, qui offre ellemême deux variétés subordonnées à la causé: il y a donc une hématocèle vaginale éraumatique et une hématocèle vaginale spontanée. Le cordon spermatique peut être le siége de l’hématocèle que nous désignerons dans ce cas sous le nom de funiculaire. Enfin, il se peut que l’épanchement sanguin se fasse dans la substance du testicule, ce sera l'hématocèle tessiculaire.]
1° DE L'HÉMATOCÈLE PARIÉTALE.
[Elle est caractérisée, ainsi que nous l'avons dit, par une infiltration ou un épanchement de sang dans les enveloppes du testicule extérieures à la tunique vaginale. Il en existe donc deux variétés : l’hématocèle pariétale par infiltration, et l'hématocèle pariétale par épanchement.