CHAPITRE PREMIER
[Les testicules présentent parfois dans leur nombre, leur situation et leur volume, des particularités qui offrent un grand intérêt, au point de vue de la connaissance des tumeurs des bourses.
4° On peut se demander s'il est vrai qu’on ait rencontré quelquefois trois testicules chez un seul individu. Cette opinion à été soutenue par quelques auteurs ; mais les faits de ce genre sont tellement rares, que Gurling (1) n'en a trouvé qu’un seul exemple authentique, dû à Blasius. Il est certain qu'on à souvent pris pour un testicule surnuméraire toute autre tumeur du scrotum ayant une ressemblance grossière, pour la forme et le volume, avec l'organe prolifique.
2° On a également avancé qu’un seul testicule, ou même tous les deux, peuvent faire défaut. Pareille assertion ne peut être fondée que sur un examen de l'individu après la mort. En effet, ainsi que nous le verrons plus loin, il arrive souvent que les testicules sont retenus dans l’abdomen, ce qui peut en imposer pour une absence de ces organes. Néanmoins il existe quelques faits d'absence réelle de l’un des testicules ou de tous les deux, ainsi que le démontrent les observations rapportées par Page, Fisher, Thurnam, Friese (2). À
3° Ce n’est pas seulement le testicule qui peut manquer; quelquefois c’est une portion du canal excréteur de l'organe, c’est-à-dire une portion du canal déférent qui fait défaut, quoique le testicule existe ; les observations de
(1) Trailé pratique des maladies du testicule, du cordon spermatique et du scrotum, 2e édition, traduction de Gosselin, 1857.
(2) Curling, loc. cit., p. 5.
ANOMALIES ET VIGES DE CONFORMATION DES TESTICULES. 129 Hunter, de Tenon, de Brugnonce, de Bosscha, de M. Gossciin (4), nê sauraient permettre le moindre doute sous ce rapport.
h° On sait que le testicule n'occupe pas la même place à toutes les époques de la vie. Get organe est primitivement situé dans la région lombaire; et, par le fait même des progrès du développement du fœtus, il descend peu à peu dans le canal inguinal qu’il parcourt dans toute son étendue, pour sortir par l'orifice externe et pour tomber finalement dans le Scrotum, où il reste logé après la naissance. Pendant cette migration, le testicule entraîne un repli du péritoine qui communique pendant quelque temps avec la cavité de la grande séreuse abdominale, mais qui est généralement séparé d'elle à la naissance ; c'est ce repli ou poche qui est destiné à former Ja tunique vaginale du testicule.
Or, il arrive quelquefois que le testicule ne parcourt pas les différentes phases de la migration que nous venons de signaler. Il peut se faire que l’organe reste toute la vie dans l’intérieur de la cavité abdominale, et qu’en conséquence on n'en trouve aucune trace ni dans le scrotum, ni à l’aine, ni dans le canal inguinal. C’est à un vice de conformation qui n’entraîne pour le sujet aucune douleur; mais un fait remarquable qui résulte des recherches de M. Goubaux (2) sur les étalons, de celles de M. Godart (3) sur l’homme, c’est que, dans ce cas, on ne rencontre jamais de spermatozoïdes dans le sperme, bien que l'homme, comme le cheval, aient la faculté d'entrer en érection et de se livrer à la copulation. D’autres fois, le testicule reste logé, soit dans le canal inguinal, soit à l’aine ; Hunter (4), Ricord (5), Vidal (6) et Ledwich (7), l'ont trouvé logé dans le périnée ; enfin, Vidal et Eckardt ont constaté le passage de l'organe à travers l'anneau crural.
Dans tous ces cas, on distinguera toujours le testicule de toute autre tu-
meur par la douleur spéciale, c’est-à-dire par la douleur énervante réveillée par la pression et par l'absence concomitante de l'organe dans le côté correspondant du scrotum.
IL est difficile d’assigner la cause de la migration du testicule jusqu’au périnée ou à travers le canal crural. Il est plus facile de trouver l’explication de l'arrêt de l'organe soit dans l'abdomen, soit dans le canal inguinal, soit à laine, en invoquant la faiblesse ou la paralysie du muscle crémaster, l’existence d'adhérences qui maintiennent le testicule dans l'abdomen, l’étroitesse du canal ou de l'anneau inguinal externe,
(1) Archives de médecine, 4° série, t. XIV, p. 408.
(2) Recueil de médecine vétérinaire pratique, t. XXIV, p. 131.
(3) Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 8 mars 1856.
(4) Œuvres complètes, trad. Richelot.
(5) Curling, loc. cit., p. 49,
(6) Édition précédente de ce traité.
(7) Dublin quarterly Journ. of med. science, février 1855, p. 76,
El est d'observation que le testicule s’atrophie généralement quand il reste dans le canal ou à l’aine; aussi est-il préférable, lorsqu'un enfant vient au monde avec une absence de testicule dans le scrotum, de prévenir la sortie de l'organe par l'application d’un bandage, plutôt que d’en favoriser la descente. Mais si le testicule est déjà arrivé au niveau de laine, il faudra suivre une conduite opposée. On voit souvent, en effet, dans de pareilles conditions, le testicule descendre peu à peu et s'engager dans le sürotum.
5° Nous venons de voir que l'arrêt des testicules, soit dans le canal inguinal, soit à l’aine, est en général une cause d'arrêt dans le développement de l'organe. En dehors même de ces circonstances, il arrive parfois qu’un testicule arrivé dans l’intérieur du scrotum, ne se développe pas à l’époque de la puberté, et qu’un adulte présente ainsi des testicules qui ne sont pas supérieurs en volume à celui d’un enfant. D'autres fois, les testicules, après avoir acquis leur volume normal, à l'époque de la puberté , subissent une atrophie progressive sous l’influence d’une maladie de l’organe ou d’un obstacle à la circulation ; c’est ce que nous verrons, par exemple, pour lé varicocèle. |
6° Les testicules sont ordinairement disposés dans les bourses de telle facon que la face libre de l'organe est tournée en avant et un peu en bas, tandis que ie bord auquel adhèrent le cordon et l’épididyme regarde en haut et en arrière, Cette situation est sujette à varier, et toutes les fois qu’elle diffère de la précédente, elle prend le nom d’inversion du testicule.
Ces changements dans la direction de l'organe, signalés par Maisonneuve, Aubrv, Ricord, Velpeau, Vidal, Curling, ont été mieux étudiés par M. Rovet (1), qui en a décrit plusieurs variétés : L’inversion antérieure, la plus commune de toutes, dans laquelle la partie libre du testicule regarde en arrière, l’épididyme se trouve en avant: celte variété se rencontré uné fois sur quinze à vingt sujets. Les 2nversions latérales, qui sont rares. Dans l'inversion latérale en dehors, l’épididyme est tourné dans ce dernier sens; dans l’inversion latérale en dedans, c’est une disposition contraire. L'inversion supérieure où horizontale, dans laquelle le grand axe du testicule est antéro-postérieur où très légèrement oblique en haut et en arrière ; l’épididyme repose sur le bord supérieur; la tête de cet appendice est en arrière et la queue en avant. L'inversion en anse où en fronde, consistant en une
anse formée par l’épididyme et le canal déférent, et entourant le testicule d’avant en arrière. |
(4) De l’inversion du testicule. Paris, 1859.