‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 40 sur 358 · HYDROCÈLE ENKYSTÉE DU CORDON · texte numérisé non relu

HYDROCÈLE ENKYSTÉE DU CORDON

méthodiquement sur le trajet du canal inguinal, on peut injecter sans crainte, et traiter par ce moyen cette espèce d’hydrocèle, lorsqu'elle ne cède point aux topiques résolutifs et à une compression convénablement exercée sur l'anneau.

[Les injections avec la teinture d’iode nous semblent méritér la préfé = rence sur le vin, parce que le premier liquide ést moins dangereux que lé vin chaud lorsque quelques gouttes s’en introduisent dans le péritoitie, ]

Pour ma part, je suis de l’avis des chirurgiens qui repoussent les iñjéctions dans le traitement de cette hydrocèle, parce que je ie crois pas que la compression exercée sur le canal inguinal empêche la pénétration du liquide irritant dans le péritoine, et surtout parce qu’il n’y à aucun inconvénient à attendre les effets du temps qui finit presque toujours par opérer la guérison.

$ 4. — Hydrocèle du sac herniaire.

[Il en existe deux variétés :

1° Il peut se faire qu’une accumulation de liquide se fasse dans un sac herniaire qui est occupé par une anse d'intestin. Tantôt alors la sécrétion du liquide est rapide, c'est ce que l’on voit dans certaines heraies étranglées; tantôt la sécrétion en est lente : c’est dans ce dernier cas qu'on petit être appelé à intervenir lorsque la tumeur a acquis un certain volume. Le traitement à faire en pareille circonstance est le même que celui de lhydrocèle corigénitale, après avoir au préalable réduit l'intestin Pour ne pas l’intéresser avec le trocart, |

2° L'hydrocèle se développe quelquefois dans un sac herniaire abandonné depüis longtemps par les viscères. Le diagnostic peut être difficile dans ce cas, et C'est surtout avec l'hydrocèle du cordon spermatique que la éonfu-. Siun est possible. En tout cas, il convient, si l’on se décide à en tenter la guérison par lés injections irritantes, d'exercer une compression sur l’anneau pendant l'injection, dans la crainte que le sac herniaire n’ait pas encore cessé de communiquer avec la cavité péritonéale, |

S 9. — Hydrocèle enkystée du cordon.

[L'hydrocèle enkystée du cordon est formée par un kyste à contenu liquide développé dans le tissu cellulaire du cordon.

Anatomie pathologique, — Tantôt il n’existe qu'un seul kyste, d’autres fois il y en a plusieurs: la forme de la tumeur est globuléuse ou ovoïde ; le volume varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui du poing; le siége enest variable aussi : c’est tantôt immédiatement au-dessus du testicule, tantôt à la partie moyenne du cordon: tantôt, enfin, au-dessous de l'anneau où Même dans le canal inguinal. Le kyste est uni par un tissu cellulaire lâche

aux vaisseaux du cordon qui sont situés derrière lui et qui sont souvent dis= sociés et déplacés ; il est recouvert par la peau, le fascia superficialis, le cré master et le fascia transversalis (Curling).

Causes, symptômes, diagnostie. — Curling explique le développement de l’hydrocèle enkystée du cordon par une oblitération partielle ou incomplète du prolongement péritonéal qui accompagne le testicule au moment de la descente de l'organe. Cette affection est caractérisée par l’existence, sur le trajet du cordon, d’une tumeur ovale bien circonscrite, distincte du testicule, lisse, tendue, fluctuante, indolente à la pression, plus ou moins transparente, mobile et située à une distance variable de lanneau in guinal et du testicule.

Les caractères précédents ne sont pas tellement précis qu'on ne puisse confondre l'hydrocèle enkystée avec d’autres tumeurs. L'indépendance de la tumeur et du testicule permettra toujours de distinguer l’hydrocèle enkystée du cordon de l’hydrocèle vaginale ; mais il est très difficile, si la tumeur est rapprochée du testicule, de la distinguer d’une hydrocèle enkystée du testicule (voy. les kystes du testicule).

Le traitement de l’hydrocèle enkystée du cordon ne diffère pas de celui de l’hydrocèle vaginale. |

On croyait depuis longtemps, et beaucoup de chirurgiens croient encoré que l’hydrocèle de la femme est une tumeur aqueuse, développée dans un prolongement péritonéal connu sous le nom de canal de Nuck, qui, sortant par le canal inguinal, serait l’analogue de la tunique vaginale. Voilà que Thomson et M. Velpeau ont constaté, dans ces derniers temps, que Île liga= ment rond de la matrice ne vient point se perdre dans le sommet de la vulve, que le cordon s’arrête sur le pabis et dans la paroi postérieure du canal inguinal. Le péritoine ne se prolonge donc point en cul-de-sac hors du ventre, comme chez l'homme; on ne voit donc pas comment une hydrocèle comparable à celle de la tunique vaginale pourrait s'établir chez la fernme. Ges tumeurs, appelées hydrocèles, sont plutôt des kystes, que j'ai si souvent signalés dans mes écrits, et qui seront décrits, quand il sera question des maladies des parties génitales de la femme.

Galactocèle.

J'ai appelé galactocèle un épanchement de lait dans la tunique vaginale, épanchement observé sur un sujet que j'ai opéré et dont je donnerai bientôt l’histoire détaillée. Du lait, du véritable lait, trouvé dans les tissus dé l'homme, c’était là un fait qui devait étonner. Cependant la science possédai déjà des faits analogues, quand je fis connaître cette nouvelle tumeur de: bourses à l’Académie de médecine. On peut lire dans la Gazette des hôpi

GALACTOCÈLE. 181 taux (1) une lettre de M. Sichel, qui prouve que la sécrétion lactée par les organes génitaux de l’homme était chose connue, et qu’il a même été soutenu à Zurich, en 1833, une thèse intitulée Le Zactis e scroto secretione anomala. M. Lebert parle aussi de cette sécrétion lactée chez l'homme (2). On sait d’ailleurs que la sécrétion lactée par les seins a été plusieurs fois observée chez l’homme, et que des bœufs, des boucs, ont offert aussi cette singulière anomalie.

Dans ces derniers temps, M. Velpeau a trouvé une tumeur laiteuse dans la mamelle d’un homme, et M. Maisonneuve une tumeur butyreuse dans le maxillaire supérieur.

Voici maintenant le fait observé par moi, avec l’analvse du lait, telle qu'elle fut faite par M. Grassi, ex-pharmacien en chef de l’hôpital du Midi.

Le sujet s'appelait Gaultier ; il était d’une haute stature, vigoureux, et offrait les caractères qui se rapportent au tempérament qu’on appelle biliososanguin. Sa santé a toujours été parfaite. Son père est mort jeune, d’une pleurésie; sa mère a succombé à une perte utérine. Gaultier a fait de la teinture jusqu'à quinze ans; il a été ensuite soldat en Afrique, et a servi aux Antilles, pendant douze ans, dans la gendarmerie à cheval. Il contracta plusieurs blennorrhagies, mais sans accident du côté des bourses, qui n’ent jamais été le siége d'aucune lésion. Les parties génitales de Gaultier étaient enfin comme celles des autres hommes. Mais il y a environ huit mois, ce malade, tranquillement couché, éprouva dans la nuit une douleur, ou plutôt une pesanteur marquée du côté des bourses; il vit alors, pour la première fois, que ces parties étaient plus développées qu’autrefois: elles devinrent ensuite assez volumineuses pour gêner la marche et causer des tiraillements douloureux. Les chirurgiens des Antilles qui furent consultés n'ayant pas constaté la transparence de ces tumeurs, s’abstinrent d'opérer, ce qui inquiéta le malade et le décida à se rendre en France pour obtenir sa guérison. Pendant la traversée, un suintement uréthral, dont Gaultier était aflecté, S’exaspéra, et cessa presque entièrement à son arrivée. |

Les deux tumeurs ont la forme classique des hydrocèles:; leur grosse extrémité, en bas, égale le poing d’un enfant de sept ans. Il y à fluctuation ; on constate facilement la position du testicule par une pression méthodique ; mais il n°y à nulle espèce de transparence. Les cordons spermatiques sont tout à fait sains.

Le 18 août, je me décide à évacuer le liquide contenu dans ces deux tumeurs et à le remplacer par de la teinture d'iode étendue de partie égale d’eau. Mais quel est mon étonnement et celui des assistants, quand nous voyons couler par la canule du trocart un liquide blanc, avec un reflet jaunâtre semblable à du lait qu’on vient de traire, Je me fais donner-un autre

(1) Année 1848, p. 508.

(2) Physiologie pathologique. Paris, 1845, t, [l, p. 46.

bassin après l'injection iodée, et je ponctionne l’autre tumeur, qui donne le même liquide, le même lait. Après l'injection, M. Bertin, élève en pharmacie, porte lui-même les deux vases contenant le lait, et les remet aux mains de M. Grassi, pharmacien chef, qui a fait avec talent et obligeance l'analyse ci-annexée.

Ainsi, ce liquide reçu par M. Bertin, alors mon élève, aujourd'hui phars macien distingué, a été remis directement à M. Grassi; 1l n'a été confié à personne autre. Les autres témoins de l'opération sont MM. Letorsay, Gailliaud, élèves de mon service, et un jeune médecin de la ville dont je ne sais pas encore le nom. |

En présence d’un pareil fait, l'esprit, d’abord confondu, se lance bientôt dans les explications. Je n’en tenterai aujourd’hui aucune. J'ajouterai seule; ment que Gaultier a les mamelles comme les autres hommes, c'est à-dire à l’état rudimentaire. Sa nourriture a toujours été animalisée ; il boit peu de lait, mais beaucoup de vin et pas mal de liqueurs. Sa virilité est parfaitement constatée et prononcée. Cependant, après la ponction, j'ai pu constater que les testicules étaient petits comme ceux de certains scrofuleux. La verge a un volume en rapport avec l’âge de l'individu. Par le toucher rectal, j'ai pu constater qu'il n'y avait rien de particulier du côté de la prostate et des vésicules séminales.

Après la séance de l'Académie de médecine à laquelle ce fait à été communiqué, je me mis à la disposition de ceux qui voulurent avoir plus de détails, et je présentai un échantillon de ce lait et du beurre qu'il a produit. M. Grassi m'aida dans ces explications.

Depuis la dernière édition de ce livre, on s'est beaucoup préoccupé de ce. fait, et, chose singulière, sans examen aucun de l'analyse si bien faite qui va suivre, on à supposé : 4° qu'il s'agissait d’une tumeur formée par la rupture de vaisseaux lymphatiques, et cela paree qu’une certaine quantité de lymphe extraite d’un vaisseau lymphatique dilaté avait un aspect un peu trouble. 2° M. Sédillot a prétendu que ce lactocèle n’était qu'une hydrocèle dans la sérosité de laquelle nageaient une infinité de zoospermes ; or on verra qu’il n'y avait pas de zoospermes dans les tumeurs de Gaultier. 3° M. Gosse:in, à son: tour, a voulu que ‘aspect laiteux fût produit par une certaine combinaison de cholestérine et de matière grasse : or il n’y avait pas de cholestérine dans les susdites tumeur.

Analyse du liquide par M Grassi, pharmacien en chef de L'hôpital du Mid,

«M. Vidal (de Cassis) a bien voulu me remettre, pour l’examiner, environ 200 grammes d’un liquide qu’il venait de retirer de deux tumeurs des bourses portées par un malade couché à l'hôpital du Midi.

» M. Leconte, préparateur du cours de physiologie au collége de France, et moi, l'avons soumis à une analyse dont voici le résultat.

GALACTOCÈLE, 183

» Ge liquide est opaque, blanc, avec une légère nuance de jaune, ressemblent, à s’y méprendre, à une émulsion très chargée, ou mieux du lait non écrémé; sa consistance est celle du lait ; il est sans odeur, d’une saveur légèrement salée, non désagréable.

» Sa densité est de 0,01; cette densité a été prise sans faire bouillir le liquide, en comparant à la même température de 20 degrés les poids d’un même flacon successivement plein d’eau distillée et de ce liquide.

» Examiné au microscope avec un fort grossissement, il laisse voir une multitude de globules transparents très petits, dont quelques-uns sont sphériques, d’antres irréguliers, mais ayant tous l'aspect des globules du beurre, Peu de temps après sa sortie de la tunique vaginale, il présentait une réaction alcaline très manifeste. L’ébullition ne le coagnle pas, comme cela a lieu ordinairement pour le liquide extrait des hydrocèles. Quand on le soumet à l’'évaporation sur une large surface, il présente une pellicule épaisse qui, étant enlevée, se trouve bientôt reformée; c'est cette pellicule qui, s’opposant au libre dégagement de la vapeur, fait que le liquide se soulève en masse pendant l’ébullition. Ces phénomènes, comme on sait, se présentent toujours dans l’évaporation du lait. L’acide acétique ne le coagule pas à froid, mais le coagule complétement sous l'influence de la chaleur.

» Les acides nitrique, sulfurique et chlorhydrique le coagulent immédiatement à froid. La potasse redissout le coagulum formé par les acides; le liquide est coagulé par l'esprit de bois pur et l'alcool concentré; le sulfate de cuivre, versé dans ce liquide, donne à l'instant un précipité abondant. Il en est de même des sels de plomb et du bichlorure de mercure.

» Tous ces phénomènes de précipitation et de coagulation par les acides tendent à faire admettre Ja présence de l’albumine; mais l’absence de coagulation par la chaleur seule se rapporte plutôt à la caséine, qui présente également des phénomènes analogues sous l'influence d’autres réactifs.

» Nous avons ajouté du chlorure de sodium à une portion du liquide ; ce mélange à laissé filtrer une liqueur claire, et qui s’est coagulée par l’ébullition,

» Traité par l’'ammoniaque, le liquide a conservé sa fluidité; ce qui n'aurait pas eu lieu s’il avait contenu du pus.

» Mis en contact avec l’éther, le mélange s’est séparé en deux couches, dont la supérieure éthérée, étant évaporée, a laissé une matière grasse pour résidu.

» Pour extraire ce corps gras, nous avons évaporé à siccité une portion du liquide; le résidu à été épuisé par l’éther. Cette solution évaporée a donné une substance grasse ayant tous les caractères physiques du beurre.

» Nous avons ensuite procédé à la recherche des matières tenues en dissolution. Pour cela, une partie du liquide a été coagulée par de l'acide acétique, et le mélange, jeté sur un filtre, a donné une liqueur claire et transparente,

18h MALADIES DU TESTICULE.

» Une partie de ce liquide, traitée par la solution de potasse, à pris une légère teinte jaune.

» Mélangé avec le sulfate de cuivre, le bitartrate de potasse et la potasse, ce sérum, porté à l’ébullition, a donné la certitude de la présence du sucre par la réduction du bioxyde de cuivre.

» Une expérience d’un autre ordre est venue confirmer la précédente : nous avons soûmis comparativement à l’action de la levûre de bière, parties égales d’eau et de liquide, dans deux appareils semblables, placés dans les mêmes circonstances. Le lendemain, le liquide examiné avait fourni une ‘quantité bien notable de gaz, que nous avons reconnu être de Pacide carbonique.

» Nous avons aussi constaté la présence d’une trace de chaux et l’absence complète de potasse et de magnésie.

» Le chlore y existait donc à l’état de chlorure de sodium, comme tend à le faire supposer la saveur légèrement salée du liquide.

» Après la précipitation de la chaux, le liquide contenant l’oxalate d'ammo-

niaque à été évaporé, et le résidu chauffé au rouge; il consistait alors en

carbonate alcalin.

» Les réactifs qui servent ordinairement à faire connaître la présence des phosphates ne nous ont pas donné de trace de précipitation ; 1l n’y avait pas non plus de sulfate en dissolution.

» En résumé, le liquide que nous avons soumis à l’analvse contient :

» 4° De l’eau ;

» 2° Une matière différente de l’albumine, très analogue, sinon identique avec la caséine ;

» 3° Un corps gras présentant les caractères physiques du beurre.

» 4° Du sucre ;

» 5° Du chlorure de sodium ;

» 6° Des traces de chaux probablement à l’état de chlorure ;

» Ce liquide a donc plus d’analogie avec le lait qu'avec tout autre liquide de l’économie animale, et il est digne de remarque qu'on n’y trouve pas de

DA

phosphate, tandis que ce sel existe toujours dans le lait, où il remplit, comme:

on sait, des fonctions physiologiques importantes.

» Ce liquide laiteux m'a été remis jeudi 17 août; à cette époque, comme je l’ai dit, il ne présentait pas d’odeur, il avait une réaction alcaline. Vingtquatre heures après l'extraction, il s'était coagulé spontanément. Cependant le coagulum disparut par une brusque agitation. Cette coagulation imparfaite s'explique par l’état alcalin permanent présenté par le liquide.

» Aujourd’hui, 21 août, il a conservé son aspect primitif; il est alcalin, mais il à contracté une odeur désagréable, et le sucre a tout à fait disparu par suite de ce commencement d’altération, » |

Page 1