‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 39 sur 358 · HYDROCÈLE DE LA TUNIQUE VAGINALE · texte numérisé non relu

HYDROCÈLE DE LA TUNIQUE VAGINALE

Les observations d'hydrocèles qui ont disparu par accident, c’est-à-dire par le fait d'une violente dirigée sur les bourses, sont beaucoup plus fréquentes et plus authentiques. Bertrandi, Sabatier, MM. Roux, Velpeau, Serres (de Montpellier), en ont observé. Pendant que je dirigeais le service chirurgical de la Charité, j'ai traité un charbonnier qui reçut de son camarade un coup de pied sur les bourses. Il avait une hydrocèle dont le kyste fut ainsi rompu ; le liquide qu’il contenait se répandit dans tout le tissu cellulaire du scrotum. Des compresses d’eau blanche firent bientôt disparaître cette infiltration, et les bourses revinrent à leur état normal; mais bientôt l’hydrocèle se reproduisit. Le malade dont parle Serres opérait lui - même cette rupture toutes les fois que son hydrocèle se reproduisait et qu’elle devenait trop gênante. Le mécanisme de cette guérison momentanée est facile à concevoir : par la rupture de la tunique vaginale, la sérosité se répand dans les mailles du tissu cellulaire ; plus divisé, et en rapport avec des absorbants plus nombreux et plus actifs, le liquide disparaît. Mais la solution de continuité de la tunique vaginale se répare, et au lieu d'empêcher son exhalation, cet accident peut l’accroître ; l’hydropisie se reproduit donc.

Diagnostie. — En réunissant toutes les données fournies par les symptômes, la marche, l'anatomie pathologique, en peut arriver au diagnostic de l’hydrocèle; mais, pour le compléter, il faudrait établir les différences qu'il y a entre l’hydrocèle et les autres tumeurs des bourses avec lesquelles elle a le plus d'analogie. C’est à un diagnostic différentiel qui ne peut être entrepris qu’à la fin de cette section, quand on aura connaissance des autres . tumeurs des bourses, et dans tous les cas on fera une ponction exploratrice avec le trocart fin représenté tome I*, page 5.

Pronostic, — On ne peut pas considérer l’hydrocèle comme une maladie grave; mais quand son volume devient considérable, la tumeur cause une grande gêne; en s’appropriant la peau de la verge, elle fait presque disparaître cet organe. Sa saillie empêche, par conséquent, le coït et le jet d’urine: ce liquide tombe sur les bourses, les irrite, les excorie ; les testicules, s’atrophiant, peuvent perdre la faculté de sécréter le sperme ; et d’ailleurs j'ai noté que l’hydrecèle était une prédisposition aux hernies.

Kraitement. — Comme toutes les autres tumeurs, on à voulu traiter celle-ci par les antiphlogistiques : saignces locales, topiques émollients, résolutifs, vésicatoires, etc. Chez les enfants et chez l'adulte, quand l’hydrocèle était le résultat d’une cause qui avait agi sur la tunique vaginale, comme une phlegmasie de cette séreuse, on a quelquefois réussi à faire disparaître la tumeur sans Opération : mais cette cure n’a quelquefois été que palliative, et elle n’a pas toujours été moins douloureuse et moins compromettante que la plupart des opérations que je décrirai bientôt (voyez plus loin).

S 3. — Hydrocèle congémtale.

Ici le liquide, au lieu d’être contenu dans üne tunique vaginale complète, fermée de toutes parts, est renfermé dans cetté tunique qui conserve én= core une communication avec le péritoine. C’est M. Viguerie qui à étudié le premier avec soin cette maladie. On l’observe quelquefois chez les nou veau-nés et dans les premiers mois de la vie ; on la rencontre encore jusqu'à l’âge de huit ou dix ans, rarement plus tard.

La sérosité peut arriver directement de l'abdomen. M. Velpeau croit qu’elle est, le plus souvent, exhalée par la tunique vaginale elle-même. Les frottements du scrotum pendant le travail de l’enfantement, les irritations qui résultent de son contact répété avec les urines, toutes les pressions auxquelles cette partie est exposée dans les premiers temps de l'existence; en expliquent mieux, selon ce chirurgien, l'apparition, que la supposition d'uñe maladie du péritoine abdominal. D'ailleurs les mêmes causes dé l'hydrocèle de l'adulte peuvent ici être accusées : seulement on ne devra pas compter les affections du testicule.

La possibilité de vider la tumeur dans l'abdomen, en exerçant sur elle. une pression, est le caractère distinctif de cette hydrocèle. Mais cette transvasation ne s'opère pas toujours rapidement, car la communication du kyste avec le péritoine est souvent très rétrécie. La pression quelquefois fait ren= trer en masse la tumeur à travers l'anneau externe, si l’on presse trop et si l’on veut trop se hâter de chasser le liquide.

Les rapports du testicule et de la cavité vaginale ne sont pas toujours les mêmes que .dans l’hydrocèle ordinaire. Si en déprimant le péritoine, le liquide forme une tumeur qui s'engage au-devant ou en arrière du muscle crémaster, l'hydrocèle pourra se montrer seule dans le scrotum, au-dessous du testicule encore retenu ou caché dans le canal inguinal. Dans quelques cas, C’est tout le contraire; le testicule descend le premier, et la tumeur aqueuse sé voit au-dessus; mais le plus souvent l'hydrocèle et le testicule offrent les mêmes rapports que dans l’hydrocèle ordisaire. |

Les seuls progrès de l’âge font souvent disparaître cette hydrocèle, et les topiques résolutifs suffisent ordinairement pour en débarrasser les malades. On doit faire rentrer l’eau dans le ventre par une pression méthodique, et empêcher sa sortie par un brayer dont la pelote porte exactement sur l'ouverture inguinale. Chez le jeune enfant, la nature ne tarde pas à fermer l’ouverture de communication entre le péritoine et la tunique vaginale, etle malade se trouve débarrassé de son incommodité.

J'ai vu opérer par incision un enfant de trois ans qui avait une de ces hydrocèles. Presque tous les praticiens repoussent les injections, dans la crainte de voir passer le liquide irritant dans le péritoine et de faire naître une inflammation de cette membrane. Cependant, en faisant comprimer

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