PRIAPISME
naturel et nécessaire des rapports sexuels, cesse spontanément après l’accomplissement de l'acte vénérien et ne constitue point un état morbide. Mais cette érection purement physiologique peut, par un excès d'énergie, une répétition et une permanence insolites, dégénérer en priapisme. L’influx moral qui détermine les érections voluptueuses n’est point la seule cause possible du priapisme. Les excitations matérielles de tout genre peuvent provoquer le raptus sanguin et l'érection, qui peut se perpétuer sans inter ruption-et se transformer ainsi en priapisme. C'est ce que l’on voit dans les ivritations blennorrhagiques, dans diverses autres affections de la verge ou de l'urèthre et à la suite de quelques opérations. Loin d’être voluptueux, le vrai priapisme est souvent la source de douleurs plus ou moins vives. Enfin, il ya des cas où il se montre sans qu'il soit possible d’en reconnaître le point de départ ni même la cause occasionnelle : tel était le cas d’un malade de lPhôpital de la Charité. Pendant la nuit du 24 septembre 1855, cet homme s'était livré à l’acte du coït avec une ardeur qui n'avait point dépassé la mesure ordinaire. Il fut tout surpris de voir que l'érection ne cessait pas: le lendemain matin elle durait encore. Comme elle n’était pas douloureuse, le malade se rendit à son atelier habituel de travail. La nuit suivante, l'érection persistait toujours sans douleur et sans aucun appétit vénérien. Le jour suivant, le malade se rendit encore à son atelier ; mais, après deux heures de traveil, il commença à sentir un peu de douleur au bout de la verge, prit un bain, qui ne la calma pas, et se décida à entrer à l'hôpital.
Le 25, M. Velpeau constata l’état d’érection, et apprit du malade qu’il n'éprouvait ni douleur ni gêne soit dans la verge, soit dans les testicules ou les cordons spermatiques.
Un lavement camphré, administré la veille, n’avait déterminé aucun chan= gement ; l’état général était, au reste, des plus satisfaisants. Vingt sangsues au périnée, bain et frictions mercurielles belladonées. Ge traitement n’eut aucun effet; un peu de fièvre se déclara, sans perte d’appétit, et fut suivie d’une assez forte agitation pendant la nuit du 25 au 26.
Le matin 26, le malade éprouvait des douleurs assez vives à l'extrémité de la verge avec un sentiment pénible de pesanteur à la région périnéale. (Lavément camphré et belladoné.) I y eut alors un peu de détente dans les corps caverneux et cessation de la douleur de lextrémité de la verge ; mais, le 27 et le 28, le mieux disparut, et l'érection, un peu moins forte toutefois, durait toujours.
M, Velpeau, qui avait entendu parler d’un priapismé rebelle aux moyens ordinairement employés, et guéri par la pénétration fortuite de la pointe d’un canif dans les corps caverneux, se décida à plonger un petit trocart explorateur à travers les corps caverneux du malade, et à les transpercer
d'outre en outre à environ 3 centimètres en arrière de la base du gland. Cette ponction fut excessivement douloureuse ; la plaie d’entrée seule rendit du sang en assez petite quantité pendant une heure environ, La turgescence
2Ch MALADIES DU PÉNIS.
des corps caverneux ne disparut pas immédiatement; mais le dégorgement et la détente furent progressifs, et le lendemain la verge avait recouvré sa forme et son volume ordinaires : le malade était guéri.
M. Debout préfère commencer par l'usage du lupulin. Il fait l’histoire d’un malade qui se trouvait dans un cas non tout à fait identique, mais fort analogue à celui du malade traité à la Charité : il s’agissait d’érections opiniâtres et répétées, provoquées par une lésion traumatique de la verge, qui causaient de vives douleurs au malade et entravaient sa guérison. Les préparations opiacées et camphrées avaient été sans effet. Soixante centigrammes de lupulin firent cesser les érections comme par enchantement, et procurèrent au malade le bienfait d’une nuit tranquille. Le malade répéta chaque jour, pendant une quinzaine, le même moyen à la même dose, et n’eut plus ni érections ni douleur ; il dormit paisiblement chaque nuit, et rien n’entrava plus le travail de la cicatrisation locale.
Inflammations.
S 1%, — £rysipèle du pénis.
L'érysipèle du pénis a son point de départ aux bourses, ou bien il dépend d’une piqûre de sangsue ou d’un chancre surexcité. Il se forme quelquefois après cet érysipèle de petits abcès sous-cutanés qu’on ouvre, qui se vident et s’effacent complétement. Quand l’érysipèle est une extension de celui qui a envahi les bourses, il revêt les caractères de celui-ci ; il se combine avec un état gangréneux qui décolle la peau, laquelle éprouve aussi des pertes de substance. Les incisions longitudinales sur la verge pourront arrêter les progrès de cet érysipèle à forme maligne.
$ 2. — Balanite. — Posthite.
Quand l’inflammation porte sur la muqueuse du gland, c’est Ja balanite ; C'est la posthite, si l’inflammation n’envahit que la muqueuse du prépuce. Cette inflammation peut survenir après un coit trop répété ou exercé avec des organes disproportionnés; la masturbation excessive y prédispose; elle se déclare après un coït avec des femmes qui ont un écoulement lochial menstruel ou une leucorrhée, et surtout après un coït impur. Chez les hommes qui ont l'ouverture du prépuce étroite, l'accumulation de l’humeur sébacée peut irriter la muqueuse et l’enflammer au point de donner lieu aux Symptômes de la balanite que je vais bientôt exposer. Ces cas sont rares. Presque toujours, quand cette inflammation se déclare, il y a eu coït avec une femme dans les conditions que j'ai indiquées plus haut.
La surface muqueuse du prépuce et du gland sécrète une humeur sem-
GANGRÈNE DE LA VERGE. 265 blable à celle de la blennorrhagie. Elle à quelquefois une odeur très repoussante qui est analogue à celle du vieux fromage. Le malade se plaint d’un prurit, quelquefois très incommode, puis d’une cuisson, d’une chaleur vive. Les parties se gonflent; pour peu que le prépuce se tuméfie, qu’il soit étroit et prolongé, il y a phimosis. Cette circonstance aggrave la maladie, c'est-à-dire qu’elle peut la faire durer plus longtemps. Quand on peut découvrir le gland, on voit sa membrane muqueuse plus rouge, surtout sous la couronne. Là quelquefois, et sur d’autres points, elle est comme dépolie ; elle offre à nu ses papilles ; comme on le dit maintenant, sa surface est vésicatoriée. La marche de la balanite est aiguë; elle cesse bientôt, surtout si l'on fait un traitement. Cependant on a vu quelquefois la balanite revêtir une forme chronique, surtout quand, au lieu d’être un accident primitif de la syphilis, elle constitue un accident consécutif, ce qui est fréquent (1). Il reste une portion du gland plus sensible, plus rouge, et de là partent de nouvelles inflammations pour peu que le coït se répète. Avec la balanite, il peut y avoir des chancres, des végétations, des gonflements ganglionnaires.
Il est rare que des soins très minutieux de propreté ne dissipent pas entièrement la balanite aiguë. Un pansement bien efficace consiste à placer, quand on le peut, de la charpie fine sur le gland, dans la rainure qui est audessus de sa couronne, afin d'empêcher le contact de la muqueuse du prépuce avec celle du gland. Rien n’est plus favorable à la persistance d’une inflammation que le contact mutuel de deux surfaces enflammées. La charpie est ici un excellent intermédiaire ; on peut la saupoudrer avec le calomel, quand la balanite résiste aux bains très fréquents avec la décoction de feuilles de mauve et de pariétaire. On peut tremper la charpie dans du vin aromatique, ou bien cautériser très légèrement les parties enflammées avec le crayon de nitrate d'argent, ou avec la dissolution de ce sel. Dans le plus grand nombre des cas, on est obligé de se borner aux injections : celle au nitrate d'argent, 4 gramme de sel pour 150 grammes d’eau, a des effets très rapides.
$ 3. — Inflammation profonde, qgangrène de la verge.
L'inflammation profonde de la verge peut survenir à la suite d’un coup, d'une plaie, ou par l’extension d’une uréthrite très intense. Quand cet accident arrive pendant l’existence d’une fièvre typhoïde, l’inflammation prend la forme gangréneuse, et l’on voit une partie plus ou moins considérable de la verge tomber en mortification. Boyer cite trois cas de cette espèce de gangrène, et il est souvent question, dans les livres, de Forestus, lequel à observé une gangrène de la totalité du pénis qu’on trouva détaché dans un cataplasme appliqué sur la partie. Dans les cas d’affections morveuses, on a noté
(1) Voyez, à la finde mon Traité des maladies vénériennes, 3° édit, la planche 1, qui représente les deux formes principales de la balanite.
quelquefois la gangrène d’une portion plus ou moins considérable du gland: Les premiers moyens à employer sont dirigés contre l’iaflammation, puison attend la chute des eschares. On ne se décidera à faire l’amputation .que quand le cercle inflammatoire sera survenu. On devra se rappeler que le mal paraît toujours plus profond qu'il ne l’est réellement. Le gonflement considérable du prépuce, fourreau de la verge, comprime le gland et le COrps caverneux, qui sont, pour ainsi dire ensevelis. Quelquefois, peu de temps après l’amputation, on voit reparaître ces parties; c’est ce qui avait fait croire à quelques chirurgiens qu’elles se reproduisaient.
Ulcérations, végétations syphilitiques.
Les ulcérations vénériennes apparaissent surtout sous la couronne du gland; elles sont ordinairement primitives. Il est des chancres qui percent le prépuce, et cetté perforation peut même être multiple. J'ai déjà parlé des difformités qui sont quelquefois la suite de ces perforations. El est des chancres qui dévorent le frein : c’est le cas le plus fréquent. J'en ai vu plusieurs qui ont perforé l’urèthre à sa portion naviculaire. Enfin onen voit qui enlèvent le sommet du gland. Ceux qui attaquent l’urèthre ne laissent pas seu: lement une difformité, mais encore un rétrécissement de ce canal, si l’on néglige de diriger la cicatrisation par les bougies. |
Les végétations naissent, le plus souvent, sur le point où là muqueuse du gland s’unit à celle du prépuce; on peut en rencontrer aussi sur la peau de la verge : cependant ces cas sont plus rares que les ulcères vénériens sur les mêmes téguments. C’est là surtout que l’excroissance vénérienne prend la forme de poireau, de chou-fleur. Si elle est longtemps négligée, l’excroissance peut se développer au point de couvrir tout le gland: c’est alors une tumeur d’un aspect qui pourrait être et qui a été confondu avec une tumeur cancéreuse,
Les excroissances doivent être enlevées, soit avec les ciseaux courbes, soit par la ligature ; ce dernier moyen est choisi par certams praticiens quand la tumeur naît du gland même, et quand l’hémorrhagie est à craindre, ce qui est une crainte sans motif. Je pense que toujours l’excision doit être préférée à la ligature, car l’hémorrhagie est assez. facilement domptée par la cautérisation avec le nitrate d'argent, le plus souvent par des: lotions avec l’eau très froide et un pansement avec de la charpie et l’alun calciné. Dans les cas d’hémorrhagie par une plaie du gland, on pourrait l'arrêter d’une manière très sûre en liant le prépuce devant le gland ; mais il faudrait pour cela que ce repli de la peau fût assez long. Ilest bien entendu qu’on ne laisserait pas trop longtemps cette ligature. J’évite souvent l'opération en faisant un pansement deux fois par jour avec des lotions vineuses et une poudre de sabine et d’alun calciné, parties égales, dont on fait une couche
HYPERTROPHIE DU PÉNIS. 267 épaisse. Les végétations se dessèchent considérablement et tombent, ou le malade les arrache avec les ongles. Les maladies vénériennes signalées dans ce chapitre soulèvent des questions de doctrine qui ne peuvent être traitées ici, Je renvoie donc le lecteur à mon Zraité des maladies vénériennes,
Wypertrophie du pénis.
L'hypertrophie peut porter sur les corps caverneux, sur la peau qui sert de fourreau à la verge, et sur ces deux éléments en même temps. Biett a vu un nègre qui avait un pénis de huit pouces de longueur et trois pouces d'épaisseur :
c'était là une hyper trophie générale du pénis. L’hypertro phie qui ne porte que sur la peau constitue une variété de phimosis dont j'ai déjà parlé ; c’est quelquefois un éléphantiasis qui se remar- N 1 que en même temps Bu UN à la peau des bourses, di y) comme le prouve le cas observé par Delpech, lequel fit, pour l'enlever, une opé-
ration qui compte A 11 i s plus rez À ANNEE. i À Ù À parmi les plus re A “ss DON marquables dela chi- a LL Ua, \ rurgie. La figure 669 17
représente un très beau cas d’éléphantiasis du prépuce. Le dessin m'a été donné par un des plus habiles chirurgiens des départements, M. Rigal (de Gaillac). Le & sujet qui portait cette difformité, ce lourd fardeau, a été opéré avec succès par l'honorable confrère
que je viens de citer. Dans un de ses voyages à Paris, M. Rigal fit part de ce fait à la Société de chirurgie. Cette communication fut provoquée par une discussion à laquelle la Société s'était livrée sur un fait de développement anormal du prépuce observé par M. Lenoir. Ge collègue avait enlevé le prépuce; il présenta la pièce à la Société, qui eut à se demander si c'était là une simple hypertrophie ou une lésion organique, c’est-à-dire une altération plus profonde du prépuce. Il n’y eut pas de réponse nettement faite à cette question. Pour moi, il est évident qu’on doit distinguer deux espèces d’hypertrophies du prépuce : il en est une qu'on voit, pour ainsi dire, naître et se développer, c’est celle qui est la suite de certaines inflammations du prépuce avec lymphite. L’extrémité antérieure du fourreau de la verge reste boursouflée, durcit peu à peu, et finit par prendre un grand développement, pour peu que les irritations se répètent sur lui. Ainsi j'ai opéré pour plusieurs cas qui pouvaient se rapporter à cette catégorie. Il est une autre espèce d’hypertrophie qui peut aussi être rapportée à une affection des lymphatiques, mais dont le point de départ est inconnu : c’est le véritable éléphantiasis que je représente figure 669, celui qui récidive. Quand l’hypertrophie sera bornée au prépuce et peu considérable, on fera une excision par le procédé déjà décrit. Je crois que, quand tout le fourreau de la verge sera pris, il sera plus prudent de s'abstenir de toute opération, ou si une opération doit être faite, on devra, après l’excision, faire une autoplastie par glissement, c'est-à-dire faire un emprunt à la peau des parties environnantes pour créer autant que possible un nouveau fourreau.
Les nœuds ou ganglions des corps caverneux peuvent être considérés comme des résultats d'une apoplexie du corps caverneux, ou un effet des contusions dont j'ai déjà parlé (page 259). J'ai vu un de ces corps se développer sous l'influence d’une uréthrite très opiniâtre qui avait été exaspérée par des injections à très hautes doses au nitrate d'argent. Ces duretés peuvent aussi être un accident consécutif de la vérole. Ces tumeurs déforment souvent la verge; au moment de l'érection, elle se courbe du côté de la tumeur, ce qui gêne considérablement le coït, En faisant saillie dans l’urèthre, elles peuvent gêner l’éjaculation ; de là des causes de stérilité. Cependant, quand les topiques fondants, quand les applications de sangsues, les émollients, l’iodure de potassium, ont été vainement tentés, on aura à se demander s’il faut respecter ces tumeurs, et si une opération qui nécessite l'ouverture de la gaîne des corps caverneux est trop dangereuse pour le résultat qu’on pourrait en espérer.