‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 60 sur 358 · LÉSIONS ORGANIQUES DU PÉNIS · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DU PÉNIS

$ 1%. — Lipomes. — Dégénérescence vasculaire.

Il peut se former dans l'épaisseur du fourreau de la verge des dégénérescences graisseuses, des espèces de lipomes qui n’ont aucune gravité, et dont l'extirpation n’est pas dangereuse. Il y a aussi des tumeurs sébacées dont on débarrasse les malades, en ouvrant le goulot du follicule hypertrophié que l'on presse ensuite. J’ai observé sur le pénis des dégénérescences vasculaires. Dans un cas, la tumeur était pédiculée et adhérente au prépuce ; je l’extirpai en enlevant une bonne portion de peau; il n’y a pas eu de récidive. Une autre fois, il y avait une plaque rouge, gaufrée sur le dos de la verge : C'était évidemment une tumeur érectile artérielle. Je la fis disparaître d’abord par des cautérisations répétées avec le nitrate d'argent: il y eut récidive. Je lardaï alors cette tumeur plate avec des épingles à insectes: elle s’enflamma et disparut pour toujours. Je ferai remarquer que, dans les deux cas, les corps caverneux et le gland ne participaient en rien à la maladie. Si le tissu érectile anormal se combinait avec celui du gland et des Corps caverneux, le cas serait beaucoup plus grave, car toutes les tumeurs sanguines de ces parties sont dangereuses, témoin le cas cité par Albinus : c'était une tumeur sanguine que l'on voulut ouvrir; il survint une hémorrhagie mortelle, Traverser le gland, les corps caverneux avec des aiguilles, des épingles, de petits sétons pour développer une inflammation oblitérante, serait s’exposer à faire naître une inflammation avec étranglement, une inflammation gangréneuse, comme on en observe quelquefois quand les corps caverneux sont profondément enflammés. Je préférerais employer la compression ; on devrait l'exercer de manière à laisser l’urèthre libre; mais alors la compression incomplète serait probablement inefficace. Les artères sont trop nombreuses pour songer à en faire la ligature. Cette dégénérescence vasculaire est donc une affection grave par elle-même, grave parce que la chirurgie est impuissante pour la guérir, et même pour en arrêter les progrès.

$ 2. — Ossification du pénis.

M. Velpeau a vu des ossifications partielles dans le corps du pénis et à sa surface. La plus remarquable de ces dégénérescences a été observée par Mac Cleland. I! s’agit d’un homme de cinquante-deux ans qui vint trouver ce chirurgien pour un vice de conformation de la verge. Celle-ci était teliement recourbée en haut, que l'émission des urines était douloureuse, difficile, et l'acte de la copulation impossible. On sentait un endurcissement sur le trajet des veines dorsales du pénis. La section de cette corde, qui avait l'aspect

d’un ligament, amena une diminution notable dans la courbure et une plus grande facilité à uriner, Cependant, la copulation étant toujours gênée, le malade réclama de nouveau les secours du chirurgien. Mac Cleland reconnut alors une lamelle osseuse située au centre du pénis, dans la position de la cloison qui sépare les deux corps caverneux. Le moindre attouchement mettait la verge en érection, et dans cet état le membre avait encore une courbure considérable. On fit une incision longitudinale dans toute la longueur du pénis, à sa face osseuse supérieure, et la lame fut séparée de chaque côté jusqu’au bas de la partie spongieuse de l’urèthre; une hémorrhagie abondante fut arrêtée par l’eau froide et des éponges; on réunit la peau à l’aide de deux points de suture. L'auteur ajoute que la courbure du pénis en haut disparut, et qu’il resta une légère inflexion dans le sens

opposé (1).

$ 3. — Cancer du pénis.

L'étiologie du cancer du pénis est obscure comme l’étiologie de tous les cancers. Roux, Hey, et d’autres praticiens avaient observé que le phimosis était une prédisposition à cette dégénérescence. Toutes les causes perma pentes d'irritation peuvent avoir une influence sur la production de cette maladie.

Le cancer de la verge a deux points d’origine bien marqués : 4° il naît de l'enveloppe de la verge, du prépuce; 2° ou du gland. Cette distinction est très importante; car, dans le premier cas, au début du moins, On peut se contenter d’écorcer la verge sans l’amputer, ce qui est très différent pour les résultats de l'opération et des dangers qu’elle peut entraîner. Eisfranc à surtout insisté sur ce point de pratique. 5

En parlant de la gangrène de la verge, j'ai fait meution de cet état de compression du gland et des corps caverneux, lesquels se trouvent ensevelis sous les tissus engorgés. Ici ce phénomène est encore plus remarquable : on voit la tumeur cancéreuse envahir le prépuce, comprimer le gland, diminuer son volume, le repousser en arrière de manière à le masquer Com plétement. Prévenu de cette circonstance, l'opérateur devra modifier son opération de manière à ménager toutes les. parties du pénis qui sont restées saines. !

Le cancer des enveloppes de la verge peut commencer par un noyau qu’on sent ordinairement dans l'épaisseur du prépuce ou par un épaississement de ce repli de la peau qui ressemble un peu à son hypertrophie. Peu à peu s'élèvent des bosselures dont le sommet s’ulcère et rend un ichor qui ne peut plus laisser le moindre doute sur la nature de la maladie. Cette ulcération s'étend dans tous les sens; quelquefois elle est arrêtée du côté des Corps

(1) Nouveaux éléments de médecine opératoire, 3° édition. Paris, 1839, t. IV, p. 355. |

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