PRURIT DE LA VULVE
pratiquera une où deux saignées révulsives du bras, de cent grammes, dans les intervalles des règles, en prenant la précaution de faire la première vingtquatre heures au moins après la cessation des dernières règles, et la seconde à peu près à l’époque intermédiaire entre les dernières et les suivantes ; il conviendra de joindre aux bains et à la saignée l’usage des narcotiques, si la constitution le permet, ce qui arrive le plus souvent. Il deviendra quelquefois nécessaire de recourir aux bains froids, dans le but de modifier l’inner- Yation. Ces moyens réussissent quelquefois, et font cesser complétement et en peu de temps l’état en question ; les femmes peuvent se livrer quelques jours après, sans douleur et sans appréhension, à l'approche de leur mari; mais dans la plupart des cas, on ne fait qu’atténuer l'intensité des douleurs, ét il reste pendant plus ou moins longtemps un certain degré de sensibilité qui se réveille à la première occasion, et surtout pendant la consommation de l’acte vénérien. Tanchou préconise l’asa fœtida, la valériane et la cautérisation superficielle.
$ 2, — Prurit de la vulve.
C’est une affection très rare chez les jeunes filles; elle est peu commune chez les femmes âgées de moins de trente-six ans, mais très fréquente chez les femmes plus âgées qui n’ont plus leurs règles. Le prurit vulvaire, qui, selon M. Velpeau, est souvent un eczéma syphilitique, peut dépendre d’un vice herpétique, d’un repos trop prolongé, soit au lit, soit dans la station assise trop habituelle. D'autres fois on accuse, au contraire, les exercices trop prolongés. Les femmes peu soigneuses, qui négligent d'entretenir la propreté, en sont affectées, comme celles qui, par des lotions fréquemment réitérées, enlèvent trop complétement les mucosités nécessaires pour lubrifier ces parties et atténuer l'effet irritant du frottement. Dans ces derniers temps, on à surtout accusé un développement morbide des glandules de la vulve.
Selon Lisfranc, les démangeaisons de la vulve sont tantôt presque continues et avec des degrés variés d’exacerbation, tantôt elles sont franchement intermittentes, ou bien elles se développent d’une manière irrégulière, un plus ou moins grand nombre de fois dans le cours de la journée et de la nuit. J'ai vu, chez une femme enceinte, le prurit être surtout intolérable pendant la nuit. Les femmes ont le système nerveux dans an état d’excitation extrême ; elles pâlissent, maigrissent, ont de la fièvre; il ÿ a trouble des fonctions des organes digestifs ; il y a des désirs vénériens, des incontinences ou des rétentions d'urine, dérangement des règles, flueurs blanches.
Quelquefois, dit Lisfranc, la vulve paraît être à l’état normal, c’est surtout quand les femmes ne se sont point grattées; ordinairement elle est rouge, enflammée, excoriée; on y observe un assez grand nombre de petits boutons qui peuvent siéger autour de la vulve : les parties génitales externes sont très souvent tuméfiées. Le prurit de la vulve dure quelques jours seu-
lement, où persiste pendant plusieurs mois et même des années : dans ce dernier cas, il peut beaucoup altérer la constitution (1).
Quand le prurit est occasionné par la malpropreté, on trouve souvent les grandes lèvres très développées et tuméfiées. Chez les femmes obèses, on voit aussi les grandes et les petites lèvres très développées ; de plus, on observé dans les replis profonds qu’elles présentent des dépôts de matières cérumineuses fortement adhérentes à la peau.
Pour les femmes fortement constituées, Lisfranc conseille de commencer par pratiquer une saignée spoliative de trois palettes, à moins, bien entendu, que les règles ne s ‘y opposent. Un ou deux jours après, on pratique une seconde petite saighée révulsive d’une palette. Chez les femmes d’une constitution délicate et nerveuse, on se borne à cette petite saignée révulsive. En joignant à cela les moyens de propreté, on obtient souvent une guérison complète. S'il existe de l’irritation, de l’éréthisme, il faut employer d’abord les émollients en lotions, en bains. Quand il n’y a pas d’éréthisme ni d’inflammation, que celle-ci est très légère ou qu’elle a été préalablement combattue par les moyens indiqués, on a recours aux légers astringents : le meilleur, selon moi, est le sulfate de zinc, 50 centigrammes ; acétate de plomb, 80 centigrammes; 300 grammes eau de rose avec 4 grammes de laudanum de Sydenham. On en vient, après ces lotions, au nitrate d'argent, 9 centigratnmes, puis À décigramme par 130 grammes eau distillée.
M. Raspail propose de faire un mélange de cinq parties d’amidon et une partie de camphre, avec lequel on saupoudre la vulve, une fois tous les jours, ayant le soin de nettoyer exactement ces parties le lendemain, et de recommencer ainsi pendant plusieurs jours. Si ce moyen ne produisait pas une cuisson et une chaleur appréciables dix minutes après son application, on augmenterait la dose du camphre ; on la diminuerait, au contraire, si l'excitation était trop forte. Dans les cas rebelles, on doit en répéter l’usage deux et trois fois par jour. Lisfranc dit ne pas avoir vu échouer ce remède.
Il est des femmes qui ont ce prurit seulement pendant cinq, six ou huit jours, soit avant, soit après les règles. Lisfranc fait pratiquer, dans le premier cas, une saignée huit jours avant lé époque de l’irruption des règles, et dans le second, une saignée vingt-quatre heures après leur complète cessation.
M. Velpeau préconise les lotions avec la solution chaude de sublimé, avec un mélange de calomel dans l'eau de guimauve, et le protoiodure de mercure à l'intérieur. Si les démangeaisons apparaissent sous une forme décidément intermittente, il convient d’administrér le sulfate de quinine à l’intérieur. Enfin il est des cas où l’on est obligé d’en venir à la cautérisation et à l’extirpation des glandules vulvaires dont j'ai parlé (page 286).
(1) Lisfranc, Clinique chirurgicale, t. 1, p. 150.
DE LA VULVITE. 301
De la vulvite.
[La vuloite est l’inflammation de la vulve.
Causes. — Chez les femmes nubiles, l'affection peut se développer par le fait seul de l’action mécanique du pénis sur une vulve très étroite, sous l’influence de la malpropreté, de l'introduction de corps étrangers volumineux étirritants ; mais le plus souvent elle est due au contact du pus Hennorrhagique. Ghez les petites filles, la vulvite se montre parfois spontanément, sous l'influence d’une constitution scrofuleuse, de la présence d’oxyures dans le rectum, ou bien, au contraire, après des manœuvres des diverses sortes pratiquées sur les organes génitaux externes.
Symptômes. — La vulvite débute par une excitation Insolite avec prurit, chaleur et désirs vénériens. La muqueuse vulvaire se tuméfie, rougit et fournit bientôt une abondante quantité de liquide, d’abord limpide, puis épais, blanc ou jaunûtre. Si linflammation, au lieu de rester bornée à la surface de la muqueuse, se propage dans le tissu cellulaire sous-muqueux, le gonflement est plus considérable, surtout au niveau des petites lèvres ; les douleurs sont plus vives spécialement par le contact de l'urine et sous linfluence de la marche. |
lette affection se termine en général dans l’espace de quelques jours par la guérison ; elle peut s'étendre aux appareils sécréteurs des organes génitaux externes (voyez Maladies de la glande vulvo-vaginale, p. 305); ou passer à l’état chronique, et alors elle est simplement caractérisée par un écoulement moins épais que dans la forme aiguë, sans douleur, ni tuméfaction. Elle est souvent compliquée d’uréthrite ou de vaginite.
Diagnostie. — S'il est facile de reconnaître la vulvite, il l’est beaucoup moins de préciser la cause qui a donné lieu au développement de la maladie. Ainsi, on est souvent embarrassé pour déterminer, chez une petite fille, si la vulvite est de nature fraumatique ou spontanée ; chez la femme, si elle est ou non virulente, c’est-à-dire accompagnée ou non d’ulcérations spécifiques.
Pronostic et traitement. — Cette phlegmasie n’est pas grave, à part, bien entendu, dans les cas de syphilis. Il faut la combattre, au début, par l'isolement des surfaces, au moyen d’un linge fin enduit d’un corps gras, des lotions astringentes ; plus tard, c’est-à-dire lorsqu'elle est passée à l'état phlegmoneux, par des lotions émoilientes, des bains entiers, des sangsues appliquées sur les régions inguinales. Lorsque la période aiguë est passée, on revient aux liquides astringents. C’est ce dernier mode de traitement qu’il faut mettre en usage dans la vulvite chronique (5 & 10 centiyrammes de nitrate d'argent dissous dans 100 grammes d’eau distillée) ; on peut y ajouter l’usage des toniques et des analeptiques, chez les filles dont la constitution est débilitée.
Nous rattachons à l’histoire de la vulvite l’inflammation des follicules muqueux vulvaires ou de la vulvite folliculeuse (1), qui se montre souvent chez les femmes atteintes de blennorrhagie. Elle donne lieu à un prurit età des élancements douloureux de la vulve ; par la pression, on fait sortir du muco-pus des follicules placés à l'entrée du vagin et au voisinage de l’urèthre, ce qui peut en imposer pour une uréthrite. Lorsqu'elle passe à l'état chronique, ce qui peut arriver alors même que la vulvite guérit, les follicules s’hypertrophient ; leur orifice est entouré d’une auréole rouge, quelquefois même une zone d’un rouge vif occupe l'entrée du vagin et celle de l’urèthre, il y a un écoulement muqueux ou puriforme, du prurit et des élancements douloureux.
On combat cette affection par le repos, l'usage de bains, la cautérisation, des follicules avec le nitrate d’argent, l’incision suivie d’une cautérisation, dans les cas où les premiers moyens échouent.
ABCÈS PHLEGMONEUX DES GRANDES LÈVRES. — Tidériéisiareriel des abcès qui reconnaissent pour point de départ une inflammation de la glande vulvo-vaginale ou de son conduit excréteur, il peut se développer une phleg= masie dans le tissu cellulaire de la grande lèvre. Ces phlegmons sont ordinairement la conséquence d’une violence extérieure, d’une contusion, d’une chute ; contrairement aux abcès de l'appareil glanduleux, les époques menstruelles et les excès de coït n'ont sur eux aucune influence. Ils sont caractérisés par une tuméfaction avec rougeur, chaleur et douleur de la grande lèvre. On verra que ces signes diffèrent de ceux qui appartiennent au phlegmon et aux abcès de la glande (p. 305). Le traitement est conforme à celui des abcès de toute autre partie de la surface du corps.
INFLAMMATION DIFFUSE. — L’érysipèle donne lieu à un gonflement considérable des parties et doit être combattu de bonne heure par un traitement actif, si l’on veut prévenir la suppuration ou même la gangrène.
Le phlegmon diffus à une grande tendance à se terminer par la gangrène des téguments ; il convient de lui opposer dès le début, soit de simples scarifications, soit des incisions multiples. ]
Maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux externes de'Ila femme.
[Avant de passer à l'étude de ces maladies, rappelons succinctement la disposition anatomique et les fonctions dévolues aux organes qui en sont affectés.
Les organes glanduleux de la vulve se divisent en deux classes : les follicules sébacés et pilifères d’une part, les follicules mucipares de l’autre. Les
(L) Robert, De l’inflammation des follicules muqueux de la vulve (Archives générales de médecine, août 1841).
FOLLICULITE VULVAIRE. 303 premiers sont répartis sur le pénil, les grandes et les petites lèvres, les plis génito-cruraux. Ils sont constitués, tantôt par des follicules sébacés- proprement dits, tantôt par des follicules à la fois sébacés et pilifères.
Les organes mucipares se présentent sous la forme de follicules mucipares isolés ou réunis de façon à former un corps glanduleux spécial que l’on désigne sous le non de glande vulvo-vaginale.
Les follicules mucipares iso/és se rencontrent sur trois ou quatre points principaux du pourtour de l’ouverture du vagin (Robert). Ceux qui occupent le vestibule sont au nombre de huit à dix ; on peut les appeler vestibulaires ; d'autres sont situés sur le tubercule antérieur du vagin, autour du méat urinaire, ce sont les wréthraux ; d'autres encore se rencontrent sur les côtés de l’urèthre, à quelque distance de son orifice, nous les appellerons uréthro-latéraux ; et enfin il en est quelques-uns qui sont situés sur les parties latérales de l’entrée du vagin, immédiatement au-dessous de l’hymen ou des caroncules myrtiformes supérieures.
La glande vulvo-vaginale ou de Bartholin, bien décrite dans ces dernières années par M. Huguier (1), est une réunion de follicules mucipares, et occupe, de chaque côté, les limites de la vulve et du vagin, ou pour mieux dire la partie latérale et postérieure du vagin; elle est située à un centimètre au-dessus de la face supérieure de l’hymen ou des caroncules myrtiformes, entre l’aponévrose moyenne et l’aponévrose superficielle du périnée, à un centimètre de la face interne de la branche ascendante de l’ischion et du fond du pli génito-crural. Cette glande, dont le volume varie en raison de l’âge, des habitudes de la femme, est pourvue d'un conduit excréteur, d’une longueur et d’un calibre variables, qui s'ouvre à la vulve : chez les vierges et chez les femmes où l’hymen n’a été que dilaté, dans l’angle rentrant que forme la grande circonférence de l’hymen avec le cercle de l’ouverture vulvaire ; chez les femmes dont l’hymen est déchiré, dans l'angle de réunion de la base des caroncules myrtiformes latérales et postérieures avec l'ouverture vulvaire. |
Les organes mucipares sécrètent un liquide qui est destiné à lubrifier la vulve. La quantité de ce liquide augmente. notablement pendant les rappro- .chements sexuels ou par le fait d’irritations d’un autre ordre portées sur la vulve. Quant aux follicules sébacés, ils sécrètent une matière grasse et onctueuse qui prévient les effets fâcheux du frottement des différents plis de la vulve les uns contre les autres ou contre la face interne des cuisses, ]
$ 1°. — De la folliculite vulvaire.
[Sous ce titre, M. Huguier (2) a décrit l’inflammation des follicules sébacés
et puliferes de la vulve. Il ne s’agit donc pas de la phlegimasie des follicules
(1) Annales des sciences naturelles, t. XII, avril 1850. (2) Mémoire sur les maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux externes de la femme (Mémoires de l’Académie de médecine, t. XV).
muqueux de cette même région, que nous avons mentionnée sous le titre de vulvite folliculeuse (voyez p. 302). |
La folliculite vulvaire se développe de préférence chez les femmes très brunes, et plus particulièrement chez celles qui, indépendamment de cette coloration du système pileux, présentent le cachet de l'affection scrofuleuse, L'état de gestation en est une des causes prédisposantes les plus avérées. Les grandes fatigues et la malpropreté, les frictions sur la vulve avec des onguents rances, les irritations occasionnées par la présence de pediculi pubrs, par des inflammations chroniques de toutes sortes, jouent le rôle de causes occasionnelles.
Symptômes. — Nous reconnaissons, avec M. Huguier, trois périodes dans l’évolution de cette maladie : la période d’érupfion, celle de suppuration et celle de déclin.
La première est annoncée par des démangeaisons suivies bientôt d’une
teinte rosée des organes génitaux.
On voit apparaître sur les plis génito-cruraux, sur les grandes lèvres, sur la base de l'enveloppe du clitoris, sur les nymphes, de très petits points rouges arrondis ou éloilés; à ce niveau, existent de petites tumeurs assez fermes, situées dans l'épaisseur même de la peau, ou au-dessous d'elle. Gette éruption ne se fait pas d'emblée, mais elle apparaît successivement sur les divers points de la vulve; elle est accompagnée d’une augmentation @e sécrétion des follicules.
Dans la seconde période, les follicules deviennent plus saillants, :
se remplissent de pus, c’est-àdire qu’ils forment des pustules (fig. 681). La chaleur, les démangeaisons et la cuisson sont plus prononcées. Bientôt les pustules, parvenues à an certain degré de développement, se rompent d’elles-mêmes où parce que les malades les déchirent en se grattant.
Dans la période de déclin ou de dessiccation, la sécrétion morbide est moins abondante; la rougeur diminue; les follicules deviennent de moins en moins saillants, et tantôt disparaissent complétement, tantôt passent à l'état d'induration. Ceux de ces follicules qui se sont ouverts peuvent sup-
Fig. 681.
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