CHAPITRE IL
Cet ordre de lésions est peut-être celui qui à été le moins étudié. Déjà, en 1832, j'ai aperçu à cet endroit une lacune de la science, et pendant que je dirigeais par intérim à l’hôpital du Midi (1) un service, j'entrepris des recherches sur ces lésions, recherches que je continuai quand je fus chargé d’un service à Lourcine, hôpital spécialement destiné au traitement des maladies des femmes. Le peu que je pus apprendre dans ces deux services a été “inséré dans les journaux, répandu dans mon livre. Je vois avec une vraie satisfaction que des collègues de mérite ont pu estimer assez ces recherches pour se les approprier en partie et en faire Le point de départ d’autres tra- . vaux. Ceci est dit seulement pour prévenir le reproche de plagiat qu’on pourrait m'adresser, si quelques idées que je vais émettre ne portaient pas le nom des chirurgiens que j’ai voulu désigner.
Névroses de la vulve.
Les névroses de la vulve ont surtout été étudiées dans ces derniers temps par Tanchou et Lisfranc. Elles portent sur des modifications marquées de la sensibilité. Quoique je sois persuadé que la plus grande partie de ces états soient des symptômes d’une forme de vulvite ou de vaginite, cependant je dois ici esquisser des paragraphes sur deux altérations de la sensibilité con- | sidérées comme maladies à part : je traiterai donc des névralgies de la vulve et du prurit de la vulve.
S Aer, — Névralgies de la vulve.
Les auteurs disent qu’on observe cet état douloureux de la vulve chez les femmes voisines de l’âge adulte, avant le premier accouchement, chez des
(1) À cette époque, il y avait des femmes à l'hôpital du Midi.
veuves, quelquefois à l’âge de retour. Ces quelques mots sont peu propres à éclairer l’étiologie si obscure encore de cette aflection. Pour mon compte, je n’ai observé de vraies douleurs vulvaires qu'avec des phlegmasies des parties génitales, et surtout chez des femmes étroites qui étaient dans une position, volontaire ou non, qui les exposait à des approches fréquentes. Quoi qu’il en soit, voici ce que disent les auteurs en question. La sensibilité est quelquefois telle que l’action même du lavage des parties donne des espèces de tiraillements qui font redouter l’instant de la toilette. Les rapports conjugaux causent des souffrances si violentes, que les malades en éprouvent une appréhension et un éloignement, dans quelques cas, invincibles. L’exploration par le spéculum ou même par le doigt est le plus souvent très douloureuse : il est des femmes qui ne peuvent introduire sans de vives souffrances l’olive de leur seringue à injection. Il y a quelquefois une douleur cuisante causée par le passage de l'urine sur la vulve. Par l'examen des parties, il arrive quelquefois que l’on ne trouve rien; les organes génitaux sont ou paraissent être dans un état parfaitement normal. Dans d’autres circonstances, il y a un écoulement blanc plus ou moins abondant, ou bien on trouve une inflammation aiguë ou chronique de la vulve, de l’orifice vaginal, ou même de toute l'étendue du vagin : ce sont là, dit Tanchou, les cas les plus ordinaires. Dans quelques cas, il existe des érosions vives sur la vulve et surtout sur les grandes lèvres, dans des points qui se correspondent. Chez dg jeunes femmes on trouve de petites excoriations sur l’orifice du vagin, mais rien sur la vulve; c’est ce qui arrive surtout chez celles qui ont le vagin étroit et qui se Hvrent à un coîït trop fréquemment répété.
Selon Tanchou (1), les nerfs de la vulve peuvent être le siége d’une lésion primitive, secondaire ou essentielle de la sensibilité : premitive, lorsqu'elle résulte d’une cause agissant directement sur la vulve elle-même ou sur les nerfs qui l’animent, telle que les violences d’un premier rapprochement, une inflammation, une ulcération, etc.; secondaire ou sympathique, quand elle succède à l'influence d’une affection étrangère à la vulve : telle est celle qui accompagne quelquefois les ulcérations du col; essentielle, lorsqu'elle survient spontanément, sans cause locale ou éloignée appréciable : les névroses vulvaires dont les femmes sont tourmentées à l’âge de retour nous en fournissent souvent des exemples. Il importe de distinguer ces trois variétés, puisque chacune d’elles porte son indication.
Kraitement. — La névralgie de la vulve est le plus souvent une affection rebelle. On conçoit que lorsque cette affection dépend sympathiquement d’une lésion de l’utérus ou de ses annexes, les agents thérapeutiques doivent être spécialement dirigés contre la maladie principale. Si celle-ci est indépendante de toute action concomitante, elle doit être combattue, selon Lisfranc, d’abord par les. bains généraux, dont l’usage sera fréquemment répété; on
(1) Gazette des hôpitaux, 14 juillet 1844.