INFLAMMATION CHRONIQUE DE LA GLANDE VULVO-VAGINALE
[L’inflammation de la glande vulvo-vaginale à l’état chronique s'établit rarement d'emblée. Le plus souvent elle est consécative à une inflammation aiguë, Elle est caractérisée par l’existence, dans la partie inférieure de la ‘grande lèvre, d'une petite tumeur douloureuse pendant les rapports sexuels, plüs douloureuse et plus volumineuse pendant la période menstruelle. On reconnaît quelquefois l'augmentation de volume de la gläñde par la seule inspection de la grande lèvre qui est déformée; d’autres fois, il est nécessaire, pour apprécier l'existence de la tumeur, de saisir la grande lèvre dans toute sa hauteur entre le pouce et l'index.
L'ifflammation chronique de la glande vulvo-vaginale est accompagnée dans quelques cas d'une hypersécrétion simple ou purulente qui s'écoule par le conduit excréteur. Elle peut se terminer par résolution ou passer à
l’état aigu. Pour en obtenir la guérison, on aura recours à des frictions avec des pommades dites résolutives, des pommades au calomel, à l’onguent napolitain, à l’iodure de potassium, etc. ]
S 3. — Æystes de la glande vulvo-vaginale.
[Anatomie pathologique. — Ces kystes se rencontrent plus fréquemment du côté gauche que du côté droit; quelquefois ils se manifestent des deux côtés à la fois (Huguier) (1). Ils se développent aux dépens d’une seule granulation, ou de plusieurs, ou bien encore dans le conduit excréteur de la glande. Ils ont une forme sphérique ou ovalaire, quelquefois celle d’un bissac. On es rencontre presque toujours aux extrémités du diamètre transverse de l'entrée de la vulve, au point d'union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs de la grande lèvre, à une profondeur plus ou moins grande, tantôt sous la muqueuse, tantôt près de la tubérosité sciatique. La surfaceinterne en est lisse, polie, luisante, surmontée quelquefois de saillies en forme de cloisons ou d’éperons, jamais revêtue de grumeaux sanguins ou de couches fibrineuses (Huguier). Les parois sont formées par trois membranes superposées : l’interne muqueuse, la movenne fibreuse, l’externe celluleuse, avec des vaisseaux ramifiés dans leur épaisseur. Ils renferment une matière épaisse, filante, claire, transparente, analogue à du blanc d'œuf, quelquefois rouge, sanguinolente ou même purulente. Lorsqu'ils deviennent volumineux, ils contractent des adhérences avec les muscles du périnée.
Etiologie. — On considère comme prédisposant au développement des kystes l’étroitesse de l’orifice du canal excréteur, les turgescences, les irritations et congestions de l’appareil glandulaire, sous l'influence des rapports sexuels; les inflammations diverses de la vulve ; comme causes déterminantes, on a signalé l’oblitération des conduits excréteurs de la glande, l’épaississe ment du produit sécrété sous l'influence de contusions, d’inflammations, d’engorgements et d’abcès de l'appareil glanduleux.
Symptômes et marche. — Ces kystes sont caractérisés par une tumeur, située au niveau de la base de la lèvre et de l'extrémité inférieure : du vagin, de volume variable, parfaitement arrondie, adhérente à la glande et pouvant se mouvoir avec elle, résistante, élastique, peu ou point fluctuante, indolente. Si l’on incise Ja tumeur ou bien qu’on la ponctionne, il en sort une matière muqueuse, claire, transparente. En général il existe quelques troubles fonctionnels locaux : un sentiment de distension, de la gêne pour la marche, la miction, le libre écoulement du sang des règles ou du mucus vaginal. |
Les kystes de la glande vulvo-vaginale peuvent persister pendant plusieurs années, en présentant seulement quelque augmentation de volume aux périodes menstruelles. On voit quelquefois le produit qu'ils renferment se faire
(1) Maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux externes. Paris, 1850.
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DE LA VULVE, 309 jour par le conduit excréteur ; dans quelques cas, enfin, le kyste s’enflamme et se convertit en abcès.
Diagnostic. -— Ces kystes diffèrent de l’engorgement chronique de la glande, par leur marche plus lente, l'absence de douleur, leur forme plus régulièrement arrondie, leur rénitence et parfois la fluctuation; des abces, par leur consistance plus grande, l’absence d’inflammation de la peau et de Ja muqueuse ; en cas de doute, une ponction exploratrice lèvera toute difficulté; des kystes hématiques, par l'origine de nature traumatique de ces derniers, leur volume quelquefois considérable, la coloration de la peau.
Traitement. — La ponction simple, de même qu'une petite incision, sont des moyens palliatifs. C’est donc par une large incision, parallèle au grand diamètre de la lèvre, au niveau du pli nympho-labial ou du pli génito-crural, qu'il faut chercher à les guérir, Après l’incision, il convient de cautériser-la face interne de la tumeur. Lorsque celle-ci est très volumineuse, il faut exciser une portion des parois du kyste.]
Affections syphilitiques de la vulve.
Les pustules muqueuses, où fubercules plats, constituent un symptôme vénérien plus fréquent chez la femme que chez l’homme ; ils sont parsemés sur le bord des lèvres, se répandent sur leur face interne, sur leur face externe, s'étendent au périnée jusqu’à l'anus; j'en ai vu naître sur la face interne des cuisses. Ce symptôme syphilitique est surtout fréquent chez les femmes qui n’ont aucun soin d'elles; généralement, dans les hôpitaux, on n’observe ce développement énorme que je viens de signaler, ces myriades de tubercules, que chez les femmes de la campagne qui ont complétement négligé les soins de propreté. Rarement les filles publiques se présententelles dans un pareil état, parce que leur profession les oblige à une hygiène négligée par les femmes du peuple qui ne sont soumises à aucune inspection. Les lotions, les bains émollients, le repos, ont une influence très marquée sur la guérison des pustules muqueuses. Il est remarquable de voir avec quelle rapidité elles disparaissent sous l'influence de ces moyens si simples, aidés de quelques attouchements avec le crayon de nitrate d'argent. Mais si vous négligez le traitement général, et si vous ne combattez pas l'affection concomitante du col de l'utérus, quand elle existe, vous observerez, à COUP sûr, une récidive.
Je n’ai rien de particulier à dire sur les végétations de la vulve ; on doit les traiter comme celles du gland et du prépuce. Je crois cependant que chez les femmes on les observe plus souvent sur le méat urinaire. Là elles sont très petites ; elles gagnent l'urèthre, et vont quelquefois jusqu’au col de la vessie. Ces végétations saignent avec la plus grande facilité, causent quelquefois des démangeaisons insupportables, et sont, le plus souvent, très re-
belles ; elles repullulent avec une facilité incroyable après P extirpation et la cautérisation.
Les chancres de la vulve sont placés sur la face interne des grandes et cles petites lèvres ; le plus souvent on les trouve immédiatement en dehors des caroncules. Ts sont généralement plus superficiels, moins rebelles et bien moins fréquents que chez l’homme. Il est même remarquable de voir avec quelle facilité on les fait quelquefois disparaître par une légère cautérisation ou des bains.
ARTICLE Ve
Hypertrophie et éléphantiasis de la vulve,
L'hypertrophie de la vulve ressem= ble à celle du prépuce chez l'homme; elle porte surtout sur les petites lèvres, et s'étend aux grandes. Cette maladie est assez fréquente en Orient. Larrey l’a observée lors de l'expédition d'Égypte et l’a décrite sous le nom de sarcocèle des femmes. Ilen observa surtout un cas remarquable d’une fellah du Caire qui avait aussi un éléphantiasis des jambes.
La figure 682 représente wi éléphantiasis de la vulve, dont le dessin m’a été donné par mon confrère M. Rigal, le même qui a fourni celuide l’éléphantiasis énorme du prépuce que j'ai fait représenter (page 267) quand il a été question des maladies de la verge. Ces deux figures montrent on àe peut mieux Ja grande analogie qu’il y a entre ces deux affections. L'aspect des parties est absolument semblable à celui que j'ai décrit en parlant de l’éléphantiasis des boursess on voit, dans les environs, des veines très développées qui rampent sur da face interne etsur la face externe des grandes lèvres. |
Quelquefois, maïs non toujours, da même hypertrophie s'étend au clitoris, ou bien ce corps est entouré de nombreuses veines très dilatées. J’ai observé plusieurs éléphantiasis de ces parties ; j’aimème opéré à Lourcine, dans de
ESTHIOMÈNE DE LA VULVE. 31L service de Hourmann, une ferme qui présentait un fait remarquable par le développement des veines qui entouraient les parties hypertrophiées. Cette circonstance m'engagea à prendre les plus grandes précautions pour arrêter l'hémorrhagie ; mais, après l'extirpation d’une grande partie des petites et des grandes lèvres, je n’eus aucune hémorrhagie à réprimer. L’effusion sanguine fut peu considérable, et s'arrêta d'elle-même. Il y a eu récidive de da tumeur, et da femme n’a pas voulu se laisser opérer une seconde fois. Je sais qu'une autre opération, faite par un de mes collègues, à été aussi suivie de récidive. Quelquefois l’éléphantiasis se reproduit, non sur place, mais dans le voisinage, dans la même sphère. Ainsi, M. Chassaignac a opéré en 1850 une femme qui avait la grande et la petite lèvre du côté gauche envahies, et quiavait été opérée deux ans auparavant du côté opposé par Blandin (1). Je répéterai ici ce que j'ai dit touchant l’étiologie de l’éléphantiasis du prépuce. Je pense que, dans le plus grand nombre des cas, léléphantiasis de la vulve est dépendant d’une Iymphite chronique qui a hypertrophié les parties com posant la vulve, et alors ce sont les diverses irritations vénériennes, dermatosiques, qui ont été le point de départ de la lymphite ; dans d’autres cas, et ce sont les plus graves, l’éléphantiasis est produit par un surcroît ou une altération de la nutrition dont la cause, l’origine, sont tout à fait inconnues. C'est alors que les tumeurs prennent le volume dont la figure 682 donne une idée.
Esthiomène de la vulve.
On a appelé esfhiomene, herpes exedens, dartre rongeante, une maladie de Ja vulve qui a des traits de l’éléphantiasis des Arabes, de la syphilis, du cancer, et qui paraît être surtout une affection scrofuleuse. Quand l'esthiomène atteint la vulve, toutes les parties de cette région, où quelques-unes, sont remarquables par une teinte plombée ou violacée. I y a des indurations, des épaississements, des ulcérations plus ou moins destructives. La vulve peut être complétement dénaturée par l’esthiomène. C’est ainsi que des parues sont rétréciés ou agrandies, des sillons sont effacés, d’autres paraissent plus profonds. Des replis cutanés, muqueux, sont plus saillants, plus épais, avec ulcération ou sans ulcération, avec cicatrices ou sans cicatrices.
: On observe cette maladie surtout chez les femmes adultes, depuis vingt jusqu’à cinquante ans, qui sont lymphatiques et portent l'empreinte strumeuse. Les femmes qui négligent les soins de propreté, qui habitent des lieux obscurs, humides, qui subissent des privations, sont surtout affectées de cette maladie. On a constaté, dans les antécédents, des affections vénériennes, des coups sur les parties génitales,
(1) Bulletin de la Sociélé de chirurgie, séance du 18 décembre 4850.
L'esthiomène est ordinairement sans douleur, sans élancements, et ne menace pas directement la vie. M. Hnguier, qui a étudié avec un soin extrémement minutieux l’esthiomène de la région vulvo-anale (4), a établi des espèces qui sont basées sur a division suivante de Biett : 1° lupus qui détruit en surface; 2° lupus qui détruit en profondeur; 3° lupus avec hypertrophie. 11 y a donc les espèces suivantes : 1° Esthiomène superficiel, ambulant ou serpigineux ; 2° esthiomène perforant ; 3° esthiomène hypertrophique ; Sous ces espèces, M. Huguier place des variétés et trace un tableau qui peut n'être pas complet, mais qui est très compliqué. Je ne suivrai pas l’auteur ni dans les espèces ni dans les variétés. Je dirai que c’est ici une maladie d’une très longue durée, et qui, par les irritations, les excitations fréquentes auxquelles la vulve est exposée, est plus grave que l’esthiomène de la face. Le traitement devra d’abord s'adresser à la constitution. Comme elle est en général strumeuse, on fera bien d’abord d’avoir égard à l'hygiène ; on emploiera les amers, les ferrugineux, les préparations d’iode à petites doses. Mais si l’on a lieu de soupconner fortement la syphilis, l'iodure de potassium devra être administré à doses un peu fortes, de 2 grammes jusqu'à 6 grammes par jour. Dans tous les cas, les injections et lotions astringentes, les bains sulfureux, les bains de mer, seront de précieux adjuvants.
Pour les formes ulcératives, on fera bien, quand le traitement général aura déjà été continué pendant un certain temps, on fera bien de cautériser avec le nitrate acide de mercure ou avec le nitrate d’argent. On excisera les portions de la vulve qui, non recollées, seront flottantes après une cicatrisation vicieuse.
On pourra même entreprendre l'extirpation complète des parties indurées, hypertrophiées. A plus forte raison, pourra-t-on employer l'instrument tranchant, quand la maladie sera sous forme de tumeur plus ou moins pédiculée, comme on le voit au clitoris, aux nymphes. Mais toujours un traitement général devra avoir précédé ces opérations, J'ai dit que l’esthiomène pouvait avoir pour résultat des rétrécissements. Ici c’est celui de l’urèthre qui serait le plus grave. Celui du vagin peut aussi avoir lieu. Il faudra alors, pendant le traitement général, introduire et maintenir dans ces canaux des -corps dilatants pour empêcher les coarctations.