‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 78 sur 358 · LÉSIONS ORGANIQUES DE LA VULVE · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DE LA VULVE

ARTICLE 1°, Kystes de la vulve.

On les trouve ordinairement dans l'épaisseur des grandes lèvres. Ils sont d'origine différente : ainsi ils peuvent être dus à des tumeurs sanguines

(1) Mémoire sur l'esthiomène, ou dartre rongeante de la région vulvo-anale (Mémoires de l’Académie de médecine, Laris, 1849, €. XIV, p. 501 à 596, avec Æ planches).

KYSTES DE LA VULVE. 313 spontanées ou produites par un froissement, par une contusion. Ici le sang subit une des modifications que nous avons décrites en parlant de la contusion en général (tome TI, page 273) ; la partie solide est absorbée, la sérosité reste; elle est circonscrite dans une poche : c’est alors un kyste qui peut augmenter ou diminuer la quantité du liquide qu'il contient, car il absorbe et exhale. Les abcès eux-mêmes peuvent être transformés en kystes : enfin, comme dans le tissu cellulaire des bourses, il peut se former dans celui de la vulve des kystes qui ne sont que le développement, l’exagération des cellules de ce tissu. Alors la tumeur est l’analogue de l’hydrocèle enkystée du cordon testiculaire chez l’homme ; ce sont des tumeurs qui remontent le plus haut, qui se rapprochent le plus de l’anneau inguinal, ce qui a fait croire qu'il s'agissait réellement d’une hydrocèle, c’est-à-dire d’un épanchement de sérosité dans la portion du péritoine qui accompagne le ligament rond : or, il est reconnu maintenant que ce ligament s'arrête sur le pubis, et ne descend pas dans les lèvres, comme on le croyait à tort.

Il y a une autre espèce de kyste que je considère comme une bourse muqueuse. Je suis porté à penser que chez les femmes qui, par goût, par passion ou par métier, ont souvent usé du coït, je suis porté à croire que, chez ces femmes, le frottement détermine la formation ‘d’une bourse, comme on Pobserve sur certains points de la peau qui sont soumis à des frottements souvent répétés. J'ai été conduit à cette opinion par l’analogie, je l'avoue franchement ; puis j'ai observé des faits confirmatifs à l'hôpital de Lourcine. J'en possède surtout trois qui sont on ne peut plus favorables à mon opinion. Des trois femmes qui m'ont fourni ces observations, deux étaient fortement constituées, l’autre était très nerveuse ; elles atteignaient toutes la trentième année : deux d’entre elles ont avoué, sinon l’abus, du moins un très fréquent et long usage du coït. Les trois ont été opérées ; j'ai extirpé des kystes à parois épaisses, et contenant une humeur en tout semblable à une synovie un peu épaisse. Chez l’une d’elles, il y avait deux tumeurs situées l’une devant l’autre; la plus reculée était très voisine de la branche ascendante de l'ischion. s

Dans les autres kystes, on trouve ordinairement une tumeur dont la nature et les caractères dépendent de leur origine. Ainsi, si elles sont dues à un abcès, l'humeur sera plus ou moins blanchâtre et trouble; si c’est un dépôt sanguin, le liquide tirera plus ou moins sur le rouge ou le brun. Mauriceau parle d’un de ces kystes dont la ponction fit sortir une quantité de matières anévrysmales, semblables à la lie du vin rouge. Il est évident que c'était là un sang altéré. Le kyste avait été, dans son origine, une tumeur hématique. M. Huguier pense que tous les kystes sont dus à un développement du conduit de la glande vulvo-vaginale, ce qui est une exagération (voy. p. 308). Tous ces kystes doivent être extirpés complétement. Si l’on se contente de les ouvrir, ils se reproduiront. On risque même de les voir revenir si l’on n’enlève qu'une partie de leurs parois.

Jl4 MALADIES DE LA VULYE.

Loupes de la vulve.

Elles se développent quelquefois dans les grandes lèvres, et y prennent ua volume considérable, On lit, dans le tome XV du Journal de médecine, la description d’une tumeur de ce genre qui couvrit les deux tiers supérieurs de la cuisse droite. « La peau qui la couvrait s'était déchirée en plusieurs endroits, et présentait autant d'ulcères d'où découlait un pus de mauvaise nature; et le stéatome faisait en même temps saillie dans le vagin et le rectum, ce qui était facile de reconnaître par l’intromission du doigt dans ces parties. On résolut de tenter l’extirpation : les adhérences de la tumeur avec des parties qu’il fallait ménager ne permirent pas de l'enlever en totalité; Ja portion qui fut emportée pesait quatre livres. Sa substance était semblable à celle des loupes ordinaires ; on y trouva plusieurs kystes inégalement épais: On fit des scarifications sur la portüon qui ne put être enlevée; la plaie fut pansée avec un onguent digestif; Ja suppuration s'établit; le kyste ne tarda pas à s’exfolier. Les parties qui avaient été excessivement distendues se rapprochèrent, et la cicatrisation fut complète sept semaines après l'opéra tion. » (Boyer).

[Les kystes sféatomateux où sébacés sont rares aux grandes lèvres, M. Huguier (4) en a trouvé trois sur la même femume : l’un sur le bord libre de la grande lèvre, les deux autres dans le fond du pli qui sépare la grande et la petite lèvre, Dans tous les cas, une simple incision permettrait d’énucléer le kyste avec la plus grande facilité. ]

Corps fibreux de la vulve.

I maît quelquefois dans l'épaisseur des grandes lèvres des masses dures, en apparence squirrheuses, mais d’un tissu ‘blanc et fibreux qui diffère essentiellement de celui de ces dernières tumeurs et se rapproche beaucoup de la substance des corps fibreux de l'utérus. Ges tumeurs ont généralement une forme arrondie, une rénitence très marquée; elles ne sont pas doulous reuses, elles ne gênent que par leur volume. Elles sont lisses, et la muqueuse de la grande lèvre qui est appliquée contre leur face interne ne leur est pas adhérente. Elles peuvent devenir très anciennes sans revêtir un mauvais acractère. Souvent il est impossible de distinguer ces tumeurs des kystes. Cette erreur, d'ailleurs, n’a rien de fâcheux, car F'extirpation convient également aux deux espèces de tumeurs; elle doit se faire d’après mes principes, c'est-à-dire en attaquant la face externe de Ja grande lèvre. |

(1) Loc, ci.

MALADIES DU MÉAT URINAIRE. 315 [Les tumeurs fibreuses des grandes lèvres pourraient bien n’être qu’une hypertrophie de la glande vulvo-vaginale. ]

Cancer de la vulve,

Ce cancer est rare. Je l’ai observé trois fois à Lourcine, chez des femmes qui avaient été dirigées sur cet hôpital comme vénériennes : on avait pris l’alcère cancéreux pour un ulcère vénérien. La moins âgée de ces femmes avait cinquante ans, la seconde soixante, et la troisième soixante et dix. Ce cancer est bientôt ulcéré. Les femmes que j'ai observées n’ont eu connaissance de leur mal que quand l’ulcération est survenue. Elle est à bords inégaux, renversés, durs, et répand une odeur des plus infectes. Le traitement par le mercure, les topiques dans lesquels ce métal entre, sont on ne peut plus favorables aux progrès du mal. Dans les trois cas, je n’ai pas observé de développements ganglionnaires dans la région inguinale. Je n’ai voulu opérer aucune des trois femmes dont j'ai parlé; ane seule a été cautérisée avec le fer chauffé à blanc, ce qui a fait marcher l’ulcération avec beaucoup plus de rapidité. De la vulve, l’ulcération à marché vers le vagin. Ces femmes avant demandé leur admission à la Salpêtrière, je leur ai donné l’exeat, et je ne doute pas qu’elles n'aient succombé.

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