CORPS ÉTRANGERS DU VAGIN
affection cancéreuse. Une dame enceinte et à terme est examinée par un médecin, qui pratique le toucher, et croit reconnaître une dégénérescence cancéreuse avec procidence du col de l’utérus. M. Capuron est consulté ; considérant que l’état de santé de la femme n’était nullement en rapport avec l’altération organique présumée, il fit un examen plus approfondi des parties, et retira une éponge du vagin. M. Cloquet parle d’une femme qui portait depuis dix ans un pessaire de liége, lequel n’avait jamais été changé : elle l'avait tout à fait oublié; elle fut prise de douleurs très aiguës dans le canal vulvo-utérin, suivies d’un écoulement sanieux et de mauvaise pature. Le canal était rempli de végétations fongueuses. On traitait cette femme pour un cancer vaginal. M. Cloquet pratiqua l’excision des productions morbides, reconnut le pessaire et en fit l'extraction : il était en entier recouvert par les fongosités et incrusté de sels calcaires. Le liége était entièrement pourri. |
Les corps étrangers du vagin donnent lieu d’abord à une irritation plus ou moins prononcée et à une sécrétion plus abondante de la muqueuse. Même les pessaires les plus petits, les plus lisses, les plus souples, déterminent un peu d'écoulement qui cesse peu à peu quand le pessaire est bien proportionné aux parties.
Si le corps étranger est disproportionné, s’il présente des aspérités, ce n’est pas alors une irritation qui se borne à un écoulement, mais bien une inflammation avec toutes ses conséquences. Tout ne se passe pas dans l'organe qui récèle la cause du mal, les effets s'étendent plus loin. Ainsi, il y a douleur dans le vagin, du côté de la vessie, du côté du rectum, dans tout le bassin, puis gonfiement et rougeur de la muqueuse vaginale, en même temps rétention plus ou moins complète des règles, si elles existent encore, rétention des matières fécales, de l'urine. L'effet contraire peut se produire pour les deux dernières fonctions, c’est-à-dire qu’une vive irritation ou une inflammation du vagin, communiquant ou non avec la vessie ou le rectum, donne lieu à de fréquents besoins d'uriner et d’aller à la garderobe. Puis viennent les symptômes généraux.
Le corps étranger peut provoquer des solutions de continuité, des pertes de substance par la gangrène ou l’ulcération du vagin. On voit dans les observations de Dupuvytren et de Bérard que la nature ne pouvant éliminer le corps étranger par la voie ordinaire, puisque celle-ci tend à s’oblitérer, il s'opère une ou plusieurs voies accidentelles. C’est ainsi que ces faits nous ont montré les pessaires pratiquant des ouvertures à la vessie et surtout au rectum ; car par le toucher ou la sonde on a pu se convaincre que le corps étranger était parvenu dans les deux organes qui entourent le vagin. J’ai dit que celui-ci tendait à s’oblitérer. En effet, au-dessous du corps étranger, le vagin se boursoufle, les parois vont à la rencontre l’une de l’autre ; la paroi postérieure surtout prédomine davantage, et le plus souvent elle s’applique
contre la paroi antérieure ; à ce point d'incidence s'opère quelquefois une
adhésion qui a pour conséquence une oblitération du vagin au-dessous du corps étranger. Ce résultat a surtout été bien saillant dans l'observation de Bérard. Comme cela a presque toujours lieu quand la cause de l'inflammation est tout à fait physique, en même temps que cette inflammation reyêt la forme adhésive sur ce point, elle est ulcérative sur un autre point; c’est ainsi qu'après l'adhésion des parois du vagin près de la vulve, des perforations ont éLé pratiquées à la vessie et au rectum. Ces perforations mélangent les ma : tières, les humeurs contenues ou qui passent dans ces deux organes, et celles aussi qui viennent de la matrice, d’où un vrai cloaque qui se vide par l’anus de temps en temps. La tuméfaction ne porte pas seulement au-dessous du pessaire, car la matrice qui entre dans les sinuosités de certains de ces instruments peut se gonfler et subir une espèce d’étranglement : c’est ce qui est arrivé dans un cas où un pessaire en bilboquet avait séjourné trop longtemps dans le vagin. | don.
L'exiraction des corps étrangers du vagin doit être tentée dès que leur présence est constatée, On se sert des doigts et des pinces ordinaires, de celles qui sont dans nos trousses, des pinces à polypes. On est quelquefois obligé, par la forme, le volume du corps étranger, d'avoir recours à des pinces dont les branches peuvent être appliquées séparément comme celles des forceps, et dont on se sert pour l'extraction des gros calculs quand une fois la vessie est ouverte. On est quelquefois forcé de diviser le COrps étranger, comme on l’a vu dans l'observation de Dupuytren que j'ai analysée : il faut pour cela de fortes pinces, des espèces de tenailles. On peut même se trouver (aus la nécessité d'opérer un débridement, comme l’a fait avec succès Lisfranc ; l'incision porta sur là partie postérieure de la vulve.